vendredi 10 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2101107 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | BUREAU FRANCIS LEFEBVRE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 28 mars 2021, la société civile immobilière (SCI) BP, représentée par Me Retureau, avocate, demande au tribunal :
1°) de prononcer le remboursement du crédit de taxe sur la valeur ajoutée d'un montant de 160 042 euros dont elle s'estime titulaire au titre de la période du quatrième trimestre de l'année 2018 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle a opté pour l'assujettissement à la taxe sur la valeur ajoutée en application du 6° de l'article 260 du code général des impôts ;
- elle a acquis des parcelles de terres pour les besoins de son activité économique de location et donc en tant qu'assujettie : l'acte d'acquisition précise que la cession est soumise à la condition résolutoire de la conclusion d'un bail rural avec la SCEA de Sours et le caractère temporaire de l'usufruit concédé à la SCEA de Sours renforce son caractère d'assujettie ;
- la circonstance que l'affectation ne soit pas immédiate mais différée du fait que les terres sont grevées d'un usufruit temporaire ne saurait, au regard de la jurisprudence communautaire, avoir une incidence sur sa qualité d'assujettie ;
- elle dispose d'un droit à déduction de la taxe sur la valeur ajoutée sur les parcelles qu'elle a acquises en tant qu'assujettie pour les besoins d'une activité économique taxable : son intention d'utiliser ces parcelles pour une activité économique taxable de location est confirmée par la conclusion du bail et par la lettre d'option à laquelle elle a souscrit ;
- la taxe sur la valeur ajoutée ayant grevé l'acquisition des parcelles était exigible à la livraison des biens immobiliers : elle dispose d'un droit à déduction immédiat malgré le fait que le bien soit grevé d'un usufruit temporaire.
Par un mémoire enregistré le 16 septembre 2021, le directeur régional des finances publiques du Centre-Val de Loire et du département du Loiret conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive 2006/112/CE du Conseil du 28 novembre 2006 ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Le Toullec,
- et les conclusions de Mme Doisneau-Herry, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Il résulte de l'instruction que la SCI BP, créée le 1er juillet 2018, a pour activité la location de terrains et autres biens immobiliers. Elle a acquis le 23 novembre 2018, auprès de la SAFER, en nue-propriété, des parcelles de terre à usage agricole et de bois taillis d'une superficie de 139 hectares, 26 a et 24 ca, pour un montant de 960 253,20 euros dont 160 042,20 euros de taxe sur la valeur ajoutée. La société civile d'exploitation agricole (SCEA) de Sours a acquis le même jour, auprès du même vendeur, l'usufruit temporaire pour une durée de vingt-cinq ans de ces mêmes parcelles. La SCI BP a transmis au service des impôts des entreprises de Chartres une lettre d'option à la taxe sur la valeur ajoutée, datée du 23 octobre 2018, et a inscrit le prix hors taxe des parcelles agricoles dans un compte d'immobilisation n° 2111 " terrains nus ". Elle a, le 21 janvier 2019, déposé une demande de remboursement d'un crédit de taxe sur la valeur ajoutée de 160 042 euros au titre de la période du quatrième trimestre 2018. Cette demande a été instruite dans le cadre d'une vérification de comptabilité, dont la société a fait l'objet du 24 mai au 11 septembre 2019, à l'issue de laquelle l'administration fiscale, par une proposition de rectification du 11 septembre 2019, l'a rejetée. L'administration a maintenu sa position dans la réponse du 15 janvier 2020 aux observations de la contribuable ainsi qu'à la suite de l'interlocution départementale qui s'est déroulée le 26 novembre 2020, puis, par une décision du 27 janvier 2021, rejetant la réclamation initiale de la société BP.
2. Aux termes de l'article 256 du code général des impôts : " I. - Sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée les livraisons de biens et les prestations de services effectuées à titre onéreux par un assujetti agissant en tant que tel. / II. - 1° Est considéré comme livraison d'un bien, le transfert du pouvoir de disposer d'un bien corporel comme un propriétaire () ". Aux termes de l'article 256 A du même code : " Sont assujetties à la taxe sur la valeur ajoutée les personnes qui effectuent de manière indépendante une des activités économiques mentionnées au cinquième alinéa, quels que soient le statut juridique de ces personnes, leur situation au regard des autres impôts et la forme ou la nature de leur intervention () / Les activités économiques visées au premier alinéa se définissent comme toutes les activités de producteur, de commerçant ou de prestataire de services, y compris les activités extractives, agricoles et celles des professions libérales ou assimilées. Est notamment considérée comme activité économique une opération comportant l'exploitation d'un bien meuble corporel ou incorporel en vue d'en retirer des recettes ayant un caractère de permanence ". Aux termes de l'article 271 du code général des impôts : " I. 1. La taxe sur la valeur ajoutée qui a grevé les éléments du prix d'une opération imposable est déductible de la taxe sur la valeur ajoutée applicable à cette opération. / 2. Le droit à déduction prend naissance lorsque la taxe déductible devient exigible chez le redevable () ". Le II du même article précise que la déduction a lieu " dans la mesure où les biens et les services sont utilisés pour les besoins de leurs opérations imposables, et à la condition que ces opérations ouvrent droit à déduction ". Le IV de même article dispose que " La taxe déductible dont l'imputation n'a pu être opérée peut faire l'objet d'un remboursement dans les conditions, selon les modalités et dans les limites fixées par décret en Conseil d'Etat ".
3. Il résulte de ces dispositions, prises pour la transposition dans l'ordre interne de la directive 77/388/CEE du Conseil du 17 mai 1977, abrogée et remplacée par la directive 2006/112/CE, interprétées à la lumière de la jurisprudence communautaire, qu'une activité qui est soumise à la taxe sur la valeur ajoutée donne droit à la déduction ou, le cas échéant, au remboursement de la taxe ayant grevé les éléments de prix de revient de cette activité, dès que celle-ci a été entreprise et sans qu'il y ait lieu d'attendre la réalisation du fait générateur de la taxe due à raison des affaires faites par le contribuable dans l'exercice de cette activité. Le droit à déduction, désormais prévu aux articles 167 et suivants de la directive 2006/112/CE, qui ont repris en substance les articles correspondants de la directive 77/388/CEE, est néanmoins soumis au respect de conditions formelles et matérielles, l'une de ces conditions étant que, d'une part, l'intéressé doit être un " assujetti " au sens de la directive et, d'autre part, que les biens ou les services invoqués pour fonder le droit à déduction de la taxe sur la valeur ajoutée soient utilisés en aval par l'assujetti pour les besoins de ses opérations taxées. La question de savoir si l'intéressé a agi en tant qu'assujetti, à savoir pour les besoins d'une activité économique, constitue une question de fait qu'il convient d'examiner au regard de l'ensemble des données de l'espèce, parmi lesquelles figurent la nature des biens visés et la période écoulée entre l'acquisition des biens et leur utilisation aux fins des activités économiques de l'assujetti. Si une déclaration univoque et expresse de l'intention d'affecter le bien à une activité économique lors de son acquisition peut être suffisante pour conclure que le bien a été acquis par l'assujetti agissant en tant que tel, l'absence d'une telle déclaration n'exclut pas qu'une telle intention puisse apparaître de manière implicite. Il appartient à l'intéressé de produire de éléments objectifs en ce sens.
4. La société requérante soutient qu'elle a acquis les parcelles agricoles en cause en tant qu'assujettie pour les besoins d'une activité économique taxable, quand bien même leur utilisation à des fins professionnelles serait différée, et qu'elle dispose donc d'un droit à déduction de la taxe sur la valeur ajoutée acquittée sur le prix d'achat de ces parcelles. Il résulte de l'instruction et notamment des mentions de l'acte notarié du 23 novembre 2018 que la SCI PB aura la jouissance du bien dont elle a acquis la nue-propriété à l'extinction de l'usufruit réservé au profit de la SCEA de Sours pour une période de vingt-cinq ans. Seule la SCEA de Sours, en tant qu'usufruitière, pourra donc en percevoir les fruits sur une période de vingt-cinq ans. L'acte précise que la jouissance du bien par la SCI BP s'exercera " soit par la prise de possession réelle soit par la perception de loyers ". Si la requérante fait état d'un bail commercial conclu entre elle et la SCEA de Sours par lequel elle donne à bail à l'exploitante agricole les parcelles en cause pour une durée de dix-huit ans, à compter du 23 novembre 2043, ce bail n'est pas daté. Enfin, la requérante ne peut utilement se prévaloir de la clause résolutoire mentionnée à l'acte de vente au terme de laquelle " l'acquéreur sera tenu, sous peine de résolution de plein droit, d'exécuter fidèlement, ainsi qu'il s'y engage en obligeant également ses ayants droit, les conditions spéciales ci-après : / Pendant une durée minimum de 10 ans à compter de la date du présent acte : / l'ensemble du " bien vendu " sera loué à la SCEA DE SOURS société agricole agréée par la " SAFER " et les Commissaires du Gouvernement par bail rural ou par convention visée à l'article L. 481-1 du code rural () ", alors que la SCEA de Sours a acquis le même jour l'usufruit du bien pour vingt-cinq ans. Dans ces conditions, eu égard à la nature du bien concerné - parcelles à usage agricole - et au fait que la requérante en tant que nue-propriétaire est privée de la jouissance du bien et de toutes ses utilités pendant vingt-cinq ans, l'intention d'affecter le bien à un usage économique lors de l'acquisition des parcelles agricoles ne peut être regardée comme établie. Par suite, ces parcelles n'ayant pas été acquises par la SCI BP agissant en tant qu'assujettie pour les besoins de son activité de location de terrains et autres biens immobiliers, elle ne disposait d'aucun droit à déduction de la taxe sur la valeur ajoutée ayant grevé l'acquisition de la nue-propriété de cet immeuble.
5. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de remboursement présentées par la société BP doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions relatives aux frais de l'instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SCI BP est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SCI BP et à la directrice régionale des finances publiques du Centre-Val de Loire et du département du Loiret.
Délibéré après l'audience du 13 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Dorlencourt, président,
Mme Le Toullec, première conseillère,
Mme Dicko-Dogan, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2023.
La rapporteure,
Hélène LE TOULLEC
Le président,
Frédéric DORLENCOURT
La greffière,
Céline BOISGARD
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
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Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
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Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026