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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2004302

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2004302

jeudi 2 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2004302
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1ère chambre
Avocat requérantSCP VUILLAUME-COLAS & MECHERI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2004941 du 1er décembre 2020, le vice-président du tribunal administratif de Lyon a transmis au tribunal, en application des dispositions combinées des articles R. 312-13 et R. 351-3 du code de justice administrative, deux requêtes présentées par M. B C.

I- Par une requête enregistrée au greffe du tribunal administratif de Lyon le 22 juillet 2020, et un mémoire enregistré au greffe du tribunal administratif d'Orléans le 5 novembre 2021 sous le n° 2004302, M. C, représenté par la société civile professionnelle (SCP) Vuillaume-Colas et Méchéri, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 27 mai 2020, par laquelle le directeur du service des retraites de l'Etat a rejeté son recours gracieux présenté le 28 avril 2020 tendant à la révision de son titre de pension concédé le 27 avril 2020 sous le numéro B 20 021914 J ;

2°) d'ordonner à l'administration la rectification de son titre de pension n° B 20 048890 J en date du 3 août 2020 afin qu'il prenne en compte les indemnités de fonctions, de sujétions et d'expertise (IFSE) qu'il a perçues dans le cadre du calcul du montant de sa pension de retraite, le calcul de l'IFSE devant être réalisé conformément aux dispositions du décret n° 2018-413 du 30 mai 2018 à partir du montant moyen des rémunérations brutes des douze derniers mois d'activité résultant de la reconstitution de carrière et la nouvelle valeur d'IFSE devant être prise en compte de manière rétroactive pour le calcul de l'allocation spécifique de cessation anticipée d'activité amiante (ASCAA) et pour le calcul de la pension de retraite ;

3°) à titre subsidiaire, de condamner l'Etat à lui verser à titre de dommages et intérêts une somme de 73 384 euros en réparation du préjudice financier subi en raison d'un manquement de l'administration à son obligation d'information ;

4°) en tout état de cause, de condamner l'Etat à lui verser à titre de dommages et intérêts une somme de 10 00 euros en réparation du préjudice moral subi en raison d'un manquement de l'administration à son obligation d'information ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la légalité de la décision attaquée :

- en application des dispositions de l'article 4 du décret n° 2018-413 du 30 mai 2018, la prime d'IFSE doit être prise en compte dans le calcul de la pension de retraite ; l'article 3-2-2 de la note d'information du Bulletin officiel des finances publiques prévoit également la prise en compte des primes et indemnités attachées aux fonctions ; contrairement à ce que soutient la ministre, le dispositif dérogatoire permettant de retenir la prime d'IFSE dans le calcul des pensions civiles de retraite est précisément mentionné par l'article 5 du décret du 30 mai 2018 précité qui prévoit de tenir compte de la rémunération de référence définie pour le calcul de l'allocation amiante qui intègre elle-même la prime d'IFSE ;

En ce qui concerne les conclusions indemnitaires :

- il n'a pas été informé en temps utile et malgré ses demandes répétées du montant de sa pension de retraite dans le cadre d'un départ en " préretraite amiante ASCAA " ; l'administration a ainsi commis un manquement à son obligation d'information ; ce manquement lui cause un préjudice financier important dès lors que s'il avait eu connaissance des modalités de calcul de l'administration et du montant de sa pension de retraite en temps utile, il n'aurait jamais sollicité son départ en ASCAA et il aurait bénéficié de la prime de départ en retraite correspondant à six mois de rémunération prévue par Naval Group, soit 28 200 euros nets ; de plus, en pareille hypothèse, il aurait également bénéficié d'un maintien de rémunération versé par Naval Group pendant vingt-quatre mois jusqu'à son départ à la retraite à l'âge de soixante-deux ans, de sorte qu'il a également perdu une somme de 45 384 euros nets correspondant à la différence entre la rémunération Naval Group et la pension de retraite versée par l'administration pendant vingt-quatre mois ; son préjudice financier peut ainsi être évalué à un montant total de 73 384 euros ;

- il a été confronté pendant près de deux ans à une absence de réponse de l'administration sur le montant de sa pension de retraite dans le cadre du dispositif ASCAA malgré ses relances ; il a été contraint de saisir le tribunal pour faire reconnaître partiellement le bien-fondé de ses demandes par l'administration à la suite de l'émission du nouveau titre de pension du 3 août 2020 ; il n'a toujours pas obtenu un calcul de sa pension conforme aux dispositions légales ; ces absences de réponse et erreurs de l'administration lui causent un préjudice moral qui peut être évalué à la somme de 10 000 euros.

Par un mémoire enregistré le 8 juillet 2021, la ministre des armées conclut au non-lieu à statuer sur le recours formé par M. C tendant à la prise en compte de son dixième échelon du grade d'ingénieur d'études et de fabrication et au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Elle soutient que :

- le service des retraites de l'Etat ayant fait droit à la demande de M. C portant sur le grade de liquidation de sa pension de retraite par un nouveau titre de pension émis par un arrêté du 3 août 2020, ces conclusions sont désormais sans objet ;

- aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par un mémoire enregistré le 26 janvier 2023, le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique conclut au non-lieu à statuer sur le recours formé par M. C tendant à la prise en compte de son dixième échelon du grade d'ingénieur d'études et de fabrication et au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Il fait valoir les mêmes moyens que ceux exposés par la ministre des armées aux termes de son mémoire en défense.

II- Par une requête enregistrée au greffe du tribunal administratif de Lyon le 21 septembre 2020, et un mémoire enregistré au greffe du tribunal administratif d'Orléans le 6 septembre 2021 sous le n° 2004341, M. C, représenté par la SCP Vuillaume-Colas et Méchéri, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 27 mai 2020, par laquelle le directeur du service des retraites de l'Etat a rejeté son recours gracieux présenté le 28 avril 2020 tendant à la révision de son titre de pension concédé le 27 avril 2020 sous le n° B 20 021914 J ;

2°) d'ordonner à l'administration la rectification de son titre de pension n° B 20 048890 J en date du 3 août 2020 afin qu'il prenne en compte les IFSE dans le calcul de sa pension de retraite, le calcul de l'IFSE devant être réalisé conformément aux dispositions du décret n° 2018-413 du 30 mai 2018 à partir du montant moyen des rémunérations brutes des douze derniers mois d'activité résultant de la reconstitution de carrière et la nouvelle valeur d'IFSE devant être prise en compte de manière rétroactive pour le calcul de l'allocation spécifique de cessation anticipée d'activité amiante et pour le calcul de la pension de retraite ;

3°) à titre subsidiaire, de condamner l'Etat à lui verser à titre de dommages et intérêts une somme de 73 384 euros en réparation du préjudice financier subi en raison d'un manquement de l'administration à son obligation d'information ;

4°) en tout état de cause, de condamner l'Etat à lui verser à titre de dommages et intérêts une somme de 10 00 euros en réparation du préjudice moral subi en raison d'un manquement de l'administration à son obligation d'information ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir les mêmes moyens que ceux exposés dans l'instance n° 2004302.

Par des mémoires enregistrés le 16 septembre 2021, le 1er octobre 2021 et le 29 juin 2022, la ministre des armées conclut au non-lieu à statuer sur le recours formé par M. C tendant à la prise en compte de son dixième échelon du grade d'ingénieur d'études et de fabrication et au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Elle fait valoir les mêmes moyens que ceux exposés dans l'instance n° 2004302.

Par un mémoire enregistré le 26 janvier 2023, le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique conclut au non-lieu à statuer sur le recours formé par M. C tendant à la prise en compte de son dixième échelon du grade d'ingénieur d'études et de fabrication et au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Il fait valoir les mêmes moyens que ceux exposés par la ministre des armées aux termes de son mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des pensions civiles et militaires de retraite ;

- la loi n° 2017-1837 du 30 décembre 2017 ;

- le décret n° 2006-418 du 7 avril 2006 ;

- le décret n° 2009-1052 du 26 août 2009 ;

- le décret n° 2018-413 du 30 mai 2018 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- et les conclusions de Mme Best-De Gand, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, fonctionnaire civil au ministère de la défense depuis septembre 1990, a été mis à disposition à compter du 1er février 2004 au sein de la société DCN pour exercer des fonctions d'ingénieur d'études et de fabrication. A compter du 1er février 2004, il a été placé en position hors cadres, compte tenu de son recrutement par cette société. Afin de bénéficier de l'allocation spécifique de cessation d'activité anticipée attribuée au titre de l'amiante (ASCAA), il a démissionné de la société DCN, devenue Naval Group, et demandé sa réintégration dans le corps des ingénieurs d'études et de fabrication du ministère de la défense. Par un arrêté de la ministre des armées du 24 octobre 2019, il a été réintégré dans les effectifs des personnels civils du ministère des armées à compter du 1er février 2020 et admis à percevoir l'ASCAA à compter de cette même date. Puis, par un second arrêté du 14 janvier 2020, il a été admis à faire valoir ses droits à la retraite à compter du 18 février 2020 et radié des contrôles à compter de cette même date.

2. Par un arrêté du 27 avril 2020, le directeur du service des retraites de l'Etat lui a concédé une pension civile de retraite sous le n° B 20 021914 J à compter du 1er mars 2020. Le 28 avril 2020, M. C a présenté un recours gracieux à l'encontre de cet arrêté afin que la liquidation de cette pension prenne en compte son reclassement au dixième échelon de son grade (indice majoré 673), ainsi que sa prime d'indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise (IFSE). Par une décision du 27 mai 2020, le directeur du service des retraites de l'Etat a rejeté cette demande. Puis, par un second arrêté du 3 août 2020, cette même autorité a finalement concédé un nouveau titre de pension n° B 20 048890 J au bénéfice de l'intéressé prenant en compte son dixième échelon du grade d'ingénieur d'études et de fabrication. Par ses requêtes n° 2004302 et 2004341, M. C demande l'annulation de la décision du 27 mai 2020 en tant qu'elle ne prend pas en compte l'IFSE dans le cadre d'évaluation de son droit à pension ainsi que l'indemnisation du préjudice moral subi à raison du manquement de l'administration à son obligation d'information.

3. Les requêtes n° 2004302 et 2004341 émanent du même requérant, présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

En ce qui concerne l'étendue du litige :

4. D'une part, il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux devant l'auteur de cet acte et de ne former un recours contentieux que lorsque le recours gracieux a été rejeté. L'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative. Il appartient, en conséquence, au juge administratif, s'il est saisi dans le délai de recours contentieux qui a recommencé de courir à compter de la notification du rejet du recours gracieux, de conclusions dirigées formellement contre le seul rejet du recours gracieux, d'interpréter les conclusions qui lui sont soumises comme étant aussi dirigées contre la décision administrative initiale. D'autre part, lorsqu'une décision administrative faisant l'objet d'un recours contentieux est retirée en cours d'instance pour être remplacée par une décision ayant la même portée, le recours doit être regardé comme tendant également à l'annulation de la nouvelle décision. Lorsque le retrait a acquis un caractère définitif, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre la décision initiale, qui ont perdu leur objet. Le juge doit, en revanche, statuer sur les conclusions dirigées contre la nouvelle décision.

5. En l'espèce, d'une part, les conclusions dirigées contre la décision du 27 mai 2020, par laquelle le directeur des services de retraites de l'Etat a rejeté le recours gracieux de M. C doivent être regardées comme également dirigées contre l'arrêté du 27 avril 2020. D'autre part, l'arrêté du 3 août 2020, par lequel le directeur des services des retraites de l'Etat a, en cours d'instance devant le tribunal, concédé un nouveau titre de pension au bénéfice de M. C, a la même portée que le titre de pension du 27 avril 2020 qu'il a implicitement, mais nécessairement, eu pour objet de retirer. Ce retrait n'a pas été contesté et est ainsi devenu définitif. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre l'arrêté du 27 avril 2020 qui ont perdu leur objet et il y a lieu de regarder les conclusions et moyens du requérant comme étant dirigés contre l'arrêté du 3 août 2020.

En ce qui concerne la légalité de l'arrêté du 3 août 2020 :

6. En premier lieu, aux termes du IV de l'article 134 de la loi du 30 décembre 2017 de finances pour 2018 : " L'allocation spécifique de cessation anticipée d'activité attribuée au titre de l'amiante par le ministère des armées aux fonctionnaires placés en disponibilité ou en position hors cadres et aux ouvriers de l'Etat, en fonction dans l'entreprise mentionnée à l'article 78 de la loi de finances rectificative pour 2001 (n° 2001-1276 du 28 décembre 2001) et recrutés par celle-ci avant l'entrée en vigueur de la présente loi, est calculée sur la base du montant moyen des rémunérations brutes des douze derniers mois d'activité résultant d'une reconstitution de carrière au titre de la période d'emploi en qualité de salarié de l'entreprise. / Le montant moyen ainsi défini doit également être pris en compte pour la détermination des droits à pension de retraite de ces agents. / Un décret en Conseil d'Etat fixe les conditions d'application du présent IV ". Aux termes de l'article 4 du décret du 7 avril 2006, relatif à l'attribution d'une allocation spécifique de cessation anticipée d'activité à certains fonctionnaires et agents non titulaires relevant du ministère de la défense : " La rémunération de référence, servant de base à la détermination du montant de l'allocation spécifique, est la rémunération moyenne des rémunérations brutes perçues par le fonctionnaire pendant les douze derniers mois de son activité sous réserve qu'elles présentent un caractère régulier et habituel, à l'exclusion de tout élément de rémunération lié à une affectation outre-mer ou à l'étranger et des indemnités ayant le caractère de remboursement de frais. / () Le montant de l'allocation spécifique est égal à 65 % de la rémunération de référence définie au premier alinéa. Il est indexé sur la valeur du point fonction publique ".

7. Aux termes de l'article 4 du décret du 30 mai 2018, relatif aux modalités de calcul de l'allocation spécifique de cessation anticipée d'activité au titre de l'amiante des fonctionnaires et ouvriers de l'Etat en fonction dans l'entreprise mentionnée à l'article 78 de la loi du 28 décembre 2001 de finances rectificative pour 2001 : " Pour les fonctionnaires mentionnés au IV de l'article 134 de la loi du 30 décembre 2017 susvisée, la rémunération de référence servant de base à la détermination de l'allocation spécifique de cessation anticipée d'activité conformément aux dispositions de l'article 4 du décret du 7 avril 2006 susvisé est calculée sur la base du montant moyen des rémunérations brutes des douze derniers mois d'activité résultant de la reconstitution de la carrière de l'intéressé prenant en compte le traitement indiciaire afférent au grade et à l'échelon, l'indemnité de résidence, le supplément familial de traitement et les primes et indemnités définis dans les conditions suivantes : / 1° Le grade est celui détenu par le fonctionnaire à la date d'accès à l'allocation spécifique ; / 2° L'échelon retenu est celui qu'aurait atteint le fonctionnaire, en fonction de son ancienneté et des mesures de reclassement d'échelon résultant d'une réforme statutaire, s'il était resté en position d'activité dans son corps d'origine pendant la période accomplie en tant que salarié de l'entreprise mentionnée à l'article 78 de la loi de finances rectificative pour 2001 susvisée () / 4° Le montant des primes et indemnités correspond à la moyenne des montants servis aux fonctionnaires relevant du ministère de la défense, exerçant leurs fonctions à temps plein et détenant le même grade et le même échelon que ceux déterminés en application des alinéas précédents. Pour la détermination de ce montant, sont pris en compte les seules indemnités attachées aux fonctions, à l'exclusion des versements exceptionnels, des indemnités représentatives de frais et des indemnités liées à l'organisation du travail. ". Aux termes de l'article 5 du même décret : " Pour l'application de la dernière phrase du dernier alinéa de l'article 5 du décret du 7 avril 2006 susvisé, le traitement indiciaire sur la base duquel sont calculées les cotisations est celui défini à l'article 4 du présent décret. / La détermination du montant de la pension civile attribuée à l'agent à l'issue de la période de cessation anticipée d'activité tient compte de la rémunération de référence définie par le même article ".

8. Enfin, aux termes du I de l'article L. 15 du code des pensions civiles et militaires de retraite : " Aux fins de liquidation de la pension, le montant de celle-ci est calculé en multipliant le pourcentage de liquidation tel qu'il résulte de l'application de l'article L. 13 par le traitement ou la solde soumis à retenue afférents à l'indice correspondant à l'emploi, grade, classe et échelon effectivement détenus depuis six mois au moins par le fonctionnaire ou militaire au moment de la cessation des services valables pour la retraite () ".

9. Il résulte des dispositions citées aux points 6 à 8, en particulier de celles de l'article 5 du décret du 30 mai 2018 combinées avec celles de l'article L. 15 du code des pensions civiles et militaires de retraite, que la détermination du montant de la pension civile des fonctionnaires placés en disponibilité ou en position hors cadres au sein de la société Naval Group en application des dispositions de l'article 78 de la loi du 28 décembre 2001, qui ont bénéficié de l'allocation spécifique de cessation d'activité anticipée au titre de l'amiante, est fondée sur le traitement indiciaire calculé selon les modalités fixées par les 1° et 2° de l'article 4 du même décret. Il suit de là qu'en décidant qu'il n'y avait pas lieu d'inclure dans l'assiette de la pension civile de M. C les IFSE, qui sont au nombre des primes et indemnités mentionnées au 4° de l'article 4 de ce décret, lesquelles ne sont prises en compte que pour déterminer le montant de l'allocation spécifique de cessation d'activité anticipée au titre de l'amiante, le directeur du service de retraites de l'Etat n'a pas méconnu les dispositions précitées.

10. En second lieu, M. C ne peut, en tout état de cause, utilement se prévaloir de la note d'information de la direction générale des finances publiques du 12 décembre 2017 relative au régime de cessation anticipée d'activité au titre de l'amiante (NOR : CPAE1802245C) qui a été abrogée par la note d'information du 22 octobre 2018 relative au dispositif de cessation anticipée d'activité au titre de l'amiante pour les fonctionnaires et les militaires publiée au BOFIP-GCP-18-0041 du 28 novembre 2018 de cette même direction.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation du titre de pension n° B 20 048890 J du 3 août 2020, ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées à fin d'injonction, doivent être rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires :

12. En premier lieu, M. C fait valoir, d'une part, que si le service des retraites de l'Etat l'avait informé des modalités de calcul de sa pension de retraite et notamment de l'impossibilité de tenir compte des IFSE perçues, il n'aurait jamais sollicité son départ dans le cadre du dispositif ASCAA et, d'autre part, que ce choix non éclairé est à l'origine d'un important préjudice financier. Cependant, il résulte de l'instruction que les deux demandes de simulation de pension adressées au service des pensions et risques professionnels par le gestionnaire du requérant ont été enregistrées le 3 octobre 2019 et le 18 décembre 2019, autrement dit postérieurement à la demande d'attribution de l'ASCAA présentée par l'intéressé qui remonte elle-même au 9 septembre 2019. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à soutenir que le manquement de l'administration à son obligation d'information, à le supposer même établi, serait à l'origine du préjudice financier allégué.

13. En second lieu, en l'absence d'illégalité du refus de prise en compte des IFSE dans le cadre de la liquidation de la pension de retraite du requérant, M. C n'est pas fondé à demander la condamnation de l'Etat à l'indemniser du préjudice moral subi du fait de cette décision. Par ailleurs, si l'intéressé soutient qu'il subit également un préjudice moral en raison d'un retard pris par le service des retraites de l'Etat pour prendre en compte son reclassement au dixième échelon de son grade, il ne l'établit pas, alors notamment qu'il résulte de l'instruction qu'à la suite du recours gracieux présenté par l'intéressé le 28 avril 2020, cette demande a été satisfaite dès le 3 août 2020.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions indemnitaires présentées par M. C doivent également être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. C demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions des requêtes de M. C tendant à l'annulation du titre de pension n° B 20 021914 J du 27 avril 2020.

Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, au ministre des armées et au ministre délégué auprès du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, chargé des comptes publics.

Délibéré après l'audience du 31 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,

Mme Defranc-Dousset, première conseillère,

M. Joos, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mars 2023.

Le rapporteur,

Emmanuel A

La présidente,

Anne LEFEBVRE-SOPPELSA

La greffière,

Nadine PENNETIER-MOINET

La République mande et ordonne au ministre des armées et au ministre délégué auprès du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, chargé des comptes publics en ce qui les concernent ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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