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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2101110

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2101110

vendredi 16 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2101110
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantTOUBALE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 24 mars 2021 et le 19 janvier 2022, Mme C A, représentée par Me Toubale, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner solidairement l'Etat et l'Office français de l'immigration et de l'intégration à lui verser la somme de 144,69 euros correspondant au montant des intérêts légaux de la somme versée en une fois en novembre 2020 en raison de son préjudice financier ainsi que la somme de 4 000 euros en réparation des troubles dans ses conditions d'existence, assortis des intérêts au taux légal et de la capitalisation des intérêts.

2°) de mettre solidairement à la charge de l'Etat et de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le versement à son avocat de la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a commis une faute engageant sa responsabilité en ne lui versant l'allocation de demandeur d'asile qu'en novembre 2020, alors qu'elle remplissait les conditions pour pouvoir en bénéficier à compter du 21 février 2020 ;

- elle a déposé sa demande d'asile auprès de l'Office français de protection des étrangers et apatrides le 12 mars 2020, soit dans le délai imparti de vingt et un jours, comme l'atteste la décision de rejet de sa demande d'asile du 12 février 2021, préservant ainsi ses droits tant au plan de l'asile que s'agissant des conditions matérielles, et non le 11 septembre 2020 comme soutenu par l'OFII qui ne peut donc prétendre qu'un trop perçu lui aurait été versé du 19 mars au 26 août 2020 ;

- ses préjudices sont effectifs : durant dix mois, elle a dû mendier pour se nourrir et a eu des difficultés à se loger ;

- elle a subi des préjudices patrimoniaux tenant à ce que, durant les dix mois d'abstention, l'OFII a conservé les sommes qui lui étaient destinées, les faisant ainsi fructifier, et qui correspondent au paiement des intérêts de la somme de 4 032,80 euros à laquelle elle avait droit ; l'OFII lui doit à ce titre la somme de 144,69 euros ;

- elle a subi des préjudices extra patrimoniaux, tenant aux troubles dans ses conditions d'existence pendant dix mois, qui peuvent être évalués à 4 000 euros.

Par des mémoires enregistrés le 21 décembre 2021 et le 8 février 2022, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- il n'a pas commis de faute : le 21 février 2020, après avoir signé et accepté l'offre de prise en charge, Mme A s'est vu remettre une carte lui permettant de retirer de l'argent et a attendu neuf mois avant de solliciter le versement de l'allocation sur sa carte ; dès le 26 novembre 2020, elle s'est vu remettre une nouvelle carte ADA et la régularisation des versements de l'allocation a été demandée le jour même ; Mme A ne démontre pas qu'elle aurait été dans l'impossibilité de solliciter le versement de l'allocation dès le mois de mars 2020, lorsqu'elle s'est aperçu que celle-ci ne lui était pas versée ;

- la requérante ne peut lui opposer sa propre inaction : s'étant vu remettre une attestation de demande d'asile le 20 février 2020, selon la procédure accélérée, elle avait jusqu'au 13 mars 2020 pour enregistrer sa demande d'asile auprès de l'Office français de protection des étrangers et apatrides, enregistrement qui conditionne le déclenchement du versement de l'allocation sur la carte ADA, alors qu'elle n'a enregistré sa demande que le 11 septembre 2020, soit sept mois plus tard ; si la requérante soutient avoir déposé sa demande d'asile 1e 12 mars 2020, il lui appartenait de lui apporter la preuve de ce dépôt ;

- la requérante s'est maintenue elle-même dans la situation qu'elle invoque et ne démontre pas qu'elle aurait été dans l'impossibilité de bénéficier de l'aide au logement du 115 pendant toute la période litigieuse ; elle ne démontre pas non plus avoir effectué des démarches auprès de l'OFII afin de faire évaluer sa situation dès qu'elle a eu connaissance du non versement de l'allocation sur sa carte ADA en mars 2020 ;

- s'agissant des préjudices patrimoniaux : l'objet de l'OFII est la prise en charge des demandeurs d'asile présents sur le territoire français et non le placement spéculatif sur le budget de l'allocation pour demandeur d'asile ; la requérante a perçu en novembre 2020 la somme de 4 032, 80 euros correspondant à l'allocation pour demandeur d'asile pour la période du 20 février au 31 octobre 2020 ; il ne ressort pas de l'étude du dossier de la requérante qu'elle a été en possession d'une attestation de demande d'asile valide entre le 19 mars 2020 et le 26 août 2020 alors que pour pouvoir bénéficier de l'allocation, le demandeur doit être titulaire d'une attestation de demande d'asile en vertu de l'article D. 744-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; si le tribunal entend retenir que la demande d'asile de Mme A a été enregistrée dans le délai de vingt et un jours, l'attestation de demande d'asile qui expirait le 19 mars 2020 n'a été renouvelée que le 26 août 2020 ; la requérante a donc perçu indûment l'allocation de demande d'asile sur la période du 19 mars 2020 au 20 août 2020, soit la somme de 2 257,80 euros ; dès que la requérante en a fait la réclamation, il a diligenté toutes les actions nécessaires au versement de l'allocation ;

- s'agissant des préjudices extra patrimoniaux : la requérante s'est elle-même placée dans la situation qu'elle invoque ; elle ne justifie pas de ses moyens d'existence pendant la période litigieuse et ne démontre pas avoir été dans l'impossibilité de solliciter des aides auprès des associations ni auprès du 115.

Le préfet du Loiret, qui a été mis en demeure de produire le 21 septembre 2021, n'a pas produit d'observations.

La demande d'aide juridictionnelle de Mme A a été rejetée par une décision du 14 mai 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- et les conclusions de Mme Doisneau-Herry, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Il résulte de l'instruction que Mme A, de nationalité cambodgienne, entrée en France le 3 novembre 2019, a déposé une demande d'asile enregistrée au guichet unique de la préfecture du Loiret le 20 février 2020 et s'est vu remettre, le même jour, une attestation de demande d'asile au titre de la procédure accélérée. Le 21 février suivant, elle a accepté l'offre de prise en charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) en vue de bénéficier des conditions matérielles d'accueil en tant que demandeur d'asile. Elle a demandé à l'OFII, par courrier reçu le 23 novembre 2020, de lui verser l'allocation pour demandeur d'asile à laquelle elle estimait avoir droit et de l'indemniser des préjudices d'ordre patrimonial et extra patrimonial qu'elle estime avoir subi du fait de cette absence de versement. Par un courrier du 30 novembre 2020, l'OFII a précisé que le déclenchement du versement de l'allocation pour demandeur d'asile (ADA) était conditionné par l'enregistrement de la demande d'asile qui n'a été fait que le 11 septembre 2020, que la carte ADA dont disposait Mme A n'était pas fonctionnelle, qu'une nouvelle carte lui avait été remise le 26 novembre 2020 et qu'une somme de 4 032,80 euros allait lui être versée au titre du mois de novembre 2020, régularisant les versements de l'allocation. Par la présente requête, Mme A demande la condamnation solidaire de l'Etat et de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à lui verser une somme de 144,69 euros, correspondant au montant des intérêts légaux de la somme versée en une fois en novembre 2020, ainsi qu'une somme de 4 000 euros au titre des troubles dans ses conditions d'existence qu'elle estime avoir subi du fait du versement tardif de l'allocation pour demandeur d'asile, ces sommes étant assorties des intérêts au taux légal et de la capitalisation des intérêts.

Sur la responsabilité de l'Office français de l'immigration et de l'intégration :

En ce qui concerne les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans leur version applicable au litige :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 744-1 : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile, au sens de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de la demande d'asile par l'autorité administrative compétente, en application du présent chapitre. Les conditions matérielles d'accueil comprennent les prestations et l'allocation prévues au présent chapitre () ". Aux termes de l'article L. 744-9 : " Le demandeur d'asile qui a accepté les conditions matérielles d'accueil proposées en application de l'article L. 744-1 bénéficie d'une allocation pour demandeur d'asile s'il satisfait à des conditions d'âge et de ressources, dont le versement est ordonné par l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / Le versement de l'allocation prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français dans les conditions prévues aux articles L. 743-1 et L. 743-2 a pris fin () / L'allocation pour demandeur d'asile est incessible et insaisissable. Pour son remboursement, en cas de versement indu, l'Office français de l'immigration et de l'intégration peut procéder à des retenues sur les échéances à venir dues à quelque titre que ce soit () ". Aux termes de l'article D. 744-17 : " Sont admis au bénéfice de l'allocation pour demandeur d'asile : / 1° Les demandeurs d'asile qui ont accepté les conditions matérielles d'accueil proposées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration en application de l'article L. 744-1 et qui sont titulaires de l'attestation de demande d'asile délivrée en application de l'article L. 741-1 () ". Aux termes de l'article D. 744-19 : " Pour les personnes mentionnées au 1° de l'article D. 744-17, l'allocation pour demandeur d'asile est due à compter de l'acceptation des conditions matérielles d'accueil. Elle leur est attribuée pour la durée fixée au premier alinéa de l'article L. 744-9 () ". En vertu du dernier alinéa de l'article D. 744-33 : " L'allocation pour demandeur d'asile est versée mensuellement () à terme échu, par alimentation d'une carte de retrait ou de paiement () ". Enfin, aux termes de l'article D. 744-35 : " Sans préjudice des dispositions du quatrième alinéa de l'article D. 744-17, le défaut de validité de l'attestation de demande d'asile entraîne la suspension des droits à l'allocation, sauf s'il est imputable à l'administration ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 741-1 : " Tout étranger présent sur le territoire français et souhaitant demander l'asile se présente en personne à l'autorité administrative compétente, qui enregistre sa demande et procède à la détermination de l'Etat responsable () / Lorsque l'enregistrement de sa demande d'asile a été effectué, l'étranger se voit remettre une attestation de demande d'asile dont les conditions de délivrance et de renouvellement sont fixées par décret en Conseil d'Etat. La durée de validité de l'attestation est fixée par arrêté du ministre chargé de l'asile () ". Aux termes de l'article L. 741-2 : " Lorsque l'examen de la demande d'asile relève de la compétence de la France, l'étranger introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (). L'autorité administrative compétente informe immédiatement l'office de l'enregistrement de la demande et de la remise de l'attestation de demande d'asile. / L'office ne peut être saisi d'une demande d'asile que si celle-ci a été préalablement enregistrée par l'autorité administrative compétente et si l'attestation de demande d'asile a été remise à l'intéressé ". Aux termes de l'article L. 743-1 : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français jusqu'à la notification de la décision de l'office ou, si un recours a été formé, dans le délai prévu à l'article L. 731-2 contre une décision de rejet de l'office, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci. L'attestation délivrée en application de l'article L. 741-1, dès lors que la demande d'asile a été introduite auprès de l'office, vaut autorisation provisoire de séjour et est renouvelable jusqu'à ce que l'office et, le cas échéant, la cour statuent ". Aux termes de l'article R. 743-1 : " L'attestation de demande d'asile est renouvelée jusqu'à l'expiration du délai fixé à l'article L. 743-1. / Le premier renouvellement est effectué sur présentation de la lettre de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides mentionnée au troisième alinéa de l'article R. 723-1 () ". En vertu de l'article 1er de l'arrêté du 10 mai 2019 désignant les préfets compétents pour enregistrer les demandes d'asile et déterminer l'Etat responsable de leur traitement (métropole), " Le renouvellement de l'attestation est sollicité auprès du préfet du département dans lequel son détenteur réside ou est domicilié ". Enfin aux termes du 1er alinéa de l'article R. 723-1 : " A compter de la remise de l'attestation de demande d'asile selon la procédure prévue à l'article R. 741-4, l'étranger dispose d'un délai de vingt et un jours pour introduire sa demande d'asile complète auprès de l'office " et aux termes de son 3e aliéna : " Lorsque la demande complète est introduite dans les délais, l'office accuse réception de la demande sans délai et informe par lettre le demandeur du caractère complet du dossier. Il en informe également le préfet compétent et le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ".

4. Il résulte de l'ensemble des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la délivrance de l'attestation de demande d'asile tout comme son renouvellement conditionnent le bénéfice de l'allocation de demandeur d'asile et que le renouvellement de cette attestation doit être sollicité par le demandeur d'asile. Par ailleurs, le premier renouvellement de l'attestation de demande d'asile est effectué sur présentation de la lettre de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) informant le demandeur du caractère complet du dossier, lorsque la demande complète a été introduite auprès de l'Office dans le délai de vingt et un jours, à compter de l'enregistrement de la demande d'asile par le préfet compétent.

En ce qui concerne la faute de l'Office français de l'immigration et de l'intégration :

5. Mme A soutient que la responsabilité de l'OFII est engagée du fait de sa carence fautive à lui verser l'allocation pour demandeur d'asile pour la période du 21 février 2020 au 31 octobre 2020. Il résulte de l'instruction que la requérante a déposé une demande d'asile enregistrée au guichet unique de la préfecture du Loiret le 20 février 2020 et s'est vu remettre, le même jour, une attestation de demande d'asile valable du 20 février au 19 mars 2020. Le 21 février suivant, elle a accepté l'offre de prise en charge de l'OFII en vue de bénéficier des conditions matérielles d'accueil en tant que demandeur d'asile et s'est vu remettre une carte ADA. Ne recevant pas l'allocation à laquelle elle estimait avoir droit, elle a présenté une réclamation le 23 novembre 2020 auprès de l'OFII qui a régularisé sa situation en lui remettant une nouvelle carte ADA et en lui versant, au titre du mois de novembre 2020, une somme d'un montant de 4 032,80 correspondant à l'allocation pour demandeur d'asile qu'elle aurait dû percevoir du 21 février 2020 au 31 octobre 2020. L'OFII reconnait également, sans apporter cependant la moindre explication, que la carte ADA qui lui avait été délivrée n'était " pas fonctionnelle ". Toutefois, il résulte de l'instruction que Mme A n'était pas titulaire de l'attestation de demande d'asile pendant une période allant du 20 mars 2020 au 25 août 2020 alors que cette attestation, dont le renouvellement doit être sollicité par le demandeur, est une condition nécessaire pour bénéficier de l'allocation pour demandeur d'asile. Mme A n'établit ni même n'allègue avoir sollicité le renouvellement de son attestation qui expirait le 19 mars 2020, dans les conditions prévues à l'article R. 743-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La seule mention, dans la décision de rejet de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 12 février 2021, selon laquelle sa demande a été enregistrée le 12 mars 2020 - alors que la fiche extraite du système d'information " Telemofpra ", produite par l'OFII, indique un enregistrement en date du 11 septembre 2020 - n'est pas suffisante à cet égard. Il résulte de l'instruction que Mme A était à nouveau titulaire d'une attestation de demande d'asile du 26 août 2020 au 22 août 2021 et a perçu l'allocation jusqu'au mois d'août 2021, ne bénéficiant plus à compter de cette date du droit de se maintenir sur le territoire français du fait du rejet, le 20 août 2021, par la Cour nationale du droit d'asile de sa demande d'asile. Dans ces conditions, la requérante ne peut être regardée comme ayant été privée de façon injustifiée de l'ADA que du 21 février au 19 mars 2020 et du 26 août au 31 octobre 2020. Cette carence est constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'OFII.

En ce qui concerne la faute de Mme A :

6. Il résulte de l'instruction que la requérante n'a sollicité le versement de l'allocation pour demandeur d'asile que le 23 novembre 2020 alors qu'elle s'était vu remettre neuf mois auparavant, le 21 février 2020, une carte ADA après avoir accepté l'offre de prise en charge de l'OFII en vue de bénéficier des conditions matérielles d'accueil. Mme A, n'établit ni même n'allègue avoir été dans l'impossibilité de solliciter le versement de l'aide durant toute cette période de neuf mois. Mme A a donc commis une faute de nature à atténuer la responsabilité de l'OFII. Il sera fait une juste appréciation des responsabilités respectives de chacun en évaluant à 50 % la part de responsabilité de l'OFII et à 50 % celle de Mme A.

En ce qui concerne les préjudices :

7. S'agissant du préjudice patrimonial, la requérante, dont l'allocation litigieuse, pour la période du 21 février au 31 octobre 2010, lui a été intégralement versée au titre du mois de novembre 2020 pour un montant de 4 032,80 euros, ne peut utilement soutenir que durant les dix mois d'abstention, l'OFII a conservé les sommes qui lui étaient destinées et les a fait fructifier. Par suite, elle n'est pas fondée à demander le paiement des intérêts de la somme de 4 032,80 euros, qui ne peuvent être regardés comme un préjudice indemnisable.

8. S'agissant des troubles dans les conditions d'existence, il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice, du fait de la situation de précarité dans laquelle la requérante a été indûment maintenue pendant quatre-vingt-quinze jours, soit un peu plus de trois mois, en lui allouant une somme de 500 euros. Eu égard à sa part de responsabilité dans le dommage, il lui sera accordé une somme de 250 euros.

Sur la responsabilité de l'Etat :

9. Mme A n'invoque expressément aucune faute commise par l'Etat. Par suite, sa demande de condamnation de l'Etat, au demeurant non précédée d'une réclamation préalable, ne peut qu'être rejetée.

Sur les intérêts et la capitalisation des intérêts :

10. La somme de 250 euros mentionnée au point 8 portera intérêt au taux légal à compter du 23 novembre 2020, date de réception de la demande indemnitaire préalable de Mme A par l'OFII. En outre, Mme A a droit à la capitalisation des intérêts à compter du 23 novembre 2021, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

Sur les frais d'instance :

11. Mme A n'a pas été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Son avocat ne peut dès lors se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Par suite, les conclusions tendant à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de l'OFII en application de ces dispositions doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : L'Office français de l'immigration et de l'intégration est condamné à verser à Mme A la somme de 250 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 23 novembre 2020. Les intérêts échus à la date du 23 novembre 2021 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.

Article 2 : Les conclusions de la requête sont rejetées pour le surplus.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à la préfète du Loiret.

Délibéré après l'audience du 2 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Dorlencourt, président,

Mme Le Toullec, première conseillère,

M. Lardennois, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 septembre 2022.

La rapporteure,

Hélène B

Le président,

Frédéric DORLENCOURTLe greffier,

Alexandre HELLOT

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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