vendredi 18 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2003981 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | TOUBALE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 11 novembre 2020 et le 4 février 2022, M. C A, représenté par Me Toubale, avocat, demande au tribunal :
1°) de condamner solidairement l'Etat et l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) à lui verser une indemnité de 9 302,60 euros en réparation des préjudices qu'il indique avoir subis du fait de l'absence de renouvellement de son attestation de demande d'asile et de la cessation du versement de l'allocation pour demandeur d'asile ;
2°) de mettre à la charge solidaire de l'Etat et de l'OFII, en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, une somme de 2 000 euros à verser à son conseil.
M. A soutient que :
- il remplissait les conditions prévues par l'article R. 741-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour être mis en possession d'une attestation de demande d'asile et n'entrait dans aucun des cas de retrait ou de refus de renouvellement prévus par l'article L. 743-2 du même code ; il remplissait également les conditions prévues par l'article L. 744-9 de ce code pour le bénéfice de l'allocation pour demandeur d'asile ; le préfet, en refusant de renouveler son attestation, et l'OFII, en cessant de lui verser l'allocation, ont ainsi commis une faute ;
- contrairement à ce que soutient l'OFII, sa demande auprès de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) n'était pas tardive et la Cour a statué au fond ; il devait bénéficier des conditions matérielles d'accueil jusqu'à cette décision de rejet et l'OFII n'avait pas à s'ériger en juge de la recevabilité des requêtes ;
- il a été privé de toute ressource depuis le mois de février 2020 ; son préjudice matériel s'élève à la somme de 4 302,60 euros et son préjudice au titre des troubles qu'il a subis dans ses conditions d'existence peut être évalué à 3 000 euros.
Par un mémoire enregistré le 29 avril 2021, le préfet de Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- l'attestation de demande d'asile de M. A, délivrée en dernier lieu le 4 novembre 2019 et valable jusqu'au 3 mai 2020, s'est trouvée prolongée de quatre-vingt-dix jours supplémentaires par l'effet de l'ordonnance n° 2020-328 du 25 mars 2020 ;
- le requérant ne se prévaut d'aucune décision de refus de renouvellement et n'établit pas avoir effectivement demandé ce renouvellement ;
- le versement de l'allocation pour demandeur d'asile incombe à l'OFII et non à la préfecture.
Par des mémoires enregistrés le 30 novembre 2021 et le 8 février 2022, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
L'OFII soutient que :
- la requête est irrecevable, dès lors que la demande d'indemnisation du requérant n'a été reçue par l'office que le 23 novembre 2020, après l'enregistrement de la requête ;
- la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) rejetant la demande d'asile de M. A a été notifiée le 18 décembre 2019 à l'intéressé, qui n'a saisi la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) que le 1er février 2020, soit après l'expiration du délai de recours ; c'est ainsi à bon droit qu'il a été mis fin aux conditions matérielles d'accueil de l'intéressé au terme du mois de janvier 2020 ; en outre le requérant ne démontre pas avoir été en possession d'une attestation de demande d'asile valide entre le 3 mai 2020 et le 9 octobre 2020.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 janvier 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- l'ordonnance n° 2020-328 ;
- l'arrêté du 10 mai 2019 désignant les préfets compétents pour enregistrer les demandes d'asile et déterminer l'Etat responsable de leur traitement (métropole) ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. D,
- les conclusions de Mme Doisneau-Herry, rapporteure publique,
- et les observations de Mme B, directrice territoriale, représentant l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant camerounais né le 10 février 1992, est entré en France le 20 août 2018 selon ses déclarations. Le 19 septembre 2018, il s'est présenté au guichet unique d'accueil des demandeurs d'asile pour y faire enregistrer sa demande d'asile. Cette demande a été enregistrée en procédure normale et il s'est vu délivrer une attestation de demande d'asile valable du 19 septembre 2018 au 18 octobre 2018, renouvelée en dernier lieu par le préfet de Loir-et-Cher pour la période du 4 novembre 2019 au 3 mai 2020. Par ailleurs, M. A a accepté les conditions matérielles d'accueil qui lui étaient proposées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) et a bénéficié du versement de l'allocation pour demandeur d'asile jusqu'au mois de janvier 2020 inclus. Ayant été privé de ressources à compter du mois de février 2020, il estime que le préfet de Loir-et-Cher, en ne renouvelant pas son attestation de demande d'asile, et l'OFII, en cessant de lui verser l'allocation pour demandeur d'asile, ont commis des fautes de nature à engager la responsabilité solidaire de l'Etat et de l'Office pour les préjudices qu'il indique avoir subis.
En ce qui concerne la faute alléguée du préfet de Loir-et-Cher :
2. Ainsi qu'il a été rappelé au point 1, le préfet de Loir-et-Cher a renouvelé l'attestation de demande d'asile de M. A, en dernier lieu, pour la période du 4 novembre 2019 au 3 mai 2020. En application de l'article 1er de l'ordonnance du 25 mars 2020 portant prolongation de la durée de validité des documents de séjour, dans sa rédaction alors applicable, la durée de validité de cette attestation a été prolongée de quatre-vingt-dix jours, soit jusqu'au 1er août 2020.
3. Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 10 mai 2019 susvisé : " () Le renouvellement de l'attestation est sollicité auprès du préfet du département dans lequel son détenteur réside ou est domicilié () ". M. A ne conteste pas qu'il n'a pas sollicité le renouvellement de son attestation de demande d'asile à l'expiration de la durée de validité de ce document. Le préfet de Loir-et-Cher n'a dès lors pas été amené à se prononcer sur une telle demande et le requérant ne peut ainsi, en tout état de cause, se prévaloir de l'illégalité du refus de renouvellement qui lui aurait été opposé.
En ce qui concerne la faute alléguée de l'OFII :
4. Aux termes de l'article L. 744-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable en l'espèce : " Le demandeur d'asile qui a accepté les conditions matérielles d'accueil proposées en application de l'article L. 744-1 bénéficie d'une allocation pour demandeur d'asile s'il satisfait à des conditions d'âge et de ressources, dont le versement est ordonné par l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / Le versement de l'allocation prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français dans les conditions prévues aux articles L. 743-1 et L. 743-2 a pris fin () ". Aux termes de l'article L. 743-1 du même code, dans sa rédaction applicable en l'espèce : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français jusqu'à la notification de la décision de l'office ou, si un recours a été formé dans le délai prévu à l'article L. 731-2 contre une décision de rejet de l'office, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci () ". L'article L. 731-2 de ce code, dans sa rédaction applicable en l'espèce, dispose que : " La Cour nationale du droit d'asile statue sur les recours formés contre les décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides prises en application des articles L. 711-1 à L. 711-4, L. 711-6, L. 712-1 à L. 712-3, L. 713-1 à L. 713-4, L. 723-1 à L. 723-8, L. 723-11, L. 723-15 et L. 723-16. A peine d'irrecevabilité, ces recours doivent être exercés dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision de l'office, dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat () ". Aux termes de l'article 9-4 de la loi du 10 juillet 1991 : " Devant la Cour nationale du droit d'asile, le bénéfice de l'aide juridictionnelle est de plein droit, sauf si le recours est manifestement irrecevable. L'aide juridictionnelle est sollicitée dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Lorsqu'une demande d'aide juridictionnelle est adressée au bureau d'aide juridictionnelle de la cour, le délai prévu au premier alinéa de l'article L. 731-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est suspendu et un nouveau délai court, pour la durée restante, à compter de la notification de la décision relative à l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle () ". Enfin aux termes du III de l'article R. 723-19 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable en l'espèce : " La date de notification de la décision de l'office et, le cas échéant, de la Cour nationale du droit d'asile qui figure dans le système d'information de l'office et est communiquée au préfet compétent et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration au moyen de traitements informatiques fait foi jusqu'à preuve du contraire ".
5. Il ressort des mentions de la fiche TelemOfpra produite en défense que la décision du 29 novembre 2019 par laquelle l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté la demande d'asile de M. A a été notifiée à l'intéressé le 18 décembre 2019. Par ailleurs, le requérant indique lui-même que sa demande tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle devant la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) n'a pas été formée dans le délai de quinze jours prévu par l'article 9-4 de la loi du 10 juillet 1991. Cette demande d'aide juridictionnelle n'a ainsi pas pu avoir pour effet de suspendre le délai de recours d'un mois prévu par l'article L. 731-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ressort des mentions de la même fiche TelemOfpra que M. A n'a formé son recours devant la CNDA que le 1er février 2020, soit après l'expiration de ce délai. La circonstance, invoquée par le requérant, que la Cour a statué au fond sur son recours ne suffit pas à établir que les mentions portées sur la fiche TelemOfpra seraient erronées. En l'absence de recours formé contre la décision de l'OFPRA dans le délai prévu à l'article L. 731-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le droit de M. A de se maintenir sur le territoire français a pris fin, en application de l'article L. 743-1 du même code, à la date de notification de cette décision, soit le 18 décembre 2019, et le versement de l'allocation pour demandeur d'asile devait prendre fin, en application de l'article L. 744-9 de ce code, au terme du mois de décembre 2019. Par suite l'OFII, en cessant de verser cette allocation à M. A à compter du mois de février 2020, n'a commis aucune faute de nature à engager sa responsabilité à l'égard du requérant.
6. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'établit l'existence d'aucune faute du préfet de Loir-et-Cher et de l'OFII. Par suite, et sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par l'OFII, les conclusions indemnitaires de la requête doivent être rejetées. Il doit en être de même, par voie de conséquence, des conclusions présentées par M. A sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, au préfet de Loir-et-Cher et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 28 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Dorlencourt, président,
Mme Le Toullec, première conseillère,
M. Lardennois, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 novembre 2022.
L'assesseure la plus ancienne,
Hélène LE TOULLEC
Le président-rapporteur,
Frédéric D
Le greffier,
Alexandre HELLOT
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026