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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2100948

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2100948

vendredi 17 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2100948
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation3ème chambre
Avocat requérantASSOCIATION GAJU GOLAB

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 15 mars 2021 et le 14 septembre 2022, Mme D E, représentée par Me Golab, avocat, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôts sur le revenu auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2015 et 2016 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 8 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

- s'agissant des recettes non comptabilisées d'un montant de 166 667 euros : l'écriture de prêt, datant du 27 janvier 2016, s'entend corrélativement de l'annulation de la facture le 15 janvier 2016 ; le service a tiré toutes les conséquences de cette annulation de facture chez la société Vitres et Verre, la charge correspondante ayant été réintégrée dans les résultats de la société Vitres et Verre à due concurrence ; un prêt a bien été consenti, les relevés bancaires produits le justifiant ainsi que les remboursements ; la société CCSI et la société Vitres et Verre sont liées par une convention de trésorerie signée le 5 janvier 2014 ;

- s'agissant des charges et amortissements prétendument non déductibles :

* la mise à disposition du bien immobilier situé à Paris s'inscrit dans l'intérêt de la société ; il n'y a aucune justification économique et financière à la division du loyer par le nombre de sociétés preneuses ainsi qu'à l'admission d'une seule surface de 10 m2 ; la méthode suivie par l'administration est arbitraire ;

* pour les mêmes raisons, les charges locatives doivent être également admises, la seule admission d'un loyer par l'administration induisant nécessairement et corrélativement l'admission des charges locatives afférentes ; le service ne précise pas la nature et le quantum des charges locatives prétendument non déductibles et s'exonère de toute explication concernant le caractère non déductible de ces charges au regard notamment de leur caractère récupérable ou non à l'encontre des locataires ;

* un raisonnement analogue doit être retenu concernant l'amortissement du mobilier ayant fait l'objet d'un rehaussement à hauteur de 13 667 euros au titre de chacun des exercices 2015 et 2016 ;

* les charges et frais de déplacements sont rejetés indistinctement pas le service alors notamment que les déplacements au Maroc dans l'intérêt de l'entreprise ne sont nullement exclusivement subordonnés à l'existence d'une clientèle sur place, sauf à interdire toute activité de prospection ;

* l'affirmation de l'administration selon laquelle le mobil-home serait assimilable à une résidence de plaisance ou d'agrément ne saurait s'induire du classement d'un camping ; l'administration ne conteste pas que l'utilisation de ce bien s'entend dans l'intérêt de l'entreprise ;

- s'agissant des pénalités :

* elle prend acte de l'abandon de la pénalité de 40 % ;

* le service, qui s'est contenté de dégrever sans autre explication, devra néanmoins s'expliquer sur l'abandon de cette pénalité à concurrence respectivement de 4 600 euros (exercice 2015) et 13 669 euros (exercice 2016), quantum qui en effet ne correspond pas au pourcentage de 40 %, respectivement de 6 934 euros (exercice 2015) et 18 516 euros (exercice 2016) devant être réellement dégrevé.

Par un mémoire enregistré le 8 octobre 2021, le directeur régional des finances publiques du Centre-Val de Loire et du département du Loiret conclut à ce qu'il n'y a pas lieu de statuer à hauteur du dégrèvement accordé et au rejet du surplus de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Il entend substituer à la majoration de 40 % prévue par l'article 1729 du code général des impôts une majoration de 10 % pour les inexactitudes et omissions déclaratives visées à l'article 1758 A du même code.

Il prononce en conséquence un dégrèvement de 18 269 euros, compte tenu du maintien des pénalités à hauteur de 10 %.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Le Toullec,

- les conclusions de Mme Doisneau-Herry, rapporteure publique,

- et les observations de Me Golab, représentant Mme E.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D E est associée de la société à responsabilité limitée (SARL) Cabinet de conseil en stratégie (CCSI) à hauteur de 49,80 %, M. A E, son gérant, détenant également 49,80 % du capital et Mme B C, 0,40 %. Cette société a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur les années 2015 et 2016, à l'issue de laquelle, dans une proposition de rectification du 2 mai 2018, ses résultats - qui sont imposables entre les mains de ses associés, en application des articles 239 bis AA et 8 du code général des impôts - ont été rehaussés, l'administration ayant remis en cause la déduction de charges non justifiées et d'amortissements non déductibles. Par une proposition de rectification du même jour, l'administration a notifié à Mme E des cotisations supplémentaires d'impôts sur le revenu, au titre des années 2015 et 2016, résultant, d'une part de la prise en compte d'une quote-part des bénéfices industriels et commerciaux de la société CCSI, qu'elle avait omis de déclarer, et, d'autre part, tirant les conséquences des opérations de contrôle de la société CCSI, de la réintégration d'une quote-part complémentaire des bénéfices industriels et commerciaux de cette société. Le 26 juin 2018, Mme E a présenté des observations auxquelles l'administration a répondu le 9 juillet suivant en maintenant les rectifications. Les impositions supplémentaires, assorties des intérêts de retard et de majorations pour manquement délibéré prévues à l'article 1729 du code général des impôts, ont été mises en recouvrement le 31 janvier 2019 pour un montant de 31 696 euros au titre de l'année 2015 et 68 562 euros au titre de l'année 2016. Mme E a contesté ces impositions par une réclamation du 25 mars 2019, qui a été rejetée par une décision du 13 janvier 2021 de l'administration fiscale. Mme E demande la décharge de ces impositions.

Sur l'étendue du litige :

2. Par une décision du 8 octobre 2021, postérieure à l'introduction de la requête, l'administration fiscale a prononcé le dégrèvement d'une somme totale de 18 269 euros correspondant à la différence entre le montant de la majoration de 40 % prévue par l'article 1729 du code général des impôts, appliquée aux cotisations supplémentaires d'impôts sur les sociétés auxquelles Mme E a été assujettie au titre des années 2015 et 2016, et le montant de la majoration de 10 %, prévue à l'article 1758 A du même code, appliquée aux mêmes impositions, qu'elle a décidée de substituer à celle de 40 %. Les conclusions à fin de décharge présentées par la requérante sont, dans cette mesure, devenues sans objet.

Sur les conclusions à fin de décharge restant en litige :

En ce qui concerne le bien fondé des impositions :

S'agissant des recettes non comptabilisées d'un montant de 166 667 euros :

3. Aux termes de l'article 38 du code général des impôts, dans sa rédaction applicable en l'espèce : " 1. () le bénéfice imposable est le bénéfice net, déterminé d'après les résultats d'ensemble des opérations de toute nature effectuées par les entreprises () / 2. Le bénéfice net est constitué par la différence entre les valeurs de l'actif net à la clôture et à l'ouverture de la période dont les résultats doivent servir de base à l'impôt diminuée des suppléments d'apport et augmentée des prélèvements effectués au cours de cette période par l'exploitant ou par les associés. L'actif net s'entend de l'excédent des valeurs d'actif sur le total formé au passif par les créances des tiers, les amortissements et les provisions justifiés / 2 bis. Pour l'application des 1 et 2, les produits correspondant à des créances sur la clientèle ou à des versements reçus à l'avance en paiement du prix sont rattachés à l'exercice au cours duquel intervient la livraison des biens pour les ventes ou opérations assimilées et l'achèvement des prestations pour les fournitures de services () ".

4. Il résulte de l'instruction que le service a relevé qu'au titre de l'exercice clos le 31 décembre 2016, la société Vitres et Verre - dirigée par le frère de la requérante - avait comptabilisé dans ses charges une prestation de service fournie par la société CCSI facturée le 15 janvier 2016 pour un montant de 250 000 euros HT, alors que cette dernière, dans les résultats de son exercice clos le 31 décembre 2016, avait comptabilisé dans ses recettes une facture d'un montant de 83 333, 33 euros HT en date du même jour et portant le même numéro que la facture initiale dont la requérante soutient qu'elle a été ainsi annulée. Le service a alors considéré que la différence, correspondant à la somme de 166 667 euros HT, qui n'avait pas été comptabilisée, constituait une omission de recettes. La requérante explique que cette somme est en réalité constitutive d'un prêt de la société Vitres et Verre, d'un montant de 200 000 euros, que la société CCSI a inscrit au crédit d'un compte " Emprunts VITRES ET VERRE ". Elle produit à l'appui de ses allégations une convention de trésorerie conclue le 5 janvier 2014 entre la société CCSI et la société Vitres et Verre, par laquelle la première donne mandat à la seconde de gérer sa trésorerie, et fait valoir que cet emprunt est désormais intégralement soldé, après quatre remboursements de 50 000 euros effectués en 2017, 2018, 2019 et 2020. Toutefois, d'une part, il n'est pas contesté que la société Vitres et Verre n'a inscrit dans sa comptabilité, en compte de charges, que la seule facture de 250 000 euros HT et ne dispose ni de la facture de 83 333,33 euros HT, ni d'aucune autre facture qui permettraient de considérer que la facture de 83 333,33 euros HT remplace la facture de 250 000 euros HT. Ainsi que le souligne l'administration, l'écart de 166 667 euros n'a été formalisé ni par l'émission d'une facture rectificative ni par l'octroi d'un avoir. D'autre part, contrairement à ce que soutient la requérante, la liasse fiscale du 31 décembre 2016 ne saurait établir à elle seule l'existence d'un prêt. Il résulte de l'instruction que la société CCSI a souscrit une première liasse fiscale le 3 juin 2017 puis une seconde liasse fiscale rectificative le 19 février 2018 dans laquelle la société a procédé à une variation de 200 000 euros concernant la ligne 040 " immobilisations financières " ainsi que la ligne 072 " créances-autres ", en passant de 5 euros à - (199 995) euros pour la ligne 040 et de 197 517 euros à 397 518 euros pour la ligne 072. L'administration, dans sa décision de rejet du 13 janvier 2021, a indiqué, sans être contredite, que la comptabilité présentée lors du contrôle ne concordait pas avec les données de la dernière liasse fiscale, relevant que le grand livre général comptable de l'exercice 2016 avait enregistré un trop perçu sur la facture rectificative du 15 janvier 2016 comme un prêt de 200 000 euros consenti par le client de la société CCSI, inscrit en comptabilité au compte n° 16810100 " Emprunts VITRES ET VERRE " devant figurer au passif du bilan. Or, il ressort de la liasse fiscale souscrite le 19 février 2018 que l'emprunt allégué ne figure pas au passif du bilan du 31 décembre 2016. Au vu de l'ensemble de ces éléments, la requérante ne remet pas utilement en cause la qualification de recettes omises donnée à la somme de 166 667 euros par le service. Dans ces conditions, l'administration, qui apporte la preuve qui lui incombe, était fondée à réintégrer cette somme dans les résultats de la société CCSI. La circonstance que, dans le cadre d'une vérification de comptabilité de la société Vitres et Verre, l'administration fiscale a remis en cause la facture 250 000 euros HT en tant que charge est sans incidence sur le bien-fondé de l'imposition litigieuse. Par suite, l'administration était fondée à rehausser, par voie de conséquence, la quote-part des bénéfices industriels et commerciaux de la requérante.

S'agissant de la réintégration de charges et amortissements non déductibles :

5. Aux termes de l'article 39 du code général des impôts : " 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant, sous réserve des dispositions du 5, notamment : / 1° Les frais généraux de toute nature, les dépenses de personnel et de main-d'œuvre, le loyer des immeubles dont l'entreprise est locataire () / 4. () sont exclues des charges déductibles pour l'établissement de l'impôt () les charges, à l'exception de celles ayant un caractère social, résultant de l'achat, de la location ou de toute autre opération faite en vue d'obtenir la disposition de résidences de plaisance ou d'agrément, ainsi que de l'entretien de ces résidences ; les dépenses et charges ainsi définies comprennent notamment les amortissements () ".

6. Pour être admis en déduction des bénéfices imposables les frais et charges doivent être exposés dans l'intérêt direct de l'exploitation ou se rattacher à la gestion normale de l'entreprise, correspondre à une charge effective, être appuyés de justifications suffisantes et être compris dans les charges de l'exercice au cours duquel ils ont été engagés.

7. En premier lieu, lors de la vérification de comptabilité de la société CCSI, le service a constaté qu'elle avait déduit de son résultat les loyers de son siège social situé 30 boulevard Flandrin à Paris (75016) d'un montant de 48 000 euros au titre de chacune des années 2015 et 2016. Il a relevé que le bail commercial, en date 28 décembre 2014, liant la société CCSI à la SCI Les Petits Pas, propriétaire du bien, portait sur un appartement à usage commercial d'environ 60 m2 composé d'une cuisine, d'une entrée, d'une salle d'eau et d'un WC dépendant d'un immeuble à usage d'habitation occupé par M. A E. Le service a précisé que l'immeuble est également loué à d'autres entreprises, contrôlées ou dirigées par M. E, qui y ont fixé leur siège social (la société Vitres et Verres, un cabinet d'expertise-comptable et la société Gestion expertise comptable Audit). Eu égard à la communauté d'intérêts entre la SCI Les Petits Pas, qui est détenue à 95 % par M. E, et ses locataires, le service a considéré que le loyer convenu était anormalement élevé. Il a en conséquence regardé la société CCSI comme ayant effectué un acte anormal de gestion devant entraîner la réintégration des excédents de loyers dans ses bénéfices. Le service a évalué la valeur locative des locaux de bureau à 450 euros annuel par mètre carré, en prenant en compte les tarifs de location des bureaux d'entreprise en vigueur dans le 16e arrondissement de Paris pour les années en cause. Dès lors que, lors de la vérification de comptabilité de la société CCSI, M. E a indiqué que la SCI Les Petits Pas mettait à la disposition commune des quatre locataires un bureau de 10 m2, le service a estimé que cette société pouvait réclamer à la société CCSI 1 125 euros par an (450 x 10 / 4) et non 48 000 euros. Mme E, qui ne conteste pas la valeur locative retenue par l'administration ni le fait que le bureau loué est situé au domicile de M. E, se borne à soutenir que la prise en compte d'une surface de 10 m2 est arbitraire. Elle n'apporte cependant aucun élément justifiant la prise en compte d'une surface supérieure ni de nature à remettre en cause les propos de M. E quant à la mise à disposition d'un bureau de 10 m2 aux quatre locataires de la SCI Les Petits Pas. Dans ces conditions, l'administration, qui doit être regardée comme apportant la preuve qui lui incombe du caractère excessif du montant du loyer de la société CCSI, était fondée à réintégrer, dans son résultat imposable, une somme de 46 875 euros au titre de chacune des années 2015 et 2016, correspondant à la différence entre le montant du loyer fixé par la société Les Petits Pas et celui retenu par le service, et à rehausser, par voie de conséquence, la quote-part des bénéfices industriels et commerciaux de la requérante.

8. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que le service a remis en cause la déduction, par la société CCSI, de charges inscrites au compte n° 6140000 " Charges locatives et copropriété ", au compte n° 6720000 " Charges/exercices antérieurs " et au compte n° 6351200 " Taxe foncière ", afférentes à l'appartement situé 30 boulevard Flandrin à Paris, appartenant à la SCI Les Petits Pas, d'un montant total de 6 228 euros au titre de l'exercice 2015 et d'un montant total de 1 077 euros au titre de l'exercice 2016. En tant que locataire d'un espace de bureau dans cet appartement et en l'absence d'éléments de nature à établir que ces sommes pouvaient régulièrement être mises à sa charge par le propriétaire, la CCSI ne pouvait déduire de son résultat les charges de copropriété et de taxe foncière y afférentes. Par ailleurs, s'agissant des autres charges déduites par la société, le service a estimé qu'elles devaient s'analyser comme des charges personnelles incombant à M. E en tant qu'occupant de l'appartement et sans rapport avec l'activité de la société, l'administration précisant dans son mémoire en défense qu'il s'agit de dépenses de copropriété. Ces charges sont libellées comme suit : " Craunot-Appel 1T 2015 ", " Craunot-Appel 2T 2015 ", " Craunot-Appel 3T 2015 ", " Craunot-Appel 4T 2015 ", " Craunot-Solde travaux étanchéité " " Craunot-Travaux (changement tapis) ", (Travaux cage esc principa ", " Craunot-Appel 1T 2016 " et " Craunot-Appel 2T 2016 ". La requérante se borne à soutenir que " la seule admission d'un loyer par l'administration induit nécessairement et corrélativement l'admission des charges locatives y afférentes " sans apporter aucune précision sur la nature des charges en cause et leur caractère récupérable. Dans ces conditions, et eu égard à l'occupation réduite de l'appartement par la société CCSI et à la nature de son activité ainsi qu'à l'occupation du bien par M. E à titre de résidence personnelle, l'administration a pu estimer que ces charges étaient sans rapport avec l'activité de la société et doit être regardée comme établissant le caractère non déductible de ces charges. Elle était, par suite, fondée à les réintégrer dans le résultat de la société CCSI et, par voie de conséquence, à rehausser la quote-part des bénéfices industriels et commerciaux de la requérante.

9. En troisième lieu, il résulte de l'instruction que le service a remis en cause la déduction par la société CCSI de dépenses qu'il a qualifiées de dépenses personnelles du gérant, d'un montant de 5 458 euros au titre de l'exercice 2015 et de 2 098 euros au titre de l'exercice 2016. Les dépenses en cause, dont la liste est annexée en pages 27 et 28 de la proposition de rectification adressée à la société CCSI, concernent l'achat de fournitures d'entretien, de vêtements, de courses alimentaires et de petits équipements. Il ressort des tableaux annexés que soit ces dépenses ne sont accompagnées d'aucun justificatif soit les factures sont libellées au nom de M. A E. La requérante n'apporte aucune pièce justifiant que ces dépenses ont été exposées dans l'intérêt de la société CCSI. Par suite, l'administration, qui apporte la preuve qui lui incombe, était fondée à les réintégrer dans le résultat imposable de cette dernière et à réhausser, par voie de conséquence, la quote-part des bénéfices industriels et commerciaux de la requérante.

10. En quatrième lieu, il résulte de l'instruction que le service a remis en cause la déduction de frais de déplacements, missions et réceptions d'un montant de 1 040 euros au titre de l'exercice 2015 et de 6 604 euros au titre de l'exercice 2016, que la société CCSI a comptabilisés dans ses charges. Contrairement à ce que soutient la requérante, le service n'a pas rejeté " indistinctement l'ensemble de ces dépenses ". Il ressort en effet des tableaux annexés en pages 29 à 35 de la proposition de rectification adressée à la société CCSI que le service a fait la part entre les frais justifiés et ceux qui ne l'étaient pas. Si la requérante soutient que les frais de déplacements au Maroc, exposés dans l'intérêt de l'entreprise, " ne sont nullement subordonnés à l'existence d'une clientèle effective sur place, sauf à interdire toute activité de prospection ", elle n'apporte cependant aucune pièce permettant d'établir que ces frais de déplacements ont été exposés dans l'intérêt direct de la société. Par suite, l'administration, qui apporte la preuve qui lui incombe, était fondée à réintégrer les dépenses non justifiées dans le résultat imposable de la société CCSI et à rehausser, par voie de conséquence, la quote-part des bénéfices industriels et commerciaux de la requérante.

11. En cinquième lieu, il résulte de l'instruction et notamment des mentions, non contestées sur ce point, de la proposition de rectification adressée à la société CCSI, que cette dernière a, le 1er février 2014, acheté à la SCI Les Petits Pas des biens mobiliers d'un montant de 41 000 euros, qu'elle a enregistrés à l'actif de son bilan. Ces biens ont été amortis au taux de 33,33 % et la dotation aux amortissements, constatée en charges dans les résultats de chacun des exercices contrôlés, s'est élevée à 13 666,67 euros. L'administration a réintégré dans les résultats des années d'imposition en litige l'intégralité des amortissements pratiqués. Il n'est pas contesté que ces biens ont été achetés le 27 janvier 2014 par la SCI Les Petits Pas en même temps que l'appartement situé 30 boulevard Flandrin à Paris et ont servi à équiper ce logement. M. A E, lors du contrôle, a indiqué qu'il s'agissait de " meubles meublants (lit, armoire) et d'appareils électroménagers (lave-vaisselle) ". Le service a ainsi pu considérer que ces biens ont été utilisés pour les besoins personnels de M. E. L'exécution, par une société, d'opérations présentant un avantage pour un associé ne peut être regardée comme étrangère à une gestion commerciale normale que s'il est établi que l'avantage consenti était contraire ou étranger aux intérêts de cette société. La requérante n'apporte aucun élément permettant d'établir que les amortissements déduits ont été exposés dans l'intérêt de la société CCSI ou répondaient au besoin de son exploitation. Par suite, l'administration, qui apporte la preuve qui lui incombe, était fondée à réintégrer ces amortissements dans le résultat imposable de la société CCSI et à rehausser, par voie de conséquence, la quote-part des bénéfices industriels et commerciaux de la requérante.

12. En dernier lieu, il résulte de l'instruction et notamment des mentions, non contestées sur ce point, de la proposition de rectification adressée à la société CCSI, que cette dernière a enregistré, le 1er janvier 2015, à l'actif de son bilan au débit du compte n° 21810000 " Installations générales " un chalet mobil-home d'un prix de revient de 23 000 euros acheté à M. F. Cette immobilisation a été amortie au taux de 33,33 % et la dotation aux amortissements, constatée en charges dans les résultats de chacun des exercices contrôlés s'est élevée à 7 666,67 euros. Le service a relevé que ce chalet était implanté dans un camping quatre étoiles à Olonne-sur-Mer en Vendée. L'administration a réintégré dans les résultats des années d'imposition en litige l'intégralité des amortissements pratiqués estimant que ce bien constituait une résidence de plaisance ou d'agrément dont les amortissements ne pouvaient être déduits en application du 4 de l'article 39 du code général des impôts cité au point 5 et n'entrait pas dans les prévisions du paragraphe 10 de l'instruction BOI-BIC-CHG-30-20 publiée le 18 février 2014. En se bornant à soutenir que le mobil-home en cause ne constitue pas une résidence de plaisance ou d'agrément et que cette qualification " ne saurait s'induire du classement d'un camping ", la requérante ne remet pas utilement en cause la position du service. Par suite, l'administration, qui apporte la preuve qui lui incombe, était fondée à réintégrer ces amortissements dans le résultat imposable de la société CCSI et à réhausser, par voie de conséquence, la quote-part des bénéfices industriels et commerciaux de la requérante.

En ce qui concerne les pénalités :

13. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré () ". Aux termes de l'article 1758 A du même code : " I. - Le retard ou le défaut de souscription des déclarations qui doivent être déposées en vue de l'établissement de l'impôt sur le revenu ainsi que les inexactitudes ou les omissions relevées dans ces déclarations, qui ont pour effet de minorer l'impôt dû par le contribuable ou de majorer une créance à son profit, donnent lieu au versement d'une majoration égale à 10 % des droits mis à la charge du contribuable ou de la créance indue () ".

14. L'administration est en droit, à tout moment de la procédure contentieuse, de justifier d'une pénalité en en modifiant le fondement juridique, à la double condition que la substitution de base légale ainsi opérée ne prive le contribuable d'aucune des garanties de procédure prévues par la loi et que l'administration invoque, au soutien de la demande de substitution de base légale, des faits qu'elle avait retenus pour motiver la pénalité initialement appliquée.

15. Il résulte de l'instruction que les faits invoqués dans la proposition de rectification adressée à la requérante permettaient de justifier l'application de la majoration prévue à l'article 1758 A du code général des impôts, dès lors qu'ayant insuffisamment déclaré, au titre des années 2015 et 2016, sa quote-part des bénéfices industriels et commerciaux de la société CCSI, ses déclarations ont été entachées d'une omission ayant eu pour effet de minorer le montant de son impôt sur le revenu. Elle n'a pas davantage été privée d'une quelconque garantie de procédure. Par suite, il y a lieu, de faire droit à la demande de substitution de base légale.

16. L'administration ayant abandonné l'application de la majoration de 40 % à l'imposition de la quote-part de la requérante dans les rehaussements des bénéfices industriels et commerciaux de la société CCSI et substitué à cette majoration celle de 10 %, applicable du fait des omissions déclaratives de la requérante, la requérante n'est pas fondée à demander la décharge de la somme de 25 450 euros correspondant à l'application de la majoration de 40 %.

17. La requérante ne soulève aucun moyen à l'encontre de l'application de la majoration de 10 % prévue à l'article 1758 A du code général des impôts.

18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de décharge présentées par Mme E doivent être rejetées.

Sur les frais d'instance :

19. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que Mme E demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête de Mme E à hauteur du dégrèvement d'un montant de 18 269 euros accordé le 8 octobre 2021.

Article 2 : Les conclusions de la requête de Mme E sont rejetées pour le surplus.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D E et à la directrice régionale des finances publiques du Centre-Val de Loire et du département du Loiret.

Délibéré après l'audience du 29 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Dorlencourt, président,

Mme Le Toullec, première conseillère,

Mme Dicko-Dogan, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 novembre 2023.

La rapporteure,

Hélène LE TOULLEC

Le président,

Frédéric DORLENCOURT

La greffière,

Céline BOISGARD

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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TA13Plein contentieux

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110

Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.

01/06/2026

TA13Plein contentieux

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.

01/06/2026

TA14Plein contentieux

Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609

Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.

01/06/2026

TA25Plein contentieux

Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

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