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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2003974

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2003974

jeudi 5 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2003974
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantMAURY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 novembre 2020, Mme D A, représentée par

Me Caron, demande au tribunal :

1°) de condamner le centre hospitalier de Dreux à lui verser la somme de

139 327,75 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 10 juillet 2020, eux-mêmes capitalisés, en réparation des préjudices subis du fait de sa prise en charge au sein de cet établissement ;

2°) de condamner le centre hospitalier de Dreux à lui verser la somme de 8 967 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle a contracté une infection nosocomiale lors de sa prise en charge par le centre hospitalier engageant la responsabilité sans faute de l'établissement ;

- le centre hospitalier a commis plusieurs fautes dans sa prise en charge tenant en un retard dans la décision de procéder à une intervention chirurgicale, une erreur de diagnostic, la mise en place d'un traitement inadéquat et une déficience de surveillance post-opératoire ;

- l'infection nosocomiale est responsable de l'apparition d'une fistule, elle-même responsable de l'hystérectomie qu'elle a dû subir ;

- ses préjudices seront intégralement réparés ;

- son besoin en assistance par tierce personne, tel qu'évalué par l'expert judiciaire, sera indemnisé à hauteur de 5 724 euros ;

- l'incidence professionnelle résultant de l'infection nosocomiale et de sa prise en charge sera indemnisée à hauteur de 51 000 euros dont 31 000 euros pour les pertes de gains supportées entre janvier 2016 et juillet 2018 ;

- le déficit fonctionnel temporaire qu'elle a subi, tel qu'évalué par l'expert judiciaire, sera indemnisé à hauteur de 3 403,75 euros ;

- les souffrances endurées qui ont été évaluées à 3 sur une échelle de 7 seront indemnisées sur cette même base à hauteur de la somme de 8 000 euros ;

- le préjudice esthétique temporaire sera indemnisé à hauteur de 3 000 euros ;

- le déficit fonctionnel permanent qu'elle présente compte tenu de l'hystérectomie qu'elle a subie et de la douleur psychologique qui y est associée, doit être indemnisé à hauteur de

51 200 euros ;

- elle subit un préjudice sexuel qui sera indemnisé à hauteur de 10 000 euros ;

- son préjudice d'agrément lié à l'impossibilité de faire de longues promenades sera indemnisé à hauteur de 2 000 euros ;

- le préjudice esthétique permanent, évalué à 1,5 sur une échelle de 7, sera indemnisé à hauteur de 4 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 février 2021, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, représenté par Me Roquelle-Meyer, conclut à sa mise hors de cause.

Il soutient que :

- Mme A ne formule aucune demande à son encontre ;

- il n'y a pas eu d'accident médical non fautif ouvrant droit à indemnisation au titre de la solidarité nationale ;

- la responsabilité pour faute du centre hospitalier de Dreux est engagée ;

- en tout état de cause, le seuil de gravité ouvrant droit à indemnisation au titre de la solidarité nationale n'est pas atteint.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 15 février et 22 mars 2022, le centre hospitalier de Dreux et la société hospitalière d'assurances mutuelles (SHAM), représentés par

Me Derec, concluent à ce que l'indemnisation accordée à Mme A soit limitée à la somme de 7 626,75 euros, de laquelle devra être déduite le montant de la provision déjà versée de 6 500 euros, à ce que la somme versée à la caisse primaire d'assurance maladie soit limitée à 12 458,70 euros ainsi qu'à la limitation des sommes accordées en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à 1 200 euros.

Ils font valoir que :

- ils s'en rapportent à justice sur le principe de la responsabilité qui est imputée au centre hospitalier à raison de la prise en charge critiquée de la complication infectieuse à partir du 26 janvier 2016, ainsi que de l'infection nosocomiale objectivée le 7 mars 2016 et ses conséquences, parmi lesquelles l'hystérectomie du 20 juin 2018 ;

- une somme de 2 262 euros pourra être accordée à Mme A au titre de l'assistance par tierce personne ;

- aucune indemnisation ne sera accordée à Mme A comme à la caisse primaire d'assurance maladie au titre des pertes de gains actuels dans la mesure où ni la réalité, ni le montant de la perte alléguée ne sont établis, pas plus que le lien de causalité avec l'infection et les manquements reprochés au centre hospitalier ;

- aucune indemnisation ne sera accordée au titre de l'incidence professionnelle puisqu'il n'est pas établi que Mme A ne serait pas en mesure de reprendre son emploi de coiffeuse ;

- 867,75 euros pourront être accordés à Mme A au titre du déficit fonctionnel temporaire ;

- les souffrances endurées seront indemnisées à hauteur de 3 500 euros ;

- le préjudice esthétique tant temporaire que permanent dont il est demandé réparation n'est pas en lien avec l'infection et avec les manquements constatés et ne sera pas indemnisé ;

- Mme A ne souffre d'aucun déficit fonctionnel permanent ;

- le préjudice sexuel sera indemnisé à hauteur de 1 000 euros ;

- la réalité d'un préjudice d'agrément susceptible d'être indemnisé n'est pas établie.

Par un mémoire, enregistré le 17 février 2022, la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme, agissant au nom et pour le compte de la RAM Haute-Normandie, représentée par Me Maury, demande au tribunal :

1°) de condamner solidairement le centre hospitalier de Dreux et la SHAM à lui verser la somme de 14 415 euros au titre des débours qu'elle a supportés ;

2°) de condamner solidairement le centre hospitalier de Dreux et la SHAM à lui verser la somme de 1 114 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion ;

3°) de condamner solidairement le centre hospitalier de Dreux et la SHAM à lui verser la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- Mme A a été victime d'un défaut de prise en charge à la suite de la première reprise chirurgicale, à l'origine d'une infection nosocomiale ayant elle-même entrainé une hystérectomie ;

- la prise en charge de l'abcès pariétal dont a souffert la requérante est fautive ;

- l'infection affectant Mme A était au départ d'origine digestive mais le défaut de prise en charge correcte n'en a pas permis la maitrise et l'infection a ainsi dégénéré en infection nosocomiale qui engage la responsabilité de l'établissement ;

- sa créance définitive s'élève à la somme 14 415 euros correspondant pour 9 498,96 euros aux frais hospitaliers, pour 2 958,72 euros aux frais médicaux et pour 1 956,30 euros aux indemnités journalières versées à Mme A.

Vu :

- l'ordonnance du 30 août 2018 par laquelle la présidente du tribunal administratif a, dans l'instance en référé n°1801442, ordonné une expertise et désigné, en qualité d'expert, le docteur C B ;

- l'ordonnance du 4 octobre 2018 par laquelle le juge des référés du tribunal administratif a, dans l'instance en référé n°1802580, condamné le centre hospitalier de Dreux à verser à

Mme A une indemnité provisionnelle d'un montant de 6 500 euros ;

- l'ordonnance du 21 juin 2019 par laquelle la présidente du tribunal administratif a, dans l'instance en référé n°1901144, étendu la mission d'expertise confiée au docteur C B ;

- l'ordonnance du 2 décembre 2019 par laquelle la présidente du tribunal administratif a liquidé et taxé à la somme de 3 960 euros TTC les frais et honoraires de l'expertise confiée au docteur B ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Palis De Koninck,

- les conclusions de M. Gauthier, rapporteur public,

- et les observations de Me Meyer, substituant Me Caron, représentant Mme A et de Me Derec représentant le centre hospitalier de Dreux et la société hospitalière d'assurances mutuelles.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D A a débuté une troisième grossesse en mai 2015. Une césarienne était programmée pour le 1er février 2016. Le 17 janvier 2016, Mme A ressentant des contractions utérines, s'est rendue au centre hospitalier de Dreux où il a été décidé de réaliser en urgence une césarienne qui a été pratiquée le 18 janvier. L'intervention s'est bien passée et Mme A a donné naissance à un petit garçon bien portant. La patiente a regagné son domicile le 22 janvier. Toutefois, du fait d'un écoulement de liquide au niveau de la cicatrice de la césarienne, Mme A a été admise le 26 janvier au centre hospitalier de Dreux où a été diagnostiqué un abcès pariétal. Une intervention de reprise de paroi a donc été pratiquée le 27 janvier. Les prélèvements effectués à cette occasion ont mis en lumière l'existence de deux germes présents naturellement dans la flore intestinale. Le 25 février 2016, une échographie a été pratiquée qui a permis de constater la présence d'un hématome de paroi associé à un syndrome inflammatoire sous cutané au regard de la cicatrice de césarienne. Un écoulement par la cicatrice a, de nouveau, été constaté. Les prélèvements effectués ont mis cette fois en avant la présence d'un staphylocoque aureus. Le 16 mars 2016, Mme A a subi une nouvelle intervention chirurgicale pour reprise de la cicatrice. Elle a, par la suite, continué de souffrir de douleurs intermittentes au niveau de cette cicatrice de césarienne. Finalement le 22 février 2018, une exploration a été prescrite à Mme A pour une probable collection de la paroi abdominale. Une IRM pelvienne a été réalisée le 23 mars 2018 qui a permis de poser un diagnostic de fistule utéro-pariétale. Une hystérectomie a été pratiquée le 20 juin 2018 qui a permis de mettre fin aux douleurs physiques de Mme A. Son état de santé est consolidé depuis le 20 juillet 2018.

2. Mme A a déposé une première requête en référé expertise. Par une ordonnance du 30 août 2018, la présidente du tribunal a ordonné une expertise et désigné, en qualité d'expert, le docteur C B. La mission de l'expert a été étendue par ordonnance du 21 juin 2019. L'expert a remis son rapport au tribunal le 15 octobre 2019. Parallèlement, Mme A a déposé une requête en référé provision. Par une ordonnance du 4 octobre 2018, le juge des référés du tribunal a considéré que la responsabilité du centre hospitalier était engagée à raison de l'infection nosocomiale ayant affecté Mme A et condamné en conséquence le centre hospitalier de Dreux à verser à l'intéressée une indemnité provisionnelle d'un montant de 6 500 euros.

3. Par un courrier du 7 juillet 2020, Mme A a adressé une réclamation préalable indemnitaire au centre hospitalier de Dreux qui est restée sans réponse. Par la requête ci-dessus analysée, elle demande au tribunal de condamner l'établissement hospitalier à lui verser la somme globale de 139 327,75 euros en réparation des préjudices subis du fait de sa prise en charge à la suite de la césarienne réalisée le 17 janvier 2016.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation :

En ce qui concerne la responsabilité :

4. Aux termes du second alinéa du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique, les professionnels de santé et les établissement, services ou organismes dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins " sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère ". Doit être regardée, au sens de ces dispositions, comme présentant un caractère nosocomial une infection survenant au cours ou au décours de la prise en charge d'un patient et qui n'était ni présente, ni en incubation au début de celle-ci, sauf s'il est établi qu'elle a une autre origine que la prise en charge.

5. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise judiciaire, que Mme A a contracté une infection par staphylocoque aureus lors de sa prise en charge au sein du centre hospitalier de Dreux. Dès le 26 janvier 2016, la patiente a présenté un écoulement de liquide à l'endroit de la cicatrice de la césarienne. Cette infection, apparue en post opératoire, n'était ni présente, ni en incubation avant la césarienne pratiquée le 17 janvier 2016. Elle n'a pas été maîtrisée par l'équipe médicale entrainant une surinfection de l'hématome récidivant présentée par Mme A au niveau de sa cicatrice. En l'espèce, le centre hospitalier, qui s'en rapporte à justice, n'établit, ni même n'allègue, que cette infection aurait une autre origine que la prise en charge de Mme A au sein de l'établissement. La responsabilité du centre hospitalier de Dreux est donc engagée.

En ce qui concerne la fraction du préjudice indemnisable :

6. Dans le cas où une infection nosocomiale a compromis les chances d'un patient d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation, le préjudice résultant directement de cette infection et qui doit être intégralement réparé n'est pas le dommage corporel constaté mais la perte de chance d'éviter la survenue de ce dommage. La réparation qui incombe à l'hôpital doit alors être évaluée à une fraction du dommage corporel déterminée en fonction de l'ampleur de la chance perdue

7. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise médicale, que l'infection nosocomiale qui a affecté Mme A est à l'origine d'une perte de chance totale pour elle d'éviter une aggravation de son état de santé et plus particulièrement l'hystérectomie réalisée le 20 juin 2018. Les préjudices imputables à cette infection seront donc intégralement indemnisés.

En ce qui concerne l'indemnisation des préjudices de Mme A :

8. Il résulte de l'instruction, et en particulier du rapport d'expertise du docteur B que la date de consolidation de l'état de santé de Mme A a été fixée au 20 juillet 2018.

S'agissant des préjudices temporaires :

Quant aux préjudices patrimoniaux temporaires :

Sur les dépenses de santé :

9. En application des dispositions de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale, le juge saisi d'un recours de la victime d'un dommage corporel et du recours subrogatoire d'un organisme de sécurité sociale doit, pour chacun des postes de préjudices, déterminer le montant du préjudice en précisant la part qui a été réparée par des prestations de sécurité sociale et celle qui est demeurée à la charge de la victime. Il lui appartient ensuite de fixer l'indemnité mise à la charge de l'auteur du dommage au titre du poste de préjudice en tenant compte, s'il a été décidé, du partage de responsabilité avec la victime ou, le cas échéant, de ce que cette responsabilité n'est engagée que dans la limite d'une perte de chance pour la victime d'obtenir une amélioration ou d'éviter une aggravation de son état. Le juge doit allouer cette indemnité à la victime dans la limite de la part du poste de préjudice qui n'a pas été réparée par des prestations, le solde, s'il existe, étant alloué à l'organisme de sécurité sociale. Dans l'hypothèse où la victime, régulièrement appelée dans l'instance, n'a pas sollicité l'indemnisation d'un poste de préjudice au titre duquel la caisse demande le remboursement par le tiers responsable des prestations le réparant de manière incontestable, la caisse ne tient pas des dispositions de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale une priorité qui lui permettrait à son tour, en faisant état du préjudice total subi par la victime, d'obtenir le remboursement de l'intégralité des prestations qu'elle a versées. Elle peut, en revanche, demander au juge, indépendamment de la priorité accordée à la victime, le remboursement de ses débours dans la limite de la part des conséquences dommageables de l'accident dont le tiers est directement responsable.

10. La caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme, agissant au nom et pour le compte de la RAM Haute-Normandie, demande le remboursement des débours qu'elle a engagés au profit de son assurée en lien avec les conséquences de l'infection nosocomiale qui a affecté

Mme A. Il ressort du relevé de ses débours, ainsi que de l'attestation d'imputabilité établie par son médecin conseil, que la caisse primaire d'assurance maladie a pris en charge les frais d'hospitalisation pour les deux interventions de reprise de paroi et l'hystérectomie ainsi que des frais médicaux, infirmiers et pharmaceutiques exposés, d'une part, du 27 janvier au 14 avril 2016, d'autre part, du 21 février au 20 juillet 2018. Ainsi, la caisse est fondée à solliciter la condamnation du centre hospitalier de Dreux à lui rembourser l'intégralité de ces sommes pour 12 457,70 euros.

Sur les pertes de gains actuelles :

11. Mme A exerçait avant son troisième accouchement la profession de coiffeuse à domicile. Elle soutient qu'elle n'a pas pu travailler du fait de l'infection qu'elle a contractée de janvier 2016 à juillet 2018 et demande, à ce titre, réparation de ses pertes de revenus à hauteur de 1 000 euros par mois.

12. D'une part, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise judiciaire, que du fait de l'infection qui l'a affectée, Mme A n'a pas pu reprendre l'exercice de son activité professionnelle du 1er février au 5 avril 2016. L'intéressée était auto-entrepreneuse et souhaitait reprendre très rapidement son activité professionnelle après son accouchement, ce qui n'a pu être possible. Au titre de cette période, la requérante a perçu des indemnités journalières pour un montant de 1 560,55 euros. Compte tenu des revenus dont bénéficiait Mme A avant son accouchement, le versement de ces indemnités a intégralement réparé les pertes de revenus subies. Ainsi, pour cette première période, le centre hospitalier sera donc uniquement condamné à verser à la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme la somme de 1 560,55 euros correspondant aux indemnités journalières.

13. D'autre part, il résulte de l'instruction que Mme A a bénéficié, dans l'attente de la réalisation de l'hystérectomie pratiquée le 20 juin 2018, d'un arrêt de travail à compter du 9 avril 2018 à raison des douleurs pelviennes qu'elle ressentait. Il résulte en outre de l'instruction que la période de convalescence suivant une telle intervention est en principe d'un mois. Pendant cette période de trois mois et demi, Mme A n'a pas pu exercer son activité professionnelle et n'a perçu aucune indemnité journalière. Compte tenu des revenus déclarés pour l'année 2017, soit 4 081 euros de bénéfices non commerciaux professionnels, la perte de revenus qu'elle a subie au cours de cette période peut être indemnisée à hauteur de 1 140,44 euros.

Sur l'assistance par tierce personne :

14. Lorsque le juge administratif indemnise, dans le chef de la victime d'un dommage corporel, la nécessité de recourir à l'aide d'une tierce personne, il détermine le montant de l'indemnité réparant ce préjudice en fonction des besoins de la victime et des dépenses nécessaires pour y pourvoir. Il doit à cette fin se fonder sur un taux horaire déterminé, au vu des pièces du dossier, par référence, soit au montant des salaires des personnes à employer augmentés des cotisations sociales dues par l'employeur, soit aux tarifs des organismes offrant de telles prestations, en permettant le recours à l'aide professionnelle d'une tierce personne d'un niveau de qualification adéquat et sans être lié par les débours effectifs dont la victime peut justifier. Il n'appartient notamment pas au juge, pour déterminer cette indemnisation, de tenir compte de la circonstance que l'aide a été ou pourrait être apportée par un membre de la famille ou un proche de la victime. Si le juge n'est pas en mesure de déterminer, lorsqu'il se prononce, si la personne handicapée sera placée dans une institution spécialisée ou hébergée au domicile de sa famille, il lui appartient de lui accorder une rente trimestrielle couvrant les frais de son maintien au domicile familial, en précisant le mode de calcul de cette rente dont le montant doit dépendre du temps passé au domicile familial au cours du trimestre.

15. Les frais d'assistance par une tierce personne qui peuvent être indemnisés sont ceux correspondant à l'aide apportée à la victime dans les actes de la vie courante. En l'espèce, il ne résulte d'aucun élément de l'instruction que l'état de santé de Mme A, du 26 au 30 janvier puis du 16 au 22 mars 2016, alors qu'elle était hospitalisée, ait rendu nécessaire à son égard une assistance par une tierce personne. La circonstance que sa famille, composée de son époux et de leurs trois enfants, ait eu besoin d'aide extérieure compte tenu de l'absence de la requérante, ne relève pas du poste de préjudice d'assistance par tierce personne. De même, il ne résulte pas de l'instruction que Mme A ait eu besoin de l'assistance d'un tiers pour l'exécution des gestes de la vie quotidienne lors des soins dont elle a bénéficié dans les suites de l'infection nosocomiale. Aussi, la demande d'indemnisation présentée par la requérante au titre des besoins en assistance par tierce personne ne peut qu'être rejetée.

Quant aux préjudices extrapatrimoniaux temporaires :

Sur le déficit fonctionnel temporaire :

16. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise du docteur B, que Mme A a présenté un déficit fonctionnel temporaire total du 26 au 31 janvier 2016, puis du 16 au 22 mars 2016 et, enfin, du 19 au 23 juin 2018, périodes au cours desquelles elle était hospitalisée. Elle a, en outre présenté un déficit fonctionnel temporaire partiel du 1er février au 5 avril 2016 puis du 9 avril 2018, date de son arrêt de travail, jusqu'au 20 juillet 2018, date de la consolidation de son état de santé. Ce déficit temporaire partiel peut être évalué de classe 2. Il sera fait une juste appréciation de l'intégralité de ce préjudice en accordant à Mme A une somme de 1 000 euros.

Sur les souffrances endurées :

17. Il sera fait une juste appréciation des souffrances endurées jusqu'à la date de consolidation, qui ont été évaluées par l'expert à 3 sur une échelle de 7, englobant les préjudices subis par l'époux de la requérante mais dont il ne pourra pas, toutefois, être tenu compte à ce titre, en octroyant à Mme A la somme de 4 000 euros.

Sur le préjudice esthétique temporaire :

18. Il résulte de l'instruction que, jusqu'à la réalisation de la seconde intervention pour reprise de la paroi abdominale réalisée le 16 mars 2016, Mme A a souffert d'un écoulement de liquide à l'endroit de la cicatrice et d'une ouverture persistante de sa paroi abdominale. Ce faisant, elle a subi un préjudice esthétique temporaire dont il sera fait une juste appréciation en accordant à la requérante une somme de 1 000 euros.

S'agissant des préjudices permanents :

Quant aux préjudices patrimoniaux permanents :

Sur l'incidence professionnelle :

19. Mme A soutient qu'elle a perdu une chance de développer son activité en raison d'une diminution de son état physique, alors que son métier de coiffeuse à domicile implique des déplacements et des stations debout prolongées. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction que les difficultés que pourrait rencontrer Mme A pour rester debout ou porter de lourdes charges soient imputables à l'infection nosocomiale. En effet, l'intéressée a subi trois césariennes qui ont affecté sa paroi abdominale, indépendamment de l'infection contractée après la troisième opération de cette nature. Aussi, le lien de causalité entre le préjudice allégué et l'infection ne peut être regardé comme établi en l'état de l'instruction.

Quant aux préjudices extrapatrimoniaux permanents :

Sur le déficit fonctionnel permanent :

20. Il résulte de l'instruction que l'infection nosocomiale qui a affecté Mme A est à l'origine de l'hystérectomie qu'elle a subie. Le docteur E, consulté par la requérante, indique dans son rapport critique établi le 30 octobre 2020 que le barème du concours médical fixe à 6 % le taux de déficit fonctionnel permanent imputable à une ablation de l'utérus. Dans ces conditions, et quand bien même la requérante n'aurait pas pu vivre d'autres grossesses, elle présente un déficit fonctionnel permanent qui pourra être indemnisé à hauteur de 6 500 euros, Mme A étant âgée de trente-deux ans à la date de consolidation de son état de santé.

Sur le préjudice sexuel :

21. Il sera fait une juste appréciation du préjudice sexuel subi par Mme A, évalué à 1,5 sur une échelle de 7, consécutif à une perte de libido post traumatique, en l'évaluant à la somme de 1 500 euros.

Sur le préjudice esthétique permanent :

22. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise judiciaire, que si

Mme A conserve des cicatrices liées aux césariennes qu'elle a subies, elle demeure également affectée de trois petites cicatrices liées à la coelio-chirurgie entreprise, sans succès, pour pratiquer l'hystérectomie. Sur un préjudice évalué globalement à 1,5 sur 7, un tiers peut être regardé comme lié à ces trois petites cicatrices. Ce faisant, Mme A souffre d'un préjudice esthétique permanent dont il sera fait une juste appréciation en lui accordant à ce titre une somme de 500 euros.

Sur le préjudice d'agrément :

23. Mme A soutient qu'elle souffre d'un préjudice d'agrément dès lors qu'elle ne peut plus faire de grandes promenades à pied en famille. Toutefois, et bien que l'expert ait retenu l'existence d'un tel préjudice, aucun élément produit à l'instance ne permet de justifier de la réalité et de l'ampleur du préjudice d'agrément allégué.

24. Il résulte de ce qui vient d'être dit aux points 9 à 23 que Mme A est fondée à obtenir la condamnation du centre hospitalier de Dreux à lui verser une somme totale de

15 640,44 euros. Il convient de déduire de cette somme l'indemnité provisionnelle déjà perçue par la requérante à hauteur de 6 500 euros. Le centre hospitalier de Dreux est donc condamné à lui verser une somme de 9 140,44 euros. Le centre hospitalier de Dreux et la SHAM sont, par ailleurs, solidairement condamnés à verser à la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme la somme totale de 14 018,25 euros.

Sur les intérêts :

25. Aux termes de l'article 1231-6 du code civil : " Les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d'une obligation de somme d'argent consistent dans l'intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure. Ces dommages et intérêts sont dus sans que le créancier soit tenu de justifier d'aucune perte () ". Aux termes de l'article 1343-2 du même code : " Les intérêts échus, dus au moins pour une année entière, produisent intérêt si le contrat l'a prévu ou si une décision de justice le précise ". Il résulte de ces dispositions que, d'une part, lorsqu'ils sont demandés, et quelle que soit la date de la demande, les intérêts des indemnités allouées sont dus à compter du jour où la demande de réclamation de la somme principale est parvenue à la partie débitrice ou, à défaut, à compter de la date d'enregistrement au greffe du tribunal administratif des conclusions tendant au versement de cette indemnité, et que, d'autre part, la capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière.

26. Mme A demande que les indemnités qui lui sont allouées soient assorties des intérêts au taux légal à compter de la réception de sa réclamation préalable par le centre hospitalier, eux-mêmes capitalisés. Il y a lieu de faire droit à cette demande d'intérêts à compter du 10 juillet 2020, et à leur capitalisation à compter du 10 juillet 2021.

Sur l'indemnité forfaitaire de gestion :

27. L'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale permet aux caisses d'assurance maladie exerçant leur recours subrogatoire de recouvrer une indemnité forfaitaire de gestion égale au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans des limites fixées par arrêté. L'article 1er de l'arrêté du 15 décembre 2022 fixe les montants minimum et maximum de cette indemnité forfaitaire de gestion à respectivement 115 euros et 1 162 euros.

28. En l'espèce, il y a lieu de condamner solidairement le centre hospitalier de Dreux et la SHAM à verser à la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme la somme de

1 162 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Sur les dépens :

29. Il y a lieu de mettre à la charge définitive du centre hospitalier de Dreux les frais et honoraires d'expertise liquidés et taxés à la somme de 3 960 euros par ordonnance du 2 décembre 2019 de la présidente du tribunal administratif.

Sur les frais liés au litige :

30. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge du centre hospitalier de Dreux une somme de 1 500 euros à verser à Mme A au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il sera mis à la charge solidaire du centre hospitalier et de la SHAM une somme de 1 500 euros à verser à la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Le centre hospitalier de Dreux est condamné à verser une somme de 9 140 ,44 euros à Mme A en réparation de ses préjudices. Cette somme portera intérêts au taux légal à compter du 10 juillet 2020. Ces intérêts seront eux-mêmes capitalisés à compter du 10 juillet 2021.

Article 2 : Le centre hospitalier de Dreux et la SHAM sont solidairement condamnés à verser à la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme agissant au nom et pour le compte de la RAM Haute-Normandie la somme de 14 018,25 euros.

Article 3 : Le centre hospitalier de Dreux et la SHAM sont solidairement condamnés à verser à la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme agissant au nom et pour le compte de la RAM Haute-Normandie la somme de 1 162 euros en application de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.

Article 4 : Le centre hospitalier de l'agglomération de Dreux versera une somme de 1 500 euros à Mme A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le centre hospitalier de Dreux et la SHAM verseront solidairement à la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme agissant au nom et pour le compte de la RAM Haute-Normandie la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 6 : Les frais et honoraires d'expertise liquidés et taxés à la somme de 3 960 euros par ordonnance du 2 décembre 2019 de la présidente du tribunal administratif sont mis à la charge définitive du centre hospitalier de Dreux.

Article 7 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 8 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A, à la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme, au centre hospitalier de Dreux et à la société hospitalière d'assurances mutuelles.

Copie en sera adressée à l'expert.

Délibéré après l'audience du 21 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Rouault-Chalier, présidente,

Mme Palis De Koninck, première conseillère,

M. Nehring, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 octobre 2023.

La rapporteure,

Mélanie PALIS DE KONINCK

La présidente,

Patricia ROUAULT-CHALIER

La greffière,

Agnès BRAUD

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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