vendredi 2 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2100187 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | SCP LE METAYER & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 14 janvier 2021, M. et Mme B C, représentés par la SCP d'avocats Le Metayer et Associés, demandent au tribunal :
1°) de prononcer la décharge partielle, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2015 à 2017 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la mise à disposition des logements considérés à leur fille ainsi qu'à la mère de M. C entre dans le champ de l'exonération prévue par les dispositions du II de l'article 15 du code général des impôts telles qu'interprétées à la lumière du paragraphe 60 de l'instruction référencée au BOI-RFPI-CHAMP-20-20 et c'est par maladresse et méconnaissance du droit fiscal qu'au cours de la procédure précontentieuse, M. C a indiqué au service qu'il louait ces biens pour des sommes modiques en application d'une contrat de location verbal ; il convient de prendre en compte la déclaration 2044 rectificative qu'ils ont transmise par laquelle ils indiquent n'avoir perçu aucune contrepartie financière au titre des biens mis à disposition ; les sommes perçues n'étaient pas des loyers mais une participation des occupants aux frais des logements ;
- ils justifient par la production du ticket de caisse de la boutique de bricolage de dépenses de travaux déductibles en application du 1° de l'article 31-I du code général des impôts effectués au sein du bien situé rue des Fauchets à Orléans ; en décidant qu'un délai d'un mois entre la date de règlement des travaux et celle de la cession du bien est trop court, l'administration fiscale ajoute une condition d'appréciation de la dépense qui ne revêt aucun caractère légal.
Par un mémoire enregistré le 2 juillet 2021, le directeur régional des finances publiques du Centre-Val de Loire et du département du Loiret conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- les déclarations 2044 initialement déposées par les requérants au titre de chacune des années concernées mentionnent pour les deux logements litigieux un montant de loyer et un ensemble de charges ; au cours de la procédure de contrôle, les requérants ont indiqué ne pas contester le caractère minoré des loyers et ont évoqué des contrats de location, confirmés par les attestations établies par leur fille et la mère de M. C ;
- le ticket de caisse produit par les requérants ne constitue pas un document recevable à titre de justificatif d'une dépense déductible du revenu foncier ; en outre, pour être déductibles des revenus fonciers, les dépenses doivent avoir été engagées en vue de la perception d'un revenu, or en l'espèce le bien a été vendu le 13 mai 2016 aux termes d'un acte notarié faisant mention de la signature le 6 février 2016 d'un avant contrat en vue de la vente.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. D,
- les conclusions de Mme Doisneau-Herry, rapporteure publique,
- et les observations de Me Berger, représentant M. et Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme C ont fait l'objet au cours de l'année 2018 d'un contrôle sur pièces de leur dossier fiscal au titre des années 2015, 2016 et 2017. A l'issue de ce contrôle, diverses rectifications leur ont été notifiées le 13 décembre 2018 concernant les frais réels de M. C en sa qualité d'agent d'assurance, les rentes viagères perçues par Mme C et les revenus fonciers du couple. Mme et Mme C ont répondu à cette proposition de rectification par courriers des 14 février et 15 mars 2019 et le service a répondu aux observations des contribuables le 25 novembre 2019 en abandonnant certains des rehaussements. Consécutivement à la mise en recouvrement des impositions, M. et Mme C ont déposé le 16 mars 2020 une première réclamation contentieuse qui a donné lieu à une décision d'admission partielle du 19 octobre 2020 aux termes de laquelle l'administration a abandonné les rectifications portant sur les frais réels de M. C. Le 16 novembre 2020, M. et Mme C ont présenté une ultime réclamation portant sur les rehaussements relatifs aux revenus fonciers qui a fait l'objet d'une décision de rejet du 21 décembre 2020. Les requérants sollicitent du tribunal la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2015, 2016 et 2017 résultant d'une part, du rehaussement de leurs revenus fonciers auquel a procédé l'administration à raison de deux biens situés pour l'un à Cléry-Saint-André et pour l'autre à Mézières-lez-Cléry et d'autre part, de la non déductibilité de leurs revenus fonciers de l'année 2016 de dépenses engagées dans un bien situé au 8 rue des Fauchets à Orléans.
Sur les conclusions en décharge des impositions :
En ce qui concerne les loyers perçus par M. et Mme C :
S'agissant de l'application de la loi fiscale :
2. D'une part, aux termes de l'article 15 du code général des impôts : " () / II. - Les revenus des logements dont le propriétaire se réserve la jouissance ne sont pas soumis à l'impôt sur le revenu () ". Pour l'application de ces dispositions, doit être regardé comme se réservant la jouissance d'un logement le propriétaire qui le met gratuitement à la disposition d'un tiers sans y être tenu par un contrat de location.
3. D'autre part, aux termes de l'article 29 du même code : " Sous réserve des dispositions des articles 33 ter et 33 quater, le revenu brut des immeubles ou parties d'immeubles donnés en location, est constitué par le montant des recettes brutes perçues par le propriétaire, augmenté du montant des dépenses incombant normalement à ce dernier et mises par les conventions à la charge des locataires. Les subventions et indemnités destinées à financer des charges déductibles sont comprises dans le revenu brut () ". Lorsque, en l'absence de toute circonstance indépendante de la volonté du propriétaire, le loyer d'un immeuble est notablement inférieur à sa valeur locative réelle, l'administration est en droit de retenir cette dernière pour le calcul du revenu foncier imposé en vue de tenir compte de la somme dont le contribuable a disposé en renonçant à la percevoir.
4. Il résulte de l'instruction qu'au cours des années 2015, 2016 et 2017, M. et Mme C ont mis à disposition de membres de leur famille deux logements dont ils sont propriétaires situés à Cléry-Saint-André et à Mézières-lez-Cléry d'une superficie respective de soixante-douze mètres carrés et de cent quarante mètres carrés et qu'ils ont perçus au titre de ces années 300 euros par an de chacun des membres concernés de leur famille. Les requérants ont porté ces sommes en tant que loyers sur leurs déclarations 2044 souscrites au titre des années 2015 et 2017. Parallèlement, ils ont déduit à titre de charges les cotisations de taxe foncière auxquelles ils ont été assujettis au titre des immeubles considérés ainsi que des frais forfaitaires de gestion et les frais d'assurance afférents auxdits immeubles. Si les requérants entendent soutenir que les sommes perçues n'étaient pas des loyers mais une simple participation aux frais des logements, d'une part, il résulte des deux attestations établies par les occupantes des logements considérés qu'il s'agissait bien d'une somme réglée à titre de loyer annuel, et d'autre part, les requérants n'apportent aucun élément de nature à établir que les sommes en litige correspondaient à un remboursement de charges qu'ils auraient assumées pour le compte des occupants. Dès lors, M. et Mme C, qui ne peuvent utilement invoquer leur méconnaissance du droit fiscal et une quelconque maladresse, ne sont pas fondés à soutenir que la mise à disposition des deux logements considérés entre dans le champ d'application de l'exonération prévue par le II de l'article 15 du code général des impôts. Dans ces conditions, alors que les intéressés ne contestent pas l'évaluation du loyer à partir duquel l'administration a déterminé le montant à réintégrer aux revenus fonciers de chacune des années en cause et n'invoquent aucune circonstance indépendante de leur volonté de nature à justifier la minoration des loyers, c'est à bon droit que l'administration fiscale a considéré que les sommes litigieuses constituaient des loyers notablement inférieurs à la valeur locative réelle des biens en cause et a majoré le montant des revenus fonciers imposables au titre des années 2015, 2016 et 2017.
S'agissant de l'interprétation de la loi fiscale :
5. Aux termes de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales : " Il ne sera procédé à aucun rehaussement d'impositions antérieures si la cause du rehaussement poursuivi par l'administration est un différend sur l'interprétation par le redevable de bonne foi du texte fiscal et s'il est démontré que l'interprétation sur laquelle est fondée la première décision a été, à l'époque, formellement admise par l'administration. / Il en est de même lorsque, dans le cadre d'un examen ou d'une vérification de comptabilité ou d'un examen contradictoire de la situation fiscale personnelle, et dès lors qu'elle a pu se prononcer en toute connaissance de cause, l'administration a pris position sur les points du contrôle, y compris tacitement par une absence de rectification. / Lorsque le redevable a appliqué un texte fiscal selon l'interprétation que l'administration avait fait connaître par ses instructions ou circulaires publiées et qu'elle n'avait pas rapportée à la date des opérations en cause, elle ne peut poursuivre aucun rehaussement en soutenant une interprétation différente. Sont également opposables à l'administration, dans les mêmes conditions, les instructions ou circulaires publiées relatives au recouvrement de l'impôt et aux pénalités fiscales ".
6. Les requérants ne sont pas fondés à se prévaloir, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, de la doctrine administrative exprimée dans une instruction du 25 février 2013, référencée BOI-RFPI-CHAMP-20-20, qui ne donne pas une interprétation de la loi fiscale différente de celle dont le présent jugement fait application.
En ce qui concerne la déduction des dépenses de travaux
7. Aux termes de l'article 13 du code général des impôts : " 1. Le bénéfice ou revenu imposable est constitué par l'excédent du produit brut, y compris la valeur des profits et avantages en nature, sur les dépenses effectuées en vue de l'acquisition et de la conservation du revenu () ". En vertu de l'article 28 du même code, les revenus des propriétés bâties sont imposables, dans la catégorie des revenus fonciers, à raison de la différence entre le montant du revenu brut et le total des charges de la propriété. Aux termes de l'article 31 du code général des impôts : " I.- Les charges de la propriété déductibles pour la détermination du revenu net comprennent : / 1° Pour les propriétés urbaines : / a) Les dépenses de réparation et d'entretien effectivement supportées par le propriétaire () ". Les dépenses mentionnées au I de l'article 31 du code général des impôts ne peuvent être déduites du revenu foncier brut que dans la mesure où, notamment, les charges alléguées sont dûment justifiées, se rapportent à des immeubles dont les revenus sont imposables dans la catégorie des revenus fonciers, sont effectivement supportées par le propriétaire et sont engagées en vue de l'acquisition ou de la conservation du revenu. Il appartient au contribuable de justifier de la réalité, de la consistance et, par suite, du caractère déductible de ces charges en produisant des pièces justificatives, qui sont constituées de factures, de plans, de photographies et de tous autres éléments permettant d'établir avec précision la nature, le montant et la réalité de la charge supportée.
8. Il résulte de l'instruction que l'administration a refusé la déduction d'une somme de 1 213 euros concernant un immeuble situé au 8 rue des Fauchets à Orléans. Toutefois, en produisant un simple ticket de caisse d'un magasin de bricolage, les requérants ne peuvent pas être regardés comme apportant la justification de dépenses de réparation ou d'entretien qu'ils auraient assumées en 2016 pour le logement considéré. Enfin, les requérants ne peuvent utilement soutenir que l'administration aurait ajouté une condition illégale pour apprécier le caractère déductible de la dépense en considérant que le délai d'un mois entre la date à laquelle les travaux seraient intervenus et la date à laquelle le bien a été cédé était trop court dès lors que, M. et Mme C ayant vendu le 13 mai 2016 le bien en cause aux termes d'un acte notarié faisant état d'une promesse de vente datée du 6 février 2016, l'administration était fondée à considérer que les travaux n'avaient pas été accomplis en vue de l'acquisition ou de la conservation d'un revenu. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que c'est à tort que l'administration a refusé la déduction de la somme de 1 213 euros à titre de charges.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de décharge présentées par M. et Mme C doivent être rejetées.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demandent M. et Mme C au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. et Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme B et A C et au directeur régional des finances publiques du Centre-Val de Loire et du département du Loiret.
Délibéré après l'audience du 18 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Dorlencourt, président,
Mme Le Toullec, première conseillère,
M. Lardennois, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 décembre 2022.
Le rapporteur,
Stéphane D
Le président,
Frédéric DORLENCOURT
La greffière,
Isabelle METEAU
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026