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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2102101

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2102101

mardi 24 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2102101
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1ère chambre
Avocat requérantSCP CEBRON DE LISLE-BENZEKRI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 juin 2021, la communauté de communes Touraine Vallée de l'Indre, représentée en dernier lieu par Me Veauvy, demande au tribunal :

1°) de condamner la société Nouvel Energie à lui verser, en réparation des désordres affectant le système de chauffage-climatisation du premier étage de l'aile ouest du bâtiment communautaire, les sommes de 21 522,71 euros TTC au titre de son préjudice matériel, 10 000 euros au titre de son préjudice de jouissance et 2 058 euros en remboursement des frais d'expertise judiciaire ;

2°) de mettre à la charge de la société Nouvel Energie la somme de 5 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la responsabilité décennale de la société Nouvel Energie est engagée à raison des désordres affectant le système de chauffage-climatisation le rendant impropre à sa destination ;

- le coût des travaux réparatoires a été estimé à hauteur de la somme de 21 522,71 euros par l'expert judiciaire ;

- les désordres sur l'installation de chauffage-climatisation a généré des troubles de jouissance du bâtiment qui peuvent être estimés à hauteur de 10 000 euros ;

- elle s'est acquittée des frais d'expertise à hauteur de la somme de 2 058 euros et la société Nouvel Energie doit être condamnée également à prendre en charge cette somme.

La requête a été communiquée à la société Nouvel Energie, qui n'a pas produit de mémoire, malgré une mise en demeure en date du 21 février 2022.

Par ordonnance du 23 mai 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 25 juillet 2022.

Vu :

- les pièces du dossier desquelles il ressort que la requête a été communiquée à la société Nouvel Energie qui n'y a pas répondu ;

- les autres pièces du dossier ;

- l'ordonnance du 29 mai 2020, par laquelle la présidente du tribunal a taxé les frais et honoraires de l'expert, M. A.

Vu :

- le code des marchés publics ;

- le code civil ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Best-De Gand,

- et les conclusions de M. Joos, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La communauté de communes Touraine Vallée de l'Indre venant aux droits de la communauté du pays d'Azay le Rideau et de la communauté du Val de l'Indre a pris la décision de construire un hôtel communautaire et une trésorerie publique sur le territoire de la commune de Monts (Indre-et-Loire). La maîtrise d'œuvre a été confiée à la société Guillemot Architecte et à la SNC Lavallin. Le lot n°13 " chauffage climatisation ventilation plomberie " a été confié à la société Nouvel Energie par un avenant régularisé le 26 décembre 2013. La réception des travaux avec réserves est intervenue le 31 juillet 2015 avec effets au 1er juillet 2015. Les réserves ont été levées le 20 novembre 2015 avec effet au 28 septembre 2015. Le 3 janvier 2017, il a toutefois été constaté une panne de circuit de climatisation de l'aile Ouest du rez-de-chaussée de l'hôtel communautaire. Le 30 novembre 2017, une panne a également touché le circuit de chauffage du premier étage de l'hôtel communautaire. Par ordonnance du 13 septembre 2018, la présidente du tribunal administratif d'Orléans a désigné un expert qui a remis son rapport définitif le 17 mars 2020. Par sa requête, la communauté de communes Touraine Vallée de l'Indre demande la condamnation de la société Nouvel Energie titulaire du lot n°13 à l'indemniser des préjudices subis à raison de ces désordres sur le fondement de sa responsabilité décennale.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la responsabilité

2. Il résulte des principes qui régissent la garantie décennale des constructeurs que des désordres apparus dans le délai d'épreuve de dix ans, de nature à compromettre la solidité de l'ouvrage ou à le rendre impropre à sa destination dans un délai prévisible, engagent leur responsabilité, même s'ils ne se sont pas révélés dans toute leur étendue avant l'expiration du délai de dix ans. Le constructeur dont la responsabilité est recherchée sur ce fondement ne peut en être exonéré, outre les cas de force majeure et de faute du maître d'ouvrage, que lorsque, eu égard aux missions qui lui étaient confiées, il n'apparaît pas que les désordres lui soient en quelque manière imputables.

3. D'une part, il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise que le système de chauffage-climatisation du premier étage de l'aile ouest du bâtiment communautaire n'est pas en état de fonctionnement. Le système de chauffage ne suffit pas à chauffer les locaux et des convecteurs mobiles ont été installés pour le confort de travail des agents. Dans le même temps, des glaçons se forment sur les canalisations frigorifiques dans les faux plafonds au-dessus des portes de travail. Ces dysfonctionnements, qui entraînent des chocs de température qui empêchent de maintenir la température attendue dans ces locaux et rendent le travail inconfortable, sont de nature à rendre l'ouvrage impropre à sa destination.

4. D'autre part, il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise que les désordres constatés proviennent d'un défaut d'exécution des travaux imputables au titulaire du lot n°13, la société Nouvel Energie.

En ce qui concerne la réparation des préjudices

5. En premier lieu, il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise que le coût de reprise des désordres de l'installation de chauffage et climatisation à l'identique, est égal à 20 972,80 euros TTC.

6. En second lieu, il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise que le dysfonctionnement permanent du système de chauffage et de climatisation a rendu nécessaire l'équipement par la communauté de communes requérante et au bénéfice de ses agents de cinq convecteurs mobiles et de cinq ventilateurs, dont les coûts d'achat d'un montant respectif de 299,95 TTC et de 249,96 euros TTC sont justifiés par la production de factures de juillet 2019 et novembre 2018.

7. En troisième lieu, si la communauté de communes demande l'indemnisation d'un préjudice de jouissance des locaux à hauteur de 10 000 euros, elle n'établit par aucune pièce l'existence de ce préjudice. Sa demande d'indemnisation présentée à ce titre doit, dès lors, être rejetée.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requérante est fondée à demander la condamnation de la société Nouvel Energie à lui verser la somme totale de 21 522,71 euros TTC en réparation de l'ensemble de ses préjudices.

Sur les conclusions relatives aux dépens :

9. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. L'Etat peut être condamné aux dépens ".

10. Par ordonnance du 29 mai 2020, la présidente du tribunal a taxé et liquidé les frais et honoraires de l'expertise à la somme de 2 058 euros TTC. Il y a lieu de mettre cette somme à la charge définitive de la société Nouvel Energie.

Sur les frais liés à l'instance :

11. Il y a lieu de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de la société Nouvel Energie une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La société Nouvel Energie est condamnée à verser la somme de 21 522, 71 euros (vingt-et-un mille cinq cent vingt-deux euros et soixante-et-onze centimes) à la communauté de communes Touraine Vallée de l'Indre au titre des désordres affectant le système de chauffage-climatisation de l'hôtel communautaire.

Article 2 : Les frais et honoraires de l'expertise confiée à M. A, liquidés et taxés à la somme de 2 058 euros (deux mille cinquante-huit euros) TTC sont mis à la charge définitive de la société Nouvel Energie.

Article 3 : La société Nouvel Energie versera la somme de 1 500 euros à la communauté de communes Touraine Vallée de l'Indre au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la communauté de communes Touraine Vallée de l'Indre, à la société Nouvel Energie et à M. A, expert.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,

Mme Best-De Gand, première conseillère,

Mme Defranc-Dousset, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2023.

La rapporteure,

Armelle BEST-DE GAND

La présidente,

Anne LEFEBVRE-SOPPELSA

Le greffier,

Vincent DUNET

La République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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