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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2003257

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2003257

jeudi 20 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2003257
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantCOUSSEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 17 septembre 2020 et le 28 décembre 2022, M. B , représenté par Me Callon, demande au tribunal :

1°) à titre principal, d'annuler la décision implicite de rejet de sa demande préalable d'indemnisation et de condamner la commune de Villandry à lui verser la somme de 50.449,18 euros à titre de dommages et intérêts avec intérêts au taux légal à compter de la réception de la demande préalable ;

2°) à titre subsidiaire, de désigner un expert ;

3) de mettre à la charge de la commune de Villandry une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la responsabilité de la commune doit être retenue pour les dommages causés à sa propriété par les racines des arbres plantés sur la voie publique ; en l'espèce, ce sont bien les racines des arbres implantés - puis abattus- sur la voie publique qui jouxte sa propriété qui sont à l'origine des fissures constatées par les experts et les huissiers ;

- les préjudices sont justifiés par les devis et les factures figurant au dossier.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 18 novembre 2022 et le 3 janvier 2023, la commune de Villandry, représentée par Me Cousseau, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative soit mise à la charge du requérant.

Elle soutient que :

- la responsabilité de la commune ne saurait être engagée dès lors que le lien de causalité n'est nullement établi ; qu'en tout état de cause, eu égard au faible dommage, l'indemnisation devra être rapportée à de plus justes proportions pour ne pas dépasser la somme de 10 0005,40 euros TTC.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des assurances ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Delamarre, présidente-rapporteure,

- les conclusions de Mme Dumand, rapporteure publique,

-et les observations de Me Cousseau, représentant la commune de Villandry.

Considérant ce qui suit :

1. M. B est propriétaire de sa maison d'habitation construite à Villandry. Elle est desservie par l'impasse du Racoupeau, sur le trottoir de laquelle plusieurs arbres, des érables, étaient plantés. M. B a constaté l'existence de fissures sur sa maison et le mur de clôture dont il estime que les racines des arbres implantés sont à l'origine. Il a donc sollicité une réunion d'expertise et fait intervenir des huissiers en octobre 2015 et juillet 2016 mais aussi à nouveau en juin et septembre 2018. La commune refusant de retenir l'existence d'un lien de causalité entre les racines des arbres et les dommages, un troisième réunion d'expertise a eu lieu en juillet 2019.

M. B a alors adressé le 20 mai 2020 une demande préalable d'indemnisation à la commune de Villandry, qui a été implicitement rejetée. M. B demande à titre principal la condamnation de la commune de Villandry à l'indemniser des préjudices subis et à titre subsidiaire, la désignation d'un expert.

Sur la responsabilité de la commune de Villandry:

En ce qui concerne le régime applicable :

2. Le maître de l'ouvrage est responsable, même en l'absence de faute, des dommages que les ouvrages publics dont il a la garde peuvent causer aux tiers tant en raison de leur existence que de leur fonctionnement. Il ne peut dégager sa responsabilité que s'il établit que ces dommages résultent de la faute de la victime ou d'un cas de force majeure. Ces tiers ne sont pas tenus de démontrer le caractère grave et spécial du préjudice qu'ils subissent lorsque le dommage n'est pas inhérent à l'existence même de l'ouvrage public ou à son fonctionnement et présente, par suite, un caractère accidentel.

3. En l'espèce, les érables implantés sur le trottoir de l'impasse du Racoupeau à proximité de la maison de M. B constitue un accessoire de la voirie et revêt, dès lors, la qualification d'ouvrage public. Par ailleurs, les requérants disposent nécessairement de la qualité de tiers par rapport à cet ouvrage.

En ce qui concerne le lien de causalité :

4. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise du 27 juin 2018 que " les racines sont la cause de l'apparition des désordres sur les murs porteurs de l'habitation de M. et Mme B. Les racines des arbres ont perforé de part en part la fondation du muret de clôture, puis se sont étalées sur la propriété et ce y compris dans le vide sanitaire de l'habitation. () leur présence importante a accentué le phénomène de puisage racinaire et la dessiccation des argiles " ce que confirme le rapport d'expertise du 5 juillet 2019 en indiquant : " étant dans une zone argileuse dont l'aléa est fort pour le retrait gonflement, les racines ont été le facteur déterminant dans l'apparition des désordres et non la sécheresse de l'année 2017 (). Au regard des constations photographiques, la présence de rejets d'érable en façade arrière de la maison indique la présence d'un système racinaire important et encore actif. Ce puisage racinaire accentue la déshydratation des sols argileux, amplifiant les désordres sur les murs en élévation ".

5. Il résulte donc des rapports d'expertise et des constats d'huissiers que les dommages subis ont pour origine l'action combinée de la présence des racines des érables plantés puis abattus et le phénomène de retrait gonflement en raison d'un sol argileux. Si la commune fait valoir que l'origine des désordres serait liée exclusivement au phénomène naturel de retrait gonflement, de telles affirmations sont contredites par les conclusions des expertises qui retiennent le rôle joué par la vivacité des racines dans l'apparition des fissures et désordres. En effet, si les experts ont estimé que le phénomène de retrait et gonflement des argiles était, pour partie, à l'origine des dommages subis par la maison du requérant, ils indiquent très clairement que ce phénomène a été largement amplifié par la présence des érables plantés puis coupés à proximité de l'habitation en raison du mécanisme d'absorption d'eau induit par le système racinaire.

5. Par suite, la présence des érables a directement contribué à la survenue des désordres constatés par M. B, lesquels présentent un caractère grave et spécial. Dès lors, il y a lieu de fixer la part de responsabilité de la commune de Villandry dans la survenance des dommages causés à l'habitation de M. B à 40%.

Sur les préjudices indemnisables :

Sur les préjudices patrimoniaux

7. En premier lieu, les requérants sollicitent le paiement de sommes correspondant au coût de réfection des aménagements extérieurs pour un montant de 9 761,15 euros, au coût de réfection des façades, du sol du garage et du muret de clôture pour un montant de 25 598,03 euros et enfin au coût de la dépose et la repose d'un store extérieur pour un montant de 1200 euros. Il est toutefois constant que ces montants ont été déterminés au regard de devis établis par des sociétés privées et qu'ils ne correspondent donc pas à des frais engagés de façon certaine par M. B.

8. En deuxième lieu, l'expert, dans son rapport du 2019, préconise uniquement l'agrafage des fissures qu'il évalue à une somme de 2 000 euros et la mise en place d'un revêtement des façades pour un montant de 12 750 euros.

9. Il résulte de ce qui précède, que ni les rapports d'expertise, ni les autres éléments produits ne permettent de retenir que la réfection des aménagements extérieurs, la réfection du sol du garage et la dépose et la repose d'un store extérieur auraient été rendus nécessaires pour remédier aux désordres causés par les racines des arbres. En revanche, il y a lieu de condamner la commune de Villandry à rembourser à M. B, sur production de justificatifs, 40% du coût effectivement engagé des travaux de réfection des façades et du muret de clôture sans qu'il soit besoin d'ordonner une nouvelle expertise. Ces sommes seront mises à la charge de la commune de Vallandry avec intérêts au taux légal à compter de la réception de la demande préalable.

Sur les préjudices extrapatrimoniaux :

10. Si M. B sollicite l'indemnisation du préjudice moral et des troubles d'existences à hauteur de 4 000 euros, il n'apporte aucun élément de précision de nature à établir l'existence de tels préjudices.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

11. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

12. D'une part, les dispositions précitées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du requérant, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

13. D'autre part, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Villandry une somme de 1 500 euros au titre des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La commune de Villandry est condamnée à rembourser à M. B, sur production de justificatifs, 40% du cout effectivement engagé des travaux de réfection des façades et du muret de clôture. Ces sommes seront mises à la charge de la commune de Vallandry avec intérêts au taux légal à compter de la réception de la demande préalable.

Article 2 : La commune de Villandry versera la somme de 1 500 euros à M. B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Les conclusions de la commune de Villandry présentées au titre de l'article L. 76-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B et à la commune de Villandry.

Délibéré après l'audience du 23 février 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Delamarre, présidente,

Mme Bertrand, première conseillère,

Mme Bailleul, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 avril 2023.

La Présidente-rapporteure,

Anne-Laure A

L'assesseure la plus ancienne,

Valérie BERTRAND La greffière,

Aurore MARTIN

La République mande et ordonne au préfet d'Indre et Loire en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement

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