jeudi 18 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2002355 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | LABRO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, transmise par le tribunal administratif de Montreuil le 8 juillet 2020, enregistrée le 9 juillet 2020 sous le numéro 2002355 et un mémoire enregistré le 3 mars 2021, la société par actions simplifiée (SAS) Clinique du Saint Cœur, représentée par Me Labro, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 27 janvier 2020 par laquelle l'Etablissement français du sang (EFS) a rejeté sa demande tendant au remboursement de la somme de 7 481,04 euros correspondant au montant de la taxe sur la valeur ajoutée qui lui a été facturée entre le 31 janvier 2015 et le 31 décembre 2018 ;
2°) de condamner l'EFS à lui verser la somme de 7 481,04 euros correspondant au montant de la taxe sur la valeur ajoutée qui lui a été facturée entre le 31 janvier 2015 et le 31 décembre 2018 ;
3°) de mettre à la charge de l'EFS la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les ventes de produits sanguins à finalité thérapeutique sont exonérées de taxe sur la valeur ajoutée, comme l'a jugé la Cour de justice de l'Union européenne dans un arrêt du 5 octobre 2016 ;
- elle est recevable à demander à l'Etablissement français du sang (EFS) le remboursement de la fraction du prix de vente des produits sanguins correspondant à la taxe sur la valeur ajoutée qui a été mise à tort à sa charge ;
- cette fraction du prix correspondant à la taxe sur la valeur ajoutée collectée lors des opérations de vente de produits sanguins est une créance commerciale et non fiscale, peu important que l'EFS ait reversé au trésor public ce montant ;
- cet établissement ne peut pas se prévaloir de l'interprétation de la loi fiscale faite par l'administration fiscale pour refuser de faire droit à sa demande de remboursement ;
- cet établissement ne peut pas lui opposer la prescription prévue par l'article R. 196-1 du livre des procédures fiscales qui n'est applicable qu'en matière fiscale.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 29 janvier 2021, 28 mai 2021 et 19 janvier 2023, l'Etablissement français du sang (EFS), représenté par Me Alparslan, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de la société Clinique du Saint Cœur la somme de 4 000 euros au titre des frais liés au litige.
Il fait valoir que :
- les conclusions indemnitaires sont mal dirigées et donc irrecevables dès lors qu'il n'a fait que collecter pour le compte du trésor public le montant de la taxe sur la valeur ajoutée auquel il l'a reversée ;
- il a collecté de la taxe sur la valeur ajoutée sur les opérations de ventes de produits sanguins conformément à l'interprétation, alors en vigueur, de la loi fiscale par l'administration fiscale et la réglementation en vigueur ;
- dans la mesure où la société requérante demande le remboursement d'une créance fiscale les règles de prescription applicables sont celles mentionnées à l'article R. 196-1 du livre des procédures fiscales.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive 2006/112/CE du Conseil du 28 novembre 2006 ;
- le code civil ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Nehring,
- et les conclusions de M. Gauthier, rapporteur public.
Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. La société par actions simplifiée (SAS) Clinique du Saint Cœur, établissement privé de santé, s'est fait livrer par l'Etablissement français du sang (EFS) des produits sanguins labiles que celui-ci lui a facturés, entre le 31 janvier 2015 et le 31 décembre 2018, pour un prix toutes taxes comprises incluant la taxe sur la valeur ajoutée au taux réduit de 2,1 %. Par une demande préalable reçue le 1er octobre 2019, la société Clinique du Saint Cœur a demandé à l'EFS de lui rembourser la somme de 7 481,04 euros correspondant à la taxe sur la valeur ajoutée qu'elle estime avoir indument supportée sur les produits qui lui ont été facturés entre le 31 janvier 2015 et le 31 décembre 2018. Cette demande ayant été rejetée par l'EFS le 27 janvier 2020, la société Clinique du Saint Cœur demande au tribunal de condamner cet établissement à lui la restituer la somme de 7 481,04 euros.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. La décision du 27 janvier 2020 par laquelle le directeur de l'EFS a rejeté la réclamation de la société requérante a eu pour seul effet de lier le contentieux et a donné à l'ensemble de sa demande le caractère d'un recours de plein contentieux, ce dont il résulte que la société requérante ne peut utilement demander l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions indemnitaires :
3. Les dispositions du d du 1 de l'article 132 de la directive 2006/112/CE du Conseil du 28 novembre 2006 relative au système commun de taxe sur la valeur ajoutée, transposées par les dispositions du 2° du 4 de l'article 261 du code général des impôts, prévoient que les livraisons de sang humain sont exonérées de la taxe sur la valeur ajoutée. Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne, et notamment de l'arrêt du 5 octobre 2016 TMD Gesellschaft für transfusionsmedizinische Dienste mbH C-412/15, que sont inclus dans le champ de cette exonération les livraisons de produits sanguins labiles destinés à un usage thérapeutique direct.
4. Par suite, les dispositions de l'article 281 octies du code général des impôts dans leur rédaction en vigueur jusqu'au 31 décembre 2021, aux termes desquelles : " La taxe sur la valeur ajoutée est perçue au taux de 2,10 % pour les livraisons portant () sur les produits visés au 1° () de l'article L. 1221-8 du code de la santé publique. () ", c'est-à-dire les " produits sanguins labiles, comprenant notamment le sang total, le plasma dans la production duquel n'intervient pas un processus industriel, quelle que soit sa finalité, et les cellules sanguines d'origine humaine ", étaient contraires aux dispositions du d du 1 de l'article 132 de la directive 2006/112/CE du Conseil du 28 novembre 2006 en tant qu'elles assujettissaient à la taxe sur la valeur ajoutée les produits sanguins labiles destinés à un usage thérapeutique direct.
5. Il résulte de l'instruction que, jusqu'au mois de décembre 2018, l'EFS a facturé les produits sanguins labiles à usage thérapeutique qu'il livrait en soumettant ces livraisons à la taxe sur la valeur ajoutée au taux de 2,10 % en application des dispositions de l'article 281 octies du code général des impôts, dans leur rédaction alors en vigueur, et de celles de l'article 4 de l'arrêté du 9 mars 2010 relatif au tarif de cession des produits sanguins labiles, dans sa rédaction en vigueur jusqu'au 26 décembre 2018. Il résulte de ce qui a été dit au point 3 et n'est pas contesté que cette taxe sur la valeur ajoutée a été facturée en méconnaissance du droit de l'Union européenne.
6. D'une part, aux termes du premier alinéa de l'article 1302 du code civil : " () ce qui a été reçu sans être dû est sujet à restitution ". Aux termes de l'article 1302-1 du même code : " Celui qui reçoit par erreur ou sciemment ce qui ne lui est pas dû doit le restituer à celui de qui il l'a indûment reçu ".
7. D'autre part, il résulte de la directive 2006/112/CE du Conseil du 28 novembre 2006 relative au système commun de taxe sur la valeur ajoutée, telle qu'interprétée par la Cour de justice de l'Union européenne notamment dans son arrêt du 15 mars 2007 Reemtsma Cigarettenfabriken GmbH C-35/05, que, lorsque l'acquéreur d'un bien a versé au fournisseur la taxe sur la valeur ajoutée mentionnée à tort sur les factures émises par ce dernier, il ne peut se prévaloir d'un droit à déduction de cette taxe. Les autorités fiscales nationales sont, dès lors, fondées à refuser à l'acquéreur l'exercice de ce droit ainsi que, le cas échéant, la restitution du crédit de taxe déductible qui en découle. En revanche, l'acquéreur peut demander au fournisseur le remboursement de la taxe qu'il a indûment supportée. Si la restitution de la taxe sur la valeur ajoutée devient impossible ou excessivement difficile, notamment en cas d'insolvabilité du vendeur, le principe d'effectivité peut exiger que l'acquéreur puisse présenter sa demande de restitution directement aux autorités fiscales nationales lesquelles peuvent, avant d'accorder la restitution demandée, vérifier que le risque de perte de recettes fiscales a été préalablement éliminé, notamment du fait que l'auteur de la facture erronée a reversé au Trésor public la taxe indûment collectée.
8. Par suite, la société Clinique du Saint Cœur est fondée, par la voie d'une action civile en restitution de l'indu, à demander à l'EFS le remboursement de la taxe sur la valeur ajoutée facturée à tort sur les livraisons de produits sanguins labiles, sans que puissent lui être opposées ni la correcte exécution du contrat, ni l'exception de recours parallèle de la procédure fiscale de restitution d'impositions indues prévue par l'article L. 190 du livre des procédures fiscales, ni les règles de prescription mentionnées à l'article R. 196-1 du livre des procédures fiscales, et sans préjudice d'une éventuelle action mettant en cause la responsabilité de l'Etat.
9. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de condamner l'EFS à verser à la société Clinique du Saint Cœur la somme de 7 481,04 euros.
Sur les frais liés au litige :
10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'EFS une somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions de l'EFS présentées au titre des frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etablissement français du sang est condamné à verser une somme de 7 481,04 euros à la société Clinique du Saint Cœur.
Article 2 : L'Etablissement français du sang versera une somme de 800 euros à la société Clinique du Saint Cœur en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société Clinique du Saint Cœur et à l'Etablissement français du sang.
Délibéré après l'audience du 4 juillet 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Rouault-Chalier, présidente,
Mme Bernard, première conseillère,
M. Nehring, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.
Le rapporteur,
Virgile NEHRING
La présidente,
Patricia ROUAULT-CHALIER
La greffière,
Céline BOISGARD
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026