jeudi 6 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2004406 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | DUVIVIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 9 décembre 2020, Mme B A, représentée par Me Duvivier, demande au tribunal :
1°) de condamner le centre hospitalier de Vierzon à lui verser la somme totale de 289 239,20 euros en réparation de l'intégralité des préjudices qu'elle a subis du fait de sa prise en charge médicale, à titre subsidiaire, de le condamner à l'indemniser à hauteur de 275 822,93 euros et, à titre infiniment subsidiaire, de le condamner à lui verser la somme de 39 312 euros ;
2°) à titre très subsidiaire, d'ordonner avant-dire droit une expertise ;
3°) en tout état de cause, de mettre à la charge du centre hospitalier de Vierzon la somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la responsabilité du centre hospitalier de Vierzon doit être engagée pour faute au motif que la pose de broches trans-articulaires était inadaptée en raison de leur surdimensionnement et est à l'origine de lésions cartilagineuses iatrogènes ;
- la responsabilité du centre hospitalier de Vierzon doit être engagée pour faute au motif que l'intervention chirurgicale sous anesthésie générale n'a pas été la réponse adaptée aux raideurs qu'elle subissait à l'index ;
- s'agissant des préjudices subis, elle doit être indemnisée de la somme de 61 404 euros au titre de la perte de gains professionnels futurs échus, de 217 081, 20 euros au titre de la perte de gains professionnels non-échus, de 434 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire, de 4 000 euros au titre des souffrances endurées, de 4 320 euros au titre du déficit fonctionnel permanent et de 2 000 euros en raison d'un préjudice esthétique.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 avril 2021, le centre hospitalier de Vierzon conclut, à titre principal, au rejet de la requête, subsidiairement, à ce que l'indemnité demandée soit ramenée à la somme de 7 654 euros et, en tout état de cause, à ce que soit mise à la charge de la requérante la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les sommes comprises dans les dépens.
Il soutient que :
- la requête est irrecevable pour tardiveté ;
- le préjudice de perte de gains professionnels futurs n'est pas établi ;
- la somme totale à allouer au titre des préjudices subis par Mme A ne pourra pas excéder 434 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire, 2 000 euros s'agissant des souffrances endurées, 4 320 euros au titre du déficit fonctionnel permanent et 900 euros au titre du préjudice esthétique.
La requête a été communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie de Loir-et-Cher et à la caisse primaire d'assurance maladie du Cher qui n'ont pas produit de mémoire.
Les parties ont été informées sur le fondement des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative que le jugement à venir est susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de ce que la demande adressée à un juge des référés d'ordonner une expertise pour rechercher les causes de dommages imputés à un service public interrompt le délai de recours contentieux contre la décision rejetant expressément la demande d'indemnité. Le délai commence à courir à nouveau à compter de la notification au requérant du rapport de l'expert ou de l'ordonnance rejetant la demande d'expertise. En l'espèce, l'ordonnance du juge des référés du présent tribunal rejetant la deuxième demande d'expertise formée par la requérante a été notifiée à la requérante le 9 juillet 2019. Il s'ensuit que la décision née de la réclamation
adressée au centre hospitalier de Vierzon le 13 juillet 2020 présente un caractère confirmatif et que les conclusions indemnitaires enregistrées au greffe du tribunal le 9 décembre 2020 sont tardives.
Par ordonnance du 27 juin 2017 rendue dans l'instance n° 1602431, le président du tribunal a liquidé et taxé les frais d'expertise à la somme de 1 545 euros.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Viéville,
- et les conclusions de Mme Palis De Koninck, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Le 21 janvier 2015, Mme B A a été admise aux urgences du centre hospitalier de Vierzon en raison d'un accident domestique lui ayant causé une blessure à l'index de la main gauche. Elle a alors subi une intervention chirurgicale consistant en une suture tendineuse avec pose de broches de Kirchner. Les broches ont été retirées le 1er février 2015. En raison de douleurs et d'un flessum persistant à l'index, Mme A a fait l'objet d'une intervention chirurgicale sous anesthésie générale le 8 avril 2015. A la suite de cette dernière prise en charge, un examen radiographique, réalisé le 15 avril 2015, a révélé l'existence d'une arthrose de l'inter-phalangienne proximale de l'index gauche.
2. Le 8 juin 2015, Mme A a adressé une demande préalable d'indemnisation au centre hospitalier de Vierzon qui a été rejetée le 7 octobre 2015 et notifiée le 9 octobre 2015. Elle a alors saisi la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (CCI) le 3 décembre 2015. La commission s'est déclarée incompétente le 6 avril 2016, la condition de gravité minimale requise n'étant pas satisfaite. Le juge des référés du présent tribunal a ordonné une expertise médicale le 13 octobre 2016 et l'expert désigné a rendu son rapport le 10 mai 2017. Mme A a présenté une seconde demande de référé-expertise enregistré au greffe du tribunal le 14 mars 2019. Par ordonnance du 3 juillet 2019, la demande a été rejetée. Après avoir adressé une réclamation préalable au centre hospitalier de Vierzon le 13 juillet 2020, restée sans réponse, Mme A demande au tribunal d'engager la responsabilité du centre hospitalier de Vierzon et de le condamner à l'indemniser de l'ensemble des préjudices subis.
Sur la fin de non-recevoir opposée par le centre hospitalier de Vierzon tirée de la tardiveté de la requête :
3. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. () ".
4. En vertu du 4°) de l'article L. 1142-7 du code de la santé publique : " La saisine de la commission suspend les délais de prescription et de recours contentieux jusqu'au terme de la procédure prévue par le présent chapitre ". Selon l'article R. 1142-15 de ce même code : " Lorsque le président ou un président adjoint [de la commission] considère () que les dommages subis ne présentent manifestement pas le caractère de gravité prévu au II de l'article L. 1142-1, il déclare la commission incompétente. () Le demandeur ainsi que le professionnel, l'établissement, le centre, l'organisme de santé ou le producteur, l'exploitant ou le distributeur de produits de santé concerné par la demande, ainsi que son assureur et l'organisme de sécurité sociale auquel était affiliée la victime, en sont informés par lettre recommandée avec accusé de réception. / La lettre recommandée envoyée au demandeur informe celui-ci de la possibilité de saisir la commission en vue d'une conciliation ".
5. En application des dispositions précitées de l'article L. 1142-7 du code de la santé publique, le délai de recours est interrompu lorsque, avant son expiration, l'intéressé présente devant la commission une demande d'indemnisation amiable ou une demande de conciliation. Le tribunal administratif doit alors être saisi dans un nouveau délai de deux mois courant, en cas de demande d'indemnisation amiable, de la date à laquelle l'avis rendu par la commission est notifié à l'intéressé.
6. Il résulte de l'instruction qu'après le rejet de sa demande préalable d'indemnisation par le centre hospitalier de Vierzon par une décision indiquant la mention des voies et délais de recours et l'effet suspensif s'attachant à la saisine de la CCI, Mme A a saisi cette commission. Cette saisine a prorogé, conformément aux dispositions du quatrième alinéa de l'article L. 1142-7 du code de la santé publique, le délai de recours contentieux, qui a recommencé à courir à la date de la notification de l'avis rendu par la commission aux termes duquel elle s'est déclarée incompétente le 6 avril 2016. Toutefois, si le courrier de notification de cet avis est daté du 6 avril 2016, le centre hospitalier ne justifie ni de la date à laquelle ce courrier a été reçu par la requérante, ni de la date à laquelle elle aurait pu avoir connaissance de celui-ci. Il en résulte qu'en l'absence de preuve de la notification de l'avis de la CCI à la requérante, le centre hospitalier n'est pas fondé à soutenir que la requête est tardive.
7. Cependant, la demande adressée à un juge des référés d'ordonner une expertise pour rechercher les causes de dommages imputés à un service public interrompt le délai de recours contentieux contre la décision rejetant expressément la demande d'indemnité. Le délai commence à courir à nouveau à compter de la notification au requérant du rapport de l'expert ou de l'ordonnance rejetant la demande d'expertise.
8. En l'espèce, il résulte de l'instruction que Mme A a présenté une première demande au juge des référés tendant à ce que soit organisée une expertise médicale. Par ordonnance du 13 octobre 2016, il a été fait droit à cette demande. Cependant, si le rapport d'expertise a été déposé au greffe du tribunal le 13 mai 2017, la date de notification de ce rapport à la requérante ne résulte pas de l'instruction. Néanmoins, le délai a recommencé à courir à compter de la notification du rapport d'expertise dont Mme A a eu connaissance au plus tard le 14 mars 2019, date à laquelle elle a présenté une seconde demande d'expertise médicale au juge des référés. Cette seconde demande en référé, qui tendait à l'obtention d'une nouvelle mesure d'expertise dans laquelle elle contestait les conclusions du premier rapport déposé au greffe du tribunal le 13 mai 2017, a eu pour effet de proroger à nouveau le délai de recours contentieux contre la décision expresse de rejet de la demande indemnitaire. Le délai a donc recommencé à courir à compter de la notification à la requérante, le 9 juillet 2019, de l'ordonnance du juge des référés du 3 juillet 2019, rejetant sa nouvelle demande d'expertise.
9. Ainsi, il s'ensuit que le délai de recours contentieux contre la décision initiale du 7 octobre 2015 de rejet de la réclamation préalable de Mme A était expiré lorsque cette dernière a présenté une nouvelle demande indemnitaire au centre hospitalier de Vierzon le 13 juillet 2020, reçue par cet établissement le 16 juillet suivant. Il s'ensuit que la décision née de cette seconde réclamation fondée sur le même fait générateur et sur la même cause juridique que la précédente, présente un caractère confirmatif. Les conclusions indemnitaires enregistrées au greffe du tribunal doivent donc être rejetées comme étant tardives.
Sur les frais d'expertise :
10. Il y a lieu de mettre à la charge définitive de Mme A les frais d'expertise liquidés et taxés à la somme de 1 545 euros par une ordonnance du président du tribunal du 27 juin 2017.
Sur les frais de justice :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge du centre hospitalier de Vierzon, qui n'est pas la partie tenue aux dépens dans la présente instance, le versement à la requérante de la somme qu'elle réclame au titre des frais de justice. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme A une somme de 1 500 euros à verser au centre hospitalier en application des mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Les frais d'expertise liquidés et taxés à la somme de 1 545 euros par une ordonnance du 27 juin 2017 du président du tribunal sont mis à la charge de Mme A.
Article 3 : Mme A versera une somme de 1 500 euros au centre hospitalier de Vierzon en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, au centre hospitalier de Vierzon, à la caisse primaire d'assurance maladie du Cher et à la caisse primaire d'assurance maladie de Loir-et-Cher.
Copie en sera adressée à l'expert.
Délibéré après l'audience du 15 juin 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Rouault-Chalier, présidente,
M. Viéville, premier conseiller,
Mme Bernard, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juillet 2023.
Le rapporteur,
Sébastien VIEVILLE
La présidente,
Patricia ROUAULT-CHALIER
La greffière,
Nadine REUBRECHT
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026