LogoMeilleurAvocats.fr
AvocatsAssistant IABlogPrix
ConnexionDéposer ma demande

Vous avez un problème juridique ?

Décrivez votre situation en 2 minutes — un avocat spécialisé vous répond sous 24h.

Déposer ma demandeJe suis avocat
Logo MeilleurAvocats.frMeilleurAvocats.fr

Mise en relation avocat–client par l'IA. Gratuit pour les particuliers.

Particuliers

  • Déposer une demande
  • Trouver un avocat
  • Assistant IA gratuit
  • Bibliothèque juridique
  • Guides pratiques
  • Jurisprudence

Avocats

  • Pour les avocats
  • Espace avocat
  • Tarifs et formules
  • Recevoir des leads
  • Programme d'affiliation
  • Contact commercial

Spécialités

  • Droit général
  • Droit du travail
  • Droit de la sécurité sociale et de la protection sociale
  • Droit fiscal et droit douanier
  • Droit de la famille, des personnes et de leur patrimoine
  • Droit immobilier

Légal

  • Mentions légales
  • Confidentialité
  • CGU
  • Cookies
  • Contact

Newsletter juridique hebdomadaire

Décisions clés, évolutions législatives, conseils pratiques — chaque semaine.

© 2026 MeilleurAvocats.fr— KONSEIL SAS. Tous droits réservés.

Mentions légales|Confidentialité|Cookies

BOB★La messagerie française & cryptée pour des échanges confidentiels entre avocats et clients.

En savoir +TéléchargerBOB
AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2003652

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2003652

jeudi 17 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2003652
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1ère chambre
Avocat requérantGIRARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 octobre 2020 et un mémoire déposé le 11 novembre 2022, la commune de Fossé, représentée par Me Rainaud, demande au tribunal :

1°) de condamner la société mutuelle d'assurance du bâtiment et des travaux publics (SMABTP) à lui verser une somme de 42 793,04 euros toutes taxes comprises (TTC), indexée suivant l'index BT 01, et assortie des intérêts au taux légal à compter de la déclaration de sinistre enregistrée le 23 décembre 2014 et de la capitalisation de ces intérêts, au titre des travaux de reprise des désordres affectant le sol revêtant le hall d'entrée du complexe intergénérationnel et de l'école de musique ; à titre subsidiaire, de condamner solidairement les sociétés SRS et Poussin peintures à lui verser la même somme assortie des intérêts au taux légal et de la capitalisation des intérêts pour les travaux de reprise ;

2°) de condamner la société Gauthier Jack Menuiserie à lui verser une somme de 28 750,26 euros TTC, actualisée suivant l'index du bâtiment BT 01 et assortie des intérêts au taux légal à compter de la date d'enregistrement de la requête et de la capitalisation de ces intérêts au titre des travaux de reprise des désordres affectant la banque d'accueil/bar du hall d'entrée du complexe intergénérationnel et de l'école de musique ;

3°) de condamner à titre principal la SMABTP et la société Gauthier Jack Menuiserie ou, à titre subsidiaire, les sociétés SRS et Poussin peintures aux dépens de l'instance qui s'établissent à la somme de 14 850 euros TTC ;

4°) de mettre à la charge, à titre principal de la SMABTP et de la société Gauthier Jack Menuiserie ou, à titre subsidiaire, des sociétés SRS et Poussin peintures la somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant des désordres affectant le carrelage

- la responsabilité contractuelle de la SMABTP, son assureur dommages-ouvrage, qui a refusé de mobiliser sa garantie d'assurance dommages-ouvrage est engagée dès lors que les désordres affectant le carrelage du complexe intergénérationnel et de l'école de musique le rendent impropre à sa destination ; la finalité du carrelage est compromise dès lors que la vocation du revêtement de sol d'une salle accueillant du public n'est pas d'être tachée et impossible à nettoyer ;

- si la responsabilité contractuelle de la SMABTP était écartée, la responsabilité de la société SRS est engagée sur le fondement de la garantie de parfait achèvement dès lors qu'elle a failli à son obligation de résultat ; à titre subsidiaire, la société SRS et la société Poussin peintures doivent être solidairement condamnées sur le fondement de la responsabilité décennale des constructeurs dès lors que le désordre présente le caractère de gravité requis ;

- le préjudice matériel en lien avec la reprise du carrelage s'élève à 29 624,04 euros TTC auquel s'ajoute un préjudice immatériel lié au surcoût d'entretien, qui s'élève à 11 169 euros, pour la période de janvier 2014 à juillet 2018 et à la perte d'exploitation consécutive aux travaux de reprise qui s'élève à 2 000 euros ;

S'agissant des désordres affectant la banque d'accueil/bar

- la société Gauthier Jack Menuiserie doit être condamnée sur le fondement de la garantie de parfait achèvement à indemniser la commune dès lors que les désordres ont été causés par un défaut d'exécution de sa part ;

- le préjudice en lien s'élève à 27 750,26 euros TTC.

Par des mémoires enregistrés le 3 décembre 2021, le 18 mars 2022 et le 30 mai 2022, la société Poussin peintures, représentée par Me Girard, conclut à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire à la condamnation de la société SRS à la garantir intégralement des condamnations prononcées à son encontre et demande au tribunal de condamner la commune de Fossé à lui reverser la somme de 8 262,78 euros de retenue de garantie prélevée à tort et de mettre à la charge la commune de Fossé le paiement d'une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle conteste toute responsabilité dès lors qu'avant de procéder au nettoyage du sol, elle avait énoncé une réserve à la société SRS ;

- elle a fait réaliser des travaux par l'intermédiaire de la société Gomes, laquelle a procédé à un nettoyage par l'intermédiaire d'une eau claire, et ce en présence du maire de la commune de Fossé puis qu'un second nettoyage a été réalisé après la réception des travaux, avec l'aide fournie par la société SRS ;

- l'expert n'émet aucun avis ferme ; aucun élément ne permet d'affirmer qu'elle aurait utilisé des moyens mécaniques ou physico-chimiques non adaptés ; la défectuosité du carrelage provient soit de l'intervention de la société SRS, soit de la société qui a fabriqué et fourni le carrelage ;

- elle conteste le devis fournit par la société SRS et retenue par l'expert dès lors que la société SRS est partie à la procédure ;

- la somme réclamée au titre d'un surcoût d'entretien pour la période de janvier 2014 à juillet 2018 n'est pas établie ;

- la commune de Fossé doit justifier la perte d'exploitation consécutive aux travaux de reprise dont elle demande réparation.

Par un mémoire enregistré le 14 septembre 2022, la société mutuelle d'assurance du bâtiment et des travaux publics (SMABTP), représentée par Me Gendre, conclut à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à la condamnation des sociétés SRS et Poussin peintures à la garantir de toute condamnation prononcée à son encontre et demande au tribunal de mettre à la charge de la commune de Fossé et de toute partie perdante le paiement d'une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les désordres affectant le carrelage ne relèvent pas de la garantie décennale : il s'agit essentiellement de désagrément d'usage ; les salissures du carrelage ne rendent pas l'ouvrage impropre à sa destination et n'affectent pas la solidité du revêtement de sol ;

- les plateaux en bois d'un meuble ne constitue pas un ouvrage ; un bar en bois constitue un meuble et ne relève donc pas de l'assurance dommages-ouvrage ;

- subsidiairement, la société Poussin peintures doit la garantir à hauteur de 85% pour utilisation de moyens mécaniques ou physiques ou chimiques non adaptés dans le cadre des opérations de nettoyage final et la société SRS à hauteur de 15% en raison d'une porosité des carreaux plus importante que celle annoncée dans la documentation fournie.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions aux fins de condamnation de la société Poussin peintures dès lors que la garantie de parfait achèvement ne s'applique pas à un sous-traitant.

La commune de Fossé a répondu à ce moyen d'ordre public le 11 octobre 2022.

La procédure a été communiquée à la société Gauthier Jack Menuiserie et à la société SRS qui n'ont pas produit d'observations.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- l'ordonnance du 7 novembre 2018 par laquelle la présidente du tribunal administratif d'Orléans a taxé et liquidé les frais et honoraires de l'expertise à la somme de 14 850 euros toutes taxes comprises.

Vu :

- le code des assurances ;

- le code civil ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de Mme Best-De Gand, rapporteure publique,

- et les observations de Me Rainaud, représentant la commune de Fossé.

Considérant ce qui suit :

1. Par acte d'engagement du 10 décembre 2010, la commune de Fossé a confié à un groupement solidaire la maîtrise d'œuvre la construction d'un complexe intergénérationnel et d'une école de musique. Elle a souscrit le 26 novembre 2012 un contrat d'assurance dommages-ouvrage auprès de la société mutuelle d'assurance du bâtiment et des travaux publics (SMABTP). Le lot n° 9, " menuiseries intérieures-bois-parquet ", a été confié à la société Gauthier Jack Menuiserie. Le lot n° 12, " carrelage - faïence - sols souples ", a été confié à la société SRS, le nettoyage final du revêtement du sol ayant été supervisé par la société Poussin peintures, par ailleurs titulaire du lot n° 13 au titre des peintures. Si la société Poussin peintures a vu les réserves affectant son lot levées en mars 2014, la réception des travaux des lots n° 9 et n° 12 a été prononcée avec réserves le 4 septembre 2013 et ces réserves n'ont pas été levées. Postérieurement à l'achèvement des travaux, constatant la survenance de tâches indélébiles sur le carrelage et de fissures sur les plateaux en bois de la banque d'accueil/bar du hall d'entrée des ouvrages moins d'un an après la réception des travaux, la commune de Fossé a mis les sociétés intervenantes en demeure de remédier à ces désordres. Ces mises en demeure étant restées infructueuses, la commune a déclaré ces sinistres auprès de son assureur, la SMABTP. Cette dernière a refusé de les prendre en charge au titre de la garantie dommages-ouvrage par un courrier du 6 janvier 2015. Par deux ordonnances des 16 juin 2015 et 12 mai 2016, le juge des référés du tribunal administratif d'Orléans a prescrit une mesure d'expertise. L'expert a déposé son rapport le 17 septembre 2018. La commune de Fossé demande au tribunal de condamner au titre des désordres affectant le sol du hall d'entrée à titre principal la SMABTP ; à titre subsidiaire, les sociétés SRS et Poussin peintures solidairement et au titre des désordres affectant la banque d'accueil/bar du hall la société Gauthier Jack Menuiserie. La société Poussin peintures, conclut à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire à la condamnation de la société SRS à la garantir intégralement des condamnations prononcées à son encontre et demande au tribunal de condamner la commune de Fossé à lui reverser la somme de 8 262,78 euros de retenue de garantie qu'elle lui a prélevée. La SMABTP conclut à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à la condamnation des sociétés SRS et Poussin peintures à la garantir de toute condamnation prononcée à son encontre.

Sur les désordres affectant le revêtement du sol du hall :

En ce qui concerne la responsabilité de la SMABTP en qualité d'assureur dommage ouvrage de la commune

2. Aux termes des dispositions de l'article L. 242-1 du code des assurances : " Toute personne physique ou morale qui, agissant en qualité de propriétaire de l'ouvrage, de vendeur ou de mandataire du propriétaire de l'ouvrage, fait réaliser des travaux de construction, doit souscrire avant l'ouverture du chantier, pour son compte ou pour celui des propriétaires successifs, une assurance garantissant, en dehors de toute recherche des responsabilités, le paiement de la totalité des travaux de réparation des dommages de la nature de ceux dont sont responsables les constructeurs au sens de l'article 1792-1, les fabricants et importateurs ou le contrôleur technique sur le fondement de l'article 1792 du code civil. / () L'assurance mentionnée au premier alinéa du présent article prend effet après l'expiration du délai de garantie de parfait achèvement visé à l'article 1792-6 du code civil. Toutefois, elle garantit le paiement des réparations nécessaires lorsque : / () / Après la réception, après mise en demeure restée infructueuse, l'entrepreneur n'a pas exécuté ses obligations () ". L'annexe II de l'article A. 243-1 du même code, définissant les clauses-types applicables aux contrats d'assurance de dommages ouvrage, dispose : " () Nature de la garantie : Le contrat a pour objet de garantir, en dehors de toute recherche de responsabilité, le paiement des travaux de réparation des dommages à l'ouvrage réalisé ainsi qu'aux ouvrages existants, totalement incorporés dans l'ouvrage neuf et qui en deviennent techniquement indivisibles, au sens du II de l'article L. 243-1-1 du présent code. / La garantie couvre les dommages, même résultant d'un vice du sol, de la nature de ceux dont sont responsables les constructeurs, au sens de l'article 1792-1 du code civil, les fabricants et les importateurs ou le contrôleur technique, et qui : / - compromettent la solidité des ouvrages constitutifs de l'opération de construction ; / - affectent les ouvrages dans l'un de leurs éléments constitutifs ou l'un de leurs éléments d'équipement, les rendant impropres à leur destination ; / - affectent la solidité de l'un des éléments d'équipement indissociables des ouvrages de viabilité, de fondation, d'ossature, de clos et de couvert, au sens de l'article 1792-2 du code civil. () ".

3. Aux termes de l'article 1792 du code civil : " Tout constructeur d'un ouvrage est responsable de plein droit, envers le maître ou l'acquéreur de l'ouvrage, des dommages, même résultant d'un vice du sol, qui compromettent la solidité de l'ouvrage ou qui, l'affectant dans l'un de ses éléments constitutifs ou l'un de ses éléments d'équipement, le rendent impropre à sa destination () ". Aux termes de l'article 1792-1 : " Est réputé constructeur de l'ouvrage : / 1° Tout architecte, entrepreneur, technicien ou autre personne liée au maître de l'ouvrage par un contrat de louage d'ouvrage () ". Aux termes de l'article 1792-6 du même code : " () La garantie de parfait achèvement, à laquelle l'entrepreneur est tenu pendant un délai d'un an, à compter de la réception, s'étend à la réparation de tous les désordres signalés par le maître de l'ouvrage, soit au moyen de réserves mentionnées au procès-verbal de réception, soit par voie de notification écrite pour ceux révélés postérieurement à la réception. Les délais nécessaires à l'exécution des travaux de réparation sont fixés d'un commun accord par le maître de l'ouvrage et l'entrepreneur concerné () ".

4. Il résulte de ces dispositions que l'action engagée par le maître de l'ouvrage à l'encontre de son assureur, au titre de l'exécution du contrat d'assurance dommages-ouvrage, repose sur les mêmes fondements juridiques et les mêmes éléments d'appréciation que les garanties post-contractuelles des constructeurs.

5. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise que le carrelage du hall d'entrée du complexe intergénérationnel et de l'école de musique présente des salissures dont le nettoyage est très difficile. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction que, quand bien même ce carrelage aurait un aspect sale en permanence, cet aspect, pour regrettable qu'il soit, rende l'ouvrage impropre à sa destination. Par suite, la commune de Fossé n'est pas fondée à rechercher la responsabilité de la SMABTP au titre du contrat d'assurance dommages-ouvrage.

En ce qui concerne la responsabilité de l'entreprise ayant réalisé les travaux

6. L'article 41.6 du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux stipule que : " Lorsque la réception est assortie de réserves, l'entrepreneur doit remédier aux imperfections et malfaçons correspondantes dans le délai fixé par la personne responsable du marché ou, en l'absence d'un tel délai, trois mois avant l'expiration du délai de garantie défini au 1 de l'article 44. / Au cas où ces travaux ne seraient pas faits dans le délai prescrit, la personne responsable du marché peut les faire exécuter aux frais et risques de l'entrepreneur ". Aux termes de l'article 44.1 du même cahier : " Le délai de garantie est, sauf stipulation différente du marché et sauf prolongation décidée comme il est dit au 2 du présent article, d'un an à compter de la date d'effet de la réception, ou de six mois à compter de cette date si le marché ne concerne que des travaux d'entretien ou des terrassements. / Pendant le délai de garantie, indépendamment des obligations qui peuvent résulter pour lui de l'application du 4 de l'article 41, l'entrepreneur est tenu à une obligation dite "obligation de parfait achèvement" au titre de laquelle il doit : a) Exécuter les travaux et prestations éventuels de finition ou de reprise prévus aux 5 et 6 de l'article 41 ; b) Remédier à tous les désordres signalés, par le maître de l'ouvrage ou le maître d'œuvre, de telle sorte que l'ouvrage soit conforme à l'état où il était lors de la réception ou après correction des imperfections constatées lors de celle-ci ; c) Procéder, le cas échéant, aux travaux confortatifs ou modificatifs dont la nécessité serait apparue à l'issue des épreuves effectuées conformément au C.C.A.P. ; d) Remettre au maître d'œuvre les plans des ouvrages conformes à l'exécution dans les conditions précisées à l'article 40. / Les dépenses correspondant aux travaux complémentaires prescrits par le maître de l'ouvrage ou le maître d'œuvre ayant pour objet de remédier aux déficiences énoncées aux b et c ci-dessus ne sont à la charge de l'entrepreneur que si la cause de ces déficiences lui est imputable. / () / A l'expiration du délai de garantie, l'entrepreneur est dégagé de ses obligations contractuelles, à l'exception de celles qui sont mentionnées au 3 du présent article ; les sûretés éventuellement constituées sont libérées dans les conditions prévues au 16 de l'article 4 ". Et selon l'article 44.2 de ce cahier : " Si, à l'expiration du délai de garantie, l'entrepreneur n'a pas procédé à l'exécution des travaux et prestations énoncés au 1 du présent article ainsi qu'à l'exécution de ceux qui sont exigés, le cas échéant, en application de l'article 39, le délai de garantie peut être prolongé par décision de la personne responsable du marché jusqu'à l'exécution complète des travaux et prestations, que celle-ci soit assurée par l'entrepreneur ou qu'elle le soit d'office conformément aux stipulations du 6 de l'article 41 ". La garantie de parfait achèvement s'étend à la reprise, d'une part, des désordres ayant fait l'objet de réserves dans le procès-verbal de réception, d'autre part, de ceux qui apparaissent et sont signalés dans l'année suivant la date de réception.

7. D'une part, il résulte de l'instruction que le défaut esthétique affectant le carrelage du hall d'entrée des ouvrages, qui relève de la garantie de parfait achèvement, a été constaté le 14 mai 2014, soit dans la première année suivant la réception des travaux prononcée le 4 décembre 2013. D'autre part, il résulte de l'instruction que la commune a, par de nombreux courriers restés infructueux, mis en demeure la société SRS, en charge du lot n° 12 " carrelage - faïence - sols souples ", de remédier à ce désordre puis, par un courrier recommandé du 28 novembre 2014, prorogé la garantie de parfait achèvement compte-tenu de l'absence de reprise du carrelage, moins d'un an après la réception des travaux. Il résulte de ce qui précède que le désordre étant matériellement établi et la commune ayant régulièrement prorogé le délai de garantie, elle est fondée à rechercher la responsabilité contractuelle de la société SRS au titre de ce désordre.

En ce qui concerne les préjudices

8. En premier lieu, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que la solution de remise en état consiste à la démolition du carrelage et des plinthes puis à leur remplacement à neuf. Ces travaux ont été estimés à 29 624,04 euros toutes taxes comprises (TTC) par un devis établi par la société SRS, dont le montant n'est pas sérieusement contesté, la seule circonstance que la société SRS soit partie au litige n'étant pas de nature à elle seule à lui enlever son caractère probant.

9. En deuxième lieu, si la requérante demande l'indemnisation d'un surcoût de frais de ménage, pour la période de janvier 2014 au mois de juillet 2018, qu'elle chiffre à hauteur de 11 169 euros, elle ne produit pas, ainsi qu'il est opposé en défense, d'élément de nature à établir le bien-fondé de cette prétention.

10. En troisième lieu, la commune de Fossé demande l'indemnisation du préjudice d'exploitation qu'elle prétend être amenée à subir pendant la période d'exécution des travaux de réfection du carrelage et qu'elle chiffre à hauteur de 2 000 euros. Toutefois, et quand bien même l'expert a retenu ce montant, la commune ne produit pas d'élément de nature à établir le bien-fondé de cette prétention.

11. En dernier lieu, si la commune de Fossé demande l'actualisation de la somme allouée sur la base de l'indice BT 01 du coût de la construction, le coût des travaux de réfection doit être évalué à la date où leur cause ayant pris fin et leur étendue étant connue, il pouvait être procédé aux travaux destinés à les réparer et il n'en va autrement que si ces travaux sont retardés pour une cause indépendante de la volonté de la victime. En l'espèce, cette date est celle du 17 septembre 2018, à laquelle l'expert a déposé son rapport, lequel définit avec une précision suffisante la nature et l'étendue des travaux nécessaires. La commune de Fossé ne justifie ni même n'allègue s'être trouvée dans l'impossibilité technique ou financière de faire effectuer les travaux à cette période. Sa demande d'actualisation ne peut donc, en l'état du dossier, être accueillie.

12. Il résulte de ce qui précède que la société SRS doit être condamnée à verser à la commune de Fossé la somme de 29 624,04 euros TTC en réparation des désordres affectant le revêtement du sol du hall d'entrée du complexe intergénérationnel et de l'école de musique.

Sur les désordres affectant les plateaux en bois de la banque d'accueil/bar du hall :

En ce qui concerne la responsabilité de l'entreprise ayant réalisé les travaux

13. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que les plateaux de la banque d'accueil/bar, réalisés en panneaux de bois massifs, présentent plusieurs fissures importantes, qualifiées de structurelles, sur toute la longueur. Ces désordres ont été constatés dans le délai d'un an suivant la réception des ouvrages le 4 décembre 2013. Après une mise en demeure infructueuse le 5 juin 2014, la commune de Fossé a, par un courrier recommandé en date du 28 novembre 2014, adressé à la société Gauthier Jack Menuiserie, en charge du lot n° 9 " travaux de menuiseries intérieures en bois - parquet ", prorogé la garantie de parfait achèvement. Cette prorogation étant intervenue moins d'un an après la réception des travaux et le désordre étant matériellement établi, la commune de Fossé a régulièrement prolongé le délai de garantie de parfait achèvement auprès de la société Gauthier Jack Menuiserie pour cet élément intégré à l'ouvrage. Par suite, la commune de Fossé est fondée à rechercher la responsabilité contractuelle de la société Gauthier Jack Menuiserie au titre de ce désordre.

En ce qui concerne les préjudices

14. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que la solution de remise en état consiste à la dépose des actuels plateaux en bois et à leur réfection en remplacement. Ces travaux ont été estimés à 27 750,26 euros TTC par un devis établi par la société " Les enfants de A C ", non contesté par la société Gauthier Jack Menuiserie.

15. Si la commune de Fossé demande l'actualisation de la somme allouée sur la base de l'indice BT 01 du coût de la construction, elle ne justifie ni même n'allègue s'être trouvée dans l'impossibilité technique ou financière de faire effectuer les travaux de reprise des désordres à la date du dépôt du rapport d'expertise à laquelle leur cause avait pris fin et leur étendue était connue. Sa demande d'actualisation ne peut donc, en l'état du dossier, être accueillie.

16. Il résulte de ce qui précède que la société Gauthier Jack Menuiserie doit être condamnée à verser à la commune de Fossé la somme de 27 750,26 euros TTC en réparation des désordres affectant les plateaux en bois de la banque d'accueil/bar du hall d'entrée du complexe intergénérationnel et de l'école de musique.

Sur les conclusions reconventionnelles en remboursement de la retenue de garantie :

17. Aux termes de l'article 101 du code des marchés publics, alors en vigueur : " Le marché peut prévoir, à la charge du titulaire, une retenue de garantie qui est prélevée par fractions sur chacun des versements autres qu'une avance. Le montant de la retenue de garantie ne peut être supérieur à 5% du montant initial augmenté, le cas échéant, du montant des avenants. La retenue de garantie a pour seul objet de couvrir les réserves à la réception des travaux, fournitures ou services ainsi que celles formulées, le cas échéant, pendant le délai de garantie. Le délai de garantie est le délai, qui peut être prévu par le marché, pendant lequel le pouvoir adjudicateur peut formuler des réserves sur des malfaçons qui n'étaient pas apparentes ou dont les conséquences n'étaient pas identifiables au moment de la réception () ". Aux termes de l'article 44.1 du cahier des clauses administratives générales travaux applicable au marché en litige : " Le délai de garantie est, sauf stipulation différente du marché et sauf prolongation décidée comme il est dit au 2 du présent article, d'un an à compter de la date d'effet de la réception, ou de six mois à compter de cette date si le marché ne concerne que des travaux d'entretien ou des terrassements () ". Il résulte de ces dispositions et de celles de l'article 44.1 du CCAG Travaux déjà énoncées au point 6, d'une part, que la retenue de garantie a pour but de garantir contractuellement l'exécution des travaux, pour satisfaire, le cas échéant, aux réserves faites lors de leur réception par le maître d'ouvrage et, d'autre part, qu'en cas de carence de l'entreprise titulaire du marché, le maître d'ouvrage est en droit de prélever sur le montant des retenues de garantie pratiquées le coût des travaux effectués pour remédier aux malfaçons constatées lors de la réception des travaux.

18. Il résulte de l'instruction que la commune de Fossé a appliqué à la société Poussin peintures une retenue de garantie en raison des désordres affectant le lot n° 12 " carrelage - faïence - sols souples ". Or, il est constant que la société Poussin peintures est titulaire du seul lot n° 13. Dès lors, et quand bien même la société Poussin peintures est intervenue en qualité de sous-traitant lors du nettoyage final du sol du hall d'entrée des ouvrages la commune de Fossé ne pouvait pas lui appliquer une retenue de garantie en raison des désordres affectant un lot dont elle n'était pas titulaire. Par suite, les conclusions reconventionnelles de la société Poussin peintures aux fins de restitution de cette retenue de garantie d'un montant de 8 262,78 euros TTC doivent être accueillies.

Sur les intérêts et la capitalisation des intérêts :

19. La commune de Fossé a droit aux intérêts au taux légal s'agissant des condamnations prononcées en sa faveur, non pas à compter de la déclaration de sinistre, mais à compter de l'enregistrement de sa requête, le 12 octobre 2020, valant demande de paiement. Les intérêts échus à la date du 12 octobre 2021, puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date, seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.

Sur les conclusions relatives aux dépens :

20. Par ordonnance du 7 novembre 2018, le président du tribunal a taxé et liquidé les frais et honoraires de l'expertise judiciaire à la somme 14 850 euros TTC. Il y a lieu de mettre cette somme à la charge définitive et conjointe des sociétés SRS et Gauthier Jack Menuiserie.

Sur les frais liés au litige :

21. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre une somme de 1 500 euros à la charge de la société SRS et une somme de 1 500 euros à la charge de la société Gauthier Jack Menuiserie sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative au titre des frais exposés par la commune de Fossé et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La société SRS est condamnée à verser à la commune de Fossé la somme de 29 624,04 euros toutes taxes comprises au titre des désordres concernant le revêtement du sol du hall d'entrée du complexe intergénérationnel et de l'école de musique avec intérêts au taux légal à compter du 12 octobre 2020. Les intérêts échus à la date du 12 octobre 2021 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.

Article 2 : La société Gauthier Jack Menuiserie est condamnée à verser à la commune de Fossé la somme de 27 750,26 euros toutes taxes comprises au titre des désordres concernant la banque d'accueil/bar du hall d'entrée du complexe intergénérationnel et de l'école de musique avec intérêts au taux légal à compter du 12 octobre 2020. Les intérêts échus à la date du 12 octobre 2021 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.

Article 3 : La commune de Fossé est condamnée à verser la somme de 8 262,78 euros à la société Poussin peintures.

Article 4 : La société SRS versera à la commune de Fossé une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : La société Gauthier Jack Menuiserie versera à la commune de Fossé une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 6 : Les frais et honoraires de l'expertise judiciaire taxés et liquidés à la somme 14 850 euros toutes taxes comprises, sont mis à la charge conjointe et définitive des sociétés SRS et Gauthier Jack Menuiserie.

Article 7 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 8 : Le présent jugement sera notifié à la commune de Fossé, à la SMABTP, à la société Gauthier Jack Menuiserie, à la société SRS et à la société Poussin peintures.

Copie en sera adressée à l'expert.

Délibéré après l'audience du 18 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,

M. Joos, premier conseiller,

Mme Bertrand, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 novembre 2022.

La rapporteure,

Valérie B

La présidente,

Anne LEFEBVRE-SOPPELSALa greffière,

Lucie BARRUET

La République mande et ordonne à la préfète de Loir-et-Cher en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Décisions similaires

TA13Plein contentieux

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110

Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.

01/06/2026

TA13Plein contentieux

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.

01/06/2026

TA14Plein contentieux

Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609

Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.

01/06/2026

TA25Plein contentieux

Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

← Retour aux décisions