mardi 30 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2101634 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | MONICAULT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 5 mai 2021 et le 13 janvier 2023, M. C B, représenté par Me Monicault, doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) à titre principal, d'annuler le titre de perception d'un montant de 4 844 euros émis à son encontre par le directeur général des finances publiques d'Auvergne Rhône-Alpes le 16 octobre 2020 d'un montant de 4 844 euros correspondant à un indu de pension militaire de retraite au titre de la période du 13 juillet 2010 au 30 juin 2020, ensemble la décision du 15 mars 2021 par laquelle le directeur du service des retraites de l'Etat a rejeté sa réclamation préalable dirigée contre ce titre ;
2°) de le décharger de son obligation de payer et de lui rembourser l'intégralité de la somme recouvrée en vertu du titre ;
3°) à titre subsidiaire, de condamner l'Etat à lui rembourser le surplus de cotisations d'impôt sur le revenu acquitté du fait de la perception indue de la pension militaire au cours de la période considérée et d'ordonner la compensation entre cette somme et la dette visée par le titre ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le titre attaqué omet de faire mention de la signature de son auteur en méconnaissance des dispositions de l'article 4 de la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000 ;
- le titre, qui émane d'un responsable des recettes et non d'un comptable public, est entaché d'un vice d'incompétence au regard des dispositions de l'article L. 242 A du livre des procédures fiscales ;
- le titre est entaché d'une erreur de droit, dès lors que la créance qu'il vise est atteinte par la prescription visée à l'article L. 93 du code des pensions civiles et militaires de retraite au titre de la période antérieure au 1er janvier 2017 ;
- à titre subsidiaire, la répétition des pensions militaires indument perçues fonde son droit à remboursement du surplus de cotisations d'impôt sur le revenu acquitté à ce titre.
Par un mémoire enregistré le 27 juillet 2021, le ministre de l'économie, des finances et de la relance conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Le directeur régional des finances publiques d'Auvergne Rhône-Alpes à qui la procédure a été communiquée le 25 avril 2023, n'a pas produit d'observations.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des pensions civiles et militaires de retraite ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code civil ;
- la loi n° 2010-1658 du 29 décembre 2010 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Joos,
- et les conclusions de Mme Best-De Gand, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C B, recruté par le ministère de la défense en tant que gendarme a été mis à la retraite pour invalidité et s'est vu concéder une pension militaire de retraite à effet au 1er janvier 2008 par un arrêté du 31 décembre 2007. Il a ensuite souscrit un contrat d'engagement dans la gendarmerie nationale à compter du 13 juillet 2010, puis a été intégré comme sous-officier de carrière à compter du 17 juin 2013. Par un courrier du 3 juillet 2020, le directeur du service des retraites de l'Etat l'a informé de l'existence d'un indu de pension militaire de retraite perçu entre le 13 juillet 2010 et le 16 octobre 2020. Un titre de perception d'un montant de 4 844 euros a été émis à son encontre par le directeur régional des finances publiques d'Auvergne Rhône-Alpes. La réclamation préalable présentée par l'intéressé à l'encontre de ce titre a été rejetée par une décision du directeur du service des retraites de l'Etat du 15 mars 2021. Par sa requête, M. B doit être regardé comme demandant l'annulation du titre et de la décision ayant rejeté sa réclamation préalable, la décharge de son obligation de payer visée par le titre, ainsi que le remboursement de l'intégralité de la somme recouvrée.
Sur les conclusions aux fins d'annulation du titre de perception et de la décision de rejet de la réclamation préalable :
2. L'annulation d'un titre exécutoire pour un motif de régularité en la forme n'implique pas nécessairement, compte tenu de la possibilité d'une régularisation par l'administration, l'extinction de la créance litigieuse, à la différence d'une annulation prononcée pour un motif mettant en cause le bien-fondé du titre.
3. Il en résulte que, lorsque le requérant choisit de présenter, outre des conclusions tendant à l'annulation d'un titre exécutoire, des conclusions à fin de décharge de la somme correspondant à la créance de l'administration, il incombe au juge administratif d'examiner prioritairement les moyens mettant en cause le bien-fondé du titre qui seraient de nature, étant fondés, à justifier le prononcé de la décharge.
En ce qui concerne le bien-fondé du titre de perception :
4. D'une part, aux termes de l'article L. 93 du code des pensions civiles et militaires de retraite : " Sauf le cas de fraude, omission, déclaration inexacte ou de mauvaise foi de la part du bénéficiaire, la restitution des sommes payées indûment au titre des pensions, de leurs accessoires ou d'avances provisoires sur pensions, attribués en application des dispositions du présent code, ne peut être exigée que pour celles de ces sommes correspondant aux arrérages afférents à l'année au cours de laquelle le trop-perçu a été constaté et aux trois années antérieures ".
5. Il résulte de l'instruction que la perception par M. B, entre le 13 juillet 2010 et le 16 octobre 2020, de sa pension militaire de retraite est consécutive à une absence de déclaration de sa part auprès du service des retraites de l'Etat et alors qu'il s'y était formellement engagé aux termes de sa déclaration pour la mise en paiement de la pension de retraite en date du 1er février 2008, du changement intervenu à la suite de sa reprise d'activité rémunérée au sein de la gendarmerie nationale à compter du 13 juillet 2010. Or, il résulte des dispositions précitées que, même si elle ne révélait aucune intention frauduleuse ou mauvaise foi, l'absence de déclaration auprès de l'administration d'un changement de situation constitue une omission qui fait obstacle à l'application de la prescription prévue par l'article L. 93 du code des pensions civiles et militaires de retraite. Dans ces conditions, alors même que les pensions litigieuses ont toujours été régulièrement déclarées à l'administration fiscale, la prescription de l'article L. 93 du code des pensions civiles et militaires de retraite est inapplicable à la situation de M. B.
6. D'autre part, en vertu de l'article 2224 du code civil, dans sa rédaction issue de la loi du 17 juin 2008 portant réforme de la prescription en matière civile, dont le débiteur peut invoquer le bénéfice s'il ne peut se prévaloir de la prescription de l'article L. 93 du code des pensions civiles et militaires de retraite, les actions personnelles ou mobilières se prescrivent par cinq ans à compter du jour où le titulaire d'un droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant de l'exercer.
7. Il résulte de l'instruction que le service des retraites de l'Etat a été informé au plus tôt du changement de situation de M. B le 23 août 2019, date à laquelle le secrétariat général pour l'administration de la police d'Orléans l'a informé de l'activité exercée par le requérant dans la gendarmerie nationale à Saint-Amand-Montrond. Si le requérant soutient que le service bénéficiait d'une connaissance antérieure de son changement de situation, il ne l'établit pas en se bornant à produire deux courriers de l'administration du 23 janvier 2018 et du 23 janvier 2019 expédiés au lieu du logement de fonction qu'il occupe depuis le 16 octobre 2016 visant, sans autre élément d'identification, l'adresse " Appt 01, Bât C, 19 rue Benjamin Constant 18200 St Amand Morond ". Il suit de là que l'administration n'a pu avoir connaissance des faits lui permettant d'exercer son action avant le 23 août 2019, date à compter de laquelle elle disposait d'un délai de cinq ans pour demander le reversement du trop-perçu de pension. Par suite, l'action engagée par le directeur du service des retraites de l'Etat n'était pas prescrite à la date d'émission du titre attaqué. Le moyen pris dans sa seconde branche doit donc également être écarté.
En ce qui concerne la régularité du titre de perception :
8. Aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci () ". Le V de l'article 55 de la loi du 29 décembre 2010 de finances rectificative pour 2010 prévoit que pour l'application de ces dispositions : " aux titres de perception délivrés par l'Etat en application de l'article L. 252 A du livre des procédures fiscales, afférents aux créances de l'Etat ou à celles qu'il est chargé de recouvrer pour le compte de tiers, la signature figure sur un état revêtu de la formule exécutoire, produit en cas de contestation ".
9. Il résulte de ces dispositions, d'une part, que le titre de perception individuel délivré par l'Etat doit mentionner les nom, prénom et qualité de l'auteur de cette décision, et d'autre part, qu'il appartient à l'autorité administrative de justifier, en cas de contestation, que l'état revêtu de la formule exécutoire comporte la signature de cet auteur.
10. Le titre de perception en litige émis le 16 octobre 2020, qui n'est pas signé, indique que son auteur est l'ordonnateur de ce titre, à savoir Mme A D, en qualité de responsable des recettes. Alors que cette absence de signature est opposée par M. B, l'administration ne produit pas l'état revêtu de la formule exécutoire comportant la signature de son auteur. Par suite, M. B est fondé à soutenir que le titre litigieux méconnaît les dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration.
11. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête se rapportant à la régularité du titre, que le titre de perception émis à l'encontre de M. B le 16 octobre 2020, ainsi que, par voie de conséquence, la décision du 15 mars 2021, par laquelle le directeur du service des retraites de l'Etat a rejeté la réclamation préalable présentée à l'encontre de ce titre, doivent être annulés.
Sur les conclusions aux fins de décharge de l'obligation de payer et de remboursement des sommes recouvrées :
12. L'annulation du titre de perception du 16 octobre 2020 résultant seulement d'un vice de forme, elle n'implique pas nécessairement, aucun des autres moyens invoqués n'étant susceptibles de la fonder, que M. B soit déchargé de l'obligation de payer la somme dont le titre l'a constituée débitrice. Par suite, ses conclusions à fin de décharge et, par voie de conséquence, ses conclusions à fin de remboursement des sommes recouvrées en vertu de ce titre, doivent être rejetées.
Sur les conclusions indemnitaires tendant au remboursement du surplus de cotisations d'impôts sur le revenu acquitté au titre de la perception des pensions indues en litige :
13. Eu égard à ce qui a été dit aux points 6 et 7, le service des retraites de l'Etat n'a commis aucune illégalité fautive de nature à engager sa responsabilité. Il s'ensuit que les conclusions indemnitaires présentées par M. B en réparation d'un préjudice financier correspondant à un surplus de cotisations d'impôt sur le revenu acquitté au titre de pensions indues doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
14. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par M. B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Le titre de perception émis le 16 octobre 2020 par le directeur régional des finances publiques d'Auvergne Rhône-Alpes est annulé.
Article 2 : La décision du 15 mars 2021 par laquelle le directeur du service des retraites de l'Etat a rejeté la réclamation présentée par M. B est annulée.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.
Copie en sera adressée, pour information, au directeur régional des finances publiques d'Auvergne Rhône-Alpes.
Délibéré après l'audience du 9 mai 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,
Mme Defranc-Dousset, première conseillère,
M. Joos, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2023.
Le rapporteur,
Emmanuel JOOS
La présidente,
Anne LEFEBVRE-SOPPELSA
La greffière,
Sarah LEROY
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026