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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2101895

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2101895

mardi 24 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2101895
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1ère chambre
Avocat requérantAARPI MARGERIE REINE CORDIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 26 mai 2021, le 2 novembre 2021 et le 14 avril 2022, la société B. Braun Medical, représentée par Me Nigri, demande au tribunal :

1°) d'annuler ou à défaut de résilier le marché public conclu entre le groupement de coopération sanitaire (GCS) " Achats du Centre " et la société Frésénius Kabi France relatif au lot n°12 " mélange nutrition parentérale ternaire voie centrale hyperazote (B05BA10) " ;

2°) de mettre à la charge du GCS " Achats du Centre " une somme de 6 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le contrat a été signé avant l'expiration du délai de onze jours courant entre la date de notification à la société B Braun Medical du rejet de son offre et la conclusion du marché en méconnaissance de l'article R. 2182-1 du code de la commande publique ;

- les notes attribuées aux trois sous-critères du critère 1 " intérêt technique et thérapeutique " sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation.

Par des mémoires enregistrés le 13 septembre 2021 et le 11 avril 2022, le GCS " Achats Du Centre ", représenté par Me Reine, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la société B. Braun Medical une somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la notation des offres n'est entachée d'aucune irrégularité ;

- dans l'éventualité où le tribunal regarderait la notation des offres comme entachée d'irrégularité, il conviendrait de résilier le marché avec effet différé.

Par un mémoire enregistré le 1er avril 2022, la société Frésénius Kabi France, représentée par Me Apelbaum, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la société B. Braun Medical une somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par ordonnance du 18 août 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 18 septembre 2023 à 12h00.

A la suite d'une demande du tribunal, le GCS " Achats du Centre " et la société B. Braun Medical ont produit le 22 septembre 2023 des pièces complémentaires pour compléter l'instruction.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des marchés publics ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Best-De Gand,

- les conclusions de M. Joos, rapporteur public,

- et les observations de Me Reine, représentant le GCS " Achats du Centre ".

Considérant ce qui suit :

1. Par un avis d'appel à la concurrence en date du 24 décembre 2020, le groupement de coopération sanitaire (GCS) " Achats du Centre " a lancé un appel d'offres portant sur la fourniture de produits pharmaceutiques : médicaments et solutés versables. Par lettre du 4 mars 2021, le GCS a informé la société B. Braun Medical du rejet de l'offre qu'elle avait présentée relativement au lot n°12 " mélange nutrition parentérale ternaire voie centrale hyperazote " avec une note de 16,34 sur 20 et de ce que l'offre de la société Frésénius Kabi France avait été retenue pour ce même lot avec une note de 18,34 sur 20. Par sa requête, la société B. Braun Medical demande l'annulation ou à défaut la résiliation du marché signé entre le GCS " Achats du Centre " et la société Frésénius Kabi France.

Sur les conclusions en contestation de la validité du marché :

2. Indépendamment des actions dont disposent les parties à un contrat administratif et des actions ouvertes devant le juge de l'excès de pouvoir contre les clauses réglementaires d'un contrat ou devant le juge du référé contractuel sur le fondement des articles L. 551-13 et suivants du code de justice administrative, tout tiers à un contrat administratif susceptible d'être lésé dans ses intérêts de façon suffisamment directe et certaine par sa passation ou ses clauses est recevable à former devant le juge du contrat un recours de pleine juridiction contestant la validité du contrat ou de certaines de ses clauses non réglementaires qui en sont divisibles.

3. Saisi ainsi par un tiers, dans les conditions définies ci-dessus, de conclusions contestant la validité du contrat ou de certaines de ses clauses, il appartient au juge du contrat, après avoir vérifié que l'auteur du recours autre que le représentant de l'Etat dans le département ou qu'un membre de l'organe délibérant de la collectivité territoriale ou du groupement de collectivités territoriales concerné se prévaut d'un intérêt susceptible d'être lésé de façon suffisamment directe et certaine et que les irrégularités qu'il critique sont de celles qu'il peut utilement invoquer, lorsqu'il constate l'existence de vices entachant la validité du contrat, d'en apprécier l'importance et les conséquences. Ainsi, il lui revient, après avoir pris en considération la nature de ces vices, soit de décider que la poursuite de l'exécution du contrat est possible, soit d'inviter les parties à prendre des mesures de régularisation dans un délai qu'il fixe, sauf à résilier ou résoudre le contrat. En présence d'irrégularités qui ne peuvent être couvertes par une mesure de régularisation et qui ne permettent pas la poursuite de l'exécution du contrat, il lui revient de prononcer, le cas échéant avec un effet différé, après avoir vérifié que sa décision ne portera pas une atteinte excessive à l'intérêt général, soit la résiliation du contrat, soit, si le contrat a un contenu illicite ou s'il se trouve affecté d'un vice de consentement ou de tout autre vice d'une particulière gravité que le juge doit ainsi relever d'office, l'annulation totale ou partielle de celui-ci. Il peut enfin, s'il en est saisi, faire droit, y compris lorsqu'il invite les parties à prendre des mesures de régularisation, à des conclusions tendant à l'indemnisation du préjudice découlant de l'atteinte à des droits lésés.

4. En premier lieu, l'obligation pour le pouvoir adjudicateur de respecter un délai de suspension entre la notification du rejet de l'offre d'un candidat et la signature du marché, vise seulement à permettre aux candidats évincés de saisir utilement le juge du référé précontractuel. Par suite, le vice tenant au non-respect de ce délai de suspension n'affecte pas la validité du contrat et ne saurait, en conséquence, justifier son annulation ou sa résiliation. Le moyen tiré de ce que le GCS n'aurait pas respecté la clause de " standstill " d'une durée de onze jours doit être écarté.

5. En second lieu, le pouvoir adjudicateur définit librement la méthode de notation pour la mise en œuvre de chacun des critères de sélection des offres qu'il a définis et rendus publics. Il peut ainsi déterminer tant les éléments d'appréciation pris en compte pour l'élaboration de la note des critères que les modalités de détermination de cette note par combinaison de ces éléments d'appréciation. Une méthode de notation est toutefois entachée d'irrégularité si, en méconnaissance des principes fondamentaux d'égalité de traitement des candidats et de transparence des procédures, les éléments d'appréciation pris en compte pour noter les critères de sélection des offres sont dépourvus de tout lien avec les critères dont ils permettent l'évaluation ou si les modalités de détermination de la note des critères de sélection par combinaison de ces éléments sont, par elles-mêmes, de nature à priver de leur portée ces critères ou à neutraliser leur pondération et sont, de ce fait, susceptibles de conduire, pour la mise en œuvre de chaque critère, à ce que la meilleure note ne soit pas attribuée à la meilleure offre, ou, au regard de l'ensemble des critères pondérés, à ce que l'offre économiquement la plus avantageuse ne soit pas choisie.

6. Il résulte de l'instruction que le règlement de consultation prévoyait trois critères de sélection des offres. Le premier critère, pondéré à 60 %, était afférent à l'intérêt thérapeutique et technique. Le second critère concernait le prix et était pondéré à hauteur de 30%. Le dernier critère service et prestations du fournisseur était pondéré à 10%. Le premier sous-critère a lui-même été divisé en trois sous-critères : adaptation au besoin exprimé dans le CCTP à hauteur de 30%, qualité nutritionnelle (dont qualité de l'émulsion lipidique) à hauteur de 15% et étendue de la gamme proposée en variante pour répondre à des besoins complémentaires notamment la prise en charge des SRI et la NP complémentaire à hauteur de 15%. La société B Braun, qui a obtenu les sous-notes de 12,9, 16,12 et 15,48 pour chacun de ces sous-critères, fait valoir que l'analyse de son offre au regard des sous-critères annoncés est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

S'agissant de l'adaptation au besoin exprimé

7. Il résulte de l'instruction que le lot 12 a été divisé en deux sous-lots, correspondant à deux catégories de patients : un lot pour les patients de moins de 70 kg et un lot pour les patients de plus de 70 kg. Le GCS a exprimé le besoin de disposer de poches de nutrition parentérale hyperazotée permettant d'alimenter le patient à hauteur de 25 kilocalories par kilogramme. L'offre de la société B. Braun Medical consiste en une poche de 1 250 ml qui est adaptée jusqu'au patient de 59 kg. L'offre de Frésenius Kabi France consiste en poche de 1 600 ml qui est adaptée jusqu'au patient de 64 kg. Ainsi, l'offre de Frésénius Kabi France est plus proche du besoin décrit par le GCS qui n'avait pas choisi de comparer la composition en acides aminés. Par ailleurs, il n'est pas contesté que le débit de perfusion de la poche de Frésénius Kabi France est plus rapide que celui de la poche de la société requérante. Ainsi, dans ces conditions la société requérante ne démontre pas, en ce qui concerne le sous-critère 1, que l'analyse des mérites respectifs des candidats est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

S'agissant de la qualité nutritionnelle

8. D'une part, il résulte de l'instruction que la poche d'alimentation parentérale proposée par la société requérante est plus riche en glucose que la poche de Frésénius Kabi France. La société requérante fait valoir que son offre reste dans les normes des sociétés savantes mais ne contredit pas le fait que son produit est plus riche en glucose alors que la demande du GCS tendait à limiter la présence de glucose.

9. D'autre part, il n'est pas contesté que le GCS a mal analysé l'offre de la société requérante en ce qui concerne le ratio omega 3 sur omega 6. Un tel ratio n'est pas de 4 contre 1 mais de 2,5 contre 1. Toutefois, il résulte de l'instruction que le produit proposé par Frésénius dispose d'un ratio à 2 contre 1 qui est jugé plus favorable par le rapport d'analyse des offres.

10. Enfin, la poche proposée par la société requérante propose trois sources de lipides contre quatre sources de lipides pour le produit de la société Frésénius Kabi France. Si la société requérante fait valoir qu'elle propose des triglycérides à chaîne moyenne qui sont plus adaptés à l'état de santé des patients, elle n'établit pas son allégation alors que le GCS soutient qu'une plus grande diversité d'origine des lipides améliore la qualité nutritionnelle lipidique. Si la société B Braun Medical soutient que la preuve scientifique d'une meilleure qualité nutritionnelle lipidique apportée par quatre lipides n'est pas établie par la littérature scientifique, d'une part, le GCS restait libre d'établir sa méthode de notation, d'autre part, les éléments d'appréciation pris en compte pour noter ce sous-critère de sélection des offres n'apparaît pas dépourvu de tout lien avec le sous-critère qualité nutritionnelle.

11. Il résulte de ce qui précède que la société requérante ne démontre pas, en ce qui concerne le sous-critère 2, que l'analyse des mérites respectifs des candidats est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

S'agissant de la gamme proposée en variante pour répondre à des besoins complémentaires notamment la prise en charge des SRI et la NP complémentaire

12. Il résulte de l'instruction que l'offre de Frésénius Kabi France comportait quatre volumes alors que l'offre de la société B. Braun n'en comportait que trois. Le GCS soutient qu'un plus grand choix de volumes permet une meilleure adaptation à la diversité des profils de patients. Ainsi, la société requérante ne démontre pas, en ce qui concerne le sous-critère 3, que l'analyse des mérites respectifs des candidats est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

13. Il résulte de tout ce qui précède que la société B. Braun Medical n'établit pas que l'analyse des mérites respectifs des candidats en ce qui concerne le critère 1 est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation

Sur les frais liés au litige :

14. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de la société B Braun Medical le versement au GCS " Achats du Centre " et à la société Frésenius Kabi France d'une somme de 1 500 euros chacun au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens. En revanche les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du GCS " Achats du Centre ", qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, une somme au titre des frais exposés par la société B Braun Medical et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société B. Braun Medical est rejetée.

Article 2 : La société B. Braun Medical versera au GCS " Achats du Centre " une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La société B. Braun Medical versera à la société Frésénius Kabi France une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société B. Braun Medical, au groupement de coopération sanitaire " Achats du Centre " et à la société Frésénius Kabi France.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,

Mme Best-De Gand, première conseillère,

Mme Defranc-Dousset, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2024.

La rapporteure,

Armelle BEST-DE GAND

La présidente,

Anne LEFEBVRE-SOPPELSA

Le greffier,

Vincent DUNET

La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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