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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2101716

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2101716

vendredi 17 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2101716
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJuge unique 3ème chambre
Avocat requérantSELARL BOURDIN AVOCAT CONSEIL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 mai 2021, la société par actions simplifiées (SAS) Tera 28, représentée par la SELARL Bourdin avocat conseil, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge de la cotisation de taxe foncière sur les propriétés bâties à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2019 dans les rôles de la commune de Lucé (Eure-et-Loir) ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa réclamation du 29 avril 2020 n'était pas tardive dès lors qu'elle avait jusqu'au 31 décembre 2020 pour présenter une réclamation et non jusqu'au 31 décembre 2019 comme indiqué à tort par l'administration dans sa décision de rejet, le délai spécial de réclamation prévu à l'article R. 196-5 du livre des procédures fiscales ne pouvant avoir pour effet de neutraliser les effets de l'article R. 196-2 du même livre ;

- elle remplit toutes les conditions du I de l'article 1389 du code général des impôts :

* en application de la doctrine fiscale (réponse ministérielle Bécot, n° 5908, du 22 mai 2003 et réponse ministérielle Deroche, n° 1040, du 19 février 2005) selon laquelle les locaux donnés en location pour les besoins de l'activité commerciale et industrielle d'un locataire préalablement à l'arrêt de son exploitation sont éligibles au dispositif de l'article 1389 du code général des impôts, elle a donné en location à la société Dangexpress les locaux pour les besoins de son activité de transport de matières dangereuses avec les matériels d'exploitation ;

* l'inexploitation est indépendante de sa volonté : les actionnaires de la société Dangexpress à l'issue du bail de trois ans ont décidé de transférer l'activité dans le Gard et malgré ses efforts, l'immeuble est toujours vacant ;

* la vacance a une durée au moins égale à trois mois et affecte la totalité de l'immeuble.

Par un mémoire enregistré le 21 octobre 2021, le directeur régional des finances publiques du Centre-Val de Loire et du département du Loiret conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- si la réclamation initiale du 29 avril 2020 n'était pas hors délai, la réclamation du 19 janvier 2021 en revanche est tardive, le délai de réclamation expirant le 31 décembre 2020 ; par ailleurs, en l'absence de preuve de la date de réception de la décision de rejet du 30 novembre 2020, la requête est recevable ;

- la condition d'inexploitation de l'immeuble par le contribuable lui-même n'est pas remplie ;

- la société requérante n'établit pas qu'elle louait les locaux en cause munis de l'ensemble du matériel nécessaire à l'exploitation de la société locataire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme A pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- et les conclusions de Mme Doisneau-Herry, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Il résulte de l'instruction que la SAS Tera 28 a acquis, le 3 juin 2015, un immeuble à usage industriel situé 9 rue des Tourneballets à Lucé (Eure-et-Loir), qu'elle a donné à bail à la société Dangexpress pour une durée de trois ans, non reconductible, à compter du 1er juillet 2015. La société, qui a été assujettie à la taxe foncière sur les propriétés bâties au titre de l'année 2019 pour un montant de 9 113 euros à raison de ce local, en a demandé le dégrèvement par courrier du 28 avril 2020, du fait de la vacance de l'immeuble depuis la fin du bail le 30 juin 2018. L'administration a rejeté sa demande par une décision du 30 novembre 2020 aux motifs que la réclamation était tardive, que l'établissement n'était pas utilisé par la société elle-même et que celle-ci ne démontrait pas qu'il était loué avec tout le matériel nécessaire à son exploitation. La société a présenté une nouvelle réclamation par courrier du 19 janvier 2021, qui a également été rejetée le 17 mars 2021. La société Tera 28 demande la décharge de cette imposition.

Sur l'application de la loi fiscale :

2. Aux termes de l'article 1389 du code général des impôts : " I. - Les contribuables peuvent obtenir le dégrèvement de la taxe foncière en cas de vacance d'une maison normalement destinée à la location ou d'inexploitation d'un immeuble utilisé par le contribuable lui-même à usage commercial ou industriel, à partir du premier jour du mois suivant celui du début de la vacance ou de l'inexploitation jusqu'au dernier jour du mois au cours duquel la vacance ou l'inexploitation a pris fin. Le dégrèvement est subordonné à la triple condition que la vacance ou l'inexploitation soit indépendante de la volonté du contribuable, qu'elle ait une durée de trois mois au moins et qu'elle affecte soit la totalité de l'immeuble, soit une partie susceptible de location ou d'exploitation séparée () ".

3. Le dégrèvement prévu par ces dispositions en cas d'inexploitation d'un immeuble à usage commercial ou industriel est expressément subordonné par cet article à la condition que ce bâtiment ait été utilisé par le propriétaire de l'immeuble dans le cadre de son activité industrielle ou commerciale. Un immeuble à usage industriel ou commercial donné en location par un contribuable, propriétaire de cet immeuble, ne saurait être regardé comme utilisé par le contribuable lui-même. Il suit de là que la société Tera 28 ne peut prétendre, sur le fondement du I de l'article 1389 du code général des impôts, au bénéfice de l'exonération qu'il prévoit, pour les locaux en litige, dès lors qu'il est constant qu'elle les avait donnés en location à la société Dangexpress antérieurement à leur inexploitation et ne les utilisaient donc pas elle-même.

Sur l'interprétation administrative de la loi fiscale :

4. Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales : " Lorsque le redevable a appliqué un texte fiscal selon l'interprétation que l'administration avait fait connaître par ses instructions ou circulaires publiées et qu'elle n'avait pas rapportée à la date des opérations en cause, elle ne peut poursuivre aucun rehaussement en soutenant une interprétation différente () ". Lorsque le contribuable invoque, sur le fondement de ces dispositions, l'interprétation d'un texte fiscal que l'administration a fait connaître par des instructions ou circulaires publiées aucune imposition, même primitive, qui serait contraire à cette interprétation, ne peut être établie. Toutefois, le refus de dégrèvement de la taxe foncière sur les propriétés bâties en cas de vacance ou d'inexploitation, dont tout contribuable peut demander à bénéficier en application des dispositions précitées du I de l'article 1389 du code général des impôts, ne constitue pas un rehaussement des impositions initialement mises à sa charge.

5. Il s'en suit que la SAS Tera 28 ne peut utilement invoquer le bénéfice des réponses ministérielles Bécot du 22 mai 2003 et Deroche, n° 1040, du 19 février 2005, reprises au paragraphe 60 du BOI-IF-TFB-50-20-30 publié le 6 juillet 2016, qui précise que le contribuable peut obtenir le dégrèvement en cas d'inexploitation d'un immeuble à usage commercial ou industriel dont il est propriétaire dès lors que, avant l'arrêt de l'exploitation, il donnait en location ces locaux munis du matériel nécessaire à leur exploitation.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir tirée du caractère tardif de la réclamation du 19 janvier 2021, que la SAS Tera 28 n'est pas fondée à demander la décharge de la cotisation de taxe foncière sur les propriétés bâties auxquelles elle a été assujettie au titre de l'année 2019.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SAS Tera 28 est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Tera 28 et à la directrice régionale des finances publiques du Centre-Val de Loire et du département du Loiret.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 novembre 2023.

.

La magistrate désignée,

Hélène A

Le greffier,

Alexandre HELLOT

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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