vendredi 17 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2100136 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | SCP LAGRAVE - JOUTEUX |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 11 janvier 2021, M. E C, représenté par Me Madoulé, avocat, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le remboursement de la contribution sociale généralisée à laquelle il a été assujetti au titre des années 2016 et 2017 à raison de la perception de dividendes de source suisse ;
2°) de mettre une somme de 2 000 euros à la charge de l'Etat, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. C soutient que :
- le processus de versement des dividendes pour des actions au nominatif administré, comme c'est le cas en l'espèce, est le suivant : Nestlé transmet à son centralisateur Six Sis à Olten (Suisse) le montant des dividendes pour l'ensemble de ses actionnaires ; le Crédit agricole Titres adresse à Six Sis le nombre d'actions dont disposent les consorts C et le RIB du compte " opération en instance " de M. A C ; après vérifications, Six Sis verse le montant des dividendes correspondant au nombre de parts sur le compte " opération en instance " de M. A C ; une fois la somme créditée, le Crédit agricole Titres transfère l'argent du compte " opération en instance " sur le compte courant de M. A C, support du compte titres ;
- conformément aux dispositions du III de l'article L. 314-1 du code monétaire et financier, les prestations de Six Sis et de Crédit agricole Titres ne sont pas des opérations de paiement mais des opérations administratives ; le seul paiement existant a lieu entre les comptes de Nestlé et le compte de M. C ; le Crédit agricole n'encaisse aucune somme à son nom et ne décaisse aucune somme au bénéfice des consorts C ;
- par suite, le Crédit agricole n'est pas l'établissement payeur ; l'établissement payeur est la banque Nestlé Aktienregister AG et son centralisateur Six Sis à Olten et le compte crédité est le compte courant support du compte titres ;
- il ne peut dès lors être soutenu que l'établissement payeur est en France ; par suite les dispositions de l'article L. 136-7 du code de la sécurité sociale ne trouvent pas à s'appliquer.
Par un mémoire enregistré le 24 juin 2021, le directeur régional des finances publiques du Centre-Val de Loire et du département du Loiret conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- en l'absence d'imposition et de réclamation préalable au titre de l'année 2017, les conclusions de la requête sont irrecevables en tant qu'elles portent sur cette année d'imposition ;
- l'article 11 de la convention franco-suisse dispose que les revenus distribués de source suisse sont imposables en France mais bénéficient d'un crédit d'impôt qui ne peut excéder le montant de l'impôt français correspondant à ces revenus ; par ailleurs tout revenu distribué sur lequel est opéré le prélèvement prévu à l'article 117 quater du code général des impôts et payé à des personnes physiques fiscalement domiciliées en France au sens de l'article 48 du même code doit être assujetti aux prélèvements sociaux en application de l'article 136-7 du code de la sécurité sociale ; l'assujettissement aux prélèvements sociaux des revenus distribués n'est donc pas lié à la domiciliation de l'établissement payeur, mais uniquement à la nature des revenus, qui doivent être soumis par ailleurs au prélèvement forfaitaire de 21 % ; tel est le cas des dividendes d'actions suisses, qui en tout état de cause doivent être soumis aux prélèvements sociaux, quelle que soit la localisation de l'établissement payeur ;
- selon l'article 75 de l'annexe II au code général des impôts, sont considérés comme établissements payeurs les personnes ou organismes, y compris les caisses publiques, qui payent ou prennent à l'encaissement des coupons ou instruments représentatifs de coupons afférents à des valeurs mobilières ; si l'établissement payeur est situé en France, il opère les prélèvements sociaux sous sa propre responsabilité et procède à leur télédéclaration et à leur télépaiement ; si l'établissement payeur est situé hors de France, dans un Etat non partie à l'accord sur l'espace économique européen, et que le contribuable est soumis au prélèvement forfaitaire sur les revenus distribués, le contribuable est tenu d'effectuer lui-même les obligations déclaratives et le paiement du prélèvement forfaitaire et des prélèvements sociaux ;
- en l'espèce, au titre de l'année 2016, selon l'arrêt n° 19NT00358 rendu par la cour administrative d'appel de Nantes il n'est pas établi qu'il y aurait versement direct de la banque suisse de Nestlé vers les comptes courants des bénéficiaires ; le Crédit agricole est donc bien l'établissement payeur établi en France ; le Crédit agricole Centre Loire a considéré sous sa responsabilité qu'il constituait un établissement payeur situé en France et devait, à ce titre, déposer une déclaration 2777-SD ; l'administration a donc régulièrement encaissé les prélèvements effectués conformément aux articles L. 136-7 du code de la sécurité sociale, 1600-OD, 1600-OF bis et 1600 OH du code général des impôts pour l'année 2016.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code monétaire et financier ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. F,
- et les conclusions de Mme Doisneau-Herry, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. A la suite d'une donation-partage consentie le 30 juin 2014 par ses parents, M. A C et Mme D B, M. E C était détenteur d'actions de la société Nestlé, dont le siège social est en Suisse, à raison desquelles des dividendes lui ont été versés notamment en 2016 et 2017. Au titre de l'année 2016, les dividendes ont été déclarés par le Crédit agricole Centre Loire, qui a opéré et acquitté les prélèvements sociaux correspondants. M. C demande au tribunal de lui accorder le remboursement de la contribution sociale généralisée à laquelle il soutient avoir été assujetti au titre des années 2016 et 2017 à raison de la perception des dividendes versés par la société Nestlé.
En ce qui concerne l'année 2017 :
2. Le directeur régional des finances publiques du Centre-Val de Loire et du département du Loiret fait valoir, sans que cette affirmation ne soit contredite par le requérant, qui n'a pas produit de mémoire en réplique, qu'aucune contribution sociale généralisée n'a été acquittée sur les dividendes perçus par M. C en 2017 à raison des actions de la société Nestlé. Au demeurant, la réclamation préalable portant sur l'année 2017, formée au nom des consorts C par un courrier du 11 décembre 2018 de leur conseil, ne mentionnait aucune contribution sociale généralisée supportée par M. E C au titre de l'année 2017. Par suite, les conclusions de la requête, en tant qu'elles portent sur l'année 2017, étaient dépourvues d'objet dès l'introduction de la requête et sont pas suite irrecevables.
En ce qui concerne l'année 2016 :
3. aux termes de l'article 1600-0 D du code général des impôts : " La contribution sociale généralisée sur les produits de placements est établie, contrôlée et recouvrée conformément aux dispositions de l'article L. 136-7 du code de la sécurité sociale ". Aux termes de l'article L. 136-7 du code de la sécurité sociale : " I. () / Sont également assujettis à cette contribution : () / 1° Lorsqu'ils sont payés à des personnes physiques fiscalement domiciliées en France au sens de l'article 4 B du code général des impôts, les revenus distribués sur lesquels est opéré le prélèvement prévu à l'article 117 quater du même code, ainsi que les revenus distribués mentionnés au 1° du 3 de l'article 158 du même code dont le paiement est assuré par une personne établie en France et retenus pour l'établissement de l'impôt sur le revenu, à l'exception de ceux ayant déjà supporté la contribution au titre des articles L. 136-3 et L. 136-4 du présent code () / V. () / La contribution visée au 1° du I est assise, contrôlée et recouvrée selon les mêmes règles et sous les mêmes sûretés, privilèges et sanctions que le prélèvement mentionné à l'article 117 quater du code général des impôts () ". Aux termes de l'article 117 quater du code général des impôts, dans sa rédaction applicable en l'espèce : " I. - 1. Les personnes physiques fiscalement domiciliées en France au sens de l'article 4 B qui bénéficient de revenus distribués mentionnés aux articles 108 à 117 bis et 120 à 123 bis sont assujetties à un prélèvement au taux de 21 % () / II. - Lorsque la personne qui assure le paiement des revenus pour lesquels le contribuable est soumis au prélèvement prévu au I est établie en France, les revenus sont déclarés et le prélèvement correspondant est opéré et acquitté par ladite personne dans les délais prévus à l'article 1671 C () ".
4. M. C fait valoir que le schéma de paiement des dividendes est le suivant : la société Nestlé transmet à son centralisateur Six Sis, situé en Suisse, le montant des dividendes pour l'ensemble de ses actionnaires ; le Crédit agricole Titres - établissement teneur de compte-conservateur pour le Crédit agricole - adresse à Six Sis le nombre d'actions dont disposent les consorts C et le RIB du compte " opération en instance " de M. A C ; Six Sis verse le montant des dividendes correspondant au nombre de parts sur le compte " opération en instance " de M. A C ; enfin, une fois la somme créditée, le Crédit agricole Titres transfère l'argent du compte " opération en instance " sur le compte courant de M. A C, support du compte titres.
5. Il résulte des éléments ainsi apportés par M. C que le paiement des dividendes des actions de la société Nestlé est assuré par le Crédit agricole Titres, établissement dont il n'est pas contesté qu'il est situé en France. Si M. C fait valoir qu'en application du III de l'article L. 314-1 du code monétaire et financier, les prestations de Six Sis et du Crédit agricole Titres ne sont pas des opérations de paiement mais des opérations administratives, cette circonstance est, en raison de l'indépendance des législations, sans influence sur la détermination de l'établissement qui assure le paiement au sens des dispositions citées au point 3. C'est par suite à bon droit que les dividendes perçus de la société Nestlé en 2016 ont été soumis à la contribution sociale généralisée selon les modalités prévues pour les produits de placement par les articles 1600-0 D du code général des impôts et L. 136-7 du code de la sécurité sociale.
6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. C tendant au remboursement de la contribution sociale généralisée à laquelle il soutient avoir été assujetti au titre des années 2016 et 2017 à raison de la perception des dividendes versés par la société Nestlé doivent être rejetées, de même, par voie de conséquence, que les conclusions qu'il présente sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E C et au directeur régional des finances publiques du Centre-Val de Loire et du département du Loiret.
Délibéré après l'audience du 3 mars 2023, à laquelle siégeaient :
M. Dorlencourt, président,
Mme Le Toullec, première conseillère,
M. Lardennois, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mars 2023.
L'assesseure la plus ancienne,
Hélène LE TOULLEC
Le président-rapporteur,
Frédéric F
La greffière,
Isabelle METEAU
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026