jeudi 14 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2001843 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | MAURY |
Vu la procédure suivante :
Par un jugement avant dire droit du 5 janvier 2023, le tribunal a, après avoir retenu la responsabilité pour faute du centre hospitalier de l'agglomération montargoise, et avant de statuer sur les préjudices invoqués dans la requête de M. H A et Mme D B, ordonné une expertise médicale.
Le président du tribunal administratif a désigné le docteur F comme expert par ordonnance du 20 janvier 2023.
L'expert a rendu son rapport le 11 mars 2023.
Par des mémoires, enregistrés les 5 octobre 2023 et 2 novembre 2023, M. C G A, devenu majeur en cours d'instance et ayant déclaré reprendre l'instance en son nom propre, M. H A et Mme D B, représentés par Me Clavel, demandent au tribunal :
1°) de condamner le centre hospitalier de l'agglomération montargoise à verser à M. C G A la somme de 454 781,34 euros, à verser à M. H A la somme de 5 000 euros et à verser à Mme D B la somme de 5 000 euros au titre de leurs préjudices résultant de la prise en charge du jeune C G A au centre hospitalier de l'agglomération montargoise ;
2°) de mettre à la charge du centre hospitalier de l'agglomération montargoise la somme de 8 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les dépens des instances de référé et de fond.
Ils soutiennent que :
- la responsabilité du centre hospitalier de l'agglomération montargoise est engagée pour faute, cette faute étant à l'origine des séquelles définitives et graves subies par M. C G A ;
- la perte de chance d'éviter les séquelles résultant de la faute de l'équipe médicale doit être évaluée a minima à 90 %, comme l'avait estimé le juge des référés, et non à 70 % comme l'évalue le docteur F ;
- s'agissant des préjudices communs aux trois requérants, le centre hospitalier de l'agglomération montargoise devra être condamné à leur verser les sommes de 1 288,71 euros au titre des dépenses de santé, 2 930,58 euros au titre des frais de déplacement, ;
- s'agissant des préjudices de M. C G A, l'établissement devra lui verser la somme de 38 574,47 euros au titre de l'assistance par tierce personne temporaire, 158 548,83 euros au titre de l'assistance par tierce personne définitive, 90 000 euros au titre de l'incidence professionnelle, 46 248,75 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire, 18 000 euros au titre des souffrances endurées, 4 500 euros au titre du préjudice esthétique temporaire, 75 790 euros au titre du déficit fonctionnel permanent, 7 200 euros au titre du préjudice esthétique permanent, 7 200 euros au titre de son préjudice d'agrément, 4 500 euros au titre de son préjudice sexuel ;
- s'agissant du préjudice de M. H A et de Mme D B, il leur sera accordé 5 000 euros chacun au titre de leur préjudice d'affection.
Par un mémoire, enregistré le 12 juillet 2023, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de Loir-et-Cher, agissant au nom et pour le compte de la CPAM du Loiret, représentée par Me Maury, demande au tribunal :
1°) à titre principal, de condamner le centre hospitalier de l'agglomération montargoise à lui verser la somme de 10 240,47 euros au titre de ses débours liés à la prise en charge de son assuré, avec intérêts au taux légal à compter de l'enregistrement de son mémoire ;
2°) à titre subsidiaire, de condamner le centre hospitalier de l'agglomération montargoise à lui verser la somme de 7 964,81 euros au titre de ses débours liés à la prise en charge de son assuré, avec intérêts au taux légal à compter de l'enregistrement de son mémoire ;
3°) de mettre à la charge du centre hospitalier de l'agglomération montargoise la somme de 1 162 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion ;
4°) de mettre à la charge du centre hospitalier de l'agglomération montargoise la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les dépens.
Elle soutient que :
- la responsabilité du centre hospitalier de l'agglomération montargoise est engagée ;
- le taux de perte de chance doit être fixé à 90 % minimum et non 70 % comme l'évalue le docteur F ;
- s'agissant de sa créance, celle-ci s'élève à 11 378,30 euros, dont 9 962,58 euros au titre des frais hospitaliers, 1 096,31 euros au titre des frais médicaux, 40,19 euros au titre des frais pharmaceutiques et 279,22 euros au titre des frais de transport.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 17 juillet et 23 octobre 2023, le centre hospitalier de l'agglomération montargoise, représenté par Me Derec, conclut :
1°) à la limitation de l'indemnisation qui sera allouée aux requérants ;
2°) à la condamnation de la CPAM de Loir-et-Cher à lui verser la somme de 1 961,19 euros correspondant à la différence entre la somme allouée par le juge des référés à cet organisme et le montant réel de ses débours indemnisables ;
3°) au rejet du surplus des conclusions des requérants et de la CPAM de Loir-et-Cher.
Il soutient que :
- il ne conteste pas le principe de sa responsabilité ;
- le taux de perte de chance devra être évalué à 70 % ainsi qu'il ressort du rapport d'expertise du docteur F ;
- les indemnités allouées à M. C G A seront limitées à 2 heures par semaine à un taux horaire de 13 euros s'agissant de l'assistance par tierce personne, au taux de 18 % de déficit fonctionnel temporaire sur la base d'un tarif journalier de 15 euros, à la somme de 7 000 euros s'agissant de l'incidence professionnelle, à la somme de 5 040 euros s'agissant des souffrances endurées, à la somme de 21 000 euros s'agissant du déficit fonctionnel permanent, à la somme de 2 520 euros s'agissant du préjudice esthétique et à 1 400 euros au titre du préjudice sexuel ;
- les demandes des requérants relatives aux frais de santé, aux frais de transport et au préjudice d'agrément seront rejetées ;
- les demandes des parents du jeune C G au titre de leur préjudice moral seront réduites à de plus juste proportions ;
- dès lors que la créance de la CPAM devra être évaluée à 7 964,81 euros et que celle-ci a déjà perçu la somme de 9 926 euros de la part de l'assureur du centre hospitalier de l'agglomération montargoise, elle est débitrice de la somme de 1 961,19 euros à l'égard de ce centre hospitalier.
Vu :
- le jugement avant dire droit du 5 janvier 2023 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'ordonnance du 20 septembre 2016 par laquelle le président du tribunal a taxé les frais de l'expertise du professeur K à la somme de 0,00 euro ;
- l'ordonnance du 2 novembre 2016 par laquelle le président du tribunal a taxé les frais du professeur E, sapiteur de l'expertise du professeur K à la somme de 500 euros ;
- l'ordonnance du 3 octobre 2017 par laquelle le juge des référés du présent tribunal a mis à la charge du centre hospitalier de l'agglomération montargoise une somme de 9 926 euros à verser à la caisse primaire d'assurance maladie du Loiret à titre provisionnel, une somme de 500 euros à verser à M. A et à Mme B, en leur qualité de représentants légaux de leur fils C G au titre des dépens, une somme de 1 000 euros à la caisse primaire d'assurance maladie du Loiret au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et a rejeté le surplus des conclusions de la requête en référé ;
- l'ordonnance du 5 avril 2023 par laquelle le président du tribunal a taxé les frais de l'expertise du docteur F à la somme de 2 597,40 euros.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- l'arrêté du 18 décembre 2023 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2024;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Nehring,
- les conclusions de M. Eric Gauthier, rapporteur public ;
- et les observations de Me Derec, représentant le centre hospitalier de l'agglomération montargoise.
Considérant ce qui suit :
1. Le 26 juillet 2011, le jeune C G A, alors âgé de huit ans, a fait une chute de vélo. Il a été admis au centre hospitalier de l'agglomération montargoise où il a été opéré, le jour même, d'une fracture du condyle externe de l'humérus gauche. A la suite de cette opération, son coude est resté bloqué à 90°. Il a été réopéré à trois reprises sans amélioration de son état. Par une ordonnance du 1er avril 2014, le président du tribunal a ordonné une expertise médicale confiée au professeur K et a, par une ordonnance du
24 avril 2014, désigné le professeur E comme sapiteur. Les experts ont déposé leur rapport le 6 avril 2016. Sur la base de ce rapport, la société hospitalière d'assurances mutuelles (SHAM), après avoir reconnu la responsabilité de son assuré, le centre hospitalier de l'agglomération montargoise, a attribué spontanément par lettre du 27 février 2017 une somme de 10 000 euros à valoir sur l'indemnisation définitive des préjudices C A.
2. M. H A et Mme D B ont demandé au juge des référés, sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, de condamner le centre hospitalier de l'agglomération montargoise à leur verser, en leur qualité de représentants légaux de leur fils, la somme provisionnelle de 56 060 euros en réparation des préjudices subis par leur enfant. Par une ordonnance du 3 octobre 2017, le juge des référés du présent tribunal a mis à la charge du centre hospitalier de l'agglomération montargoise une somme de 9 926 euros à verser à la caisse primaire d'assurance maladie du Loiret à titre provisionnel, une somme de 500 euros à verser à M. A et à Mme B, en leur qualité de représentants légaux de leur fils C G au titre des dépens, une somme de 1 000 euros à la caisse primaire d'assurance maladie du Loiret au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative et a rejeté le surplus des conclusions.
3. Par jugement du 5 janvier 2023, le tribunal, après avoir jugé que la responsabilité du centre hospitalier de l'agglomération montargoise était engagée, a ordonné une expertise médicale confiée au docteur F. Les parties ayant été invitées à présenter leurs observations après le dépôt du rapport de l'expert, le 11 mars 2023, M. C G A, M. H A et Mme D B demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures, de condamner le centre hospitalier de l'agglomération montargoise à verser à M. C G A la somme de 454 781,34 euros, à M. H A la somme de 5 000 euros et à Mme D B la somme de 5 000 euros au titre de leurs préjudices résultant de la prise en charge du jeune C G A par l'établissement défendeur.
Sur la perte de chance :
4. Dans le cas où la faute commise lors de la prise en charge ou le traitement d'un patient dans un établissement public hospitalier a compromis ses chances d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation, le préjudice résultant directement de la faute commise par l'établissement et qui doit être intégralement réparé n'est pas le dommage corporel constaté, mais la perte de chance d'éviter que ce dommage soit advenu. La réparation qui incombe à l'hôpital doit alors être évaluée à une fraction du dommage corporel déterminée en fonction de l'ampleur de la chance perdue.
5. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport du docteur F, que l'erreur de diagnostic dont a été victime le jeune C G A le 26 juillet 2011 lui a fait perdre une chance d'éviter l'ankylose complète à 90° de son bras gauche, consécutive à la fracture du condyle externe de l'humérus gauche. L'expert évalue cette perte de chance à 70 %, dès lors que le risque de séquelles habituelles de ce type de fracture est évalué à 30 %. Si les requérants ainsi que la CPAM de Loir-et-Cher soutiennent que le taux de perte de chance doit être évalué à 90 %, eu égard à la gravité des séquelles subies par le jeune C G et soulignent qu'il s'agit du taux retenu par le juge des référés ayant statué sur la demande de provision, ils ne produisent aucun élément de nature à infirmer l'évaluation effectuée par le docteur F. Par suite, le taux de perte de chance doit être fixé à 70 %.
Sur les préjudices de M. C G A :
En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux :
S'agissant des préjudices temporaires :
6. En premier lieu, s'agissant des dépenses de santé, les requérants soutiennent que M. C G A a bénéficié de séances de kinésithérapie dans le cadre de la rééducation consécutive à la faute de l'équipe médicale du centre hospitalier. Toutefois, ils ne produisent aucun document de nature à justifier qu'une part des honoraires de ces séances ont été réglées par M. A et Mme B, et qu'il en est résulté pour eux un préjudice financier. Par suite, leur demande présentée à ce titre ne peut qu'être rejetée.
7. En second lieu, s'agissant de l'assistance par tierce personne temporaire, il résulte de l'instruction et notamment du rapport du docteur F que les complications subies par M. G A ont généré un besoin d'assistance par tierce personne entre le 17 octobre 2011, date où le déficit fonctionnel temporaire de l'intéressé est imputable à la faute commise par le centre hospitalier, et le 26 février 2023, date de consolidation fixée par le rapport d'expertise. L'expert évalue ce besoin à une heure par semaine entre le 17 octobre 2011 jusqu'à la date anniversaire des treize ans de l'intéressé, le 26 mai 2016, puis à deux heures par semaine jusqu'à la date de consolidation, le 26 février 2023, soit un total de 946 heures. Au regard du caractère non spécialisé de cette assistance, le taux horaire retenu doit être égal au salaire minimum interprofessionnel de croissance de l'année 2017 augmenté des cotisations sociales et tenant compte des congés payés et des jours fériés. Il sera fait une exacte appréciation de ce préjudice, en l'évaluant à la somme de 14 586,34 euros. Il y a donc lieu de condamner le centre hospitalier à verser à la victime une somme de 10 210,43 euros à ce titre, après application du taux de perte de chance de 70 %.
S'agissant des préjudices définitifs :
8. En premier lieu, s'agissant de l'assistance par tierce personne définitive, il résulte de l'instruction et notamment du rapport de l'expert, que l'état de M. C G A nécessite une assistance par tierce personne, évaluée à deux heures par semaine à compter de la date de consolidation, fixée au 26 février 2023 par l'expert, et jusqu'à la fin de sa vie. Ainsi, le besoin d'assistance par tierce personne doit être évalué à 107 heures entre la date de consolidation et la date du présent jugement, le 7 mars 2024. Au regard du caractère non spécialisé de cette assistance, le taux horaire retenu doit être égal au salaire minimum interprofessionnel de croissance de l'année 2022, soit 14,79 euros, augmenté des cotisations sociales et tenant compte des congés payés et des jours fériés. Il sera fait une exacte appréciation de ce préjudice en l'évaluant à la somme de 1 786,31 euros. En outre, s'agissant de la période couvrant le reste de la vie de l'intéressé, le taux horaire retenu doit être égal au salaire minimum interprofessionnel de croissance augmenté des cotisations sociales et tenant compte des congés payés et des jours fériés, soit 16,31 euros en 2024. En retenant un taux de l'euro de rente fixé à 57,652 par le barème de capitalisation 2020 publié par la Gazette du Palais (taux d'intérêt égal à 0 %), dès lors que M. C G A est âgé à la date du jugement de 21 ans, ses besoins d'assistance par tierce personne à la suite du jugement et pour l'ensemble de sa vie, doivent être évalués à hauteur de 125 243,40 euros. Par conséquent, le préjudice total lié au besoin d'assistance par tierce personne définitive doit être évalué à la somme de 127 029,71 euros. Il y a donc lieu de condamner l'établissement défendeur à verser à M. J A la somme de 88 920,80 euros, après application du taux de perte de chance de 70 %.
9. En second lieu, s'agissant de l'incidence professionnelle, il ressort du rapport d'expertise que l'intéressé reste atteint d'un déficit fonctionnel permanent de 30 % qui ne le rend pas inapte à toute activité professionnelle mais le cantonne à un emploi sédentaire sur un poste aménagé. Compte tenu du jeune âge de l'intéressé à la date des faits fautifs dont il a été victime, il y a lieu d'évaluer ce préjudice à la somme de 30 000 euros et, ainsi, de mettre à la charge du centre hospitalier la somme de 21 000 euros, après application du taux de perte de chance retenu par l'expert, soit 70 %.
En ce qui concerne les préjudices extrapatrimoniaux :
S'agissant des préjudices temporaires :
10. En premier lieu, s'agissant du déficit fonctionnel temporaire, il résulte du rapport du docteur F que l'intéressé a subi un déficit fonctionnel temporaire, en lien avec la faute de l'équipe médicale du centre hospitalier, à compter du 17 octobre 2011, le déficit antérieur étant lié à son état initial. L'expert évalue en outre un déficit fonctionnel, exclusivement imputable à la faute médicale, de 25 % entre le 17 octobre 2011 et le 17 décembre 2011, de 35 % entre le 18 décembre 2011 et le 26 mars 2012, puis de 50 % entre le 26 mars 2012 et le 28 février 2023 auxquels doivent être ajoutés 19 jours de déficit fonctionnel temporaire total lié à trois hospitalisations du 17 au 22 octobre 2012, du 14 au 15 janvier 2023 et du 3 au 13 août 2014, en lien avec les conséquences de la prise en charge du l'intéressé au centre hospitalier. Si le docteur F estime que 8 % de l'ensemble des déficits fonctionnels subis sont en lien avec l'état antérieur, il n'y a toutefois pas lieu de les déduire des pourcentages évoqués ci-dessus dès lors qu'il résulte de l'instruction que le patient avait 70 % de chances d'échapper à l'intégralité des séquelles qu'il a subis en raison de la faute de l'établissement hospitalier. Il sera donc fait une juste appréciation du préjudice lié au déficit fonctionnel temporaire de M. C G A en l'évaluant à la somme de 41 098 euros, soit 28 768,60 euros après application du taux de perte de chance évoqué ci-dessus.
11. En second lieu, s'agissant des souffrances endurées en lien avec la faute du centre hospitalier, l'expert les a évaluées à 4/7 en tenant compte notamment d'un retentissement psychologique important. Il sera fait une juste appréciation en l'évaluant à la somme de 9 000 euros, soit 6 300 euros après application du taux de perte de chance de 70 % retenu par l'expert.
S'agissant des préjudices définitifs :
12. En premier lieu, concernant le déficit fonctionnel permanent, celui-ci est évalué à 30 % dans le rapport d'expertise qui indique par ailleurs que 5 % du déficit fonctionnel permanent sont imputables à une intervention qui, ayant été réalisée au centre hospitalier Necker à Paris, le 3 août 2014, en vue de réduire les séquelles générées par la faute du centre hospitalier de l'agglomération montargoise, est à l'origine d'une réduction de la prosuspination de l'intéressé. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction que cette intervention a aggravé l'état de M. C I dès lors que son déficit fonctionnel, évalué à 50 % par l'expert au moment de l'intervention, n'a pas été augmenté postérieurement à celle-ci, ainsi que le relève lui-même l'expert. Par suite les séquelles générées par la faute de l'équipe médicale du centre hospitalier de l'agglomération montargoise sont à l'origine d'un déficit fonctionnel permanent de 30 %. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant à la somme de 70 000 euros. Il y a donc lieu de condamner le centre hospitalier à verser à la victime une somme de 49 000 euros à ce titre, après application du taux de perte de chance de 70 %.
13. En deuxième lieu, concernant le préjudice esthétique, il résulte de l'instruction que le coude gauche de M. C G A demeurera en permanence bloqué à 90 °. L'expert évalue le préjudice esthétique en découlant à 3/7. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en accordant à l'intéressé la somme de 6 000 euros, soit 4 200 après application du taux de perte de chance de 70 %.
14. En troisième lieu, concernant le préjudice d'agrément, les requérants soutiennent sans être contestés que M. C G A pratiquait régulièrement le basket ainsi que le vélo et qu'il a dû cesser la pratique de ces activités sportives en raison des séquelles consécutives à sa prise en charge fautive au centre hospitalier de l'agglomération montargoise. Par conséquent, il sera fait une juste appréciation du préjudice d'agrément en l'évaluant à somme de 1 000 euros, soit 700 euros après application du taux de perte de chance de 70 %.
15. En dernier lieu, concernant le préjudice sexuel, l'expert indique dans son rapport que l'intéressé a subi une gêne positionnelle ainsi qu'un retentissement sur sa libido, en lien avec la faute du centre hospitalier de l'agglomération montargoise. Il y a lieu d'évaluer ce préjudice à la somme de 1 000 euros, soit 700 euros après application du taux de perte de chance de 70 %.
En ce qui concerne les sommes déjà perçues par M. C G A :
16. Il résulte de l'instruction que l'assureur du centre hospitalier de l'agglomération montargoise a versé à M. C G A une somme de 10 000 euros le 27 février 2017. Par suite, il y a lieu de déduire cette somme des montants à accorder au titre des préjudices de l'intéressé.
17. Il résulte de tout ce qui précède que le centre hospitalier de l'agglomération montargoise doit être condamné à verser à M. C G A la somme totale de 199 799,80 euros en réparation des préjudices subis consécutivement à sa prise en charge au sein du centre hospitalier de l'agglomération montargoise.
Sur les préjudices de M. H A et de Mme D B :
18. D'une part, M. H A et de Mme D B soutiennent avoir exposé la somme de 2 930,58 euros en frais de déplacement afin de d'accompagner leur enfant à des rendez-vous médicaux nécessités par son état de santé. Ils produisent à cet égard quatre billets de train Montargis-Paris, d'un montant total de 51,20 euros. En revanche, ils ne sont pas fondés à solliciter le remboursement des autres frais de déplacement dont ils se prévalent, dès lors qu'ils ne produisent aucun justificatif de nature à démontrer leur existence. Par suite, il y a lieu de condamner le centre hospitalier à verser aux intéressés la somme de 35,84 euros au titre des frais de transport, après application du taux de perte de chance de 70 %, soit une somme de 17,92 euros chacun.
19. D'autre part, les intéressés ont subi un préjudice d'affection résultant des conséquences de la prise en charge de leur fils mineur, alors âgé de huit ans, au sein du centre hospitalier de l'agglomération montargoise. Dans les circonstances de l'espèce, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en accordant à M. H A et à Mme D B une somme de 2 100 euros chacun, cette somme tenant compte du taux de perte de chance de 70 %.
Sur les débours de la caisse primaire d'assurance maladie :
20. D'une part, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de Loir-et-Cher, agissant au nom et pour le compte de la CPAM du Loiret, demande le remboursement des débours qu'elle a engagés au profit de son assuré en lien avec les conséquences de la prise en charge de M. C G A au centre hospitalier de l'agglomération montargoise. Il ressort du relevé de ses débours, ainsi que de l'attestation d'imputabilité établie par son médecin conseil, que la caisse primaire d'assurance maladie a pris en charge des frais d'hospitalisation, pour un montant de 8 302,15 euros entre le 17 octobre 2012 et le 22 octobre 2012 et pour un montant de 1 660,43 euros entre le 14 janvier 2013 et le 15 janvier 2013, des frais médicaux, d'un montant de 1 096,31 euros, des frais de pharmaceutiques d'un montant de 40,19 euros et des frais de transport d'un montant de 279,22 euros, soit un total de 11 378,30 euros. En application du taux de perte de chance déterminé par l'expert, de 70 %, le préjudice total de la caisse doit être évalué à la somme de 7 964,81 euros.
21. D'autre part, il résulte de l'instruction et notamment de la quittance établie par la caisse primaire ci-dessus le 16 janvier 2018, que celle-ci a perçu la somme de 9 926 euros de la part de l'assureur du centre hospitalier de l'agglomération montargoise au titre de l'exécution de l'ordonnance n° 1701002 du 3 octobre 2017 du juge des référés du tribunal administratif d'Orléans, au titre du remboursement des débours qu'elle a exposés au bénéfice de M. C G A en lien avec les conséquences de la prise en charge de celui-ci au centre hospitalier de l'agglomération montargoise. Ainsi, il n'y a pas lieu de condamner l'établissement hospitalier à verser une quelconque somme à la CPAM de Loir-et-Cher.
Sur les conclusions reconventionnelles du centre hospitalier de l'agglomération montargoise :
22. Le demandeur qui a obtenu du juge des référés le bénéfice d'une provision doit la reverser en tout ou en partie lorsque le juge du fond rejette sa demande pécuniaire ou lui accorde une somme inférieure au montant de la provision
23. Le centre hospitalier de l'agglomération montargoise demande le remboursement d'une somme de 1 961,19 euros correspondant à la différence entre la somme accordée par le juge des référés et la somme accordée par le présent jugement au bénéfice de la CPAM de Loir-et-Cher. Toutefois, dès lors que la somme correspondant au montant accordé par le juge des référés n'a pas été versée par le centre hospitalier de l'agglomération montargoise à la CPAM de Loir-et-Cher mais par son assureur, la société hospitalière d'assurances mutuelles, devenue société Relyens Mutual Insurance, l'établissement hospitalier n'est pas fondé à en solliciter le remboursement dans le cadre de la présente instance. Par suite, il y a lieu de rejeter les conclusions reconventionnelles présentées par le centre hospitalier de l'agglomération montargoise.
Sur l'indemnité forfaitaire de gestion :
24. L'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale permet aux caisses d'assurance maladie exerçant leur recours subrogatoire de recouvrer une indemnité forfaitaire de gestion égale au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans des limites fixées par arrêté.
25. En l'espèce, il y a lieu de condamner le centre hospitalier de l'agglomération montargoise à verser à la caisse primaire d'assurance maladie de Loir-et-Cher la somme de 1 191 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.
Sur les intérêts :
26. Aux termes de l'article 1231-6 du code civil : " Les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d'une obligation de somme d'argent consistent dans l'intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure. Ces dommages et intérêts sont dus sans que le créancier soit tenu de justifier d'aucune perte () ".
27. La CPAM de Loir-et-Cher demande que les indemnités qui lui sont allouées au titre de ses débours soient assorties des intérêts au taux légal. Toutefois, dès lors que le présent jugement ne prononce aucune condamnation au titre du remboursement des débours de la caisse, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande d'intérêts présentée par la caisse.
Sur les dépens :
28. Il y a lieu de mettre à la charge définitive du centre hospitalier de l'agglomération montargoise les frais et honoraires d'expertise du professeur K, taxés et liquidés à la somme de 0,00 euro par l'ordonnance du 20 septembre 2016 du président du tribunal, ainsi que ceux du sapiteur de cette expertise, liquidés et taxés à la somme de 500 euros par ordonnance du 2 novembre 2016 du président du tribunal administratif. Il y a également lieu de mettre à la charge définitive du centre hospitalier de l'agglomération montargoise les frais et honoraires d'expertise du docteur F, liquidés et taxés à la somme de 2 597,40 euros par ordonnance du 5 avril 2023 du président du tribunal administratif.
Sur les frais liés au litige non compris dans les dépens :
29. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce de faire application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge du centre hospitalier de l'agglomération montargoise une somme de 1 500 euros à verser à M. C G A, à M. H A et à Mme D B au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens. En revanche il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de la caisse primaire d'assurance maladie de Loir-et-Cher, présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er r : Le centre hospitalier de l'agglomération montargoise est condamné à verser à M. C G A une somme de 199 799,80 euros en réparation de ses préjudices.
Article 2 : Le centre hospitalier de l'agglomération montargoise est condamné à verser à M. H A et à Mme D B une somme de 2 117,92 euros chacun, en réparation de leurs préjudices.
Article 3 : Les conclusions présentées par le centre hospitalier de l'agglomération montargoise, tendant à la condamnation de la caisse primaire d'assurance maladie de Loir-et-Cher à lui verser la somme de 1 961,19 euros, sont rejetées.
Article 4 : Le centre hospitalier de l'agglomération montargoise versera une somme de 1 191 euros à la caisse primaire d'assurance maladie de Loir-et-Cher, en application de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.
Article 5 : Les frais et honoraires d'expertise du professeur K, taxés et liquidés à la somme de 0,00 euro par l'ordonnance du 20 septembre 2016 du président du tribunal, ainsi que ceux du professeur E, sapiteur de cette expertise, liquidés et taxés à la somme de 500 euros par ordonnance du 2 novembre 2016 du président du tribunal administratif sont mis à la charge définitive du centre hospitalier de l'agglomération montargoise. Les frais et honoraires d'expertise du docteur F, liquidés et taxés à la somme de 2 597,40 euros par ordonnance du 5 avril 2023 du président du tribunal administratif sont mis à la charge définitive du centre hospitalier de l'agglomération montargoise.
Article 6 : Le centre hospitalier de l'agglomération montargoise versera une somme globale de 1 500 euros à M. C G A, à M. H A et à Mme D B, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 7 : Le surplus des conclusions de M. C G A, de M. H A, de Mme D B et de la caisse primaire d'assurance maladie de Loir-et-Cher est rejeté.
Article 8 : Le présent jugement sera notifié à M. C G A, à M. H A, à Mme D B, au centre hospitalier de l'agglomération montargoise, à la caisse primaire d'assurance maladie de Loir-et-Cher et à la Mutuelle GMC Henner.
Copie en sera adressée à la société Relyens Mutual Insurance, au professeur K, au professeur E et au docteur F, experts.
Délibéré après l'audience du 22 février 2024, à laquelle siégeaient :
M. Guével, président,
Mme Bernard, première conseillère,
M. Nehring, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mars 2024.
Le rapporteur,
Virgile NEHRING
Le président,
Benoist GUEVEL
La greffière,
Agnès BRAUD
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026