vendredi 6 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2101968 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | VIZINHO JONEAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 2 juin 2021 et le 29 mars 2022, la commune de Villerbon, représentée par Me Vizinho Joneau, dans le dernier état de ses écritures, demande au tribunal :
1°) de condamner solidairement sur le fondement de la garantie décennale M. F de Renty et M. A C en leur qualité de maître d'œuvre ainsi que les sociétés MAF et MAAF Assurances, respectivement assureurs des maîtres d'œuvre, à lui verser une somme de 5 908,98 euros toutes taxes comprises en réparation des désordres affectant la salle de restauration, extension du bâtiment scolaire, somme augmentée des intérêts au taux légal à compter de la date du dépôt de la requête introductive aux fins d'expertise ;
2°) de condamner solidairement M. de Renty, M. C, les sociétés MAF et MAAF Assurances à lui verser une somme de 5 000 euros en réparation du préjudice de jouissance subi ;
3°) de mettre à la charge solidaire de M. de Renty, M. C, des sociétés MAF et MAAF Assurances le paiement d'une somme de 4 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les frais d'expertise judiciaire.
Elle soutient que :
- la responsabilité décennale M. de Renty, M. C, les sociétés MAF et MAAF Assurances est engagée à titre solidaire en raison de désordres acoustiques affectant la salle de restauration qui est impropre à sa destination en raison de nuisances sonores lors des repas des élèves ;
- le rapport d'expertise indique que l'ouvrage est non conforme à la réglementation relative à la limitation du bruit dans les établissements d'enseignement ; les désordres acoustiques relevés ont pour origine la conception de l'ouvrage par l'équipe de maitrise d'œuvre en raison de la prescription de la pose d'un matériau insuffisamment absorbant acoustiquement compte tenu du volume de l'ouvrage ; ce défaut rend particulièrement difficile et éprouvante l'activité de restauration scolaire ;
- le montant des travaux de réfactions s'élève à 5 908,98 euros et le montant du préjudice de jouissance à 5 000 euros ;
- la garantie décennale s'applique aux assureurs et les actions dirigées contre eux relèvent de la compétence de la juridiction administrative.
Par des mémoires enregistrés le 30 août 2021 et le 6 juin 2022, la société MAAF Assurances, représentée par Me Girault conclut, dans le dernier état de ses écritures, au rejet de la requête et à ce que le tribunal mette à la charge de la commune de Villerbon la somme de 2 000 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- à titre principal, l'action de la commune de Villerbon à son encontre relève de la compétence du juge judiciaire et que la requête est irrecevable ;
- à titre subsidiaire, il est à constater que la responsabilité civile professionnelle de Monsieur C n'est pas garantie par elle pour les fautes, erreurs, manquements ou tous autres dommages résultant de son activité professionnelle.
Une mise en demeure a été adressée le 9 mai 2022 à M. de Renty.
Par ordonnance du 16 juin 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 16 août 2022.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- les ordonnances n°s 1900053 et 1903074 de la présidente du tribunal administratif d'Orléans des 3 juin 2019 et 3 octobre 2019 ordonnant, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative une expertise et désignant M. D B en qualité d'expert ;
- le rapport d'expertise établi par M. B et déposé au greffe du tribunal le 25 mai 2020 ;
- l'ordonnance du 30 juin 2020, par laquelle la présidente du tribunal a taxé les frais de l'expertise réalisée par M. B.
Vu :
- le code civil ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme E,
- les conclusions de Mme Dumand, rapporteure publique,
- et les observations de Me Girault, représentant la société MAAF Assurances.
Considérant ce qui suit :
1. Par acte d'engagement du 4 décembre 2012, la commune de Villerbon a confié à
M. F de Renty et M. A C la maîtrise d'œuvre de travaux de construction d'un restaurant scolaire et d'une garderie périscolaire en extension du bâtiment scolaire existant sur sa commune. La réception des travaux a été prononcée le 27 juillet 2015, date à laquelle les réserves ont été levées. Postérieurement à l'achèvement des travaux, constatant la survenance de nuisances sonores lors de la rentrée scolaire 2015 dans le restaurant scolaire, la commune de Villerbon a sollicité un diagnostic acoustique établi par l'agence régionale de santé qui conclut que le temps de réverbération mesuré dépasse largement les normes existantes exigeant une correction acoustique et que l'amplification sonore créée peut aller jusqu'à l'intolérance. Aucune solution amiable n'a été trouvée. Par ordonnances des 3 juin et 3 octobre 2019, la juge des référés du tribunal administratif d'Orléans a prescrit une mesure d'expertise. L'expert a déposé son rapport le 25 mai 2020. La commune de Villerbon demande au tribunal de condamner solidairement, sur le fondement de la garantie décennale, M. de Renty, M. C, en leur qualité de maitrise d'œuvre, et les sociétés MAF et MAAF Assurances, en leur qualité d'assureurs des maitres d'œuvre. Elle sollicite le versement d'une somme de 5 908,98 euros en réparation des désordres acoustiques affectant la salle de restauration scolaire, d'une somme de 5 000 euros au titre des préjudices de jouissance ainsi que celui d'une somme de 5 792,80 euros au titre du remboursement des frais et honoraires d'expertise.
Sur la compétence du juge administratif :
2. Il n'appartient qu'aux juridictions de l'ordre judiciaire de connaître des actions tendant au paiement de l'indemnité d'assurance due par un assureur au titre de ses obligations de droit privé nées de sa relation contractuelle avec son assuré et à raison du fait dommageable commis par ce dernier, alors même que l'appréciation de la responsabilité de cet assuré dans la réalisation du fait dommageable relève de la compétence du juge administratif. Dès lors, les conclusions présentées la commune de Villerbon et dirigées contre les assureurs des participants aux opérations de travaux en litige doivent être rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître. Il s'ensuit que l'exception d'incompétence opposée par la société MAAF Assurances doit être accueillie.
Sur la responsabilité décennale des constructeurs :
3. Il résulte des principes qui régissent la responsabilité décennale des constructeurs que des désordres apparus dans le délai d'épreuve de dix ans, de nature à compromettre la solidité de l'ouvrage ou à le rendre impropre à sa destination dans un délai prévisible, engagent leur responsabilité, même s'ils ne se sont pas révélés dans toute leur étendue avant l'expiration du délai de dix ans. La responsabilité décennale peut être recherchée pour des éléments d'équipement dissociables de l'ouvrage s'ils rendent celui-ci impropre à sa destination. La circonstance que les désordres affectant un élément d'équipement fassent obstacle au fonctionnement normal de cet élément n'est pas de nature à engager la responsabilité décennale du constructeur si ces désordres ne rendent pas l'ouvrage lui-même impropre à sa destination. En outre, il incombe au juge administratif, lorsqu'est recherchée devant lui la responsabilité décennale des constructeurs, d'apprécier, au vu de l'argumentation que lui soumettent les parties sur ce point, si les conditions d'engagement de cette responsabilité sont ou non réunies et d'en tirer les conséquences, le cas échéant d'office, pour l'ensemble des constructeurs.
4. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que les désordres en raison desquels la commune de Villerbon recherche la responsabilité décennale des constructeurs consistent en des nuisances sonores dans le restaurant scolaire qui rendent, selon la commune, le travail du personnel de la cantine " insupportable " et génèrent des " plaintes des enfants assourdis par l'amplification des bruits environnant, au cours des repas ".
5. En premier lieu, il est constant que ces désordres ne portent pas atteinte à la solidité de l'ouvrage.
6. En second lieu, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que les désordres acoustiques affectant le restaurant scolaire ont pour seule conséquence un inconfort certain mais ne rendant pas impossible l'usage du réfectoire. En outre, rien au dossier ne permet de retenir qu'une interruption ou une restriction de l'usage de ce restaurant aurait eu lieu. De même, aucun document ni aune pièce ne permet de justifier de l'existence d'un lien de causalité entre la démission d'un personnel de service et ces nuisances sonores. Dans ces conditions, les désordres ne peuvent être regardés comme étant de nature à rendre l'ouvrage impropre à sa destination.
7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la commune de Villerbon présentées sur le fondement de la responsabilité décennale des constructeurs ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions relatives aux dépens :
8. Il y a lieu de mettre définitivement à la charge de la commune de Villerbon les frais de l'expertise, liquidés et taxés à la somme de 5 792,80 euros TTC par ordonnance de la présidente du tribunal du 30 juin 2020.
Sur les frais liés au litige :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. de Renty et M. C, des sociétés MAF et MAAF Assurances, qui ne sont pas dans la présente instance les parties perdantes, les sommes demandées à leur encontre au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par la société MAAF Assurances à l'encontre de la commune de Villerbon au même titre.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la commune de Villerbon est rejetée.
Article 2 : Les frais de l'expertise, liquidés et taxés à la somme de 5 792,80 euros TTC, sont mis définitivement à la charge de la commune de Villerbon.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la commune de Villerbon, à M. de Renty, à la mutuelle des architectes français, à M. C et à la MAAF Assurances.
Délibéré après l'audience du 8 décembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Delamarre, présidente,
Mme Bertrand, première conseillère,
Mme Bailleul, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 janvier 2023.
La rapporteure,
Valérie E
La présidente,
Anne-Laure DELAMARRELa greffière,
Aurore MARTIN
La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026