mardi 11 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2004199 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | CABINET CASADEI-JUNG |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 24 novembre 2020 et le 20 mai 2022, la commune de Loury, représentée par Me Rainaud, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner solidairement sur le fondement de la garantie décennale les sociétés Brunet et Axis architectures à lui verser une somme de 31 088,49 euros en réparation des désordres affectant le réseau d'eau sanitaire du dojo, extension du gymnase municipal, somme augmentée des intérêts au taux légal à compter de la date d'enregistrement de la requête et de la capitalisation de ces intérêts ;
2°) de condamner solidairement les sociétés Brunet et Axis architectures à lui verser au titre des dépens une somme de 5 891,62 euros en remboursement des frais et honoraires de l'expertise et une somme de 2 000 euros au titre des frais d'avocat engagés pour l'assister lors des opérations d'expertise ;
3°) de mettre à la charge solidaire des sociétés Brunet et Axis architectures une somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la responsabilité décennale des sociétés Brunet et Axis architectures est engagée à raison des désordres affectant le circuit d'eau froide du gymnase et du dojo rendant l'ouvrage impropre à sa destination, dès lors qu'il est distribué en réalité de l'eau chaude ;
- les désordres résultent d'un vice de conception du système de production d'eau chaude imputable en très large partie au maître d'œuvre, la société Axis Architectures et à la société Brunet, titulaire du lot plomberie, tenue à une obligation de résultat et à un devoir de conseil envers le maître d'œuvre et le maître d'ouvrage ;
- le montant global des préjudices matériel et immatériel s'élève à la somme de 25 749,90 euros TTC, tel que retenu par l'expert judiciaire : il y a lieu de rajouter à cette somme celle correspondant au coût du remplacement du ballon d'eau chaude, hors d'usage, pour un montant de 4 194,38 euros TTC, qui est en lien direct avec les désordres ;
- les frais de l'expertise s'établissent à 5 891,62 euros TTC et les frais d'avocat engagés pour les besoins de l'expertise, à 2 000 euros.
Par un mémoire en défense enregistré le 19 avril 2022, la société Brunet, représentée par Me Devauchelle, conclut à titre principal, au rejet de la requête et demande au tribunal à titre subsidiaire, de limiter le préjudice et de répartir les responsabilités en fonction des termes du rapport d'expertise judiciaire, de condamner solidairement la société Axis Architectures, la société TB Ingénierie et l'assureur de celle-ci, Euromaf, à la garantir de toutes condamnations prononcée à son encontre et, en toute hypothèse, de mettre à la charge solidaire de la commune de Loury, de la société Axis Architectures et de la société TB Ingénierie et l'assureur de celle-ci, Euromaf, une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les dépens.
Elle soutient que :
- les désordres n'ont pas un caractère décennal dès lors qu'il s'agit d'un léger dysfonctionnement du réseau d'alimentation en eau froide des robinets du dojo, ne compromettant pas la solidité de l'ouvrage et ne le rendant pas impropre à sa destination ;
- ces désordres étaient nécessairement apparents à la réception de l'ouvrage, prononcée sans réserve et par suite la commune de Loury n'est pas recevable à rechercher à ce titre la responsabilité décennale des constructeurs ;
- les montants demandés ne sont pas justifiés car l'expert judiciaire a limité le coût de la modification de la chaufferie à 19 768,80 euros et alors qu'un devis inférieur était proposé et n'a pas été retenu ; la suppression des clapets anti-retour, posés par la commune sans avis préalable, a été préconisée par l'expert ; le remplacement du ballon d'eau chaude n'a pas été jugé utile par l'expert ;
- la surconsommation n'est pas démontrée ; l'audit énergétique au soutien du préjudice immatériel ne saurait être un élément contractuel opposable aux constructeurs dès lors qu'aucun contrat de performance énergétique n'a été souscrit ; le scénario d'exploitation n'y est pas explicité ; l'audit établit un profil de la consommation d'énergie par rapport à un moteur de calcul règlementaire et non selon un modèle d'exploitation réelle ; la référence tirée de l'audit de GT2I se base sur une consommation globale d'énergie incluant le chauffage et l'eau chaude sanitaire sans les dissocier ; la comparaison entre la consommation moyenne annuelle donnée à partir des factures transmises est conforme à la cible calculée par l'audit GT2I ;
- le partage de responsabilités mentionné dans le rapport d'expertise soit 50 % pour la société Axis Architectures, 25 % pour la société TB Ingénierie et 25 % pour elle doit être repris ;
- la société Axis Architectures et la société TB Ingénierie, par leurs rôles et fonctions respectives, auraient dû intervenir et donner tous conseils et instructions utiles à la société Brunet pour lui permettre de remplir son office et par suite elles doivent la garantir de toute condamnation prononcée à son encontre.
Par un mémoire en défense enregistré le 23 mai 2022, les sociétés Axis Architectures, TB Ingénierie et Euromaf, représentées par Me Bardon, concluent à titre principal au rejet de la requête et demandent au tribunal à titre subsidiaire de limiter les responsabilité des sociétés Axis Architectures et TB Ingénierie à un maximum de 10 % du montant total des condamnations susceptibles d'être prononcées et de condamner la société Brunet à les garantir de toute condamnation prononcée à leur encontre et en toute hypothèse de mettre à la charge de la commune de Loury et le cas échéant toute autre partie perdante la somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
- les demandes dirigées contre la société Euromaf sont irrecevables dès lors que conclusions dirigées contre l'assureur de l'intervenant à l'acte de construire relèvent de la compétence du juge judiciaire ;
- la répartition des responsabilités effectuée par l'expert n'est pas correcte dès lors que la teneur et les limites des missions dévolues au maître d'œuvre ont été méconnues ;
- si le maître d'œuvre a une part de responsabilité, celle-ci ne saurait excéder 10 % du montant total des condamnations à venir ;
- l'expert a écarté sans justification le devis le moins disant concernant les travaux de reprise.
Par ordonnance du 23 mai 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 14 juin 2022.
Vu :
- l'ordonnance du 17 février 2020 par laquelle la présidente du tribunal administratif d'Orléans a taxé et liquidé les frais et honoraires de l'expertise à la somme de 5 891,62 euros TTC ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- les conclusions de Mme Best-De Gand, rapporteure publique,
- et les observations de Me Rainaud, représentant la commune de Loury.
Une note en délibéré présentée par Me Rainaud, pour la commune de Loury, a été déposée le 20 septembre 2022.
Considérant ce qui suit :
1. Par acte d'engagement du 31 mai 2010, la commune de Loury a confié à la société Axis Architectures la maîtrise d'œuvre de la construction d'un dojo, extension du gymnase municipal. Cette dernière a sous-traité une partie de sa mission à la société TB Ingénierie notamment s'agissant des travaux relatifs à la plomberie. Par acte d'engagement du 8 mars 2011, le lot n° 11, plomberie-sanitaire, a été confié à la société Brunet. La réception des travaux a été prononcée avec réserve avec date d'effet au 3 juillet 2012. Les réserves ont été levées le 22 octobre 2012. Postérieurement, constatant la survenance des désordres sur le réseau sanitaire d'eau, la commune de Loury a sollicité une réunion d'expertise contradictoire amiable. Aux termes de plusieurs réunions, une série d'anomalies a été constatée. La commune de Loury s'est alors rapprochée de la société Brunet afin de régler amiablement le litige. Les travaux de reprise effectués n'ont pas permis de remédier à ces désordres. Par une ordonnance du 6 novembre 2018, le juge des référés du tribunal administratif d'Orléans a prescrit une mesure d'expertise. L'expert a déposé son rapport le 24 décembre 2019. La commune de Loury demande au tribunal de condamner solidairement sur le fondement de la garantie décennale les sociétés Brunet et Axis architectures à lui verser une somme de 31 088,49 euros en réparation des désordres affectant le réseau d'eau sanitaire du dojo, ainsi qu'une somme de 5 891,62 euros en remboursement des frais et honoraires de l'expertise et une somme de 2 000 euros au titre des frais d'avocat engagés pour l'assister lors des opérations d'expertise.
Sur la responsabilité décennale des constructeurs :
2. Il résulte des principes qui régissent la responsabilité décennale des constructeurs que des désordres apparus dans le délai d'épreuve de dix ans, de nature à compromettre la solidité de l'ouvrage ou à le rendre impropre à sa destination dans un délai prévisible, engagent leur responsabilité, même s'ils ne se sont pas révélés dans toute leur étendue avant l'expiration du délai de dix ans. La responsabilité décennale peut être recherchée pour des éléments d'équipement dissociables de l'ouvrage s'ils rendent celui-ci impropre à sa destination. La circonstance que les désordres affectant un élément d'équipement fassent obstacle au fonctionnement normal de cet élément n'est pas de nature à engager la responsabilité décennale du constructeur si ces désordres ne rendent pas l'ouvrage lui-même impropre à sa destination. En outre, il incombe au juge administratif, lorsqu'est recherchée devant lui la responsabilité décennale des constructeurs, d'apprécier, au vu de l'argumentation que lui soumettent les parties sur ce point, si les conditions d'engagement de cette responsabilité sont ou non réunies et d'en tirer les conséquences, le cas échéant d'office, pour l'ensemble des constructeurs.
3. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que les désordres en raison desquels la commune de Loury recherche la responsabilité décennale des constructeurs consistent en une défectuosité du réseau d'eau sanitaire du dojo qui génère de l'eau chaude dans le réseau d'eau froide sanitaire, l''eau sortant dans les urinoirs et des robinets d'eau froide étant à une température d'environ 25 degrés Celsius.
4. En premier lieu, il est constant que ces désordres ne portent pas atteinte à la solidité de l'ouvrage.
5. En second lieu, il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise que les désordres affectant le réseau d'eau sanitaire ont pour seule conséquence une surconsommation énergétique. Ainsi que l'oppose la société Brunet, aucune limitation dans la pratique des activités sportives n'a été évoquée. Dès lors, et quand bien même des utilisateurs se sont plaints de ne pouvoir disposer d'eau froide, et il y a eu des pannes récurrentes sur le générateur du ballon d'eau chaude, régulièrement en arrêt de sécurité, ces désordres ne peuvent être regardés comme étant de nature à rendre l'ouvrage impropre à sa destination.
6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la commune de Loury présentées sur le fondement de la responsabilité décennale des constructeurs ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions relatives aux dépens :
7. Il y a lieu de mettre définitivement à la charge de la commune de Loury les frais de l'expertise, liquidés et taxés à la somme de 5 891,62 euros TTC par ordonnance de la présidente du tribunal du 6 novembre 2018.
Sur les frais liés au litige :
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge des sociétés Brunet, Axis Architectures, TB Ingénierie et Euromaf, qui ne sont pas dans la présente instance les parties perdantes, les sommes demandées à leur encontre au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par les sociétés Brunet, Axis Architectures, TB Ingénierie et Euromaf à l'encontre de la commune de Loury au même titre.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la commune de Loury est rejetée.
Article 2 : Les frais de l'expertise, liquidés et taxés à la somme de 5 891,62 euros TTC, sont mis définitivement à la charge de la commune de Loury.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la commune de Loury, à la société Brunet, à la société Axis Architectes, à la société TB Ingénierie et à la société Euromaf.
Délibéré après l'audience du 20 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,
M. Joos, premier conseiller,
Mme Bertrand, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2022.
La rapporteure,
Valérie A
La présidente,
Anne LEFEBVRE-SOPPELSALa greffière,
Sarah LEROY
La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026