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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2101123

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2101123

jeudi 4 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2101123
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantRENDA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 mars 2021, la société à responsabilité limitée (SARL) Food Corner, représentée par Me Renda, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 14 janvier 2021 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a notifié la mise à sa charge de la contribution spéciale prévue à l'article R. 8253-2 du code du travail au titre de l'emploi irrégulier d'un travailleur et la contribution forfaitaire représentative de frais de réacheminement de l'étranger vers son pays d'origine ainsi que la décision du 18 février 2021 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a rejeté son recours gracieux ;

2°) de la décharger du paiement de la somme de 14 600 euros au titre de la contribution spéciale et de la somme de 4 618 euros au titre de la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine ;

3°) à titre subsidiaire, de prononcer la réduction du montant de la contribution spéciale et de la contribution forfaitaire ;

4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration les entiers dépens.

La société soutient que :

- les décisions attaquées sont entachées d'une erreur de fait dès lors que les salariés étrangers en situation irrégulière qu'elle employait avaient fait une demande de titre de séjour et étaient en attente de convocation par la préfecture ;

- la contribution spéciale peut être réduite à 1 000 fois le taux horaire du minimum garanti puisqu'elle a fait le nécessaire pour régulariser la situation des deux salariés et qu'elle a réglé les salaires et remis les bulletins de salaire ;

- l'administration ne justifiant pas du caractère effectif du réacheminement des deux étrangers, elle doit être déchargée du paiement de la contribution forfaitaire de réacheminement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 juin 2021, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les conclusions contre la décision du 14 janvier 2021 sont irrecevables dès lors que la décision attaquée n'est pas produite ;

- les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code pénal ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- et les conclusions de Mme Palis De Koninck, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Le 6 février 2020, les services de police ont procédé au contrôle d'un restaurant, situé à Lucé (Eure-et-Loir) et exploité par la SARL Food Corner. Ils ont constaté la présence en action de travail de M. E A et M. D C, ressortissants pakistanais, non autorisés à travailler et à séjourner en France. Le procès-verbal d'infraction a été transmis à l'Office français de l'immigration et de l'intégration en application de l'article L. 8271-17 du code du travail. L'employeur a été invité à présenter ses observations par lettre recommandée du 26 novembre 2020, dont il a accusé réception le 28 novembre suivant. Par une décision du 14 janvier 2021, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a notifié à la SARL Food Corner sa décision de lui appliquer la contribution spéciale mentionnée à l'article L. 8253-1 du code du travail pour un montant de 14 600 euros et la contribution forfaitaire mentionnée à l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour un montant de 4 618 euros au titre de l'emploi irrégulier de M. E A et de M. D C. Le 27 janvier 2021, la société a formé un recours gracieux auprès de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui a été rejeté par courrier du 18 février 2021. La SARL Food Corner demande au tribunal d'annuler la décision initiale du 14 janvier 2021 et la décision du 18 février 2021 rejetant son recours gracieux, de prononcer la décharge des contributions spéciale et forfaitaire et, subsidiairement, de prononcer la réduction du montant de la contribution spéciale à 1 000 fois le taux horaire du minimum garanti.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 8251-1 du code du travail : " Nul ne peut, directement ou indirectement, embaucher, conserver à son service ou employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France ". L'article L. 8271-17, dans sa rédaction alors applicable, dispose : " Outre les agents de contrôle de l'inspection du travail mentionnés à l'article L. 8112-1, les agents et officiers de police judiciaire, les agents de la direction générale des douanes sont compétents pour rechercher et constater, au moyen de procès-verbaux transmis directement au procureur de la République, les infractions aux dispositions de l'article L. 8251-1 relatif à l'emploi d'un étranger non autorisé à travailler et de l'article L. 8251-2 interdisant le recours aux services d'un employeur d'un étranger non autorisé à travailler. / Afin de permettre la liquidation de la contribution spéciale mentionnée à l'article L. 8253-1 du présent code et de la contribution forfaitaire mentionnée à l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration reçoit des agents mentionnés au premier alinéa du présent article une copie des procès-verbaux relatifs à ces infractions ". Enfin, aux termes de l'article R. 8253-3 du même code : " Au vu des procès-verbaux qui lui sont transmis en application de l'article L. 8271-17, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration indique à l'employeur, par lettre recommandée avec avis de réception ou par tout autre moyen permettant de faire la preuve de sa date de réception par le destinataire, que les dispositions de l'article L. 8253-1 sont susceptibles de lui être appliquées et qu'il peut présenter ses observations dans un délai de quinze jours ".

3. La SARL Food Corner fait valoir que M. C s'est vu délivrer deux autorisations temporaires de séjour, la première datée du 2 novembre 2020 et valable jusqu'au 1er février 2021, la seconde datée du 1er février 2021 et valable jusqu'au 30 avril 2021. Concernant M. A, la société requérante soutient qu'il s'est vu délivrer une autorisation temporaire de séjour l'autorisant à travailler. Toutefois, à la date du contrôle, le 6 février 2020, il est constant que ni M. C ni M. A ne disposaient de ces autorisations temporaires de séjour et qu'ils étaient en situation de séjour irrégulier. Par ailleurs, et au surplus, l'autorisation délivrée le 7 octobre 2020 par la préfète d'Eure-et-Loir à M. A arrivait à échéance de validité le 6 janvier 2021, soit antérieurement au 14 janvier 2021, date de la décision initiale prise par l'Office français de l'immigration et de l'intégration et au 18 février 2021, date de sa décision prise sur recours gracieux. Par suite, le moyen tiré de ce que l'Office français de l'immigration et de l'intégration a commis une erreur de fait concernant l'emploi de M. C et de M. A doit être écarté.

4. Sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir soulevée par la défense et tirée de l'irrecevabilité de la requête concernant la décision du 14 janvier 2021, il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter les conclusions à fin d'annulation présentées par la SARL Food Corner.

Sur les conclusions aux fins de décharge et de réduction des contributions exigées :

5. Selon l'article L. 8253-1 du code du travail : " Sans préjudice des poursuites judiciaires pouvant être intentées à son encontre, l'employeur qui a employé un travailleur étranger en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 acquitte, pour chaque travailleur étranger non autorisé à travailler, une contribution spéciale. Le montant de cette contribution spéciale est déterminé dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat. Il est, au plus, égal à 5 000 fois le taux horaire du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12. Ce montant peut être minoré en cas de non-cumul d'infractions ou en cas de paiement spontané par l'employeur des salaires et indemnités dus au salarié étranger non autorisé à travailler mentionné à l'article R. 8252-6. Il est alors, au plus, égal à 2 000 fois ce même taux. Il peut être majoré en cas de réitération et est alors, au plus, égal à 15 000 fois ce même taux. / L'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de constater et fixer le montant de cette contribution pour le compte de l'Etat selon des modalités définies par convention () ". Aux termes de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sans préjudice des poursuites judiciaires qui pourront être engagées à son encontre et de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail, l'employeur qui aura occupé un travailleur étranger en situation de séjour irrégulier acquittera une contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine. / () ".

6. Pour les mêmes motifs que ceux exposés dans le point 3, il y a lieu d'écarter les conclusions tendant à décharger la SARL Food Corner de l'obligation de payer les sommes notifiées dans les décisions attaquées au titre de la contribution spéciale mentionnée à l'article L. 8253-1 du code du travail et au titre de la contribution forfaitaire mentionnée à l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que celles tendant, à titre subsidiaire, à la réduction du taux de la contribution spéciale.

Sur les frais liés au litige :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative s'opposent à ce qu'il soit fait droit aux conclusions de la SARL Food Corner présentées sur leur fondement.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SARL Food Corner est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Food Corner et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 13 avril 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Rouault-Chalier, présidente,

Mme Bernard, première conseillère,

M. Nehring, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 mai 2023.

La rapporteure,

Pauline B

La présidente,

Patricia ROUAULT-CHALIER

La greffière,

Agnès BRAUD

La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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