mercredi 20 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2102027 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL LOUIT-DUTEL ET ASSOCIÉS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 7 juin 2021 et le 9 février 2023, M. A B, représenté par la société d'avocats Louit-Dutel et associés, demande au tribunal :
1°) à titre principal, de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles il a été assujetti au titre des années 2015, 2016 et 2017 ;
2°) à titre subsidiaire, de prononcer la diminution, à hauteur de 18 186 euros en 2015, 26 082 euros en 2016 et 29 337 euros en 2017, des bases imposables qui lui ont été notifiées et, par voie de conséquence, de prononcer la réduction des impositions supplémentaires mises à sa charge au titre des années considérées ainsi que la décharge de la majoration de 10 % prévue par l'article 1758 A du code général des impôts ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur la régularité de la procédure d'imposition :
- concernant l'année 2015, l'administration fiscale ne justifie pas avoir régulièrement notifié avant le 31 décembre 2018 au 87 T rue de Coulmier à Orléans sa proposition de rectification datée du 17 décembre 2018 ;
- s'agissant des trois années litigieuses, la proposition de rectification du 17 décembre 2018 est insuffisamment motivée au regard des articles L. 57 et R. 57-1 du livre des procédures fiscales dans la mesure où, d'une part, elle ne mentionne que des montants annuels globaux ne comportant ni le détail des écritures, pièces comptables et " éléments " relevés lors de la vérification de comptabilité de la société Marsa Sécurité Privée, ni le détail et les modalités de détermination et de calculs des " sommes " taxées, et, d'autre part, elle ne contient aucune annexe reprenant le proposition de rectification adressée à la Société Marsa Sécurité Privée ou un document permettant de connaître le détail des " sommes " taxées ;
Sur le bien-fondé des impositions :
- concernant l'imposition due au titre de l'année 2015, la proposition de rectification du 17 décembre 2018 n'est pas interruptive de prescription au sens des dispositions des articles L. 169 et L. 189 du livre des procédures fiscales dès lors qu'elle n'a été distribuée qu'après le 31 décembre 2018 ;
- concernant les trois années en litige, la proposition de rectification n'a pas été interruptive de prescription dès lors qu'elle était insuffisamment motivée ;
- l'administration fiscale n'apporte pas la preuve, qui lui incombe, tant du principe, que du montant et de l'appréhension réelle et effective des sommes considérées comme distribuées en application des dispositions du 2° du 1 de l'article 109 du code général des impôts ;
- il justifie partiellement des frais kilométriques comptabilisés comme l'a admis l'administration fiscale dans sa décision de rejet du 7 avril 2021 ;
Sur la majoration de 10 % prévue à l'article 1758 A du code général des impôts :
- l'administration en se limitant à reproduire les termes de l'article 1758 A du code général des impôts, sans préciser les considérations de fait qui constitue le fondement de sa décision, a méconnu les dispositions des articles L. 80 D du livre des procédures fiscales et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.
Par un mémoire enregistré le 2 décembre 2022, le directeur régional des finances publiques du Centre-Val de Loire et du département du Loiret conclut au non-lieu à statuer à raison de l'abandon des rappels de l'année 2015 et au rejet des conclusions de la requête pour le surplus.
Il fait valoir que :
- la proposition de rectification est suffisamment motivée dès lors que le service vérificateur a clairement exposé, par la reproduction in extenso du paragraphe dédié aux revenus distribués de la proposition de rectification adressée à la société Marsa Sécurité Privée, les circonstances de fait et de droit à l'origine du rehaussement ;
- le moyen tiré du non-respect des dispositions des articles L. 169 et L. 189 du livre des procédures fiscales et du caractère non interruptif de prescription de la proposition de rectification du 17 décembre 2018 doit être écarté dès lors qu'y sont clairement exposées les circonstances de fait et de droit ayant justifié le rehaussement ;
- le requérant n'apporte aucun élément de nature à établir le caractère professionnel des indemnités kilométriques litigieuses et de l'appréhension des sommes litigieuses qui résulte de leur mise à disposition au crédit du compte courant d'associé de l'intéressé ;
- la proposition de rectification, en renvoyant aux dispositions de l'article 1758 A du code général des impôts et en relevant les inexactitudes et omissions notifiées dans son corps, répond parfaitement à l'exigence de motivation posée par l'article L. 80 D du livre des procédures fiscales.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Lardennois,
- et les conclusions de Mme Doisneau-Herry, rapporteure publique.
Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. La société Marsa Sécurité Privée a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2017 à l'issue de laquelle l'administration fiscale a réintégré dans ses résultats des exercices clos en 2015, 2016 et 2017 des charges non justifiées. Une partie de ces sommes a été réintégrée dans les revenus de M. B dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers sur le fondement des dispositions du 2° du 1 de l'article 109 du code général des impôts. Dans le prolongement des rehaussements visant la société, des rectifications en matière d'impôt sur le revenu et de contributions sociales pour les années 2015, 2016 et 2017 ont été notifiées à M. B par une proposition datée du 17 décembre 2018, réceptionnée le 17 janvier 2019, et confirmées par une décision du 18 mars 2019 en réponse aux observations du contribuable du 13 février 2019. Par la même proposition de rectification, l'administration a réduit le quotient familial de M. B à une part alors que dans le cadre de sa déclaration de revenus il avait déclaré au titre des trois années considérées une part et demi. Les impositions litigieuses ont été mises en recouvrement le 13 novembre 2020. M. B les a contestées par une réclamation du 10 décembre 2020, rejetée par une décision de l'administration du 7 avril 2021.
Sur l'étendue du litige :
2. Par une décision du 2 décembre 2022, postérieure à l'introduction de la requête, le directeur régional des finances publiques du Centre-Val de Loire et du département du Loiret a prononcé le dégrèvement total, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires à l'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles M. B a été assujetti au titre de l'année 2015. Par suite, les conclusions de la requête relative à l'année 2015 sont devenues sans objet. Il n'y a donc plus lieu de statuer sur les conclusions présentées par M. B à fin de décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2015.
Sur le surplus des conclusions à fin de décharge :
En ce qui concerne les revenus regardés comme distribués :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation () ". Selon l'article R. 57-1 du même livre : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée () ". Il résulte de ces dispositions que, pour être régulière, une proposition de rectification doit comporter la désignation de l'impôt concerné, de l'année d'imposition et de la base d'imposition, et énoncer les motifs sur lesquels l'administration entend se fonder pour justifier les redressements envisagés, de façon à permettre au contribuable de formuler ses observations de façon entièrement utile. Hormis le cas où elle se réfère à un document qu'elle joint à la proposition de rectification ou à la réponse aux observations du contribuable, l'administration peut satisfaire cette obligation en se bornant à se référer aux motifs retenus dans une proposition de rectification, ou une réponse aux observations du contribuable, consécutive à un autre contrôle et qui lui a été régulièrement notifiée, à la condition qu'elle identifie précisément la proposition ou la réponse en cause et que celle-ci soit elle-même suffisamment motivée.
4. M. B soutient que la proposition de rectification qui lui a été adressée par l'administration est insuffisamment motivée dans la mesure où n'y figurent que des montants annuels globaux ne comportant ni le détail des écritures, pièces comptables et éléments relevés lors de la vérification de comptabilité de la société Marsa Sécurité Privée, ni le détail et les modalités de détermination et de calculs des sommes taxées.
5. Il ressort de l'examen de la proposition de rectification du 17 décembre 2018 adressée à M. B que l'administration s'est bornée à reprendre un extrait de la proposition de rectification adressée à la société Marsa Sécurité Privée à l'issue de la vérification de comptabilité dont elle a fait l'objet. Cet extrait, s'il fait mention du fait que le requérant a bénéficié de remboursements d'indemnités kilométriques alors qu'aucun justificatif probant n'a pu être apporté au service pour des montants de 35 200 euros, 51 981 euros et 43 860 euros respectivement au titre des années 2015, 2016 et 2017 et que ces sommes revêtent le caractère de revenus distribués au nom de M. B sur le fondement des dispositions du 2° du 1 de l'article 109 du code général des impôts, ne fait en revanche état d'aucun détail des sommes ainsi globalisées au titre de chaque année et ne précise pas la méthode ayant permis au service vérificateur de les déterminer. Ainsi dès lors qu'elle ne comportait pas l'ensemble des éléments permettant au requérant de formuler utilement ses observations, la proposition de rectification ne peut être regardée comme suffisamment motivée et régulière au regard des dispositions précitées de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales. Par ailleurs, il ne résulte pas de l'instruction et il n'est pas allégué par l'administration qu'une copie de la proposition de rectification adressée à la société Marsa Sécurité Privée aurait été personnellement adressée à M. B. Par suite, M. B est fondé à soutenir que les rappels contestés résultant de la réintégration des sommes litigieuses dans ses revenus des années 2016 et 2017 sont intervenus à l'issue d'une procédure irrégulière.
En ce qui concerne la réduction du quotient familial :
6. Si M. B demande la décharge de la totalité des rappels d'impôt sur le revenu dont il a fait l'objet, il n'invoque aucun moyen propre relatif au second chef de redressement afférent à la réduction de son quotient familial.
7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander, au titre des années restant en litige, la seule réduction des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles il a été assujetti correspondant à la réintégration dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers des sommes considérées comme des revenus distribués par la société Marsa Sécurité Privée au titre des années 2016 et 2017.
Sur la majoration de 10 % prévue à l'article 1758 A du code général des impôts :
8. Aux termes de l'article 1758 A du code général des impôts : " I.- Le retard ou le défaut de souscription des déclarations qui doivent être déposées en vue de l'établissement de l'impôt sur le revenu ainsi que les inexactitudes ou les omissions relevées dans ces déclarations, qui ont pour effet de minorer l'impôt dû par le contribuable ou de majorer une créance à son profit, donnent lieu au versement d'une majoration égale à 10 % des droits mis à la charge du contribuable ou de la créance indue ". Aux termes de l'article L. 80 D du livre des procédures fiscales : " Les décisions mettant à la charge des contribuables des sanctions fiscales sont motivées au sens des articles L. 211-2 à L. 211-7 du code des relations entre le public et l'administration, quand un document ou une décision adressés au plus tard lors de la notification du titre exécutoire ou de son extrait en a porté la motivation à la connaissance du contribuable ". Aux termes de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
9. Le requérant soutient que la proposition de rectification en date du 17 décembre 2018 ne comporte pas la mention des considérations motivant la pénalité de 10 % qui lui a été infligée en application des dispositions précitées de l'article 1758 A du code général des impôts.
10. En visant, dans la proposition de rectification du 17 décembre 2018, l'article 1758 A du code général des impôts et en rappelant que les inexactitudes et omissions relevées dans les déclarations souscrites par M. B, qui ont eu pour but de minorer l'impôt dû, donnent lieu au versement d'une majoration égale à 10 % des droits supplémentaires mis à la charge de l'intéressé, l'administration a suffisamment motivé l'application de la pénalité prévue au I de l'article 1758 A code général des impôts au regard des exigences de l'article L. 80 D du livre des procédures fiscales. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette majoration doit donc être écarté.
Sur les conclusions relatives aux frais de l'instance :
11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. B de la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête de M. B tendant à la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2015.
Article 2 : M. B est déchargé, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles il a été assujetti au titre des années 2016 et 2017 correspondant à la réintégration dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers des sommes considérées comme des revenus distribués par la société Marsa Sécurité Privée.
Article 3 : L'Etat versera à M. B la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Les conclusions de la requête sont rejetées pour le surplus.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la directrice régionale des finances publiques du Centre-Val de Loire et du département du Loiret.
Délibéré après l'audience du 1er décembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Guével, président,
M. Lardennois, premier conseiller,
Mme Dicko-Dogan, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2023.
Le rapporteur,
Stéphane LARDENNOIS
Le président,
Benoist GUÉVEL
Le greffier,
Alexandre HELLOT
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026