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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2100957

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2100957

jeudi 29 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2100957
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1ère chambre
Avocat requérantAUBRY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 15 mars et 27 juillet 2021, Mme A B, représentée par Me Aubry, demande au tribunal :

1°) de condamner solidairement la commune de Blois et la Sarl PNAS assurances à réparer intégralement les préjudices subis à la suite de la chute dont elle a été victime le 19 septembre 2019 ;

2°) d'ordonner avant dire droit une expertise médicale afin de fournir au tribunal tous éléments lui permettant de fixer l'étendue de ses préjudices et d'en déterminer le montant ;

3°) de mettre à la charge solidaire de la commune de Blois et de la Sarl PNAS assurances la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de les condamner aux dépens.

Elle soutient que :

- les responsabilités de la commune de Blois et de sa compagnie d'assurances sont engagées solidairement pour défaut d'entretien de l'ouvrage public en raison de la chute dont elle a été victime le 19 septembre 2019, rue du Palais, du fait de la présence d'un nid de poule sur la chaussée ;

- les conséquences de cet accident lui ont causé des préjudices dont elle est fondée à demander réparation ;

- elle ne peut chiffrer ce préjudice avec précision en l'absence d'expertise médicale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juin 2021, la commune de Blois et la Sarl PNAS assurances, représentées par la Selarl Phelip et associés, avocats, concluent à la mise hors de cause de la Sarl PNAS assurances et au rejet de la requête, et demandent au tribunal de mettre à la charge de Mme B la somme de 1 300 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- la Sarl PNAS assurances, qui n'est pas la compagnie d'assurances de la commune ne peut être tenue de garantir celle-ci des condamnations prononcées à son encontre ;

- la matérialité des faits n'est pas établie ;

- ce sont des fautes de la victime qui sont à l'origine de ses préjudices.

Par ordonnance du 21 septembre 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 12 octobre 2021.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 janvier 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les conclusions de Mme Best-De Gand, rapporteure publique,

- et les observations de Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, alors âgée de 64 ans, a été victime d'une chute, rue du palais à Blois, le 19 septembre 2019. Par l'intermédiaire de sa compagnie d'assurances, elle a saisi la Sarl PNAS assurances d'une demande visant à obtenir la réparation de l'ensemble des préjudices subis. Par lettre du 22 janvier 2020, sa demande a été expressément rejetée. Par la présente requête, Mme B demande la condamnation solidaire de la commune de Blois et de la Sarl PNAS assurances à réparer l'intégralité des préjudices subis à la suite de sa chute et, avant dire droit, de procéder à la désignation d'un expert afin de fournir au tribunal tous éléments lui permettant de fixer l'étendue de ses préjudices et d'en déterminer le montant.

Sur la responsabilité :

2. Il appartient à l'usager, victime d'un dommage survenu sur un ouvrage public de rapporter la preuve, d'une part, de la réalité de son préjudice, et, d'autre part, de l'existence d'un lien de causalité direct entre l'ouvrage et le dommage. La collectivité en charge de l'ouvrage public doit alors, pour s'exonérer de la responsabilité qui pèse ainsi sur elle, établir soit qu'elle a normalement entretenu l'ouvrage, soit que le dommage est imputable à la faute de la victime ou à un cas de force majeure.

3. Il résulte de l'instruction que le 19 septembre 2019, vers 14 h 30, en sortant du magasin Arobase, situé rue du Palais à Blois, Mme B a fait une chute sur la chaussée, qu'elle attribue à la présence d'une excavation dans le bitume. Dans sa chute elle a heurté lourdement le sol avec son épaule droite et a été victime d'une rupture du supra-épineux ayant nécessité une intervention chirurgicale. Elle souffre depuis de cette épaule et est gênée au quotidien dans toutes ses activités. A l'appui de ses déclarations, elle produit, d'une part, le témoignage du gérant du magasin, lequel indique être sorti pour lui remettre le bon de commande qu'elle avait oublié et l'avoir alors vue à terre, d'autre part, un constat d'huissier établi à sa demande, lequel indique avoir constaté la présence d'une ornière sur la route, le long des pavés bordant le trottoir, laquelle mesurerait approximativement entre 5,2 et 5,3 centimètres.

4. A supposer que Mme B a, ainsi qu'elle le soutient, chuté en raison de l'excavation de la chaussée, il résulte de l'instruction, d'une part, ainsi qu'elle l'indique elle-même, qu'elle circulait sur la chaussée et non sur le trottoir, d'autre part, que l'accident s'est produit le 19 septembre 2019, vers 14h30, en plein jour et, par suite, que l'excavation en cause était clairement visible à l'heure de la journée à laquelle a eu lieu l'accident. Dans ces conditions, la faute de la victime doit être regardée comme entièrement exonératoire de la responsabilité de la commune pour défaut d'entretien normal de la chaussée, d'ailleurs dévolue à la circulation automobile en cet endroit, et alors que cette excavation, d'une profondeur modérée, ne constituait pas un danger significatif pour un usager normalement attentif et prudent. La circonstance que cette excavation aurait été comblée depuis l'accident s'avère, à cet égard, sans incidence. Il s'ensuit que, pour regrettables que soient les conséquences de la chute dont Mme B a été victime, et sans qu'il soit besoin d'examiner la recevabilité des conclusions dirigées contre la Sarl PNAS assurances, les conclusions de Mme B tendant à voir engager la responsabilité solidaire de la commune de Blois et de la Sarl PNAS assurances doivent être rejetées, de même que ses conclusions à fin d'expertise.

Sur les frais liés au litige :

Les dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la commune de Blois, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance soit condamnée à verser à Mme B la somme qu'elle demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de condamner Mme B à verser à la commune de Blois la somme qu'elle demande sur le fondement de ces dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Blois présentées sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à la commune de Blois et à la SARL PNAS assurances.

Délibéré après l'audience du 6 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,

Mme Defranc-Dousset, première conseillère,

Mme Bernard, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 décembre 2022.

La rapporteure,

Hélène C

La présidente,

Anne LEFEBVRE-SOPPELSALa greffière,

Nadine PENNETIER-MOINET

La République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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