jeudi 20 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2100176 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SELARL MURIEL GILLETTE AVOCAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 15 janvier 2021, un mémoire enregistré le 3 octobre 2022 et des mémoires déposés les 24 octobre 2022, 16 décembre 2022, 29 décembre 2022 et 2 juin 2023 la société Vert Marine, représentée par la SELARL Gillette Avocat, demande au tribunal :
1°) à titre principal, de condamner la communauté de communes du Val de Sully à lui verser la somme de 300 000 euros, augmentée des intérêts au taux légal à compter du 16 septembre 2020 et de la capitalisation de ces intérêts, au titre du préjudice subi du fait de son éviction de la procédure relative à la conclusion d'un contrat de concession pour l'exploitation du centre aquatique Val d'Oréane ;
2°) à titre subsidiaire, de condamner la communauté de communes du Val de Sully à lui verser la somme de 10 000 euros, augmentée des intérêts au taux légal à compter du 16 septembre 2020 et de la capitalisation de ces intérêts, au titre des frais de soumission de son offre qu'elle a engagés dans le cadre de la procédure relative à la conclusion d'un contrat de concession pour l'exploitation du centre aquatique Val d'Oréane ;
3°) de mettre à la charge de toute partie perdante la somme de 5 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable ;
- en concluant le contrat de concession relatif à l'exploitation de son centre aquatique avec la société Action Développement Loisir - Espace Récréa (ADL), la communauté de communes du Val de Sully a commis une faute, d'une part, en retenant une offre irrégulière en ce qu'elle applique la convention collective nationale des espaces de loisirs, d'attractions et culturels du 5 janvier 1994 alors que, eu égard à son activité, c'est uniquement la convention collective nationale du sport du 7 juillet 2005 qui devait s'appliquer et, d'autre part, en insérant une mention relative à l'application de la convention collective des espaces de loisirs, d'attractions et culturels susvisée au personnel de l'équipement affermé dans le contrat de concession de service public ;
- la mise en œuvre de la convention collective nationale des espaces de loisirs, d'attractions et culturels entraine, en l'espèce, une rupture d'égalité entre les candidats ;
- la communauté de communes du Val de Sully devait obligatoirement s'assurer que les offres qui lui ont été soumises étaient conformes à la réglementation et la législation en vigueur, notamment au regard du droit du travail, et écarter celles qui ne l'étaient pas, indépendamment des conséquences de cette méconnaissance sur les caractéristiques de l'offre ;
- ce manquement est en lien direct et certain avec la lésion de ses intérêts en ce que l'application de la convention collective nationale des espaces de loisirs, d'attractions et culturels avait des conséquences importantes sur l'offre présentée par les candidats et leur appréciation ;
- classée en deuxième position, elle disposait d'une chance sérieuse de remporter ce contrat et elle doit être indemnisée du bénéfice que lui aurait procuré l'exécution du contrat, à hauteur de 300 000 euros au titre de ce manque à gagner, ce dont elle justifie par la production du compte d'exploitation prévisionnel remis lors du dépôt de son offre et d'une attestation d'un commissaire aux comptes, et de 10 000 euros au titre des frais d'études qu'elle a dû engager pour présenter son offre.
Par des mémoires en défense enregistrés le 20 septembre 2021, le 25 octobre 2022 et le 9 décembre 2022 et des pièces déposées le 17 mai 2023 et le 26 mai 2023, la communauté de communes du Val de Sully, représentée par Me de Fenoyl et Me Mallit, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société Vert Marine la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la juridiction administrative n'est pas compétente pour statuer sur le litige car le contentieux relatif à l'applicabilité d'une convention collective des salariés du secteur privé relève de la compétence du juge judiciaire ;
- la requête de la société Vert Marine est irrecevable car, d'une part, elle ne justifie pas d'un intérêt susceptible d'être lésé de manière suffisamment directe et certaine et, d'autre part, elle ne démontre pas avoir lié le contentieux tant par le dépôt d'une demande indemnitaire préalable que par l'intervention d'une décision de l'administration ;
- la requête de la société Vert Marine porte sur une créance prescrite ;
- la requête de la société Vert Marine doit être rejetée car le vice qu'elle invoque n'est pas en rapport direct avec un intérêt lésé ;
- elle n'avait pas à écarter l'offre de la société ADL au motif qu'elle appliquait une convention plutôt qu'une autre et il ne peut lui être reproché de ne pas avoir effectué de vérifications car, d'une part, aucune obligation de vérification ne pesait sur elle et, d'autre part, quand bien même cette obligation lui incomberait, elle a pleinement rempli son rôle ;
- seule la convention collective nationale des espaces de loisirs, d'attractions et culturels est applicable eu égard aux caractéristiques de l'activité principale exercée au sein du centre aquatique Val d'Oréane ; à tout le moins, il existe un doute sérieux quant à l'applicabilité de la convention collective nationale du sport au personnel de l'équipement ;
- la société Vert Marine ne justifie pas d'un préjudice certain ni des montants dont elle sollicite le paiement.
Par des mémoires enregistrés le 18 novembre 2022 et le 25 mai 2023, la société Action Développement Loisir - Espace Récréa, représentée par Me Cabanes, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société Vert Marine la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle a intérêt à agir dès lors qu'elle est titulaire du contrat de délégation de service public en litige et qu'elle intervient en qualité de défendeur à plusieurs instances engagées par la société Vert Marine ;
- la requête de la société Vert Marine est irrecevable en ce qu'elle ne démontre pas que ses intérêts seraient lésés par l'application d'une convention plutôt qu'une autre ;
- l'action de la société Vert Marine est prescrite ;
- la communauté de communes du Val de Sully n'a pas commis d'illégalité fautive en retenant son offre alors qu'il ne revient pas à l'acheteur public ni au juge administratif de déterminer la convention collective applicable, cette question relevant uniquement des rapports de droit privé entre le titulaire du contrat et ses salariés, l'employeur pouvant y déroger dans un sens plus favorable ou défavorable aux salariés et l'annonce de l'application d'une convention collective au stade de l'offre ne constituant pas un élément de régularité de l'offre ;
- son offre ne peut être regardée comme irrégulière en ce qu'elle n'était pas soumise, par les documents du marché, à l'obligation d'y mentionner la convention collective qu'elle souhaitait appliquer ;
- la communauté de communes du Val de Sully ne pouvait pas, sans commettre d'irrégularité, exclure automatiquement son offre au regard de la convention collective annoncée ou l'absence d'annonce de la convention nationale du sport car aucune disposition ni aucun principe ne justifie une telle exclusion de principe et car les deux conventions pouvaient trouver à s'appliquer en fonction de l'orientation donnée par les candidats à leur activité future, dès lors qu'en l'espèce, la convention de délégation de service public ne portait pas uniquement sur des activités sportives mais également sur des activités de ludiques ;
- à supposer même qu'une offre soit rendue irrégulière par l'application d'une convention plutôt qu'une autre, l'offre de la société Vert Marine aurait été elle-même irrégulière en ce que l'attributaire est tenu d'appliquer la convention collective appliquée par le délégataire sortant pendant douze à quinze mois ;
- la société Vert Marine ne démontre pas que l'application de la convention collective nationale des espaces de loisirs, d'attractions et culturels entraine une distorsion de la concurrence, est à l'origine de son éviction et lui ouvre droit à réparation ;
- la société Vert Marine ne peut prétendre à la somme de 300 000 euros en présentant uniquement son compte d'exploitation prévisionnel.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code du travail ;
- l'ordonnance n° 2016-65 du 29 janvier 2016 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Lefebvre-Soppelsa,
- les conclusions de Mme Best-De Gand, rapporteure publique,
- et les observations de Me Boyer, représentant la société Vert Marine, de Me Kessler, représentant la communauté de communes du Val de Sully, et de Me Cano, représentant Action Développement Loisir - Espace Récréa.
Considérant ce qui suit :
1. Par un avis d'appel public à la concurrence publié le 26 février 2015, la communauté de communes du Val d'Or et Forêt substituée par la communauté de commune du Val de Sully a engagé une consultation en vue de l'attribution d'une délégation de service public afférente à l'exploitation de son centre aquatique Val d'Oréane. Les sociétés Action Développement Loisir - Espace Récréa (ADL) et Vert Marine ont été admises à présenter une offre. Au terme de l'analyse des offres, la société ADL a été déclarée attributaire. La société Vert Marine a été informée du rejet de son offre par courrier du 18 décembre 2015. Par courrier du 15 septembre 2020, la société Vert Marine a formé une demande indemnitaire préalable, restée sans réponse, au titre du préjudice qu'elle estime avoir subi du fait de l'irrégularité de la procédure de passation. La société Vert Marine demande au tribunal de condamner la communauté de communes du Val de Sully à lui verser la somme de 300 000 euros au titre du préjudice en lien avec une perte de chance sérieuse de remporter ce contrat et, à défaut, la somme de 10 000 euros au titre des frais engagés pour soumissionner à ce contrat.
Sur l'exception de prescription quadriennale :
2. Aux termes de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'Etat, les départements, les communes et les établissements publics : " Sont prescrites, au profit de l'Etat, des départements et des communes, sans préjudice des déchéances particulières édictées par la loi, et sous réserve des dispositions de la présente loi, toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis () ".
3. Il résulte de l'instruction que, par courrier du 18 décembre 2015, la communauté de communes du Val de Sully a informé la société Vert Marine du rejet de son offre. Ce courrier, précisant notamment le nom de l'attributaire ainsi que la date de la délibération retenant son offre, a été notifié à la société requérante au plus tard le 24 décembre 2015. La société Vert Marine avait dès lors, à cette date, connaissance du fait générateur qu'elle invoque, tiré du rejet de sa candidature. Dans ces conditions, sa créance était prescrite à la date de sa demande indemnitaire préalable. L'exception de prescription quadriennale opposée par la communauté de communes du Val de Sully doit, dans ces conditions, être accueillie.
4. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir opposées, que les conclusions aux fins d'indemnisation présentées par la société Vert Marine ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
5. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la communauté de communes du Val de Sully, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la société Vert Marine demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la société Vert Marine une somme de 2 000 euros au titre des frais exposés par la communauté de communes du Val de Sully et non compris dans les dépens. En revanche, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions que la société ADL présente à ce titre.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Vert Marine est rejetée.
Article 2 : La société Vert Marine versera la somme de 2 000 euros à la communauté de communes du Val de Sully au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Les conclusions présentées par la société Action Développement Loisir - Espace Récréa au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société Vert Marine, à la communauté de communes du Val de Sully et à la société Action Développement Loisir - Espace Récréa.
Délibéré après l'audience du 6 juin 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,
Mme Defranc-Dousset, première conseillère,
M. Joos, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juillet 2023.
La présidente-rapporteure,
Anne LEFEBVRE-SOPPELSA
L'assesseure la plus ancienne,
Hélène DEFRANC-DOUSSET
La greffière,
Lucie BARRUET
La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026