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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2002276

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2002276

mercredi 13 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2002276
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1ère chambre
Avocat requérantSELARL Jean Philippe DEVEVEY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 juillet 2020 et un mémoire déposé le 27 mai 2022, la SARL EB Développement et la SAS FIBM, représentées par Me Devevey, doivent être regardées comme demandant au tribunal :

1°) de condamner la commune de Chalette-sur-Loing à payer à la SARL EB Développement une somme globale de 419 602,38 euros, en tant que responsable de la mise en redressement judiciaire de la SARL Roggiani dont elle détient, avec la société FIBM, une majorité de parts, somme augmentée des intérêts au taux légal à compter de la demande préalable d'indemnisation et de la capitalisation de ces intérêts ;

2°) de condamner la commune de Chalette-sur-Loing à payer à la société FIBM une somme de 63 996,58 euros du fait de la perte définitive de sa créance détenue sur la société Roggiani ainsi qu'une somme de 135 000 euros représentant la valeur de ses titres de participation dans le capital de la société Roggiani, somme augmentée des intérêts au taux légal à compter de la demande préalable d'indemnisation et de la capitalisation de ces intérêts ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Chalette-sur-Loing la somme de 10 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

Concernant le marché de construction de la piscine :

- la commune a commis une faute en refusant le paiement des situations de travaux alors qu'aucune non-conformité des pentes des chapes ne pouvait être reprochée à la société Roggiani ;

- elle a également commis une faute, aucun retard ne justifiant les pénalités infligées ;

Concernant les lots du marché de construction de l'école Vésines :

- la commune ne pouvait résilier les marchés de plein droit pour tardiveté de la réponse de l'administrateur judiciaire quant à la poursuite des travaux ;

- le motif d'intérêt général soutenu n'est pas fondé.

Par un mémoire enregistré le 24 janvier 2022, la commune de Chalette-sur-Loing, représentée par Me Taulet, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge des sociétés requérantes une somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable, pour défaut d'intérêt à agir des deux sociétés ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 3 mai 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 29 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des marchés publics ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A ;

- et les conclusions de Mme Best-De Gand, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Dans le cadre de la construction de la piscine municipale et du groupe scolaire de Vésines, la commune de Chalette-sur-Loing a attribué les lots de deux marchés publics de travaux à la SARL Roggiani. Les parts de cette société étaient détenues à 100 % par la SAS FIBM, dont 50,30 % des parts étaient elles-mêmes détenues par la société

EB Développement. Par ordonnance du 13 février 2019 du tribunal de commerce d'Orléans, la société Roggiani a été placée en redressement judiciaire. Par courrier du 4 mars 2019, le maire de la commune de Chalette-sur-Loing a ensuite mis en demeure l'administrateur judiciaire désigné, Me Alexis Ponroy de la société AJ Associés, de lui indiquer si la société Roggiani entendait poursuivre l'exécution des marchés publics dont elle était titulaire. Par un courrier du 5 avril 2019, l'administrateur judiciaire a fait part de sa volonté de poursuivre l'exécution des lots n° 11 et n° 12 attribués à la société dans le cadre des travaux de construction du groupe scolaire et des lots n° 5 et n° 14 attribués dans le cadre de la construction de la piscine. Il a cependant informé la commune de sa décision de ne pas poursuivre l'exécution du lot n° 16 " revêtement de sol, chape " notifié le 19 juillet 2017 du marché public de construction de la piscine. Par courrier du 9 avril 2019, la commune de Chalette-sur-Loing a ensuite informé l'administrateur judiciaire qu'elle résiliait les deux marchés dont la société Roggiani était attributaire dans le cadre de la construction du groupe scolaire. Le 5 juin 2019, le tribunal de commerce d'Orléans a prononcé la liquidation judiciaire de la société Roggiani.

2. Par la présente requête, les sociétés EB Développement et FIBM demandent au tribunal de condamner la commune de Chalette-sur-Loing à verser, d'une part, à la société EB Développement la somme globale de 419 602,38 euros en réparation du préjudice subi du fait de la mise en redressement judiciaire de la société Roggiani, d'autre part, à la société FIBM les sommes de 63 996,58 euros du fait de la perte définitive de sa créance détenue sur la société Roggiani et de 135 000 euros représentant la valeur de ses titres de participation dans le capital de la société Roggiani, avec, pour l'ensemble, intérêts au taux légal à compter de la demande préalable d'indemnisation du 5 juin 2019 et capitalisation des intérêts.

Sur les conclusions indemnitaires :

3. En premier lieu, les requérantes soutiennent que les problématiques rencontrées quant à la pente des chapes n'étaient pas de nature à justifier le refus de paiement des situations de travaux à la société Roggiani ni l'infliction de pénalités de retard, le chantier ayant été arrêté pour un problème beaucoup plus sérieux qui était la non-conformité de la couverture des bassins et que ces refus de paiement ont conduit la société Roggiani à la cessation de paiement, qui a débouché sur l'ouverture de la procédure de redressement judiciaire puis de liquidation judiciaire.

4. Toutefois, les requérantes n'établissent par aucune pièce ces refus de paiement. Elles n'établissent pas non plus que la société Roggiani aurait respecté les délais impartis alors que la commune de Chalette-sur-Loing fait valoir, sans être contredite, qu'elle a versé à la société Roggiani la somme de 30 691,98 euros HT pour ces travaux non-conformes qui ont dû être repris. Au demeurant, il résulte de l'instruction et en particulier de l'extrait du rapport de l'expert mandaté par le tribunal remis le 4 mars 2020 que les pentes de chapes de la piscine étaient non-conformes et ont impacté les plénums et que cette non-conformité est imputable à 90 % à la société Roggiani. Par suite, la faute alléguée de la commune n'est aucunement établie.

5. En second lieu, il résulte de l'instruction que la commune de Chalette-sur-Loing a résilié les marchés publics correspondants aux lots n° 11 et n° 12, non pour faute de la société Roggiani, mais pour un motif d'intérêt général tenant en particulier à l'urgence de poursuivre les travaux en vue de la livraison du groupe scolaire pour le début d'année scolaire 2019-2020, les élèves ayant été affectés en prenant en compte la capacité d'accueil des écoles de la commune, augmentée de ce nouveau groupe scolaire, tandis que la réalisation de ces prestations accusait déjà plusieurs semaines de retard.

6. Par suite, la résiliation ayant été prononcée pour un motif d'intérêt général, les sociétés requérantes ne peuvent utilement soutenir que la commune a commis une faute en lui opposant, d'une part, le caractère tardif de sa réponse à sa mise en demeure, alors qu'elle était dans les délais, d'autre part, l'absence de garantie apportée concernant les moyens matériels et humains dont la société Roggiani disposait pour poursuivre les travaux, alors que la commune avait par ailleurs refusé d'agréer le sous-traitant proposé.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées en défense et alors, qu'au surplus, l'actionnaire d'une société à l'égard de laquelle une personne publique a commis une faute de nature à engager sa responsabilité ne peut prétendre à une indemnisation que s'il justifie d'un préjudice personnel, distinct du préjudice dont la société pourrait obtenir réparation et directement imputable à la faute commise et qu'en l'espèce, ainsi que le fait valoir le défendeur, les sociétés requérantes n'établissent pas un tel préjudice personnel, que les conclusions indemnitaires des sociétés requérantes doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Chalette-sur-Loing, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que les sociétés EB Développement et FIBM demande au titre des frais exposés par elles et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge des requérantes la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la commune de Chalette-sur-Loing et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête des sociétés EB Développement et FIBM est rejetée.

Article 2 : Les sociétés EB Développement et FIBM verseront à la commune de Chalette-sur-Loing une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société EB Développement, à la société FIBM et à la commune de Chalette-sur-Loing.

Délibéré après l'audience du 21 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,

Mme Vincent, première conseillère,

M. Joos, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2022.

La rapporteure,

Laurence A

La présidente,

Anne LEFEBVRE-SOPPELSALa greffière,

Sarah LEROY

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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