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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2101773

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2101773

jeudi 21 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2101773
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantDESMARS BELONCLE CABIOCH BARZ "DBCB"

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 mai 2021, Mme A B, représentée par Me Cabioch, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 12 janvier 2021 de la préfète d'Indre-et-Loire portant rejet de sa demande de délivrance d'un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre à la préfète d'Indre-et-Loire de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement dans les mêmes conditions d'astreinte ; à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision contestée est insuffisamment motivée en droit et en fait ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation familiale ;

- elle viole les dispositions des articles L. 313-11 7° et L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 juin 2021, la préfète d'Indre-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 avril 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapporteur public, autorisé par Mme Rouault-Chalier, présidente de la formation de jugement, a été dispensé, sur sa proposition, d'avoir à prononcer des conclusions.

Le rapport de Mme Palis De Koninck a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, née le 5 novembre 1987, de nationalité gabonaise, est entrée pour la dernière fois en France le 22 décembre 2018. Elle a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile le 18 mars 2019. Sa demande a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 28 juin 2019 puis par la Cour nationale du droit d'asile le 13 décembre 2019. Elle a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 4 avril 2020. Le 21 juillet 2020, Mme B a sollicité auprès de la préfecture d'Indre-et-Loire son admission au séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 313-11 7° et L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une décision 12 janvier 2021, la préfète d'Indre-et-Loire a refusé de faire droit à sa demande. Par sa requête ci-dessus analysée, l'intéressée demande l'annulation de cette dernière décision.

2. En premier lieu, la décision attaquée rappelle l'obligation de quitter le territoire français prise à l'encontre de Mme B le 4 avril 2020 à la suite du rejet de sa demande d'asile. Elle mentionne que sa situation a été examinée au regard de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et en application des articles L. 313-11,7° et L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indique les raisons pour lesquelles la préfète d'Indre-et-Loire a décidé de refuser la délivrance d'un titre de séjour. Ces indications, qui ont permis à Mme B de comprendre et de contester la décision prise à son encontre, étaient dès lors suffisantes. Par suite, le moyen tiré de la motivation insuffisante de la décision contestée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier ni des termes de la décision attaquée que la préfète d'Indre-et-Loire n'aurait pas procédé à un examen complet de la situation de Mme B.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable au présent litige : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : / 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 311-7 soit exigée/ () ". Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. Si la requérante, qui est célibataire et sans enfant, soutient qu'elle a tissé des liens sur le territoire français et qu'elle fait des efforts pour s'y intégrer, notamment par le travail, elle ne justifie, cependant, d'aucune relation ancienne, stable et durable sur le territoire ni même d'ailleurs de l'existence de relations avec son frère et sa sœur, titulaires de titres de séjour. L'attestation établie par son frère se borne à préciser qu'il apporte une aide financière à Mme B. Par ailleurs, l'intéressée ne conteste pas ne pas être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident ses parents et ses autres frères et sœurs et où elle-même a vécu jusqu'à l'âge de trente-et-un ans. Le moyen est, dès lors, écarté.

6. Aux termes de l'article L. 313-14 du même code applicable à la date de la décision attaquée : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article

L. 313-2. () ".

7. Pour établir la méconnaissance des dispositions précitées et l'erreur manifeste d'appréciation dont serait entachée la décision de refus de titre de séjour, la requérante met en avant la circonstance qu'elle a fait ses études en France, qu'elle est intégrée et cherche activement du travail et que, compte tenu de l'engagement politique de son père, elle craint d'être la cible d'opposants. Toutefois, les pièces produites par Mme B concernent l'engagement de son père et le contexte politique du Gabon. Elles n'établissent nullement que l'intéressée pourrait craindre des représailles en cas de retour dans son pays d'origine. Dans ces conditions, la requérante, qui se borne à invoquer son intégration par le biais notamment de son activité bénévole, ne justifie d'aucune circonstance exceptionnelle ou humanitaire justifiant la délivrance d'un titre de séjour en application des dispositions précitées de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour et ne démontre nullement l'erreur manifeste d'appréciation dont serait entachée la décision de refus de séjour. Les moyens tirés d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation doivent, par suite, être écartés.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté de la préfète d'Indre-et-Loire du 12 janvier 2021 présentées par Mme B doivent être rejetées ainsi que, ensemble et par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet d'Indre-et-Loire.

Délibéré après l'audience du 7 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Rouault-Chalier, présidente,

Mme Palis De Koninck, première conseillère,

Mme Bernard, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 septembre 2023.

La rapporteure,

Mélanie PALIS DE KONINCK

La présidente,

Patricia ROUAULT-CHALIER La greffière,

Agnès BRAUD

La République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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