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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2001958

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2001958

vendredi 14 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2001958
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantLECOCQ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 18 juin 2020, le 25 janvier 2021 et le 1er avril 2022, M. et Mme B et C A, représentés par Me Lecocq, avocat, demande au tribunal de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles ils ont été assujetti au titre des années 2014 et 2015.

Ils soutiennent que :

- les dépenses engagées par la société Etablissements Marchand, regardées par l'administration comme des revenus distribués, sont des dépenses de sponsoring déductibles en application du 7° du 1 de l'article 39 du code général des impôts ;

- ils n'ont tiré aucun avantage des dépenses litigieuses ;

- dans l'hypothèse où les dépenses devraient être regardées comme non déductibles, seule la société Equi'Jump en a tiré bénéfice ;

- s'agissant de la majoration de 40 % mise en œuvre par l'administration, ni l'élément matériel, ni l'élément intentionnel du manquement délibéré ne sont établis.

Par des mémoires enregistrés le 10 décembre 2020, le 24 mars 2022 et le 4 avril 2022, le directeur de la direction spécialisée du contrôle fiscal Centre-Ouest conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- alors que les dépenses litigieuses n'ont pas été engagées par la société Etablissements Marchand dans l'intérêt de son exploitation, les dirigeants et principaux actionnaires de la société, en la personne des requérants, en ont tiré profit en leur qualité de propriétaires des chevaux mis en pension dans les écuries de la société Ecurie Escande et en leur qualité de propriétaires de la société Equi'Jump ;

- eu égard à l'importance des revenus regardés comme distribués par rapport à la totalité des revenus des époux A et à la qualité de dirigeant des Etablissements Marchand de M. A, l'intention d'éluder l'impôt est établie et justifie l'application de la majoration de 40 % prévue par l'article 1729 du code général des impôts.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D,

- et les conclusions de Mme Doisneau-Herry, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La société par actions simplifiée (SAS) Etablissements Marchand, dont M. A est le dirigeant et associé unique avec son épouse à la date de clôture des exercices 2014 et 2015, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité au titre de la période allant du 1er avril 2012 au 31 mars 2015 étendue en matière de taxe sur la valeur ajoutée jusqu'au 31 mars 2016. A l'issue de ce contrôle, une proposition de rectification a été notifiée à son dirigeant, M. A, comportant notamment des rehaussements d'impôt sur les sociétés et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée consécutifs à la réintégration des dépenses de sponsoring et de publicité facturées par les sociétés Ecurie Escande et la société Equi'Jump ainsi que des frais d'acquisition et d'entretien de deux véhicules de transport de chevaux considérés comme n'ayant pas été engagés dans l'intérêt de l'entreprise. M. et Mme A ont fait l'objet en 2017 d'un examen contradictoire de leur situation fiscale personnelle qui a permis à l'administration de tirer les conséquences de la vérification de comptabilité de la SAS Etablissements Marchand pour l'imposition des revenus du foyer fiscal en imposant entre leurs mains en tant que revenus distribués les charges réintégrées au résultat de la société. Une proposition de rectification a été adressée aux époux A le 22 novembre 2017 à laquelle ils ont répondu le 19 janvier 2018. Le service a répondu à ces observations par lettre du 21 mars 2018 en maintenant la totalité des rehaussements notifiés. Après le rejet de leur recours hiérarchique et de leur recours devant l'interlocuteur de la direction spécialisée de contrôle fiscal Centre-Ouest, et à la suite de la mise en recouvrement des impositions litigieuses, M. et Mme A ont présenté le 19 novembre 2019 une réclamation qui a été rejetée par une décision du 15 mai 2020.

Sur le bien-fondé des impositions :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 39 du code général des impôts : " 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant, sous réserve des dispositions du 5, notamment : () / 7° Les dépenses engagées dans le cadre de manifestations de caractère philanthropique, éducatif, scientifique, social, humanitaire, sportif, familial, culturel ou concourant à la mise en valeur du patrimoine artistique, à la défense de l'environnement naturel ou à la diffusion de la culture, de la langue et des connaissances scientifiques françaises, lorsqu'elles sont exposées dans l'intérêt direct de l'exploitation () ".

3. En vertu des règles qui gouvernent l'attribution de la charge de la preuve devant le juge administratif, applicables sauf loi contraire, s'il incombe, en principe, à chaque partie d'établir les faits nécessaires au succès de sa prétention, les éléments de preuve qu'une partie est seule en mesure de détenir ne sauraient être réclamés qu'à celle-ci. Il appartient, dès lors, au contribuable, pour l'application des dispositions précitées du code général des impôts, de justifier tant du montant des créances de tiers, amortissements, provisions et charges qu'il entend déduire du bénéfice net défini à l'article 39 du code général des impôts que de la correction de leur inscription en comptabilité, c'est-à-dire du principe même de leur déductibilité. En ce qui concerne les charges, le contribuable apporte cette justification par la production de tous éléments suffisamment précis portant sur la nature de la charge en cause, ainsi que sur l'existence et la valeur de la contrepartie qu'il en a retirée. Dans l'hypothèse où le contribuable s'acquitte de cette obligation, il incombe ensuite au service, s'il s'y croit fondé, d'apporter la preuve de ce que la charge en cause n'est pas déductible par nature, qu'elle est dépourvue de contrepartie, qu'elle a une contrepartie dépourvue d'intérêt pour le contribuable ou que la rémunération de cette contrepartie est excessive.

4. Il résulte de l'instruction que la SAS Etablissements Marchand a porté dans ses charges déductibles des exercices clos en 2013, 2014 et 2015, d'une part, au compte 623710000 - Sponsoring et au compte 623000000 - Publicité, publications, relations, des sommes facturées en application de conventions de sponsoring conclues le 12 octobre 2012 avec les sociétés Ecurie Escande et Equi'Jump et d'autre part, les frais liés à l'acquisition, la détention et l'entretien de véhicules destinés au transport de chevaux et utilisés par la société Ecurie Escande. Si les requérants font valoir que ces dépenses s'inscrivaient dans le cadre d'une politique de promotion de la marque " Etablissements Marchand " et de publicité d'une nouvelle gamme de produits à destination de la filière équestre, ils n'établissent pas qu'au titre des périodes en cause, une quelconque publicité aurait été faite au profit de la société. Ainsi, les requérants n'établissent pas que la SAS Etablissements Marchand a exposé les dépenses en cause dans l'intérêt direct de son exploitation. Dès lors, ils ne sont pas fondés à soutenir que c'est à tort que l'administration a remis en cause la déduction des charges litigieuses.

5. En second lieu, aux termes de l'article 111 du code général des impôts : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : () / c. les rémunérations et avantages occultes () " et aux termes de l'article 47 de l'annexe II du même code : " Toute rectification du bénéfice imposable à l'impôt sur les sociétés au titre d'une période sera prise en compte au titre de la même période pour le calcul des sommes distribuées ".

6. Il résulte de l'instruction que les dépenses de parrainage et les frais de détention de véhicules de transport de chevaux dont la déduction a été refusée par l'administration ont été engagés par la société Etablissements Marchand aux fins d'entretenir des chevaux appartenant aux requérants directement ou indirectement par l'intermédiaire de la société Equi'Jump, dont les époux A et la société Etablissements Marchand sont actionnaires respectivement à hauteur de 90 % et 10 % et dont Mme A est gérante. Dès lors les requérants ne sont pas fondés à soutenir que c'est à tort que l'administration a considéré ces dépenses comme des rémunérations et avantages occultes au sens du c de l'article 111 du code général des impôts et les a réintégrées à leur revenu dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers.

Sur la majoration de 40 % pour manquement délibéré :

7. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré () ".

8. L'administration a assorti les impositions supplémentaires auxquelles ont été assujettis les requérants d'une majoration de 40 % pour manquement délibéré. M. et Mme A font valoir que l'administration n'établit pas la matérialité des faits reprochés et le fait qu'ils aient intentionnellement commis les manquements relevés afin d'éluder l'impôt. Or, d'une part, il résulte de ce qui a été dit au point 4 que l'administration était fondée à refuser la déduction des charges litigieuses. D'autre part, M. A, en sa qualité de dirigeant et principal actionnaire de la société Etablissements Marchand, et son épouse, en sa qualité de gérante et actionnaire de la société Equi'Jump, et tous deux étant propriétaires, directement ou indirectement, des chevaux confiés aux écuries de la société Ecurie Escandre, ils ne pouvaient ignorer le caractère anormal de cet acte de gestion et le bénéficiaire réel des dépenses engagées. Dès lors ils ne sont pas fondés à soutenir que c'est à tort que l'administration a assorti les impositions auxquelles ils ont été assujettis de la majoration de 40 % prévu par l'article 1729 du code général des impôts.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête présentée par M. et Mme A doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme B et C A et au directeur de la direction spécialisée de contrôle fiscal Centre-Ouest.

Délibéré après l'audience du 30 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Dorlencourt, président,

Mme Le Toullec, première conseillère,

M. Lardennois, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 octobre 2022.

Le rapporteur,

Stéphane D

Le président,

Frédéric DORLENCOURT

Le greffier,

Alexandre HELLOT

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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