jeudi 29 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2002284 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | SCP LE METAYER & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 9 juillet 2020 et le 7 septembre 2020, la société à responsabilité limitée AVL-Terrain 41, représentée par la SCP Le Métayer et associés, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels elle a été assujettie au titre de la période du 1er février 2013 au 31 janvier 2015 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que l'administration ajoute une condition non prévue par la loi en subordonnant le bénéfice du régime de la taxe sur la valeur ajoutée sur la marge prévue par les dispositions de l'article 268 du code général des impôts à une condition d'identité juridique entre le bien acquis et le bien revendu.
Par un mémoire enregistré le 26 janvier 2021, le directeur de la direction spécialisée de contrôle fiscal Centre-Ouest conclut au rejet de la requête.
Il soutient que la mise en œuvre du régime de taxe sur la valeur ajoutée prévu à l'article 268 du code général des impôts suppose nécessairement que le bien revendu ait une qualification juridique identique à celle du bien acquis, la notion d'achat-revente de terrains à bâtir ou de bâtiments devant s'entendre comme excluant toutes opérations de transformation ; ainsi, les opérations consistant en l'espèce en la revente comme terrain à bâtir, après division parcellaire, de terrains initialement acquis comme terrains d'assiette d'immeubles bâtis ne peuvent bénéficier du régime dérogatoire, d'interprétation stricte, mais doivent être soumises à la taxe sur la valeur ajoutée sur le prix total de cession.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive 2006/112/CE du Conseil du 28 novembre 2006 relative au système commun de taxe sur la valeur ajoutée ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- les conclusions de Mme Doisneau-Herry, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La SARL AVL-Terrain 41 est spécialisée dans le secteur d'activité de la promotion immobilière. Elle a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er février 2013 au 30 novembre 2016. Par une proposition de rectification du 25 juillet 2017, l'administration a remis en cause l'application par la société de la taxe sur la valeur ajoutée sur la marge, prévue à l'article 268 du code général des impôts, à la vente entre le 25 septembre 2013 et le 22 février 2014 de cinq terrains à bâtir situés dans la commune de Saint-Gervais-La-Forêt. Des rappels de taxe sur la valeur ajoutée, assortis des intérêts de retard, portant sur la période du 1er février 2013 au 31 janvier 2015 ont été mis en recouvrement le 15 décembre 2017 pour un montant total de 13 125 euros. Sa réclamation du 9 mars 2020 ayant été rejetée par l'administration par une décision du 8 juin 2020, la société AVL-Terrain 41 demande la décharge, en droits et pénalités, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée ainsi mis à sa charge.
2. Selon l'article 12 de la directive du Conseil du 28 novembre 2006 relative au système commun de taxe sur la valeur ajoutée : " 1. Les Etats membres peuvent considérer comme assujetti quiconque effectue, à titre occasionnel, () une seule des opérations suivantes : / a) la livraison d'un bâtiment ou d'une fraction de bâtiment et du sol y attenant, effectuée avant sa première occupation ; / b) la livraison d'un terrain à bâtir. / 2. Aux fins du paragraphe 1, point a), est considérée comme " bâtiment " toute construction incorporée au sol. () / 3. Aux fins du paragraphe 1, point b), sont considérés comme " terrains à bâtir " les terrains nus ou aménagés, définis comme tels par les Etats membres ". Le I de l'article 257 du code général des impôts prévoit que les opérations concourant à la production ou à la livraison d'immeubles, lesquelles comprennent les livraisons à titre onéreux de terrains à bâtir, sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée. En vertu du b du 2 de l'article 266 du même code, l'assiette de la taxe est en principe constituée par le prix de cession.
3. L'article 392 de la directive du Conseil du 28 novembre 2006 dispose toutefois que : " Les Etats membres peuvent prévoir que, pour les livraisons de bâtiments et de terrains à bâtir achetés en vue de la revente par un assujetti qui n'a pas eu droit à déduction à l'occasion de l'acquisition, la base d'imposition est constituée par la différence entre le prix de vente et le prix d'achat ". L'article 268 du code général des impôts, pris pour la transposition de ces dispositions, prévoit que : " S'agissant de la livraison d'un terrain à bâtir (), si l'acquisition par le cédant n'a pas ouvert droit à déduction de la taxe sur la valeur ajoutée, la base d'imposition est constituée par la différence entre : / 1° D'une part, le prix exprimé et les charges qui s'y ajoutent ; / 2° D'autre part, selon le cas : / a) soit les sommes que le cédant a versées, à quelque titre que ce soit, pour l'acquisition du terrain () / b) soit la valeur nominale des actions ou parts reçues en contrepartie des apports en nature qu'il a effectués () ".
4. Il résulte de ces dernières dispositions, lues à la lumière de celles de la directive dont elles ont pour objet d'assurer la transposition et de l'ordonnance C-191/21 du 10 février 2022 rendue par la Cour de justice de l'Union européenne, que les règles de calcul dérogatoires de la taxe sur la valeur ajoutée qu'elles prévoient s'appliquent aux opérations de cession de terrains à bâtir qui ont été acquis en vue de leur revente et ne s'appliquent donc pas à une cession de terrains à bâtir qui, lors de leur acquisition, avaient le caractère d'un terrain bâti, notamment quand le bâtiment qui y était édifié a fait l'objet d'une démolition de la part de l'acheteur-revendeur ou quand le bien acquis a fait l'objet d'une division parcellaire en vue d'en céder séparément des parties ne constituant pas le terrain d'assiette du bâtiment, quand bien même l'acheteur-revendeur avait, dès l'acquisition de l'ensemble immobilier, l'intention de procéder à une opération de division en terrains à bâtir.
5. Il résulte de l'instruction que la société requérante a acquis, le 29 octobre 2010, auprès de personnes physiques non assujetties à la taxe sur la valeur ajoutée, un ensemble immobilier situé sur le territoire de la commune de Saint-Gervais-La-Forêt comprenant une maison d'habitation, plusieurs bâtiments et un terrain attenant à usage de jardin. Cet ensemble immobilier était ainsi constitutif de terrains bâtis et non de terrains nus ou aménagés au sens de l'article 12 de la directive du Conseil du 28 novembre 2006. Postérieurement à cette acquisition, des lots à bâtir ont été créés à partir de cet ensemble immobilier. Ils ont été revendus à des particuliers au cours de la période en litige les 25 septembre 2013, 2 octobre 2013, 16 octobre 2013, 30 octobre 2013 et 22 février 2014. Toutefois, dès lors que les cinq parcelles à bâtir considérées constituaient, lors de leur acquisition, une unité foncière ayant le caractère d'un terrain bâti, et que la division parcellaire du terrain n'est intervenue que postérieurement à son acquisition, la société requérante ne pouvait appliquer à leur cession la taxe sur la valeur ajoutée sur la marge prévue par les dispositions précitées de l'article 268 du code général des impôts. Compte tenu du changement de qualification juridique du bien postérieurement à son acquisition, l'administration a pu à bon droit, sans ajouter de condition à la loi assurant la transposition de l'article 392 de la directive 2006/112, remettre en cause cette application et regarder les cessions litigieuses comme devant être assujetties à la taxe sur la valeur ajoutée sur le prix total de cession.
6. Il résulte de ce qui précède que la SARL AVL-Terrain 41 n'est pas fondée à demander la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels elle a été assujettie. Sa requête doit dès lors être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SARL AVL-Terrain 41 est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL AVL-Terrain 41 et au directeur de la direction spécialisée de contrôle fiscal Centre-Ouest.
Délibéré après l'audience du 16 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Dorlencourt, président,
Mme Le Toullec, première conseillère,
M. Lardennois, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2022.
Le rapporteur,
Stéphane A
Le président,
Frédéric DORLENCOURT
La greffière,
Isabelle METEAU
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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01/06/2026
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