mardi 9 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2102139 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | JUGIEAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 15 juin 2021, Mme C E, représentée par Me Jugieau, demande au tribunal :
1°) d'annuler les titres de perception émis par le directeur départemental des finances publiques d'Indre-et-Loire le 14 août 2020 et le 21 août 2020 d'un montant respectif de 169,20 euros et 853,12 euros ;
2°) d'annuler la décision par laquelle la rectrice de l'académie d'Orléans-Tours a implicitement rejeté sa contestation préalable présentée le 1er décembre 2020 à l'encontre de ces titres de perception ;
3°) de prononcer la décharge de son obligation de payer les sommes visées par ces titres ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au profit de son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- les titres de perception attaqués ne comportent pas la signature de leur auteur en méconnaissance des dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ; au surplus, l'original des titres n'est pas produit alors que les ampliatifs ne sont pas signés ;
- la qualité d'ordonnateur de la personne dont l'identité figure sur l'acte n'est pas établie ;
- les titres attaqués qui omettent de faire mention des bases de liquidation sont insuffisamment motivés en méconnaissance des dispositions de l'article 24 du décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012.
Par un mémoire enregistré le 4 janvier 2022, la rectrice de l'académie d'Orléans-Tours conclut au rejet de la requête.
Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Mme E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 janvier 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 2010-1658 du 29 décembre 2010 ;
- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Joos,
- les conclusions de Mme Best-De Gand, rapporteure publique,
- et les observations de M. D, représentant le recteur de l'académie d'Orléans-Tours.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C E, professeur des écoles, a été radiée des cadres à compter du 1er février 2020 à la suite de l'acceptation de sa démission. Par deux titres de perception émis le 14 août 2020 et le 21 août 2020, le directeur départemental des finances publiques d'Indre-et-Loire a mis à sa charge les sommes respectives de 169,20 euros et 853,12 euros à titre d'indus de rémunération. Le silence gardé par la rectrice de l'académie d'Orléans-Tours pendant un délai de deux mois a fait naître une décision implicite de rejet de la réclamation présentée le 1er décembre 2020 à l'encontre de ces titres. Par sa requête, Mme E demande, d'une part, l'annulation de cette décision implicite de rejet, ainsi que des deux titres émis le 14 août 2020 et le 21 août 2020, et, d'autre part, la décharge de son obligation de payer les sommes correspondantes.
Sur les conclusions aux fins d'annulation des titres de perception et de la décision implicite de rejet de la réclamation préalable :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci () ". Le V de l'article 55 de la loi du 29 décembre 2010 de finances rectificative pour 2010 prévoit que pour l'application de ces dispositions " aux titres de perception délivrés par l'Etat en application de l'article L. 252 A du livre des procédures fiscales, afférents aux créances de l'Etat ou à celles qu'il est chargé de recouvrer pour le compte de tiers, la signature figure sur un état revêtu de la formule exécutoire, produit en cas de contestation ".
3. Il résulte de ces dispositions, d'une part, que le titre de perception individuel délivré par l'Etat doit mentionner les nom, prénom et qualité de l'auteur de cette décision et, d'autre part, qu'il appartient à l'autorité administrative de justifier, en cas de contestation, que l'état revêtu de la formule exécutoire comporte la signature de cet auteur.
4. Les titres de perception en litige émis le 14 août 2020 et le 21 août 2020, qui ne sont pas signés, indiquent que leur auteur est l'ordonnateur de ces titres, à savoir Mme B A, en qualité de responsable de la recette. Alors que cette absence de signature est opposée par Mme E, l'administration ne produit pas l'état revêtu de la formule exécutoire comportant la signature de son auteur. Par suite, Mme E est fondée à soutenir que les titres litigieux méconnaissent les dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration.
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête se rapportant à la régularité des titres, que les titres de perception émis à l'encontre de Mme E le 14 août 2020 et le 21 août 2020, ainsi que, par voie de conséquence, la décision du 1er février 2021 par laquelle la rectrice de l'académie d'Orléans-Tours a implicitement rejeté la réclamation préalable présentée à l'encontre de ces titres, doivent être annulés.
Sur les conclusions à fin de décharge de l'obligation de payer :
6. L'annulation du titre de perception contesté pour un motif de régularité en la forme n'implique pas nécessairement, compte tenu de la possibilité d'une régularisation par l'administration, l'extinction de la créance litigieuse, à la différence d'une annulation prononcée pour un motif mettant en cause le bien-fondé du titre.
7. L'annulation des titres de perception du 14 août 2020 et du 21 août 2020 résultant seulement d'un vice de forme, elle n'implique pas, aucun moyen de légalité interne n'étant invoqué, que Mme E soit déchargée de l'obligation de payer les sommes dont les titres l'ont constituée débitrice. Par suite, ses conclusions à fin de décharge doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
8. Mme E a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Jugieau renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Jugieau de la somme de 1 500 euros.
D E C I D E :
Article 1er : Les titres de perception émis le 14 août 2020 et le 21 août 2020 par le directeur départemental des finances publiques d'Indre-et-Loire sont annulés.
Article 2 : La décision du 1er février 2021 par laquelle la rectrice de l'académie d'Orléans-Tours a implicitement rejeté la réclamation présentée par Mme E est annulée.
Article 3 : L'Etat versera à Me Jugieau, avocat de Mme E, une somme de 1 500 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C E, au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, et à Me Jugieau.
Copie en sera adressée au recteur de l'académie d'Orléans-Tours.
Délibéré après l'audience du 18 avril 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,
Mme Defranc-Dousset, première conseillère,
M. Joos, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mai 2023.
Le rapporteur,
Emmanuel JOOS
La présidente,
Anne LEFEBVRE-SOPPELSA
La greffière,
Lucie BARRUET
La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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01/06/2026