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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2002876

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2002876

jeudi 30 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2002876
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantDIANE LEMOINE ET FLORENCE MONTEILLE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 17 août 2020, et 28 octobre 2020, la société Distri Blois, représentée par Me Monteille, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 novembre 2019, par lequel l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a notifié l'application à son encontre de la contribution spéciale prévue à l'article R. 8253-2 du code du travail au titre de l'emploi irrégulier d'un travailleur et la contribution forfaitaire représentative de frais de réacheminement de l'étranger vers son pays d'origine ;

2°) de la décharger de ces contributions ;

3°) à titre subsidiaire de prononcer la réduction du montant de la contribution spéciale à 3 620 euros ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 000 euros, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La société soutient que :

- la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée ;

- le principe du contradictoire a été méconnu dès lors que la décision attaquée ne mentionnait pas la possibilité de demander copie du procès-verbal d'infraction et qu'elle n'a donc pas été suffisamment informée des motifs de cette décision ;

- la décision attaquée a méconnu l'article L. 8253-1 du code du travail ;

- cette même décision est entachée d'une erreur de fait.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 septembre 2020, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués par la société Distri Blois ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'ordonnance n°2020-306 du 25 mars 2020, modifiée par l'ordonnance n°2020-560 du 13 mai 2020 ;

- le code du travail ;

- le code pénal ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- et les conclusions de Mme Palis De Koninck, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL Distri Blois qui exerce sous l'enseigne Proxi marché, une activité d'épicerie a fait l'objet le 25 janvier 2019 d'un contrôle de police à l'occasion duquel a été constaté la présence dans l'entreprise d'un salarié en situation irrégulière :

M. C A, ressortissant marocain, non autorisé à travailler et à séjourner en France et non déclaré. Le procès-verbal d'infraction a été transmis à l'office français de l'immigration et de l'intégration en application de l'article L. 8271-17 du code du travail. L'employeur a été invité à présenter ses observations par lettre recommandée du 11 septembre 2019, dont il a accusé réception le 13 septembre 2019. La société a présenté des observations écrites le

23 septembre 2019. Par une décision du 5 novembre 2019, l'office français de l'immigration et de l'intégration a notifié à la SARL Distri Blois sa décision de lui appliquer la contribution spéciale mentionnée à l'article L. 8253-1 du code du travail pour un montant de 18 100 euros et la contribution forfaitaire mentionnée à l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour un montant de 2 124 euros pour l'emploi irrégulier de

M. C A. Le 2 janvier 2020, la société a demandé la communication d'une copie du procès-verbal du 25 janvier 2019, qui lui a été transmise le 3 janvier 2020, puis elle a formé auprès de l'office français de l'immigration et de l'intégration, le 6 janvier 2020, un recours gracieux qui a été rejeté le 6 février 2020. La SARL Distri Blois demande au tribunal d'annuler la décision du 5 novembre 2019, de prononcer la décharge des contributions spéciale et forfaitaire et subsidiairement de prononcer la réduction du montant de la contribution spéciale à 3 620 euros.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision attaquée :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 8251-1 du code du travail : " Nul ne peut, directement ou indirectement, embaucher, conserver à son service ou employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France ". Selon l'article L. 8253-1 du même code : " Sans préjudice des poursuites judiciaires pouvant être intentées à son encontre, l'employeur qui a employé un travailleur étranger en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 acquitte, pour chaque travailleur étranger non autorisé à travailler, une contribution spéciale. Le montant de cette contribution spéciale est déterminé dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat. Il est, au plus, égal à 5 000 fois le taux horaire du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12. Ce montant peut être minoré en cas de non-cumul d'infractions ou en cas de paiement spontané par l'employeur des salaires et indemnités dus au salarié étranger non autorisé à travailler mentionné à l'article R. 8252-6. Il est alors, au plus, égal à 2 000 fois ce même taux. Il peut être majoré en cas de réitération et est alors, au plus, égal à 15 000 fois ce même taux. / L'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de constater et fixer le montant de cette contribution pour le compte de l'Etat selon des modalités définies par convention () ". L'article L. 8271-17, dans sa rédaction alors applicable, dispose : " Outre les agents de contrôle de l'inspection du travail mentionnés à l'article L. 8112-1, les agents et officiers de police judiciaire, les agents de la direction générale des douanes sont compétents pour rechercher et constater, au moyen de procès-verbaux transmis directement au procureur de la République, les infractions aux dispositions de l'article L. 8251-1 relatif à l'emploi d'un étranger non autorisé à travailler et de l'article L. 8251-2 interdisant le recours aux services d'un employeur d'un étranger non autorisé à travailler. / Afin de permettre la liquidation de la contribution spéciale mentionnée à l'article L. 8253-1 du présent code et de la contribution forfaitaire mentionnée à l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration reçoit des agents mentionnés au premier alinéa du présent article une copie des procès-verbaux relatifs à ces infractions ". Enfin, aux termes de l'article R. 8253-3 du même code : " Au vu des procès-verbaux qui lui sont transmis en application de l'article L. 8271-17, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration indique à l'employeur, par lettre recommandée avec avis de réception ou par tout autre moyen permettant de faire la preuve de sa date de réception par le destinataire, que les dispositions de l'article L. 8253-1 sont susceptibles de lui être appliquées et qu'il peut présenter ses observations dans un délai de quinze jours ".

3. Si ni les articles L. 8253-1 et suivants du code du travail, ni l'article L. 8271-17 du même code ne prévoient expressément que le procès-verbal constatant l'infraction aux dispositions de l'article L. 8251-1 relatif à l'emploi d'un étranger non autorisé à travailler en France et fondant le versement de la contribution spéciale soit communiqué au contrevenant, le respect du principe général des droits de la défense suppose, s'agissant des mesures à caractère de sanction, ainsi d'ailleurs que le prévoit l'article L. 122-2 du code des relations entre le public et l'administration, que la personne en cause soit informée, avec une précision suffisante et dans un délai raisonnable avant le prononcé de la sanction, des griefs formulés à son encontre et mise à même de demander la communication des pièces au vu desquelles les manquements ont été retenus. Par suite, l'OFII est tenu d'informer l'intéressé de son droit de demander la communication du procès-verbal d'infraction sur la base duquel ont été établis les manquements qui lui sont reprochés.

4. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.

5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que, par un courrier du 5 novembre 2019, le directeur général de l'OFII a informé la société Distri Blois que lors d'un contrôle effectué le 25 janvier 2019 par les services de police, il avait été constaté par procès-verbal qu'elle avait employé un salarié, dont le nom était mentionné en annexe, démuni d'un titre autorisant le séjour sur le territoire national et autorisant l'exercice d'une activité salariée, qu'elle était donc susceptible de se voir appliquer la contribution spéciale prévue par l'article L. 8253-1 du code du travail et la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement prévue à l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et qu'elle disposait d'un délai de quinze jours à compter de la réception de cette lettre pour faire valoir ses observations. Ce courrier ne précisait pas que la société avait la possibilité de solliciter la communication du procès-verbal mentionnant les infractions à l'origine des sanctions. Par suite, le vice de procédure tiré de l'absence d'information préalable de la SARL Distri Blois est de nature à avoir privée la société Distri Blois d'une garantie et constitue, dès lors, une irrégularité de nature à entacher la légalité de la décision attaquée.

6. Aucun autre moyen n'est de nature à entrainer l'annulation de la décision attaquée.

7. Il résulte de ce qui précède et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la demande de minoration des contributions qu'il y a lieu d'annuler la décision du 5 novembre 2019.

Sur les conclusions à fins de décharge :

8. La requête étant dirigée contre la décision du 5 novembre 2019, qui constitue une mesure de sanction, et non contre les titres de perception correspondants, dont il n'est d'ailleurs pas établi qu'ils aient été émis, les conclusions présentées à fins de décharge des amendes en litige ne peuvent qu'être rejetées.

Sur la demande de versement de frais irrépétibles qui doit être regardée comme tendant à la condamnation de l'OFII :

9. Il y a lieu, en application de ces dispositions, de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la société SARL Distri Blois et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 5 novembre 2019 est annulée.

Article 2 : l'OFII versera à la SARL Distri Bois la somme de 1000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Distri Blois et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 16 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Quillévéré, président,

Mme Bernard, première conseillère,

M. Nehring, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mars 2023.

La rapporteure,

Pauline B

Le président,

Guy QUILLEVERE

La greffière,

Emilie DEPARDIEU

La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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