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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2101849

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2101849

vendredi 8 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2101849
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantBAKER & MCKENZIE AARPI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 20 mai 2021 et le 27 juillet 2022, la société civile immobilière (SCI) Flandres Dunkerque, représentée par l'AARPI Baker et Mc Kenzie, avocats, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) de prononcer la décharge de la cotisation de taxe d'enlèvement des ordures ménagères à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2019 à raison des locaux commerciaux dont elle est propriétaire situés 485 rue Flandres Dunkerque à Olivet (Loiret) ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le taux de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères (TEOM) voté au titre de l'année en litige par délibération de la métropole Orléans Métropole, dont elle invoque l'illégalité par voie d'exception, est manifestement disproportionné au regard des dépenses supportées pour la collecte et le traitement des déchets ;

- dans le cas où une redevance spéciale pour la collecte et le traitement des déchets non ménagers est instituée, le produit de cette redevance doit financer en totalité l'élimination des déchets non ménagers sans que celle-ci puisse être financée par la taxe d'enlèvement des ordures ménagères ;

- la taxe d'enlèvement des ordures ménagères a vocation à financer alternativement les dépenses de fonctionnement au titre des dotations aux amortissements des immobilisations et les dépenses réelles d'investissement lorsque la taxe litigieuse n'a pas pourvu aux dotations aux amortissements ; en l'espèce, dès lors que des dépenses d'ordre de fonctionnement au titre des dotations aux amortissements des immobilisations apparaissent dans l'état de la répartition de la TEOM du budget primitif 2019 de la métropole pour un montant de 1 700 000 euros, il convient de prendre en compte au titre des dépenses du service, outre les dépenses réelles de fonctionnement, uniquement les dotations aux amortissements des immobilisations à l'exclusion des dépenses réelles d'investissement et c'est à tort que l'administration fiscale exclut du coût du service de collecte et de traitement des déchets, les dotations aux amortissement des immobilisations pour tenir compte des dépenses réelles d'investissement.

Par un mémoire enregistré le 15 juillet 2021, la métropole Orléans Métropole s'en remet aux écritures qui seront déposées par la direction régionale des finances publiques du Centre-Val de Loire et du département du Loiret.

Par des mémoires enregistrés le 17 novembre 2021 et le 14 octobre 2022, le directeur régional des finances publiques du Centre-Val de Loire et du département du Loiret conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- le mode de calcul proposé par la société requérante excluant des recettes réelles de fonctionnement la redevance spéciale et le prix de l'abonnement de cette redevance ne peut être retenu ; il convient au juge de l'impôt de rechercher si le produit de la taxe, tel qu'estimé à la date du vote de la délibération, n'est pas manifestement disproportionné par rapport au coût du service afférent à l'ensemble des déchets, ménagers et non ménagers ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés, l'excédent de financement de 0,074 % pour 2019 étant inférieur au taux maximal de 15 %.

Par un mémoire enregistré le 18 août 2023, la métropole Orléans Métropole doit être regardée comme concluant au rejet de la requête.

Elle soutient que si aucun calcul détaillé ayant permis de fixer le montant attendu de la taxe en litige et le taux de ladite taxe ne peut être fourni, le montant prévisionnel arrêté dans le budget primitif se justifie en grande partie par l'accroissement démographique, soutenu et exponentiel, que connaît la métropole d'Orléans depuis 2015 et par la nécessité d'anticiper notamment le développement du service de ramassage des déchets ménagers.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Lardennois,

- et les conclusions de Mme Doisneau-Herry, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La société civile immobilière (SCI) Flandres Dunkerque est propriétaire de locaux commerciaux situés 485 rue Flandres Dunkerque à Olivet (Loiret). Par la présente requête, dans le dernier état de ses écritures, elle demande au tribunal de prononcer la décharge de la cotisation de taxe d'enlèvement des ordures ménagères à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2019 à raison de ces locaux.

Sur les conclusions à fin de décharge :

2. Aux termes du I de l'article 1520 du code général des impôts : " Les communes qui assurent au moins la collecte des déchets des ménages peuvent instituer une taxe destinée à pourvoir aux dépenses du service de collecte et de traitement des déchets ménagers et des déchets mentionnés à l'article L. 2224-14 du code général des collectivités territoriales ainsi qu'aux dépenses directement liées à la définition et aux évaluations du programme local de prévention des déchets ménagers et assimilés mentionné à l'article L. 541-15-1 du code de l'environnement, dans la mesure où celles-ci ne sont pas couvertes par des recettes ordinaires n'ayant pas le caractère fiscal. / Les dépenses du service de collecte et de traitement des déchets mentionnées au premier alinéa du présent I comprennent : / 1° Les dépenses réelles de fonctionnement ; / 2° Les dépenses d'ordre de fonctionnement au titre des dotations aux amortissements des immobilisations lorsque, pour un investissement, la taxe n'a pas pourvu aux dépenses réelles d'investissement correspondantes, au titre de la même année ou d'une année antérieure ; / 3° Les dépenses réelles d'investissement lorsque, pour un investissement, la taxe n'a pas pourvu aux dépenses d'ordre de fonctionnement constituées des dotations aux amortissements des immobilisations correspondantes, au titre de la même année ou d'une année antérieure () ".

3. La taxe d'enlèvement des ordures ménagères susceptible d'être instituée sur le fondement de ces dispositions n'a pas le caractère d'un prélèvement opéré sur les contribuables en vue de pourvoir à l'ensemble des dépenses budgétaires, mais a exclusivement pour objet de couvrir les dépenses exposées par la commune ou l'établissement public compétent pour assurer l'enlèvement et le traitement des ordures ménagères et des déchets mentionnés à l'article L. 2224-14 du code général des collectivités territoriales et non couvertes par des recettes non fiscales affectées à ces opérations. Il s'ensuit que le produit de cette taxe et, par voie de conséquence, son taux, ne doivent pas être manifestement disproportionnés par rapport au montant des dépenses exposées pour la collecte et le traitement des déchets ménagers comme des déchets non ménagers, déduction faite du montant des recettes non fiscales de la section de fonctionnement, telles qu'elles sont définies par les articles L. 2331-2 et L. 2331-4 du même code, relatives à ces opérations incluant le cas échéant le produit de la redevance spéciale.

4. Pour apprécier la légalité d'une délibération fixant le taux de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères, il appartient au juge de l'impôt, en se référant prioritairement aux extraits de budgets primitifs des communes ou des établissements publics délégataires de la mission de service public produits par les parties ou obtenus par mesure d'instruction, et, à défaut, aux éléments de budgets établis à l'issue de l'année en litige, d'évaluer dans un premier temps les dépenses réelles de fonctionnement du service d'enlèvement et de traitement des ordures ménagères et des déchets non ménagers. Ces dépenses sont constituées de la somme, telle qu'elle peut être estimée à la date du vote de la délibération fixant le taux de la taxe, de toutes les dépenses de fonctionnement réelles exposées pour le service public de collecte et de traitement des déchets ménagers et des déchets mentionnés à l'article L. 2224-14 du code général des collectivités territoriales, des dotations aux amortissements des immobilisations qui lui sont affectées, dès lors que ces immobilisations n'ont elles-mêmes pas été financées par le produit de la taxe, et des dépenses réelles d'investissement n'ayant pas donné lieu à amortissements financés par le produit de la taxe. Si doivent être exclues de ces dépenses les charges exceptionnelles, qui n'ont pas de caractère récurrent et ne relèvent par suite pas des dépenses réelles de fonctionnement et d'investissement exposées pour le service public, peuvent en revanche être incluses les dépenses correspondant à une quote-part du coût des directions ou services transversaux centraux de la collectivité, calculée au moyen d'une comptabilité analytique permettant, par différentes clés de répartition, d'identifier avec suffisamment de précision les dépenses qui, parmi celles liées à l'administration générale de la collectivité, peuvent être regardées comme ayant été directement exposées pour le service public de collecte et de traitement des déchets ménagers et des déchets mentionnés à l'article L. 2224-14 du code général des collectivités territoriales. Dans un deuxième temps, il y a lieu d'en soustraire les recettes non fiscales de la section de fonctionnement définies par les articles L. 2331-2 et L. 2331-4 du code général des collectivités territoriales, dont sont notamment exclus les produits exceptionnels, les atténuations de charges, les produits de cessions d'immobilisations, le report de résultat de l'exercice de l'année précédente et les subventions d'équilibre en provenance du budget général. Enfin, il appartient au juge de l'impôt de comparer le montant ainsi obtenu avec celui du produit attendu de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères afin de vérifier s'il existe un écart avec le taux au-delà duquel une disproportion doit être regardée comme manifeste.

5. La société requérante soulève, par voie d'exception, l'illégalité de la délibération par laquelle la métropole Orléans Métropole a fixé à 8,73 % le taux de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères au titre de l'année 2019 en raison du caractère manifestement excessif de ce taux.

6. Par une mesure d'instruction, il a été demandé à la métropole d'Orléans de verser au dossier le calcul détaillé ayant permis de fixer le montant attendu et le taux de la taxe litigieuse en précisant quels investissements ont été pris en compte pour calculer ce taux et, pour chacun d'eux, s'il était pris en compte sous la forme de la dépense réelle d'investissement ou de la dotation aux amortissements. En se bornant en réponse à indiquer qu'elle ne peut fournir aucun calcul précis ayant permis de fixer le montant attendu et le taux de la taxe litigieuse et que le montant de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères arrêté dans le budget primitif " se justifie en grande partie par l'accroissement démographique, soutenu et exponentiel, que connaît la métropole d'Orléans depuis 2015 " et qu'elle a donc dû fixer un montant de taxe élevé " pour anticiper notamment le développement du service de ramassage des déchets ménagers ", la métropole d'Orléans prive le contribuable de la possibilité de contester utilement la délibération ayant fixé ce taux et ne met pas à même le juge de l'impôt d'exercer son office en contrôlant son caractère non manifestement disproportionné.

7. Pour ces motifs, dès lors qu'aucun élément du budget primitif ni du rapport de présentation ne permet de déterminer exactement quel investissement est pris en compte pour calculer le taux de la taxe, s'il est pris en compte sous la forme de la dépense réelle d'investissement ou de la dotation aux amortissements et si la taxe n'a pas déjà pourvu respectivement aux dépenses d'ordre de fonctionnement constituées des dotations aux amortissements des immobilisations correspondantes ou aux dépenses réelles d'investissement correspondantes, au titre de la même année ou d'une année antérieure, la délibération de la métropole Orléans Métropole fixant le taux de la taxe litigieuse doit être regardée comme étant intervenue en méconnaissance des dispositions de l'article 1520 du code général des impôts et la société requérante est fondée à solliciter la décharge de la cotisation de taxe d'enlèvement des ordures ménagères à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2019.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

8. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 3 000 euros demandé en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La SCI Flandres Dunkerque est déchargée de la cotisation de taxe d'enlèvement des ordures ménagères à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2019.

Article 2 : Les conclusions de la requête sont rejetées pour le surplus.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société civile immobilière Flandres Dunkerque, à la directrice régionale des finances publiques du Centre-Val de Loire et du département du Loiret et à la métropole Orléans Métropole.

Délibéré après l'audience du 17 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Dorlencourt, président,

Mme Le Toullec, première conseillère,

M. Lardennois, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 décembre 2023.

Le rapporteur,

Stéphane LARDENNOIS

Le président,

Frédéric DORLENCOURT

La greffière,

Isabelle METEAU

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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