jeudi 18 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2100399 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | SCPA SEBAN & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 29 janvier 2021, M. et Mme E, agissant en leur nom personnel et en qualité de représentants légaux de leurs enfants A et C E, représentés par Me Pelletier, demandent au tribunal :
1°) de condamner la commune de Bourges à leur verser la somme de 36 238 euros en réparation des préjudices subis du fait de l'inondation de leur propriété à la suite du débordement du Lac d'Auron intervenu le 2 juin 2016, assortie des intérêts au taux légal à compter du 29 septembre 2020 ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Bourges la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
Sur la responsabilité sans faute de la commune :
- le lac d'Auron constitue un ouvrage public ;
- les dommages subis par les requérants trouvent leur cause dans le dysfonctionnement de cet ouvrage public ;
- ils avaient la qualité de tiers au moment du dommage.
Sur les préjudices subis :
- ils ont subi un préjudice matériel total de 2 710 euros se décomposant ainsi :
o 380 euros de frais divers liés à la franchise d'assurance ;
o 300 euros et 400 euros correspondant à la vétusté des DVD et des paires de chaussures détruits dans l'inondation ;
o 300 euros pour la destruction de leur bac potager ;
o 150 euros pour la perte d'une chaise de bureau ;
o 150 euros au titre de la perte d'un aspirateur de marque ;
o 30 euros s'agissant de la perte d'une lampe de jardin ;
o 500 euros de travaux de réfection de toilettes suspendues ;
o 500 euros de travaux de réfection de l'allée extérieure, composée de pavés et de gravillons ;
- ils ont subi un préjudice de perte de jouissance de leur bien en raison d'un relogement durant 7 mois, qui peut être évalué à la somme de 7 000 euros ;
- l'absence à leur emploi les jours suivants le sinistre et les jours d'expertise leur a causé des pertes de revenus à hauteur de 502,95 euros ;
- le sinistre leur a causé un préjudice moral évalué à 19 000 euros au total ;
- les dépenses d'hypnose thérapeutique suivies du fait le traumatisme résultant de l'inondation s'élèvent à 1 025 euros ;
- les souffrances physiques endurées par Mme E du fait de la recrudescence de ses lombalgies peuvent être estimées à 6 000 euros.
Par un mémoire en défense enregistré le 21 août 2021, la commune de Bourges conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge des requérants une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- le préjudice matériel résultant de la perte des meubles et le préjudice de perte de revenus ne sont pas établis en l'absence de justificatifs et de précisions des requérants ;
- le préjudice de jouissance ne saurait être indemnisé en l'absence de précisions par les requérants du motif de refus d'indemnisation de la part de leur assureur alors que l'expert avait précédemment chiffré ce montant ;
- si le préjudice moral subi par la famille E n'est pas contestable, il devrait en être fait une plus juste appréciation compte tenu des sommes élevées demandées par les requérants ;
- en l'absence de production de certificat médical, le préjudice tiré des dépenses de santé n'est pas établi ;
- les souffrances physiques alléguées par Mme E ne sont pas en lien avec l'inondation de leur habitation.
Par ordonnance du 23 août 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 5 octobre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Gasnier,
- les conclusions de Mme Dumand, rapporteure publique,
- et les observations de Me Rasamelina, représentant la commune de Bourges.
Considérant ce qui suit :
1. Les 2 et 3 juin 2016, des pluies torrentielles se sont abattues notamment sur la commune de Bourges (Cher), entraînant une forte crue de la rivière d'Auron qui alimente le lac du même nom situé au sud-est de la commune, ainsi que le débordement du cours d'eau la Rampenne et du lac artificiel d'Auron également dénommé plan d'eau du val d'Auron. L'état de catastrophe naturelle a été reconnu par un arrêté du 8 juin 2016. A cette occasion, la propriété de M. D et Mme B E, située au 85 bis rue Théophile Lamy à Bourges, a subi d'importantes dégradations. Une expertise amiable a été menée par le cabinet Polyexpert, mandaté par la société Aviva, assureur des époux E, en présence notamment de Mme E et d'un expert du cabinet Saretec mandaté par la commune de Bourges. Le rapport du cabinet Polyexpert a été remis le 19 octobre 2016. La société Aviva a versé aux époux E une indemnité de 51 357,41 euros en réparation de préjudices matériels subis par ces derniers. Par un jugement n° 1700546 du 23 avril 2019, le tribunal administratif d'Orléans, saisi par la société Aviva subrogée dans les droits de M. et Mme E, a condamné la commune de Bourges à verser à la société Aviva la somme de 51 357,41 euros, correspondant à celle qu'elle a versée aux époux E, et a rejeté la demande tendant au versement de la somme complémentaire de 7 680 euros au motif que ce montant n'avait pas été versé aux assurés. Ce jugement a été confirmé par la cour administrative d'appel de Nantes saisie sur appel de la commune de Bourges, par un arrêt n°19NT02482 du 5 février 2021. Le 28 septembre 2020, les époux E ont adressé une demande préalable à la commune de Bourges, qui a été expressément rejetée le 27 novembre 2020. M. et Mme E demandent au tribunal de condamner la commune de Bourges à leur verser la somme de 36 238 euros en raison des préjudices subis personnellement et par leurs enfants non-réparés par leur assureur.
Sur la responsabilité de la commune de Bourges :
2. Le maître de l'ouvrage est responsable, même en l'absence de faute, des dommages que les ouvrages publics dont il a la garde peuvent causer aux tiers tant en raison de leur existence que de leur fonctionnement. Il ne peut dégager sa responsabilité que s'il établit que ces dommages résultent de la faute de la victime ou d'un cas de force majeure. Ces tiers ne sont pas tenus de démontrer le caractère grave et spécial du préjudice qu'ils subissent lorsque le dommage n'est pas inhérent à l'existence même de l'ouvrage public ou à son fonctionnement et présente, par suite, un caractère accidentel.
3. Il est constant que les dommages subis par les requérants trouvent leur origine dans le débordement du lac d'Auron, ce phénomène étant en partie imputable à la fois au dysfonctionnement de l'une des pelles du système hydraulique de régulation du niveau du lac, et au choix fait par la commune, en raison de l'événement pluvieux, de ne pas actionner le système de régulation du niveau du lac. Les dommages subis de ce fait par M. et Mme E, en leur qualité de tiers par rapport à l'ouvrage public que constitue le lac d'Auron, qui ne sont pas inhérents à la seule présence du lac, présentent le caractère de dommages accidentels de travaux publics. Par suite, les époux E sont fondés à engager la responsabilité sans faute de la commune de Bourges, maître de l'ouvrage public.
Sur l'indemnisation des préjudices :
En ce qui concerne les préjudices matériels :
4. En premier lieu, il résulte de l'instruction que les époux E ont été indemnisés à hauteur de 300 et 600 euros pour la perte des DVD et paires de chaussures durant l'inondation, après application d'un coefficient de vétusté afin d'assurer une réparation n'excédant pas le montant du préjudice qu'ils ont subi. Dans ces conditions, les requérants, qui ne contestent pas le coefficient de vétusté appliqué, ne sont pas fondés à demander une indemnisation de 300 et 400 euros au titre de la vétusté des biens susvisés, ces sommes ayant précisément été déduites du montant qui leur a été versé par leur assureur afin d'assurer une réparation n'excédant pas le montant du préjudice qu'ils ont subi.
5. En deuxième lieu, s'agissant de la destruction du bac potager, il résulte de l'instruction que les époux E en ont été indemnisés forfaitairement à hauteur de 150 euros. Les requérants ne démontrent pas que ce forfait n'aurait pas intégralement réparé leur préjudice et ce, alors qu'une enveloppe supplémentaire de 150 euros leur était réservée par leur assureur sous réserve de présentation de justificatifs. Il s'ensuit qu'ils ne sont pas fondés à solliciter une indemnisation de 300 euros à ce titre.
6. En troisième lieu, en se bornant à faire valoir que d'autres meubles disparus du fait de l'inondation et que des travaux supplémentaires en lien avec les dégradations intervenues n'auraient pas été indemnisés, sans apporter d'élément probant au soutien de leurs allégations, les époux E n'établissent pas de la réalité de leur préjudice. Par suite, la somme demandée de 1 630 euros (soit 300 + 150 + 150 + 30 + 500 + 500 euros) demandée à ce titre ne peut être allouée aux requérants.
En ce qui concerne les frais divers :
7. Il est constant que les époux E se sont acquittés d'une franchise d'un montant de 380 euros auprès de leur assureur, frais qui sont en lien direct avec l'inondation dont la commune de Bourges est responsable. Les requérants sont donc fondés à demander l'indemnisation de ce préjudice à hauteur de 380 euros.
En ce qui concerne les pertes de revenus :
8. Les époux E demandent l'indemnisation des pertes de revenus professionnels découlant de leurs absences au travail consécutives au sinistre dont ils ont fait l'objet.
9. En premier lieu, d'une part, s'il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise que Mme E a participé à deux réunions d'expertise qui se sont tenues le 25 juillet 2016 et le 5 octobre 2016, elle n'établit pas avoir été contrainte de prendre des jours de congés sans solde pendant ces périodes. D'autre part, il résulte de l'instruction, et notamment du compte rendu d'expertise amiable, que seule Mme E a assisté aux opérations d'expertise. Par suite, M. et Mme E ne sont pas fondés à demander une indemnisation à ce titre.
10. En deuxième lieu, il ne résulte pas de l'instruction que les absences au travail de M. E le 12 juillet 2016, le 15 juillet 2016 et le 5 octobre 2016 et celles de Mme E le 15 juillet 2016, présentent en lien direct avec une réunion d'expertise utile à l'examen de leur sinistre.
11. En troisième lieu, il résulte de l'instruction que les époux E ont été tenus de s'absenter de leur emploi dans les jours ayant immédiatement suivi l'inondation afin de remédier aux conséquences de cet incident. Toutefois, seul M. E a, à cette occasion, pris des congés sans solde entrainant une perte de revenus. Celle-ci étant en lien direct avec le sinistre subi, il y a lieu d'allouer à M. E la somme de 206,29 euros correspondant à trois jours d'absence entre le 3 juin et le 6 juin. En revanche, Mme E, a, pour son absence du 3 juin 2016, pris un congé de fractionnement rémunéré. Elle ne peut donc prétendre à une somme à ce titre.
12. Il résulte de ce qui précède que les époux E sont uniquement fondés à demander l'indemnisation de la somme de 206,29 euros correspondant à la perte de revenus professionnels de M. E.
En ce qui concerne les dépenses de santé :
13. Si les époux E demandent l'indemnisation des dépenses afférentes au frais d'hypnose thérapeutique qu'ils ont engagés, ils n'établissent toutefois ni que leur état de santé nécessitait une prise en charge médicale, ni que les éventuelles conséquences psychologiques de l'inondation auraient rendu nécessaires de telles dépenses. Il s'ensuit que ces dépenses ne présentent pas de lien direct avec l'inondation dont ils ont été victimes.
En ce qui concerne le préjudice de jouissance et le préjudice moral :
14. Il résulte de l'instruction qu'en raison de l'inondation intervenue, des délais d'expertise ainsi que des travaux de réfection de leur logement, les époux E et leurs deux enfants étaient dans l'impossibilité d'occuper leur logement et ont été hébergés pendant une durée non-contestée de sept mois chez l'un de leurs ascendants, à titre gratuit. Compte tenu du caractère temporaire de la perte d'usage de leur bien, de l'absence de précision des requérants quant au caractère inadapté du logement d'accueil, de la nature du sinistre intervenu et des conséquences psychologiques en résultant, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en allouant aux requérants une somme globale de 6 000 euros.
En ce qui concerne les souffrances physiques endurées :
15. Mme E demande l'indemnisation des souffrances physiques endurées par une recrudescence de lombalgies. Elle se prévaut à ce titre du compte rendu de son hospitalisation établi par un médecin le 20 octobre 2017 relevant qu'il " existe à l'évidence une intrication psycho-émotionnelle dans les phénomènes de corps ". Il résulte toutefois de l'instruction que Mme E souffre de lombalgies chroniques depuis son adolescence. Par ailleurs, eu égard à la multiplicité des facteurs de telles douleurs, dont l'origine n'est au demeurant pas précisée dans le compte-rendu d'hospitalisation, ainsi qu'à la date de leur réapparition en février 2017, il n'est pas établi que la recrudescence de ces souffrances trouverait sa cause directe dans le sinistre de leur maison d'habitation. Dans ces conditions, Mme E n'est pas fondée à demander une indemnisation à ce titre.
16. Il résulte de ce qui précède que la commune de Bourges doit être condamnée à verser la somme totale de 6 586,29 euros à M. et Mme E en réparation des préjudices subis par eux-mêmes et leurs enfants mineurs à raison de l'inondation de leur habitation.
Sur les intérêts :
17. Aux termes de l'article 1231-6 du code civil : " Les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d'une obligation de somme d'argent consistent dans l'intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure. / Ces dommages et intérêts sont dus sans que le créancier soit tenu de justifier d'aucune perte () ". Lorsqu'ils ont été demandés, et quelle que soit la date de cette demande, les intérêts moratoires dus en application de l'article 1231-6 du code civil courent à compter du jour où la demande de paiement du principal est parvenue au débiteur ou, en l'absence d'une telle demande préalablement à la saisine du juge, à compter du jour de cette saisine.
18. M. et Mme E ont droit aux intérêts au taux légal à compter du 29 septembre 2020, date de réception de leur demande par la commune de Bourges.
Sur les frais liés au litige :
19. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge des requérants, qui ne sont pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par la commune de Bourges au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
20. Il y a en revanche lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Bourges une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par les époux E et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La commune de Bourges est condamnée à verser à M. D E et Mme B E la somme de 6 586, 29 euros assortie des intérêts au taux légal à compter du 29 septembre 2020.
Article 2 : La commune de Bourges versera une somme de 1 500 euros aux requérants en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Les conclusions de la commune de Bourges présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme E ainsi qu'à la commune de Bourges.
Délibéré après l'audience du 4 avril 2024, à laquelle siégeaient :
M. Lacassagne, président,
Mme Pajot, conseillère,
M. Gasnier, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 avril 2024.
Le rapporteur,
Paul GASNIER
Le président,
Denis LACASSAGNELa greffière,
Aurore MARTIN
La République mande et ordonne au préfet du Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
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01/06/2026