mercredi 20 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2102396 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL WALTER & GARANCE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 6 juillet 2021 et le 7 décembre 2021, M. A et Mme D E, représentés par la société d'avocats Walter et Garance, demandent au tribunal :
1°) de prononcer la décharge partielle, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles ils ont été assujettis au titre de l'année 2017 ;
2°) de prononcer la décharge de la taxe additionnelle aux plus-values immobilières à laquelle ils ont été assujettis au titre de l'année 2017 ;
3°) de limiter le montant des intérêts de retard à la somme de 1 301 euros ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- les factures de construction qu'il convient de prendre en compte afin de majorer le prix d'acquisition des immeubles concernés figurent dans la comptabilité de la SARL G-Bati au compte client " E " ; elles correspondent aux travaux de viabilisation et de construction des deux immeubles qu'ils ont cédés ;
- la doctrine administrative référencée BOI-RFPI-20-20-20-10 n° 110 afférente aux opérations de construction réalisées, à titre occasionnel, indique expressément qu'en cas de construction par le cédant sur un terrain dont il était antérieurement propriétaire, le prix d'acquisition à retenir est constitué, outre du prix d'acquisition du terrain, du coût des travaux de construction s'entendant non seulement des travaux réalisés par une entreprise mais également du coût d'achat des matières premières par le contribuable pour ceux des travaux qu'il réalise lui-même. Ainsi, le coût d'achat des matériaux figurant sur la facture n° 212090 doit venir majorer le prix d'acquisition des immeubles ;
- il ne saurait être contesté qu'ils ont supporté le coût des factures litigieuses de travaux dès lors que l'administration fiscale les a considérés comme constitutifs d'un avantage en nature générateur de revenus distribués dans le cadre de la procédure de rehaussement de leurs revenus dont ils ont fait l'objet au titre des années 2013 et 2014 ;
- eu égard à la prise en compte de ces travaux, les plus-values réalisées s'élèvent aux montants de 69 756 euros pour la cession, le 13 mars 2017, à M. et Mme B, et de 69 241 euros pour la cession, le 7 juillet 2017, à M. C ;
- d'une part, les plus-values réalisées sont inférieures au seuil d'assujettissement à la taxe additionnelle aux plus-values immobilières, et, d'autre part, celle-ci ne saurait être mise à leur charge dès lors qu'elle ne leur a pas été notifiée dans le cadre de la proposition de rectification ;
- dès lors qu'ils justifient de la réalisation des travaux et du fait qu'ils en ont supporté le coût, aucun manquement délibéré ne saurait être retenu à leur encontre.
Par un mémoire enregistré le 10 septembre 2021, le directeur régional des finances publiques du Centre-Val de Loire et du département du Loiret conclut au non-lieu à statuer à raison du dégrèvement de la taxe additionnelle aux plus-values immobilières et au rejet des conclusions de la requête pour le surplus.
Il fait valoir que :
- est intervenue en cours d'instance une décision de dégrèvement de la taxe additionnelle aux plus-values immobilières à laquelle les requérants ont été assujettis au titre de l'année 2017 pour un montant de 3 266 euros ;
- les factures relatives aux travaux effectués et dont les requérants demandent la prise en compte au titre des dépenses de construction n'ont pas été enregistrées dans les écritures comptables de la société G-Bati, tandis que les requérants n'établissent pas en tout état de cause en avoir supporté le coût ;
- sur la détermination de la plus-value, le calcul proposé par les requérants qui prend en compte le montant des travaux contestés ne peut être retenu ;
- la majoration de 40 % pour manquement délibéré se justifie par le fait que les travaux litigieux n'ont été ni justifiés ni réglés par les requérants caractérisant une volonté délibérée d'éluder l'impôt. Au surplus, les factures produites sont entachées de nombreuses erreurs et invraisemblances faisant qu'elles présentent un caractère douteux quant à leur origine.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Lardennois,
- et les conclusions de Mme Doisneau-Herry, rapporteure publique.
Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme A et D E ont acquis le 16 mars 2007 un terrain situé 7 rue Pasteur à Corquilleroy qu'ils ont divisé en deux lots et sur lequel ils ont édifié deux maisons d'habitation qu'ils ont par la suite cédées les 11 mars 2017 et 7 juillet 2017. A cette occasion, ils ont déposé pour chacune des ventes une déclaration de plus-value immobilière modèle 2048 INM faisant état d'une plus-value nette imposable de 43 108 euros pour la première vente et de 39 250 euros pour la seconde. Ils ont fait l'objet d'un contrôle sur pièces de leur dossier fiscal personnel à l'occasion duquel l'administration leur a adressé, le 4 février 2020, une demande d'éclaircissement ou de justification modèle 2172 les invitant à produire des justificatifs sur les dépenses de construction et les frais de voirie, réseaux et distribution mentionnés sur leurs deux déclarations de plus-values de cessions d'immeubles. Par proposition de rectification du 15 octobre 2020, ils se sont vu notifier des rectifications des plus-values immobilières déclarées. A défaut d'observations de leur part, l'imposition supplémentaire a été mise en recouvrement le 30 novembre 2020 pour des montants en droits de 41 127 euros et en pénalités de 18 755 euros. Par une réclamation du 30 décembre 2020, ils ont contesté cette imposition. Leur contestation a été rejetée par une décision de l'administration fiscale du 7 mai 2021. M. et Mme E sollicitent la décharge partielle de l'imposition litigieuse ainsi que de la taxe additionnelle aux plus-values immobilières l'ayant assortie.
Sur l'étendue du litige :
2. Par une décision du 10 septembre 2021, postérieure à l'introduction de la requête, le directeur régional des finances publiques du Centre-Val de Loire et du département du Loiret a prononcé le dégrèvement total, en droits et pénalités, de la taxe additionnelle aux plus-values immobilières à laquelle M. et Mme E ont été assujettis au titre de l'année 2017. Par suite, les conclusions de la requête relative à cette taxe sont devenues sans objet. Il n'y a donc plus lieu de statuer à hauteur de 4 755 euros sur les conclusions présentées par M. et Mme E à fin de décharge de la taxe additionnelle aux plus-values immobilières à laquelle ils ont été assujettis au titre de l'année 2017.
Sur le bien-fondé de l'imposition restant en litige :
En ce qui concerne la charge de la preuve :
3. Aux termes de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales : " Lorsque, ayant donné son accord à la rectification ou s'étant abstenu de répondre dans le délai légal à la proposition de rectification, le contribuable présente cependant une réclamation faisant suite à une procédure contradictoire de rectification, il peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition, en démontrant son caractère exagéré. / Il en est de même lorsqu'une imposition a été établie d'après les bases indiquées dans la déclaration souscrite par un contribuable ou d'après le contenu d'un acte présenté par lui à la formalité de l'enregistrement ".
4. Il est constant que M. et Mme E n'ont pas répondu à la proposition de rectification du 15 octobre 2020. Ils doivent ainsi être réputés avoir accepté les rectifications en litige et ont, par suite, la charge d'apporter la preuve de l'exagération de l'imposition qu'ils contestent.
En ce qui concerne l'application de la loi fiscale :
5. Aux termes de l'article 150 U du code général des impôts : " I.- Sous réserve des dispositions propres aux bénéfices industriels et commerciaux, aux bénéfices agricoles et aux bénéfices non commerciaux, les plus-values réalisées par les personnes physiques (), lors de la cession à titre onéreux de biens immobiliers bâtis ou non bâtis (), sont passibles de l'impôt sur le revenu dans les conditions prévues aux articles 150 V à 150 VH () ". L'article 150 V du code général des impôts dispose que : " La plus ou moins-value brute réalisée lors de la cession de biens ou droits mentionnés aux articles 150 U à 150 UC est égale à la différence entre le prix de cession et le prix d'acquisition par le cédant ". Aux termes de l'article 150 VB du même code : " I. - Le prix d'acquisition est le prix effectivement acquitté par le cédant, tel qu'il a été stipulé dans l'acte (). / II.- Le prix d'acquisition est, sur justificatifs, majoré : / () 4° Des dépenses de construction, de reconstruction, d'agrandissement ou d'amélioration, supportées par le vendeur et réalisées par une entreprise depuis l'achèvement de l'immeuble ou son acquisition si elle est postérieure, lorsqu'elles n'ont pas été déjà prises en compte pour la détermination de l'impôt sur le revenu et qu'elles ne présentent pas le caractère de dépenses locatives () ". Il résulte de ces dispositions que le cédant d'un immeuble peut majorer, pour la détermination du montant de sa plus-value immobilière, le prix d'acquisition de ce dernier du montant des dépenses qu'il a exposées pour y faire réaliser, par une entreprise, une ou plusieurs des prestations de travaux qu'elles mentionnent. Il résulte cependant de la lettre même de ces dispositions qu'elles font obstacle à ce que le cédant puisse majorer ce prix d'acquisition des dépenses qu'il a supportées pour acquérir lui-même les matériaux nécessaires à la réalisation de ces travaux, dès lors que ces dépenses ne sont pas des dépenses exposées par une entreprise dans le cadre des prestations prévues par ces dispositions. Est sans incidence à cet égard la circonstance que le cédant confie à une entreprise la réalisation de travaux en vue desquels il a procédé à cette acquisition de matériaux.
6. M. et Mme E soutiennent qu'ils sont fondés à obtenir la décharge de l'imposition en litige, procédant de la remise en cause par l'administration fiscale du montant de la moins-value de cession des biens immobiliers dont ils étaient propriétaires, au regard des dispositions de l'article 150 VB du code général des impôts, par la prise en compte d'un montant total de travaux de construction de 113 735,70 euros, correspondant aux factures établies par la société G-Bati n° 212093 du 21 mai 2015 pour un montant de 28 215,60 euros relative à des travaux de viabilisation du terrain et n° 212090 du 27 avril 2015 pour un montant de 85 520,10 euros relative à la réalisation de fouilles en rigole, à un coffrage, à la mise en place d'une dalle en béton et à la fourniture de matériaux, et que le montant de ces dépenses de construction doit venir majorer le prix d'acquisition de l'immeuble, afin de réduire d'autant le montant de la plus-value imposable.
7. Toutefois, d'une part, ils n'établissent pas avoir effectivement acquitté les factures litigieuses, et d'autre part, s'agissant de la facture liée à la fourniture de matériaux, ils n'établissent pas ni même n'allèguent que les matériaux acquis directement par leurs soins ont été installés par une entreprise. Dans ces conditions, alors que les circonstances que l'administration a pu constater à l'occasion d'une précédente proposition de rectification relative aux années 2013 et 2014 la réalité des travaux menés et que les requérants ont été assujettis au titre de revenus d'origine indéterminée à raison des sommes correspondant aux factures litigieuses sont sans incidence, c'est à bon droit que l'administration a refusé aux requérants la majoration du prix d'acquisition du terrain du montant de ces dépenses.
En ce qui concerne l'interprétation administrative de la loi fiscale :
8. Les requérants ne sont pas fondés à se prévaloir, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, des énonciations de l'instruction administrative du 24 juin 2013 référencée BOI-RFPI-PVI-20-10-20-20 qui ne comportent aucune interprétation de la loi fiscale différente de celle dont il est fait application par le présent jugement.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de décharge présentées par M. et Mme E doivent être rejetées.
Sur la majoration de 40 % pour manquement délibéré :
10. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré () ".
11. Pour appliquer la majoration contestée, l'administration a relevé, d'une part, que les travaux litigieux n'ont été ni justifiés ni réglés par les requérants, et, d'autre part, que les factures fournies présentaient un caractère douteux quant à leur origine et que le recoupement opéré chez le fournisseur n'avait pas permis d'établir leur réalité. Dans ces conditions, alors que les requérants se bornent à faire valoir qu'ils justifient des dépenses de construction et qu'ils n'ont jamais eu la volonté d'éluder l'impôt, l'administration fiscale doit être regardée comme apportant la preuve, qui lui incombe, qu'ils ont sciemment tenté d'éluder tout ou partie des impositions dont ils sont redevables.
Sur les intérêts de retard :
12. Les requérants n'assortissent leurs conclusions à fin de réduction du montant des intérêts de retard d'aucun moyen propre permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, elles doivent être rejetées.
Sur les frais de l'instance :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, la somme réclamée au titre des frais de l'instance.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête à hauteur du dégrèvement d'un montant de 4 755 euros accordé le 10 septembre 2021 au titre de l'année 2017.
Article 2 : Les conclusions de la requête sont rejetées pour le surplus.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme A et D E et à la directrice régionale des finances publiques du Centre-Val de Loire et du département du Loiret.
Délibéré après l'audience du 1er décembre 2023 à laquelle siégeaient :
M. Guével, président,
M. Lardennois, premier conseiller,
Mme Dicko-Dogan, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2023.
Le rapporteur,
Stéphane LARDENNOIS
Le président,
Benoist GUÉVEL
Le greffier,
Alexandre HELLOT
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026