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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2101936

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2101936

vendredi 29 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2101936
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantTABI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 31 mai 2021 et le 9 avril 2023, M. et Mme A, représentés par Me Tabi, avocat, demandent au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en doits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2014 et 2015 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la fin de non-recevoir opposée par l'administration, tirée de la tardiveté de leur réclamation, est irrecevable dès lors qu'il convient de prendre en compte non sa date de réception mais sa date d'envoi soit en l'occurrence le 31 décembre 2020 ;

- la proposition de rectification qui leur a été notifiée le 14 décembre 2017 est insuffisamment motivée en droit à défaut de précision sur le mode de calcul de la base taxable considérée comme des revenus distribués et d'indication sur les dispositions légales permettant de prendre en compte dans le calcul des revenus distribués les rectifications du bénéfice imposable opérées au niveau des exercices 2014 et 2015 de la société Eco Concept ; il appartenait à l'administration de les informer qu'en application de l'article 47 de l'annexe II du code général des impôts les bénéfices rectifiés de la société Eco Concept pouvaient être taxés entre leurs mains en tant que revenus distribués ;

- la proposition de rectification est insuffisamment motivée en l'absence de copie des propositions de rectifications adressées aux sociétés SCI NIV et Eco Concept ;

- le service a méconnu l'obligation d'information imposée par l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales à défaut de les avoir informés du droit de communication exercé et de la teneur et de l'origine des renseignements ou documents obtenus.

Par un mémoire enregistré le 10 septembre 2021, le directeur régional des finances publiques du Centre-Val de Loire et du département du Loiret conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la réclamation présentée par les requérants étant parvenue au service le 4 janvier 2021 était irrecevable comme forclose, le délai expirant le 31 décembre 2021 ; dès lors leur requête est irrecevable ;

- la proposition de rectification expose clairement les motifs de droit et de fait à l'origine des rectifications opérées en matière de revenus distribués dès lors qu'il y est fait référence aux dispositions du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts ;

- concernant les revenus fonciers issus du contrôle de la société civile immobilière NIV, société relevant de l'article 8 du code général des impôts, la procédure est menée à l'égard de la société mais ce sont les associés qui sont imposés sur la part du bénéfice social correspondant à leurs droits dans la société et en matière de revenus fonciers, l'administration n'est pas tenue d'annexer à la proposition de rectification adressée aux associés une copie de la proposition de rectification adressée à la société civile immobilière ;

- concernant les revenus considérés distribués, la reprise aux pages 2 à 8 de la proposition de rectification adressée aux requérants de la totalité du paragraphe relatif à la motivation des rehaussements des bénéfices passibles de l'impôt sur les sociétés de la proposition de rectification adressée à la société Eco Concept est suffisante pour répondre aux obligations de motivation prévues à l'article L. 57 du livre des procédures fiscales dès lors qu'y figurent les faits constatés, la législation applicable, l'application du droit aux faits et la synthèse des rehaussements effectués ;

- le moyen tiré du défaut d'indication des documents obtenus dans la cadre du droit de communication manque en droit dès lors que ce droit a été exercé dans le cadre de la vérification de comptabilité diligentée à l'encontre de la société Eco Concept et non dans le cadre de la procédure diligentée à l'encontre des requérants.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Lardennois,

- les conclusions de Mme Doisneau-Herry, rapporteure publique,

- et les observations de Me Tabi, représentant M. et Mme A.

Vu la note en délibéré présentée par M. et Mme A, enregistrée le 26 septembre 2023.

Considérant ce qui suit :

1. La société civile immobilière NIV, société soumise au régime de l'article 8 du code général des impôts, et dont M. A est associé à hauteur de 50 %, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur les années 2014, 2015 et 2016. A l'issue des opérations de vérification, M. A s'est vu notifier par une proposition de rectification du 30 octobre 2017 des rehaussements en matière de revenus fonciers et de plus-value immobilière. Il n'a présenté aucune observation à la suite de cette notification. La société à responsabilité limitée Eco Concept, dont le capital est détenu pour moitié par M. A, qui en est aussi le gérant, et pour l'autre moitié par son épouse, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2015, étendue au 28 février 2017 en matière de taxe sur la valeur ajoutée. Dans le prolongement des rappels visant la société, des rectifications en matière d'impôt sur le revenu et de contributions sociales pour les années 2014 et 2015 ont été notifiées à M. et Mme A par une proposition de rectification du 14 décembre 2017 et confirmées par lettre du 26 février 2018 en réponse aux observations des intéressés du 30 janvier 2018. Les cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu au titre des années 2014 et 2015 ont été mises en recouvrement le 31 mai 2018 et les prélèvements sociaux dus au titre des mêmes années ont été mis en recouvrement le 30 juin 2018. Par une réclamation contentieuse adressée le 31 décembre 2020, M. et Mme A ont contesté les impositions ainsi mises à leur charge. Par une décision du 26 mars 2021, l'administration fiscale a rejeté leur réclamation.

Sur les conclusions à fin de décharge :

En ce qui concerne la motivation de la proposition de rectification :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation () ". Aux termes de l'article R. 57-1 du même livre : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée () ". Il résulte de ces dispositions que, pour être régulière, une proposition de rectification doit comporter la désignation de l'impôt concerné, de l'année d'imposition et de la base d'imposition, et énoncer les motifs sur lesquels l'administration entend se fonder pour justifier les redressements envisagés, de façon à permettre au contribuable de formuler ses observations de façon entièrement utile.

3. D'autre part, aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : / 1° Tous les bénéfices ou produits qui ne sont pas mis en réserve ou incorporés au capital () ".

4. La proposition de rectification adressée le 14 décembre 2017 aux requérants tirant les conséquences entre leurs mains de la vérification de comptabilité de la société Eco Concept mentionne les impôts concernés, les années d'imposition et la base d'imposition et précise notamment l'origine des rectifications opérées en matière de revenus distribués à la suite de la reconstitution du résultat imposable de la société Eco Concept en reprenant la totalité du paragraphe relatif à la motivation des rehaussements des bénéfices passibles de l'impôt sur les sociétés ainsi que le paragraphe relatif aux revenus distribués de la proposition de rectification adressée à ladite société. Elle mentionne en outre qu'elle se fonde sur les dispositions du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts. Ainsi, alors même qu'elle ne mentionne pas les dispositions de l'article 47 de l'annexe II au code général des impôts, cette référence à l'article 109, ainsi que les extraits de la proposition de rectification adressée à la société Eco Concept, suffisaient, dans les circonstances de l'espèce, aux intéressés pour formuler utilement leurs observations sur les rectifications que l'administration se proposait de leur assigner, ce qu'ils ont au demeurant fait le 30 janvier 2018. Par ailleurs, la circonstance que la proposition de rectification ne comportait pas en pièces jointes les propositions de rectification qui avaient été adressées aux sociétés NIV et Eco Concept n'est pas de nature à caractériser une insuffisante motivation de la proposition de rectification adressée à M. et Mme A dès lors d'une part, qu'elle comportait l'ensemble des éléments permettant aux requérants de formuler utilement leurs observations et, d'autre part, que les rehaussements résultant de la vérification de comptabilité de la société NIV ont fait l'objet d'une proposition de rectification distincte en date du 30 octobre 2017 dont les requérants n'établissent, ni même n'allèguent qu'elle n'était pas motivée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la proposition de rectification du 14 décembre 2017 et de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne le droit de communication :

5. Aux termes de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales : " L'administration est tenue d'informer le contribuable de la teneur et de l'origine des renseignements et documents obtenus de tiers sur lesquels elle s'est fondée pour établir l'imposition faisant l'objet de la proposition prévue au premier alinéa de l'article L. 57 ou de la notification prévue à l'article L. 76. Elle communique, avant la mise en recouvrement, une copie des documents susmentionnés au contribuable qui en fait la demande ".

6. M. et Mme A soutiennent qu'ils doivent être déchargés des impositions liées aux distributions des années 2014 et 2015 fondées sur le 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts dès lors que le service a manqué à l'obligation d'information imposée par l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales à défaut de les avoir informés du droit de communication exercé et de la teneur et de l'origine des renseignements ou documents obtenus dans le cadre des opérations de vérification de comptabilité de la société Eco Concept. Toutefois, il résulte de l'instruction que l'administration, pour justifier les impositions litigieuses, s'est fondée sur les qualités d'associé et de gérant statutaire de M. A pour considérer celui-ci comme le maître de l'affaire bénéficiaire des revenus regardés comme distribués. L'administration, en se fondant ainsi sur la qualité de gérant de droit de l'intéressé, pouvait déduire de cette seule qualité la disposition de la signature bancaire sans avoir à mentionner quelque autre information obtenue lors de la vérification de comptabilité de la société Eco Concept entrant dans le champ des obligations de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales. Dès lors, M. et Mme A ne sont pas fondés à soutenir qu'ils ont été privés de la garantie prévue par l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales.

7. Il résulte de tout ce qui précède que M. et Mme A ne sont pas fondés à solliciter la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2014 et 2015.

Sur les conclusions relatives au frais de l'instance :

8. L'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, il n'y a pas lieu de mettre à sa charge le versement de la somme de 3 000 euros demandée par M. et Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme A et à la directrice régionale des finances publiques du Centre-Val de Loire et du département du Loiret.

Délibéré après l'audience du 15 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Dorlencourt, président,

Mme Le Toullec, première conseillère,

M. Lardennois, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2023.

Le rapporteur,

Stéphane LARDENNOIS

Le président,

Frédéric DORLENCOURT

La greffière,

Isabelle METEAU

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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