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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2002450

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2002450

jeudi 16 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2002450
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantMAURY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 16 juillet 2020, 6 avril 2021 et 20 janvier 2023, M. K A C et Mme J A C, représentés par Me Boisgard, demandent au tribunal :

1°) de condamner solidairement le centre hospitalier régional universitaire (CHRU) de Tours et son assureur, la société hospitalière d'assurances mutuelles (SHAM), à verser à M. A C la somme totale de 77 921,91 euros et à Mme A C la somme totale de 15 000 euros en réparation de leurs préjudices respectifs en lien avec la prise en charge de M. A C au sein de l'établissement hospitalier, augmentés des intérêts de droit à compter de la réception de leur demande préalable ;

2°) de mettre à la charge solidaire du CHRU de Tours et de la SHAM la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les dépens.

Ils soutiennent que :

- le CHRU de Tours a commis une faute de nature à engager sa responsabilité dès lors qu'il a commis une erreur de diagnostic et une erreur d'indication opératoire en diagnostiquant à M. A C un cancer du pancréas alors qu'il était atteint d'une pancréatite auto-immune ;

- cette faute est à l'origine d'une perte de chance de 100 % d'éviter l'intervention d'exérèse pancréatique extensive de la queue du pancréas, du rein gauche, d'une partie du colon et de la rate, cause de ses préjudices ;

- s'agissant des préjudices de M. A C, le CHRU de Tours et la SHAM devront être condamnés à l'indemniser à hauteur de 3 964,41 euros au titre des frais divers, 4 017,50 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire, 20 000 euros au titre des souffrances endurées, 5 000 euros au titre du préjudice esthétique temporaire, 9 940 euros au titre du déficit fonctionnel permanent, 5 000 euros au titre du préjudice esthétique permanent et 30 000 euros au titre de son préjudice exceptionnel ;

- s'agissant des préjudices de Mme A C, le CHRU de Tours et la SHAM devront être condamnés solidairement à lui verser la somme totale de 15 000 euros au titre de son préjudice d'affection.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 15 mars 2021, 15 avril 2021 et 24 février 2023, le centre hospitalier régional universitaire (CHRU) de Tours et la société hospitalière d'assurances mutuelles (SHAM), devenue société Relyens mutual insurance, représentés par Me Derec, concluent, dans le dernier état de leurs écritures, à la limitation de l'indemnisation accordée à M. A C à la somme de 3 977,26 euros et de celle accordée à Mme A C à la somme de 400 euros, à la limitation de l'indemnisation accordée à la CPAM de Loir-et-Cher à la somme de 8 865,08 euros, au rejet des demandes relatives aux frais liés au litige ou à leur limitation à la somme de 1 721,76 euros et à la déduction, en tant que de besoin, des sommes mises à leur charge par le jugement rendu le 19 janvier 2023 par le tribunal judiciaire de Tours.

Ils soutiennent que :

- s'ils ne contestent pas l'engagement de la responsabilité du CHRU de Tours, la part imputable à l'établissement dans la survenance du dommage devra être limitée à 20 % ;

- s'agissant des préjudices de M. A C, le CHRU de Tours ne saurait être condamné à indemniser un montant supérieur à 52,12 euros au titre des frais divers, 190 euros au titre des frais de tierce personne temporaire, 395,34 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire, 400 euros au titre du préjudice esthétique temporaire, 1 000 euros au titre des souffrances endurées, 1 540 euros au titre du déficit fonctionnel permanent et 400 euros au titre du préjudice esthétique permanent ; la demande relative au préjudice exceptionnel sera rejetée ;

- s'agissant du préjudice de Mme A C, le CHRU de Tours ne saurait être condamné à lui verser un montant supérieur à 400 euros au titre de son préjudice d'affection ;

- les montants des condamnations prononcées par le tribunal judiciaire de Tours devront être déduits des sommes mises à la charge de l'établissement hospitalier afin d'éviter une double indemnisation.

Par un mémoire, enregistré le 11 mars 2021, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de Loir-et-Cher, agissant au nom et pour le compte de la CPAM d'Indre-et-Loire, représentée par Me Maury, demande au tribunal :

1°) de condamner le CHRU de Tours à lui verser la somme de 44 325,41 euros au titre des débours qu'elle a exposés pour le compte de son assuré M. A C, assortie des intérêts légaux à la date d'enregistrement de son premier mémoire ;

2°) subsidiairement, de condamner le CHRU de Tours à lui verser la somme de 8 865,08 euros, après application du taux de perte de chance de 20 %, assortie des intérêts légaux à la date d'enregistrement de son premier mémoire ;

3°) en tout état de cause, de condamner le CHRU de Tours à lui verser la somme de 1 098 euros au titre de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale ;

4°) de mettre à la charge du CHRU de Tours la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les manquements imputés au CHRU de Tours ont privé M. A C de toute chance de ne pas subir une résection pancréatique élargie ;

- elle a supporté au profit de son assuré, outre des frais hospitaliers et pharmaceutiques à hauteur de la somme globale de 39 776,49 euros, des indemnités journalières pour un montant de 3 895,90 euros ;

- les dépenses de santé futures imputables à la faute commise par le CHRU de Tours sont évaluées à la somme de 653,02 euros.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. F ;

- les conclusions de Mme Palis De Koninck, rapporteure publique

- et les observations de Me Barata, substituant Me Derec, représentant le CHRU de Tours et la société Relyens mutual insurance.

Considérant ce qui suit :

1. M. K A C, né le 16 avril 1961, s'est présenté au service des urgences de la clinique Léonard de Vinci, établissement de santé privé, le 24 juillet 2012 pour des douleurs paroxystiques de la fosse iliaque gauche. Les examens réalisés ce jour-là n'ont pas décelé d'anormalité. En raison de la persistance des douleurs, un scanner a été réalisé le 2 août 2012 qui a fait apparaitre une masse tissulaire touchant la queue du pancréas. Une ponction biopsie pancréatique a été réalisée le 7 août 2012. Le lendemain, au vu des résultats de la biopsie, le docteur B, anatomopathologiste exerçant au sein du centre de pathologie Origet, établissement de santé privé, a posé un diagnostic de syndrome de masse pancréatique en rapport avec un adénocarcinome canalaire nécrosé. Le 30 août 2012, M. A C a consulté le professeur E, gastroentérologue exerçant au centre hospitalier régional universitaire (CHRU) de Tours en vue d'obtenir un avis complémentaire. Un nouvel examen par scanner a été réalisé le même jour au sein de l'établissement hospitalier, dont le bilan a évoqué un volumineux syndrome de masse de la région corporéo-caudale du pancréas, associé à deux lésions nodulaires de la tête pancréatique présentant des caractéristiques très suspectes d'adénocarcinome perméable. Entre les mois de septembre 2012 et décembre 2012, M. A C a bénéficié de plusieurs examens exploratoires ainsi que de cures de chimiothérapie. A compter du 19 novembre 2012, il a été suivi au CHRU de Tours. Le 4 décembre 2012, l'équipe médicale de l'établissement a décidé, au cours d'une réunion de concertation pluridisciplinaire, d'une chirurgie de spléno-pancréatectomie caudale. Le 19 décembre 2012, M. A C a subi, au sein du CHRU de Tours, une intervention d'adéno-pancréatectomie gauche, de splénectomie, de néphrectomie gauche, de colectomie transverse gauche et de double colostomie en canon de fusils, dont il a conservé des séquelles. Le 31 janvier 2013, les résultats anatomo-pathologiques ont révélé que M. A C était atteint d'une pancréatite auto-immune et non d'un cancer du pancréas, invalidant les diagnostics antérieurs posés par le docteur B ainsi que par l'équipe médicale du CHRU de Tours.

2. Par assignation en référé délivrée le 5 août 2014, M. A C a saisi le tribunal de grande instance de Tours afin que soit organisée une mesure d'expertise médicale. Par ordonnance du 7 avril 2014, la présidente du tribunal de grande instance de Tours a désigné le docteur H comme expert. Ce dernier a déposé son rapport le 14 avril 2017 ainsi qu'un complément d'expertise le 17 avril suivant. Estimant que la responsabilité du CHRU de Tours était engagée, les consorts A C ont adressé à l'établissement une demande indemnitaire préalable, le 20 avril 2020. Du silence de l'administration hospitalière est née une décision implicite de rejet, le 20 juin 2020. Par la requête ci-dessus analysée, M. A C et son épouse, Mme J A C, demandent au tribunal de condamner le CHRU de Tours à verser à M. A C, la somme totale de 77 921,91 euros et à Mme A C la somme totale de 15 000 euros en réparation de leurs préjudices respectifs en lien avec la prise en charge de M. A C au sein de l'établissement hospitalier.

Sur la responsabilité du CHRU de Tours :

3. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise du docteur H rendu dans le cadre d'une instance ouverte devant le tribunal de grande instance de Tours, que le docteur B, anatomopathologiste exerçant au sein du centre de pathologie Origet à Tours, établissement de santé privé, a porté, le 8 août 2012, un diagnostic de syndrome de masse pancréatique en rapport avec un adénocarcinome canalaire nécrosé. Ce diagnostic est qualifié d'erroné par l'expert qui indique qu'il est la conséquence d'un manque de prudence du praticien. Cette faute a, selon l'expert, été à l'origine des séances de chimiothérapie suivies par l'intéressé entre les mois de septembre et novembre 2012. Il résulte du même rapport que le 12 septembre 2012, les résultats de la biopsie ont conclu à l'absence de malignité sur les fragments pancréatiques prélevés. Toutefois, en raison des doutes persistant sur l'origine des douleurs et des troubles présentés par M. A C au niveau du pancréas, l'intéressé a été pris en charge au CHRU de Tours à partir du 19 novembre 2012. Il a bénéficié, le 27 novembre 2012, d'un PET-scanner qui a montré un net foyer hyper métabolique en regard de la queue du pancréas auquel étaient associés un renforcement de la fixation suspect au niveau de la tête du pancréas, une absence d'adénopathie hyper métabolique et une absence d'élément en faveur d'une atteinte extra abdominale. Le 4 décembre 2012, l'équipe médicale du CHRU de Tours a, au cours d'une réunion de concertation pluridisciplinaire, posé un diagnostic de lésion maligne de grande taille située sur la queue du pancréas et a décidé d'une chirurgie de spléno-pancréatectomie caudale. L'expert indique que cette décision n'est pas en tous points conforme aux règles de l'art dès lors qu'au regard du cas de M. A C, des prélèvements extemporanés sur la queue du pancréas auraient dû être demandés par l'équipe médicale alors même que des éléments penchaient en faveur d'un diagnostic différent tels que l'état de santé général du patient, qualifié de " très bien conservé ", l'absence de lésion maligne sur les fragments pancréatiques analysés le 10 septembre 2012, ainsi que les doutes émis par le docteur D, gastro-entérologue ayant réalisé la ponction le 7 août 2012, et qui avait envisagé l'hypothèse d'une maladie auto-immune. En outre, l'expert précise qu'un traitement de corticoïdes pendant une durée de huit jours aurait pu être mis en place avant l'intervention afin d'assurer le diagnostic de lésion maligne. L'expert conclut à une erreur de diagnostic constitutive d'un manquement, ce que ne conteste d'ailleurs pas le CHRU de Tours. Par suite, il y a lieu de considérer que l'équipe médicale du CHRU de Tours a commis une faute de nature à engager la responsabilité de l'établissement.

Sur la perte de chance :

4. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise du docteur H, que l'action des praticiens du CHRU de Tours a privé M. A C d'une chance de pouvoir éviter la colectomie transverse et la néphrectomie gauche à l'origine de ses préjudices. L'expert a évalué cette perte de chance à 20 % en raison de la complexité de diagnostic de la pancréatite auto-immune dont était atteint l'intéressé. Les requérants soutiennent, pour leur part, que compte tenu des manquements imputables à l'équipe médicale du CHRU de Tours, la perte de chance doit être estimée à 100 %. Toutefois, il résulte de l'instruction, et notamment de sa réponse aux dires des requérants, que l'expert s'est fondé en particulier sur les recherches du docteur G exerçant à l'hôpital Beaujon, qui qualifie l'affection dont était atteinte M. A C de " particulièrement piégeuse " concernant le bilan préopératoire, ainsi que sur une étude relatant 45 % de faux positifs de suspicion d'adénocarcinome ou d'une autre tumeur après analyses histologiques et complémentaires, alors que des examens complémentaires ont révélé a posteriori une pancréatite auto-immune. Ainsi, il y a lieu d'évaluer à 20 % la perte de chance de M. A C d'éviter l'exérèse extensive réalisée le 19 décembre 2012, du fait de la faute commise par le CHRU de Tours.

Sur les demandes des consorts A C :

En ce qui concerne les préjudices de M. A C :

S'agissant des préjudices patrimoniaux :

5. En premier lieu, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que l'état de santé de M. A C a nécessité une assistance par tierce personne évaluée à une heure par jour entre le 5 janvier 2013 et le 18 mars 2013. Au regard du caractère non spécialisé de cette assistance, le taux horaire retenu doit être égal au salaire minimum interprofessionnel de croissance de l'année 2013 augmenté des cotisations sociales et tenant compte des congés payés et des jours fériés, soit 15,12 euros. Dans ces conditions, il sera fait une exacte appréciation des besoins en assistance par une tierce personne de M. A C en les évaluant à la somme de 220,75 euros, après application du taux de perte de chance de 20 %.

6. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que M. A C a exposé, en lien avec la faute du centre hospitalier, des frais kilométriques pour se rendre aux opérations d'expertise médicale, le 12 février 2015, qui seront évalués à la somme de 260,61 euros, calculée sur la base d'un trajet de 438 kilomètres et sur le fondement du barème kilométrique pour un véhicule supérieur à 7 CV. Il résulte également de l'instruction que M. A C a obtenu une réparation partielle de ce préjudice par jugement du tribunal judiciaire de Tours du 19 janvier 2023, à hauteur d'un montant de 52 euros, qui doit être déduit de l'indemnisation à verser au requérant. Par suite, le CHRU de Tours et son assureur doivent être condamnés à verser solidairement à M. A C une somme de 208,61 euros au titre des frais de déplacements, sans qu'il y ait lieu en revanche de tenir compte du taux de perte de chance, dès lors que ces frais ont été exposés en raison du refus opposé par le CHRU de Tours à la demande d'indemnisation de M. A C et qu'ils doivent donc être réparés intégralement.

7. En troisième lieu, il résulte de l'instruction que M. A C a réglé une somme de 2 608,80 euros au titre de l'expertise du docteur H, dans le cadre de l'instance ouverte devant le tribunal judiciaire de Tours. La moitié de ces frais d'expertise ont été mis, par la suite, à la charge définitive de M. I B par jugement du tribunal judiciaire de Tours du 19 janvier 2023. En outre, M. A C soutient que son assureur a pris en charge une somme de 1 000 euros au titre de ces frais. Ainsi, la somme finalement exposée par M. A C au titre des frais d'expertise s'élève à 304,40 euros. Par suite, le CHRU de Tours et son assureur doivent être condamnés solidairement à verser cette somme résiduelle à M. A C sans application du taux de perte de chance, dès lors que ces dépenses ont, comme les précédentes, été exposées en raison du refus opposé par le CHRU de Tours à la demande préalable d'indemnisation de M. A C et qu'elles doivent donc être réparées intégralement par l'établissement.

S'agissant des préjudices extra patrimoniaux :

Quant aux préjudices temporaires :

8. En premier lieu, il résulte du rapport de l'expertise réalisée par le docteur H dans le cadre de l'instance judiciaire, que M. A C a subi un déficit fonctionnel temporaire évalué à 100 % entre le 18 décembre 2012 et le 4 janvier 2023, puis le 7 mars 2013, à nouveau du 19 mars au 25 mars 2013 ainsi que du 29 septembre au 1er octobre 2014 et enfin, le 30 janvier 2015, soit durant trente jours correspondant à des hospitalisations. En outre, l'intéressé a subi un déficit fonctionnel temporaire évalué à 50 % du 5 janvier 2013 au 18 mars 2013, soit durant soixante-douze jours après déduction de la journée du 7 mars 2013 où il était hospitalisé, un déficit évalué à 20 % du 19 mars 2013 au 25 juin 2013 soit durant quatre-vingt-onze jours, déduction faite d'un jour d'hospitalisation et enfin, un déficit évalué à 10 % du 26 juin 2013 au 31 mars 2015, date de la consolidation de son état de santé, soit durant six-cent-quarante jours, déduction faite de quatre jours d'hospitalisation. Il sera fait une juste appréciation du préjudice lié au déficit fonctionnel temporaire de l'intéressé en l'évaluant à la somme de 500 euros, après application du taux de perte de chance de 20 %.

9. En deuxième lieu, M. A C a présenté des douleurs en lien avec la faute du centre hospitalier entre le 19 décembre 2012, date de l'intervention injustifiée et le 31 mars 2015, date de consolidation, évaluées à 4/7 par l'expertise réalisée par le docteur H. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant à 1 600 euros après application du taux de perte de chance de 20 %.

10. En troisième lieu, il résulte de l'instruction que l'intéressé a subi un préjudice esthétique temporaire durant une période de trois mois à l'issue de l'intervention du 19 décembre 2012, évalué par l'expert à 3/7. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant à la somme de 300 euros après application du taux de perte de chance de 20 %.

Quant aux préjudices permanents :

11. En premier lieu, il résulte de l'instruction que M. A C présente un déficit fonctionnel permanent évalué par l'expert à 7 % en lien avec la faute commise par le centre hospitalier. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant à la somme de 1 600 euros après application du taux de perte de chance de 20 %.

12. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que M. A C présente un déficit esthétique permanent évalué à 2/7. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant à la somme de 600 euros après application du taux de perte de chance de 20 %.

13. En dernier lieu, si M. A C se prévaut d'un préjudice exceptionnel, soulignant qu'il est désormais privé de plusieurs organes du fait de l'action fautive du CHRU de Tours, il ne résulte pas de l'instruction que cette circonstance soit à l'origine d'un préjudice de nature exceptionnelle, indépendante du préjudice lié au déficit fonctionnel permanent. Par suite, l'intéressé n'est pas fondé à en solliciter l'indemnisation.

14. Il résulte de tout ce qui précède que le CHRU de Tours et son assureur doivent être condamnés à verser solidairement une somme totale de 5 333,76 euros à M. A C en réparation de ses préjudices imputables à l'intervention qu'il a subie le 19 décembre 2012 au sein de l'établissement hospitalier.

En ce qui concerne les préjudices de Mme A C :

15. L'épouse de M. A C justifie d'un préjudice d'affection résultant des souffrances endurées par son époux et du déficit fonctionnel temporaire qu'il a présenté entre le 19 décembre 2012 et le 31 mars 2015. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en fixant à 500 euros, après application du taux de perte de chance de 20 %, la somme que le CHRU de Tours et son assureur devront être condamnés à verser solidairement à Mme A C à ce titre.

Sur les demandes de la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de Loir-et-Cher :

En ce qui concerne les débours :

16. La CPAM de Loir-et-Cher, agissant au nom et pour le compte de la CPAM d'Indre-et-Loire, justifie avoir exposé une somme de 39 768,60 euros au titre des frais hospitaliers entre le 19 décembre 2012 et le 31 janvier 2015, ainsi qu'un montant de 9,89 euros au titre des frais pharmaceutiques, desquels doivent être déduits 2 euros au titre des franchises et une somme de 653,02 euros au titre de frais médicaux. Elle établit par ailleurs avoir versé à M. A C un montant de 3 895,90 euros au titre des indemnités journalières. Ainsi, les dépenses supportées par la caisse au profit de son assuré s'établissent à la somme totale de 44 325,41 euros. Il y a lieu, par suite, de condamner le CHRU de Tours à lui verser, après application du taux de perte de chance de 20 %, la somme de 8 865,08 euros.

En ce qui concerne les frais de gestion :

17. L'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale permet aux caisses d'assurance maladie exerçant leur recours subrogatoire de recouvrer une indemnité forfaitaire de gestion égale au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans des limites fixées par arrêté. L'article 1er de l'arrêté du 15 décembre 2022 fixe les montants minimum et maximum de cette indemnité forfaitaire de gestion à respectivement 110 euros et 1 162 euros.

18. Eu égard au montant des sommes accordées à la CPAM de Loir-et-Cher, il y a lieu de condamner le CHRU de Tours à lui verser la somme de 1 162 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Sur les intérêts :

19. Aux termes de l'article 1231-6 du code civil : " Les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d'une obligation de somme d'argent consistent dans l'intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure. Ces dommages et intérêts sont dus sans que le créancier soit tenu de justifier d'aucune perte () ".

20. D'une part, les consorts A C demandent que les indemnités qui leur sont allouées soient assorties des intérêts au taux légal. Il y a lieu d'y faire droit, comme ils le demandent, à compter du 23 avril 2020, date de réception de leur demande préalable.

21. D'autre part, la CPAM de Loir-et-Cher demande que les indemnités qui lui sont allouées soient assorties des intérêts au taux légal. Il y a lieu de faire droit à cette demande d'intérêts à compter, comme elle le demande, du 11 mars 2021, date de l'enregistrement au greffe de ses premières écritures.

Sur les dépens :

22. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / L'Etat peut être condamné aux dépens. ".

23. Les consorts A C demandent que les dépens soient mis à la charge du CHRU de Tours. Il résulte de l'instruction que, par ordonnance du 7 avril 2014, la présidente du tribunal de grande instance de Tours a désigné le docteur H comme expert médical. Toutefois, il n'appartient pas au tribunal de statuer sur la charge des frais d'une expertise ordonnée par la juridiction judiciaire qui ne constituent pas des dépens dans la présente instance au sens de l'article R. 761-1 du code de justice administrative.

Sur les frais exposés non compris dans les dépens :

24. D'une part, il y a lieu de mettre à la charge solidaire du CHRU de Tours et de son assureur une somme globale de 1 500 euros à verser aux consorts A C en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. D'autre part, il y a lieu de mettre à la charge de cet établissement hospitalier une somme de 1 500 euros à verser à la CPAM de Loir-et-Cher agissant au nom et pour le compte de la CPAM d'Indre-et-Loire, en application de ces mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : Le centre hospitalier régional universitaire de Tours et la société Relyens mutual insurance sont condamnés à verser solidairement à M. A C une somme de 5 333,76 au titre de l'indemnisation de ses préjudices. Cette somme portera intérêts à la date du 23 avril 2020.

Article 2 : Le centre hospitalier régional universitaire de Tours et la société Relyens mutual insurance sont condamnés à verser solidairement à Mme A C une somme de 500 euros au titre de l'indemnisation de son préjudice. Cette somme portera intérêts à la date du 23 avril 2020.

Article 3 : Le centre hospitalier régional universitaire de Tours est condamné à verser à la caisse primaire d'assurance maladie de Loir-et-Cher, agissant au nom et pour le compte de la caisse primaire d'assurance maladie d'Indre-et-Loire, une somme de 8 865,08 euros au titre de ses débours. Cette somme portera intérêts à la date du 11 mars 2021.

Article 4 : Le centre hospitalier régional universitaire de Tours versera à la caisse primaire d'assurance maladie de Loir-et-Cher, agissant au nom et pour le compte de la caisse primaire d'assurance maladie d'Indre-et-Loire, une somme de 1 162 euros au titre de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.

Article 5 : Le centre hospitalier régional universitaire de Tours et la société Relyens mutual insurance verseront solidairement à M. et Mme A C une somme globale de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 6 : Le centre hospitalier régional universitaire de Tours versera à la caisse primaire d'assurance maladie de Loir-et-Cher, agissant au nom et pour le compte de la caisse primaire d'assurance maladie d'Indre-et-Loire, une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 7 : Le surplus des conclusions de la requête de M. et Mme A C est rejeté.

Article 8 : Le présent jugement sera notifié à M. K A C, à Mme J A C, au centre hospitalier régional universitaire de Tours, à la société Relyens mutual insurance et à la caisse primaire d'assurance maladie de Loir-et-Cher.

Délibéré après l'audience du 2 mars 2023 à laquelle siégeaient :

Mme Rouault-Chalier, présidente,

M. Viéville, premier conseiller,

M. Nehring, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mars 2023.

Le rapporteur,

La présidente,

Virgile F

Patricia ROUAULT-CHALIER

La greffière,

Agnès BRAUD

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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TA13Plein contentieux

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110

Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.

01/06/2026

TA13Plein contentieux

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.

01/06/2026

TA14Plein contentieux

Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609

Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.

01/06/2026

TA25Plein contentieux

Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

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