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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2003216

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2003216

mardi 13 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2003216
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1ère chambre
Avocat requérantBOITIEUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 septembre 2020, M. C B, représenté par Me Boitieux, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet née le 9 août 2020 du silence gardé par le maire d'Anet sur sa demande de reclassement, ainsi que sa réclamation indemnitaire fondée sur l'abstention fautive de la collectivité à mettre en œuvre les mesures appropriées destinées à assurer sa sécurité et sa santé dans le cadre d'exercice de ses fonctions ;

2°) de condamner la commune d'Anet à lui verser la somme de 15 000 euros à titre de dommages et intérêts en réparation des préjudices subis du fait de cette abstention fautive ;

3°) d'enjoindre à la commune d'Anet de l'intégrer sur un poste conforme à son état de santé, sous astreinte d'un montant de 150 euros par jour de retard à l'expiration d'un délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de la commune d'Anet la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la responsabilité :

- en application des dispositions des articles 23 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 et 2-1 du décret n° 85-603 du 10 juin 1985, une faute de l'employeur public peut être reconnue s'il ne prend pas les mesures appropriées recommandées par le médecin de prévention ayant pour but de permettre à l'agent d'exercer son emploi dans des conditions préservant sa santé ; ainsi, l'administration doit tout mettre en œuvre pour adapter le poste de travail de l'agent à son état de santé ; en l'espèce, en ne prenant aucune mesure de nature à assurer sa sécurité et sa santé, en omettant de prendre en considération les préconisations médicales impartissant d'adapter le poste de l'agent et sa qualité de travailleur handicapé, la commune d'Anet a manqué aux obligations précitées lui incombant ;

- lorsqu'un agent sollicite une demande de reclassement, l'employeur est tenu d'analyser les possibilités d'y faire droit ; en l'espèce, alors que la commune d'Anet a été alertée à plusieurs reprises de sa demande d'examen des possibilités de reclassement afin que sa santé ne soit pas altérée à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, la collectivité n'a pas estimé utile d'apporter une réponse à cette demande ; cette carence révèle également l'existence d'une faute de nature à engager la responsabilité de la commune ;

En ce qui concerne la réparation :

- le fonctionnaire qui subit, du fait de son invalidité ou de sa maladie, des préjudices patrimoniaux d'une autre nature ou des préjudices personnels peut obtenir de la personne publique qui l'emploie une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice ;

- il subit un préjudice moral important causé par le stress et l'angoisse d'effectuer des tâches incompatibles avec son état de santé et risquant d'être douloureuses, qui doit être évalué à 5 000 euros ;

- il subit également un préjudice d'anxiété du fait d'un comportement continu et passif de la commune dans la prise des mesures appropriées.

Par un mémoire enregistré le 17 novembre 2020, la commune d'Anet, représentée par Me Gaillard, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de M. B la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les conclusions à fin d'injonction présentées à titre principal, alors que M. B n'a sollicité l'intervention d'aucune décision administrative, sont irrecevables ;

- les conclusions indemnitaires, dont le montant excède celui égal à 5 000 euros sollicité aux termes de la réclamation préalable sont au-delà de ce seuil irrecevables ;

- pour le surplus, aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 ;

- le décret n° 85-603 du 10 juin 1985 ;

- le décret n° 85-1054 du 30 septembre 1985 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- et les conclusions de Mme Best-De Gand, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B a été recruté le 17 septembre 2012 par la commune d'Anet en qualité d'adjoint technique territorial de deuxième classe pour exercer les fonctions de responsable de la station d'épuration de la commune et participer aux travaux d'espaces verts, de voirie et d'entretien de bâtiments communaux. Par un arrêté du 8 mars 2013, il a également été nommé agent de surveillance de la voie publique. Le 31 août 2016, M. B a été victime dans un escalier de la station d'épuration d'une chute à l'origine d'une luxation de l'épaule droite. Par un arrêté du 18 juin 2018, cet accident, ainsi que sa rechute du 21 décembre 2017, ont été reconnus imputables au service. Le 17 janvier 2020, M. B a, de nouveau, été victime d'un accident à l'origine d'une contusion à l'épaule droite, qui, par un arrêté du 20 juillet 2020, a également été déclaré imputable au service. Par un courrier du 22 février 2020 reçu le 27 février 2020, M. B a réclamé au maire d'Anet l'indemnisation des préjudices subis du fait de l'inadéquation de son poste avec les préconisations du service interprofessionnel de santé au travail et présenté une demande de reclassement. En application de l'article 2 de l'ordonnance du 25 mars 2020 relative à la prorogation des délais échus pendant la période d'urgence sanitaire et à l'adaptation des procédures pendant cette même période, est née du silence gardé par cette autorité une décision implicite de rejet le 9 août 2020. Par sa requête, M. B demande l'annulation de cette décision, ainsi que la condamnation de la commune d'Anet à lui verser une somme de 15 000 euros à titre d'indemnité en réparation des préjudices subis.

Sur les conclusions aux fin d'annulation et d'injonction :

2. Aux termes de l'article 81 de la loi du 26 janvier 1984 alors applicable : " Les fonctionnaires territoriaux reconnus, par suite d'altération de leur état physique, inaptes à l'exercice de leurs fonctions peuvent être reclassés dans les emplois d'un autre cadre d'emploi, emploi ou corps s'ils ont été déclarés en mesure de remplir les fonctions correspondantes. Le reclassement est subordonné à la présentation d'une demande par l'intéressé ". Aux termes de l'article 1er du décret du 30 septembre 1985 dans sa rédaction applicable à la date de la décision en litige : " Lorsque l'état de santé d'un fonctionnaire territorial ne lui permet plus d'exercer normalement ses fonctions et que les nécessités du service ne permettent pas d'aménager ses conditions de travail, le fonctionnaire peut être affecté dans un autre emploi de son grade après avis de la commission administrative paritaire. / L'autorité territoriale procède à cette affectation après avis du service de médecine professionnelle et de prévention, dans l'hypothèse où l'état de ce fonctionnaire n'a pas rendu nécessaire l'octroi d'un congé de maladie, ou du comité médical si un tel congé a été accordé. Cette affectation est prononcée sur proposition du centre national de la fonction publique territoriale ou du centre de gestion lorsque la collectivité ou l'établissement y est affilié ". Aux termes de l'article 2 du même décret : " Lorsque l'état de santé d'un fonctionnaire territorial, sans lui interdire d'exercer toute activité, ne lui permet pas de remplir les fonctions correspondant aux emplois de son grade, l'autorité territoriale ou le président du Centre national de la fonction publique territoriale ou le président du centre de gestion, après avis du comité médical, propose à l'intéressé une période de préparation au reclassement en application de l'article 85-1 de la loi du 26 janvier 1984 susvisée. L'agent est informé de son droit à une période de préparation au reclassement dès la réception de l'avis du comité médical, par l'autorité territoriale dont il relève ".

3. Il résulte des dispositions précitées que, lorsqu'un fonctionnaire est reconnu, par suite de l'altération de son état physique, inapte à l'exercice de ses fonctions, il incombe à l'administration de rechercher si le poste occupé par ce fonctionnaire ne peut être adapté à son état physique ou, à défaut, de lui proposer une affectation dans un autre emploi de son grade compatible avec son état de santé. Si le poste ne peut être adapté ou si l'agent ne peut être affecté dans un autre emploi de son grade, il incombe à l'administration de l'inviter à présenter une demande de reclassement dans un emploi d'un autre corps.

4. Il ressort des pièces du dossier et notamment des fiches d'aptitude médicale produites par la défenderesse que le service interprofessionnel de santé au travail en Eure-et-Loir (SISTEL) conclut depuis 2017 à l'aptitude au service du requérant et il ressort des conclusions du rapport de visite du même service du 6 octobre 2020 consécutif à la demande de reclassement présentée par M. B que celui-ci peut encore à cette date " poursuivre son travail ", et notamment ses missions de distribution du courrier et d'agent de surveillance de la voie publique (ASVP), ainsi que, sous réserve de certaines préconisations, celles de responsable de la station d'épuration et d'entretien des espaces verts. Dans ces conditions, alors que M. B n'a pas été reconnu inapte à l'exercice des fonctions pour l'exercice desquelles il a été recruté puis nommé, le maire d'Anet en refusant implicitement de faire droit à la demande de reclassement présentée par le requérant le 27 février 2020, n'a pas entaché sa décision d'illégalité au regard des dispositions précitées. Le moyen doit par suite être écarté.

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par M. B à fin d'annulation de la décision du 9 août 2020, ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées à fin d'injonction, doivent être rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires :

6. Aux termes de l'article 23 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, alors applicable : " Des conditions d'hygiène et de sécurité de nature à préserver leur santé et leur intégrité physique sont assurées aux fonctionnaires durant leur travail ". Aux termes de l'article 2-1 du décret du 10 juin 1985 relatif à l'hygiène et à la sécurité du travail ainsi qu'à la médecine professionnelle et préventive dans la fonction publique territoriale : " Les autorités territoriales sont chargées de veiller à la sécurité et à la protection de la santé des agents placés sous leur autorité ". L'article 108-1 de la loi du 26 janvier 1984, alors applicable indique que les règles applicables en matière d'hygiène et de sécurité sont, sauf dérogation par décret en Conseil d'Etat, celles prévues aux livres Ier à V de la quatrième partie du code du travail et par les décrets pris pour leur application. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 4121-1 du code du travail : " L'employeur prend les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs. / Ces mesures comprennent : 1° Des actions de prévention des risques professionnels et de la pénibilité au travail ; 2° Des actions d'information et de formation ; 3° La mise en place d'une organisation et de moyens adaptés. / L'employeur veille à l'adaptation de ces mesures pour tenir compte du changement des circonstances et tendre à l'amélioration des situations existantes ". Il appartient aux autorités administratives, qui ont l'obligation de prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et morale de leurs agents, d'assurer, sauf à commettre une faute de service, la bonne exécution des dispositions législatives et réglementaires qui ont cet objet, ainsi que le précise l'article 2-1 du décret du 10 juin 1985.

7. En premier lieu, M. B soutient d'abord que la commune d'Anet n'a pas tenu compte des préconisations médicales et notamment celles émises par la médecine de travail, en ne procédant pas à la suite de ses accidents de service et de sa rechute à une adaptation de son poste. Cependant, il résulte de l'instruction et notamment des fiches d'aptitudes médicales produites qu'à la suite de l'avis émis par le SISTEL le 9 mai 2017 concluant à l'aptitude à la reprise de l'agent sur un poste adapté, en ces termes et conditions : " Pas de mission en station d'épuration - Pas de manutention lourde, ni contrainte posturale au niveau de l'épaule droite - Peut continuer les missions d'ASVP - Peut effectuer des missions en espaces verts respectant les restrictions de manutention et contrainte posturale ", une proposition d'aménagement du poste de M. B a été présentée par la commune et que par un courrier du 19 mai 2017, ce même service a convenu que le poste évoqué " qui associe des tâches d'ASVP et des tâches en espaces verts " était " possible ". Il résulte également des fiches de poste produites que les missions d'ASVP et d'entretien des espaces verts confiées à l'agent sont conformes aux préconisations médicales. Par ailleurs, si M. B prétend que le médecin du travail aurait demandé que lui soit confié des " tâches administratives " en alternance avec son travail aux espaces verts et que cette préconisation n'aurait pas été suivie d'effet, il résulte de l'instruction et notamment de l'avis rendu le 13 novembre 2017 par le service interprofessionnel de santé faisant référence à ces missions, que celui-ci n'évoquait qu'une possibilité d'effectuer des tâches administratives avec formation si besoin et non d'une nécessité. Il s'en déduit que M. B n'est pas fondé à soutenir que la commune d'Anet aurait commis une faute en ne prenant pas à son égard les mesures appropriées à son état en considération des préconisations médicales.

8. En dernier lieu, si M. B entend également reprocher à la commune d'Anet de n'avoir pas procédé à son reclassement, ainsi qu'il a été dit au point 4, cette mesure ne pouvait valablement être envisagée en l'absence de constatation d'une inaptitude de l'agent à l'exercice de ses fonctions. Il s'en déduit que l'administration n'a pas davantage commis de faute en s'abstenant de mettre en œuvre cette procédure.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la commune d'Anet n'a pas commis de faute de nature à engager sa responsabilité à l'égard de M. B. En conséquence, les conclusions indemnitaires du requérant doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune d'Anet, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. B demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge du requérant la somme demandée par la commune d'Anet sur le fondement des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune d'Anet sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et à la commune d'Anet.

Délibéré après l'audience du 22 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,

Mme Defranc-Dousset, première conseillère,

M. Joos, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 décembre 2022.

Le rapporteur,

Emmanuel A

La présidente,

Anne LEFEBVRE-SOPPELSA

La greffière,

Sarah LEROY

La République mande et ordonne à la préfète d'Eure-et-Loir en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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