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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2003929

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2003929

jeudi 19 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2003929
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantCABINET JOURNO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 4 novembre 2020 et 21 décembre 2022,

M. B D et Mme F D, agissant en son nom propre et en qualité de représentante légale de son fils, M. H D A, représentés par Me Journo, demandent au tribunal :

1°) de condamner solidairement le centre hospitalier de Blois et la société hospitalière d'assurances mutuelles (SHAM) à leur verser, en leur qualité d'héritiers de Mme G D, une somme totale de 170 000 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter de l'enregistrement de la requête, en réparation des préjudices subis du fait de la prise en charge de leur mère au sein de cet établissement ;

2°) de condamner solidairement le centre hospitalier de Blois et la SHAM à verser à

M. B D une somme totale de 70 000 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter de l'enregistrement de la requête, en réparation des préjudices subis à la suite du décès de sa mère, Mme G D, au sein de cet établissement ;

3°) de condamner solidairement le centre hospitalier de Blois et la SHAM à verser à

Mme F D une somme totale de 73 450 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter de l'enregistrement de la requête, en réparation des préjudices subis à la suite du décès de sa mère, Mme G D, au sein de cet établissement ;

4°) de condamner solidairement le centre hospitalier de Blois et la SHAM à verser à

Mme F D, en sa qualité de représente légale de son fils, H D A, une somme de 10 000 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter de l'enregistrement de la requête, en réparation du préjudice subi à la suite du décès de sa grand-mère, Mme G D, au sein de cet établissement ;

5°) de condamner solidairement le centre hospitalier de Blois et la SHAM au paiement des dépens ;

6°) de dire qu'en cas d'exécution forcée, les sommes retenues par l'huissier seront supportées par le débiteur en application des articles A 444-31 et suivants du code de commerce en sus de l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

7°) de condamner solidairement le centre hospitalier de Blois et la SHAM à leur verser une somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la responsabilité du centre hospitalier est engagée pour manquement à son obligation d'information ; d'une part, Mme D n'a signé aucun acte de consentement éclairé avant son opération de la rotule réalisée le 26 juillet 2018 ; elle n'a, en outre, bénéficié d'aucune visite pré anesthésique, ni reçu aucune information sur l'anesthésie réalisée le 26 juillet 2018 ; d'autre part, Mme D n'a signé aucun acte de consentement éclairé avant la fibroscopie réalisée le 31 juillet 2018 ; elle n'a, en outre, bénéficié d'aucune visite pré anesthésique, ni reçu aucune information sur l'anesthésie réalisée le 31 juillet 2018 ;

- la responsabilité du centre hospitalier est engagée pour faute dans la réalisation de la fibroscopie dont a bénéficié Mme D le 31 juillet 2018 ; cette fibroscopie a été réalisée sans avoir procédé à un scanner cérébral ce qui n'est pas conforme aux règles de l'art ; elle a provoqué une perforation de l'ulcère à l'origine d'un choc septique et de l'engagement du pronostic vital de Mme D ;

- la responsabilité du centre hospitalier est engagée pour faute de diagnostic et de soins ; des investigations complémentaires auraient dû être réalisées pour déterminer l'origine du sepsis qui affectait Mme D et poser plus rapidement le bon diagnostic ; la prise en charge du sepsis n'a pas été conforme aux règles de l'art ; il n'aurait pas dû être réalisé de fibroscopie sans scanner ; le diagnostic d'ulcère a été posé tardivement le 31 juillet 2018, alors que, jusqu'à cette date, il n'avait pas été envisagé que Mme D puisse souffrir d'une pathologie digestive ; en conséquence l'intervention chirurgicale réalisée pour traiter l'ulcère le 31 juillet 2018 a été pratiquée trop tardivement ; l'intervention réalisée pour fracture du genou n'était pas justifiée compte tenu du contexte septique existant ;

- les fautes commises par le centre hospitalier sont à l'origine d'une perte de chance d'éviter le décès de Mme D qui doit être fixée à 70 % ;

- les souffrances endurées par Mme D seront indemnisées à hauteur de 100 000 euros ;

- le préjudice moral éprouvé par Mme D du fait de la conscience d'une espérance de vie réduite sera indemnisé à hauteur de 20 000 euros ;

- le préjudice moral supporté par Mme D du fait du manquement commis par l'établissement à son obligation d'information sera indemnisé à hauteur de 20 000 euros ;

- Mme D a souffert d'un préjudice esthétique temporaire qui doit être indemnisé à hauteur de 30 000 euros ;

- les enfants de Mme D ont souffert d'un préjudice d'affection qu'il y a lieu d'indemniser à hauteur de 50 000 euros pour chacun ;

- les enfants de Mme D n'ont pas reçu une information sincère et précise sur l'état de santé de leur mère ce qui est à leur origine pour eux d'un préjudice qui sera indemnisé à hauteur de 15 000 euros pour chacun ;

- les frais d'obsèques seront remboursés à Mme F D à hauteur de

3 450 euros ;

- le préjudice d'accompagnement des enfants de Mme D sera indemnisé à hauteur de 5 000 euros pour chacun d'eux ;

- le préjudice moral du petit fils de Mme D sera indemnisé à hauteur de

10 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 juillet 2022, le centre hospitalier de Blois et la société hospitalière d'assurances mutuelles (SHAM), représentés par Me Derec, concluent à ce que l'indemnisation accordée aux consorts D soit limitée à la somme de 24 870 euros, ou subsidiairement, 25 410 euros, ainsi qu'à la limitation de la somme accordée en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à 1 500 euros.

Ils font valoir que :

- ils s'en rapportent à justice sur le principe de la responsabilité qui est imputée au centre hospitalier à raison des fautes médicales commises dans la prise en charge de Mme D ;

- la responsabilité du centre hospitalier pour manquement à son devoir d'information ne peut être engagée ; l'intervention réalisée le 31 juillet 2018 était impérieusement requise ; aucun risque lié à l'intervention pour la fracture du genou ne s'est réalisé ; le manque d'information avant la réalisation de la fibroscopie n'a pas fait perdre une chance supplémentaire à Mme D d'éviter le dommage ;

- les fautes commises sont à l'origine d'une perte de chance d'éviter le décès de

Mme D qui doit être arrêtée à 60 % ;

- les souffrances endurées seront indemnisées à hauteur de 13 800 euros ;

- Mme D n'a pas subi de préjudice esthétique temporaire ; en tout état de cause, il ne pourra lui être accordé plus que 300 euros à ce titre ;

- le préjudice moral de conscience d'une espérance de vie réduite n'a pas été retenu par les experts pas plus que par la CCI ;

- aucun préjudice d'impréparation ne résulte des fautes commises ;

- 3 600 euros pourront être accordés à chacun des enfants de Mme D en réparation de leur préjudice d'affection ;

-1 800 euros pourront être accordés au petit fils de Mme D en réparation de son préjudice d'affection ;

- les requérants n'ont souffert d'aucun préjudice moral lié à un défaut d'information ;

- les frais d'obsèques seront indemnisés à hauteur de 2 070 euros ;

- 120 euros pourront être accordés à chacun des enfants de Mme D en réparation de leur préjudice d'accompagnement.

La procédure a été communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie de Loir-et-Cher et à la Mutuelle générale de l'éducation nationale qui n'ont produit aucune observation.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de la santé publique ;

- le code de commerce ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Palis De Koninck,

- les conclusions de M. Gauthier, rapporteur public,

- et les observations de Me Toubale, substituant Me Journo, représentant les consorts D et de Me Barata, représentant le centre hospitalier de Blois et la SHAM.

Considérant ce qui suit :

1. Mme G D s'est présentée aux urgences du centre hospitalier de Blois le 22 juillet 2018 pour des douleurs abdominales. Elle souffrait déjà de diabète de type II, d'une hypertension artérielle, d'une insuffisance rénale débutante, d'une obésité de grade III et d'une arthrose sévère. Elle a été hospitalisée quelques heures en unité de courte durée puis en médecine interne-diabétologie à partir du 23 juillet dans l'après-midi. Le 24 juillet, elle a brutalement présenté un syndrome inflammatoire très marqué. Un diagnostic de sepsis avec bactériémie rapportée à une infection urinaire a été posé le lendemain, 25 juillet. Le 26 juillet, Mme D a été opérée pour une fracture du genou constatée au cours de son hospitalisation. Le syndrome inflammatoire dont elle souffrait était toujours important le 28 juillet, lorsqu'il a été constaté qu'elle était dyspnéique et tachycarde. Le 29 juillet, Mme D souffrait de méléna et d'une anémie aigüe. Le 30 juillet, l'intéressée a, de nouveau, souffert de méléna. Il a alors été décidé de pratiquer une fibroscopie le lendemain. Cet examen a été réalisé le 31 juillet et a permis de poser un diagnostic d'ulcère duodénal. Quelques heures après cette fibroscopie, Mme D a été victime d'un choc septique conduisant à une intervention en urgence où une péritonite généralisée et une ischémie intestinale par bas débit ont été mises en évidence. Elle est décédée dans les suites immédiates de l'intervention du fait de défaillances multiviscérales à l'âge de soixante-quinze ans.

2. Les deux enfants de Mme D ont saisi la commission de consultation et d'indemnisation des accidents médicaux (CCI) d'une demande d'indemnisation le 13 août 2018. Celle-ci a diligenté une expertise confiée au docteur E, chirurgien viscéral et digestif et au docteur C, réanimateur spécialisé en matière infectieuse. Elle a un rendu son avis le 28 mars 2019 reconnaissant la responsabilité du centre hospitalier de Blois et préconisant l'indemnisation des préjudices des consorts D en tenant compte d'une perte de chance d'éviter le décès de la patiente fixée à 70 %. Le 19 juillet 2019, la société hospitalière d'assurances mutuelles (SHAM) leur a adressé une proposition d'indemnisation, qu'ils ont refusée. Le 20 juillet 2020, les requérants ont adressé au centre hospitalier de Blois une demande préalable indemnitaire. La SHAM a formulé une nouvelle proposition d'indemnisation le 11 septembre 2020 qu'ils ont, de nouveau, déclinée. Par la requête ci-dessus analysée, les consorts D sollicitent la condamnation solidaire du centre hospitalier de Blois et de son assureur à réparer les préjudices résultant pour eux du décès de Mme G D.

Sur la responsabilité :

En ce qui concerne le défaut de prise en charge :

3. Aux termes du premier alinéa du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. ".

4. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise diligenté par la CCI, qu'à son arrivée au centre hospitalier de Blois le 22 juillet 2018, Mme D ne présentait pas de syndrome inflammatoire biologique franc, celui-ci étant apparu après 36 heures d'hospitalisation le 24 juillet. Malgré l'absence de douleurs urinaires et d'anomalie de l'examen clinique orientant vers la sphère urologique, le diagnostic de pyélonéphrite a été retenu et une antibiothérapie démarrée. Or, il résulte de l'instruction que, compte tenu des résultats de la bactériémie réalisée le 25 juillet, d'autres examens auraient dû être pratiqués, qui auraient permis de s'assurer de manière certaine de l'origine du sepsis qui affectait Mme D. Un scanner aurait dû être réalisé dès le 26 juillet 2018, mais ne l'a finalement jamais été. En outre, alors qu'elle souffrait de ce syndrome inflammatoire, Mme D a été opérée d'une fracture du genou ancienne. Il résulte de l'instruction que cette intervention ne présentait pas de caractère d'urgence et n'aurait pas dû être pratiquée dans un tel contexte de sepsis. Par la suite, en dépit de la survenue de méléna et de l'absence d'amélioration de l'état de santé de Mme D, pourtant placée sous antibiotiques, les équipes médicales n'ont pas rediscuté le diagnostic d'infection de la voie urinaire initialement posé. Il n'a été décidé de réaliser une fibroscopie que le 31 juillet, soit plusieurs jours après l'apparition du syndrome inflammatoire. Cet examen de diagnostic n'était, en outre, pas approprié dans la mesure où l'origine du sepsis était très probablement intra-abdominale. S'il a permis de poser le diagnostic d'ulcère duodénal perforé-bouché, à l'origine du sepsis locorégional, il a également provoqué une perforation de l'ulcère dans la cavité péritonéale. Il résulte ainsi de l'instruction que le centre hospitalier de Blois n'a pas correctement pris en charge le sepsis dont souffrait Mme D. Il n'a, en effet, pas réalisé avec suffisamment de diligence les examens de diagnostic nécessaires et, lorsqu'il a entrepris ces examens, a procédé à une fibroscopie qui n'était pas appropriée. Cette succession de fautes engage sa responsabilité.

En ce qui concerne le défaut d'information :

5. Aux termes de l'article L. 1111-2 du code de la santé publique : " Toute personne a le droit d'être informée sur son état de santé. Cette information porte sur les différentes investigations, traitements ou actions de prévention qui sont proposés, leur utilité, leur urgence éventuelle, leurs conséquences, les risques fréquents ou graves normalement prévisibles qu'ils comportent ainsi que sur les autres solutions possibles et sur les conséquences prévisibles en cas de refus. Lorsque, postérieurement à l'exécution des investigations, traitements ou actions de prévention, des risques nouveaux sont identifiés, la personne concernée doit en être informée, sauf en cas d'impossibilité de la retrouver. Cette information incombe à tout professionnel de santé dans le cadre de ses compétences et dans le respect des règles professionnelles qui lui sont applicables. Seules l'urgence ou l'impossibilité d'informer peuvent l'en dispenser. Cette information est délivrée au cours d'un entretien individuel. () En cas de litige, il appartient au professionnel ou à l'établissement de santé d'apporter la preuve que l'information a été délivrée à l'intéressé dans les conditions prévues au présent article. Cette preuve peut être apportée par tout moyen () ". Il résulte de ces dispositions que doivent être portés à la connaissance du patient, préalablement au recueil de son consentement à l'accomplissement d'un acte médical, les risques connus de cet acte qui, soit présentent une fréquence statistique significative, quelle que soit leur gravité, soit revêtent le caractère de risques graves, quelle que soit leur fréquence.

6. Il ne résulte pas de l'instruction que Mme D ait reçu une information sur les risques, notamment anesthésiques, que présentaient pour elle l'opération du genou réalisée le 26 juillet 2018 et la fibroscopie réalisée le 31 juillet suivant. Bien qu'aucun risque propre à ces deux interventions ne se soit réalisé, il est constant que l'intéressée n'a pas reçu l'information qui aurait dû lui être délivrée par le centre hospitalier de Blois. Les requérants sont donc fondés à demander l'engagement de la responsabilité du centre hospitalier de Blois en raison d'un défaut d'information.

Sur la fraction du préjudice indemnisable :

7. En premier lieu, dans le cas où la faute commise lors de la prise en charge ou le traitement d'un patient dans un établissement public hospitalier a compromis ses chances d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation, le préjudice résultant directement de la faute commise par l'établissement et qui doit être intégralement réparé n'est pas le dommage corporel constaté, mais la perte de chance d'éviter que ce dommage soit advenu. La réparation qui incombe à l'hôpital doit alors être évaluée à une fraction du dommage corporel déterminée en fonction de l'ampleur de la chance perdue.

8. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que le défaut de prise en charge a fait perdre à Mme D une chance d'éviter son décès imputable au sepsis tardivement diagnostiqué associé à un état de santé déjà précaire. Les experts de la CCI précisent sur ce point que, correctement prise en charge, l'intéressée avait une chance de survivre à l'ulcère duodénal dont elle était affectée, évaluée entre 50 et 70 %. En l'espèce, la chance perdue par Mme D peut donc être estimée à 60 %.

9. En second lieu, en cas de manquement à l'obligation d'information mentionnée à l'article L. 1111-2 du code de la santé publique, si l'acte de diagnostic ou de soin entraîne pour le patient, y compris s'il a été réalisé conformément aux règles de l'art, un dommage en lien avec la réalisation du risque qui n'a pas été porté à sa connaissance, la faute commise en ne procédant pas à cette information engage la responsabilité de l'établissement de santé à son égard, pour sa perte de chance de se soustraire à ce risque en renonçant à l'opération. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction, compte tenu de ce qu'était l'état de santé du patient et son évolution prévisible en l'absence de réalisation de l'acte, des alternatives thérapeutiques qui pouvaient lui être proposées ainsi que de tous autres éléments de nature à révéler le choix qu'il aurait fait, qu'informé de la nature et de l'importance de ce risque, il aurait consenti à l'acte en question. Indépendamment de la perte d'une chance de refuser l'intervention ou le traitement, le manquement des médecins à leur obligation d'informer le patient des risques encourus ouvre pour l'intéressé, lorsque ces risques se réalisent, le droit d'obtenir réparation des troubles qu'il a pu subir du fait qu'il n'a pas pu se préparer à cette éventualité et notamment du préjudice résultant de la souffrance morale endurée à la découverte des conséquences de l'intervention ou du traitement.

10. D'une part, en l'espèce, ainsi qu'il a été dit au point 6, aucun risque, notamment anesthésique, propre à l'opération du genou ou à la fibroscopie ne s'est réalisé. Le décès de

Mme D est lié à la mauvaise prise en charge du sepsis. En outre, il résulte de l'instruction que l'intéressée souffrait énormément et souhaitait une prise en charge par un médecin viscéral afin que soit identifiée la cause de ses douleurs. Dans les circonstances de l'espèce, il peut être retenu pour suffisamment certain que Mme D aurait accepté de subir la fibroscopie même complètement informée des risques de cette intervention. Aussi, il ne résulte pas de l'instruction que le défaut d'information préalable à la réalisation des deux interventions aurait, par lui-même, entrainé une perte de chance supplémentaire et distincte de celle résultant du défaut de prise en charge.

11. D'autre part, si le patient peut prétendre à la réparation d'un préjudice moral pour ne pas avoir pu anticiper, du fait d'un défaut d'information, l'éventualité des conséquences dommageables subies, celles dont a souffert Mme D ne sont pas liées aux interventions pour lesquelles elle n'a pas reçu d'information. Elle n'a donc pas subi de préjudice d'impréparation susceptible d'être indemnisé.

Sur les préjudices :

En ce qui concerne les préjudices de Mme G D :

S'agissant des souffrances endurées :

12. Il sera fait une juste appréciation des souffrances endurées par Mme D du 24 juillet 2018, date d'apparition du syndrome inflammatoire, au 1er août 2018, date de son décès, qui ont été évaluées par les experts à 6 sur une échelle de 7, en accordant à ce titre la somme de

20 000 euros soit 12 000 euros compte tenu de la perte de chance retenue.

S'agissant du préjudice esthétique temporaire :

13. Il résulte de l'instruction que Mme D a été admise en réanimation le 31 juillet à 17 heures 24 et a alors été intubée et ventilée. Le préjudice esthétique temporaire dont elle a souffert durant ce très court laps de temps avant la survenue de son décès peut être évalué à la somme de 300 euros, soit 180 euros compte tenu du taux de perte de chance.

S'agissant du préjudice moral lié à la conscience d'une espérance de vie réduite :

14. Il résulte de l'instruction que Mme D, admise au centre hospitalier le 22 juillet 2018, a commencé à souffrir de manière très forte d'un sepsis à compter du 24 juillet. Le 27 juillet, elle a elle-même demandé à être reçue en consultation par un médecin viscéral. A cette date, elle était déjà anémiée et toujours très douloureuse. Son état de santé n'a pas cessé par la suite de se dégrader durant les quatre jours qui ont suivi. Dans ces conditions, elle a pu avoir conscience de sa mort imminente. Dès lors, les ayants droit de Mme D sont fondés à solliciter l'indemnisation du préjudice d'angoisse de mort imminente subi par l'intéressée avant son décès. Il en sera fait une juste appréciation en l'évaluant à la somme de 5 000 euros, soit 3 000 euros compte tenu du taux perte de chance.

En ce qui concerne les préjudices des enfants de Mme D :

S'agissant des frais d'obsèques :

15. Il résulte de l'instruction, et notamment des factures produites par les requérants, que Mme F D, sa fille, a réglé une somme de 3 450 euros au titre des frais d'obsèques de Mme G D. Il y a lieu de condamner solidairement le centre hospitalier de Blois et la SHAM à lui verser la somme de 2 070 euros compte tenu du taux de perte de chance retenu.

S'agissant du préjudice d'affection :

16. Les deux enfants de Mme D sont fondés à se prévaloir d'un préjudice d'affection résultant du décès de leur mère. Il en sera fait une juste appréciation en allouant à chacun d'entre eux une somme de 6 500 euros, soit 3 900 euros compte tenu du taux de perte de chance retenu.

S'agissant du préjudice d'accompagnement :

17. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice d'accompagnement en l'indemnisant, après imputation du taux de perte de chance, à hauteur de 900 euros pour chacun des enfants de

Mme D.

S'agissant du préjudice moral :

18. Les enfants de Mme D soutiennent qu'ils n'ont pas été correctement informés de l'état de santé de leur mère ce qui les a privés de la possibilité de lui apporter un soutien direct et de l'accompagner dans ses derniers instants de vie. Toutefois, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que la fille de la défunte a été prévenue immédiatement lorsque le 31 juillet l'état de santé de sa mère s'est fortement dégradé suite à un malaise et qu'il a été décidé de son transfert en réanimation. Après l'arrêt cardiaque survenu avant l'intervention en urgence pratiquée dans la même soirée, la famille a été informée de la gravité du pronostic. Il ressort en outre du rapport d'expertise et des attestations de proches produites au dossier que

Mme D est décédée en présence de ses enfants. Aussi, le préjudice moral tel qu'il est invoqué par les requérants, n'est pas établi.

En ce qui concerne le préjudice du petit-fils de Mme D :

19. Le petit-fils de Mme D, âgé de treize mois lors du décès, est fondé à se prévaloir d'un préjudice d'affection résultant du décès de sa grand-mère. Il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice, en tenant compte de l'âge de l'enfant, en allouant à Mme F D, sa représente légale, une somme de 3 000 euros, soit 1 800 euros compte tenu du taux de perte de chance retenu.

Sur les intérêts :

20. Aux termes de l'article 1231-6 du code civil : " Les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d'une obligation de somme d'argent consistent dans l'intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure. Ces dommages et intérêts sont dus sans que le créancier soit tenu de justifier d'aucune perte () ". Aux termes de l'article 1343-2 du même code : " Les intérêts échus, dus au moins pour une année entière, produisent intérêt si le contrat l'a prévu ou si une décision de justice le précise ". Il résulte de ces dispositions que, d'une part, lorsqu'ils sont demandés, et quelle que soit la date de la demande, les intérêts des indemnités allouées sont dus à compter du jour où la demande de réclamation de la somme principale est parvenue à la partie débitrice ou, à défaut, à compter de la date d'enregistrement au greffe du tribunal administratif des conclusions tendant au versement de cette indemnité, et que, d'autre part, la capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière.

21. Les requérants demandent que les indemnités qui leur sont allouées soient assorties des intérêts au taux légal à compter de la date d'enregistrement de leur requête par le tribunal. Il y a lieu de faire droit à cette demande d'intérêts à compter du 4 novembre 2020.

Sur les dépens :

22. Aucun dépens n'a été engagé dans la présente instance. Les conclusions formulées à ce titre par les consorts D ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions relatives aux frais d'huissier :

23. Il n'appartient pas à la juridiction administrative de connaître des conclusions des requérants tendant à ce que le tribunal dise qu'en cas d'exécution forcée, les sommes retenues par l'huissier seront supportées par le débiteur en application des articles A. 444-31 et suivants du code de commerce. Par suite, ces conclusions doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

24. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge solidaire du centre hospitalier de Blois et de la SHAM une somme de 1 500 euros à verser aux consorts D au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Le centre hospitalier de Blois et la SHAM sont solidairement condamnés à verser à M. B D et Mme F D une somme globale de 15 180 euros en leur qualité d'ayants droit de Mme G D. Cette somme portera intérêts au taux légal à compter du 4 novembre 2020.

Article 2 : Le centre hospitalier de Blois et la SHAM sont solidairement condamnés à verser à Mme F D une somme globale de 6 870 euros en réparation de ses préjudices propres. Cette somme portera intérêts au taux légal à compter du 4 novembre 2020.

Article 3 : Le centre hospitalier de Blois et la SHAM sont solidairement condamnés à verser à

M. B D une somme globale de 4 800 euros en réparation de ses préjudices propres. Cette somme portera intérêts au taux légal à compter du 4 novembre 2020.

Article 4 : Le centre hospitalier de Blois et la SHAM sont solidairement condamnés à verser à Mme F D, en qualité de représente légale de son fils, M. H D A, une somme globale de 1 800 euros en réparation de son préjudice propre. Cette somme portera intérêts au taux légal à compter du 4 novembre 2020.

Article 5 : Le centre hospitalier de Blois et la SHAM verseront solidairement aux consorts D la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 6 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. B D, à Mme F D, au centre hospitalier de Blois, à la société hospitalière d'assurances mutuelles, à la caisse primaire d'assurance maladie de Loir-et-Cher et à la Mutuelle générale de l'éducation nationale.

Délibéré après l'audience du 5 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Rouault-Chalier, présidente,

Mme Palis De Koninck, première conseillère,

Mme Bernard, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 octobre 2023.

La rapporteure,

Mélanie PALIS DE KONINCK

La présidente,

Patricia ROUAULT-CHALIER

La greffière,

Agnès BRAUD

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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TA13Plein contentieux

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110

Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.

01/06/2026

TA13Plein contentieux

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.

01/06/2026

TA14Plein contentieux

Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609

Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.

01/06/2026

TA25Plein contentieux

Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

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