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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2102741

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2102741

lundi 22 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2102741
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantAARPI CATHELY ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 27 juillet 2021 et les 13 janvier 2022 et 28 avril 2022, M. A B, représenté par Me Ledeux, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner le syndicat intercommunal d'alimentation en eau potable (SIAEP) de Saint-Brisson-sur-Loire à lui verser en réparation des divers préjudices subis :

* à titre principal :

- 57 272 euros au titre de l'absence de congés payés entre 2004 et 2019 et 60 000 euros en réparation du préjudice moral en résultant ;

- 2 000 euros en réparation du préjudice moral résultant du non-respect des obligations de l'employeur en matière de prévention des risques ;

- 318,62 euros au titre des frais médicaux en lien avec son accident de service et 1 500 euros en réparation du préjudice moral résultant du refus de remboursement des frais non pris en charge par la sécurité sociale ;

- 297,96 euros au titre des frais juridiques en lien avec son accident de service et 1 500 euros en réparation du préjudice moral résultant du refus de prise en charge de ces frais bien qu'il bénéficie de la protection fonctionnelle ;

- 18 719,54 euros représentant le montant de la nouvelle bonification indiciaire (NBI) à laquelle il était en droit de prétendre depuis 2007 du fait des fonctions réellement exercées et 10 000 euros en réparation du préjudice moral résultant de l'inadéquation des fonctions exercées avec le grade réellement détenu ;

* à titre subsidiaire, en cas d'application de la prescription quadriennale :

- 14 702 euros au titre de l'absence de congés payés entre 2004 et 2019 et 14 500 euros en réparation du préjudice moral en résultant ;

- 2 000 euros en réparation du préjudice moral résultant du non-respect des obligations de l'employeur en matière de prévention des risques ;

- 318,62 euros au titre des frais médicaux en lien avec son accident de service et 1 500 euros en réparation du préjudice moral résultant du refus de remboursement des frais non pris en charge par la sécurité sociale ;

- 297,96 euros au titre des frais juridiques en lien avec son accident de service et 1 500 euros en réparation du préjudice moral résultant du refus de prise en charge de ces frais bien qu'il bénéficie de la protection fonctionnelle ;

- 5 465,90 euros représentant le montant de la NBI à laquelle il était en droit de prétendre du fait des fonctions réellement exercées et 3 076,92 euros en réparation du préjudice moral résultant de l'inadéquation de ses fonctions avec le grade détenu ;

* sommes augmentées des intérêts au taux légal à compter de la demande indemnitaire du 21 avril 2021, avec capitalisation des intérêts échus à la date du 21 avril 2022 ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date ;

2°) de mettre à la charge du SIAEP de Saint-Brisson-sur-Loire la somme de 3 000 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- depuis 2003 il assure seul, tout au long de l'année, de façon continue, en dehors des heures normales de travail, les astreintes liées à la télésurveillance de la station de traitement des eaux, ce qui ne lui a pas permis de bénéficier de ses congés annuels, a altéré sa santé et a eu une incidence sur sa vie privée et familiale ;

- cette situation illégale, qui a perduré jusqu'à ce qu'il soit placé en arrêt de travail en mai 2020, constitue une faute dont il est fondé à demander réparation ;

- le SIAEP a également commis une faute en ne remplissant pas ses obligations en matière de prévention des risques, d'une part, en mettant en place ces astreintes sans consultation préalable du comité d'hygiène et de sécurité et d'autre part, en n'informant pas le médecin de prévention de l'accident de service dont il a été victime le 26 mai 2020 et en le plaçant en congé de maladie ordinaire alors qu'il venait de subir un traumatisme dans le cadre de ses fonctions ;

- ces comportements fautifs du SIAEP ont entraîné un préjudice moral dont il est fondé à demander réparation ;

- alors qu'il a été victime d'un accident de service, il a droit à la prise en charge des frais engagés pour les soins nécessités par son état, non pris en charge par la sécurité sociale ; il est donc fondé à en demander le remboursement et alors que ce refus de prise en charge lui a causé un préjudice moral, il est fondé à en demander réparation ;

- alors que suite à l'agression dont il a été victime, le SIAEP lui a accordé sur sa demande le bénéfice de la protection fonctionnelle, les frais induits par la procédure l'opposant à l'usager auraient dû être pris en charge par le SIAEP, ce qui n'a pas été le cas ; il est donc fondé à en demander le remboursement et, alors que ce refus de prise en charge des frais induits par la procédure l'opposant à l'usager lui a causé un préjudice moral, il est fondé à en demander réparation ;

- alors qu'à partir de 2007, il a exercé outre ses fonctions, les fonctions de secrétaire général, ce qui ne correspond aucunement au grade qu'il détient, il aurait dû bénéficier de l'attribution de 30 points de NBI, qu'il n'a obtenus qu'à compter du 1er avril 2019 ; il est donc fondé à demander le versement du différentiel auquel il aurait pu prétendre depuis 2007 et alors que cette situation a perduré dans le temps il est fondé à demander la réparation du préjudice moral qui en est résulté.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 30 août 2021, le 5 avril 2022, le 24 juin 2022 et le 27 juillet 2022, le syndicat intercommunal d'alimentation en eau potable (SIAEP) de Saint-Brisson-sur-Loire, représenté par Me Morice, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- en application de l'article 2 de la loi du 31 décembre 1968 les demandes de M. B relatives au versement d'une indemnité compensatrice des congés payés non pris et au versement de 30 points de NBI en compensation des tâches accomplies en qualité de secrétaire général sont prescrites pour ce qui concerne la période antérieure au 1er janvier 2017 ; il en est de même s'agissant du préjudice moral en lien avec ces deux demandes ;

- alors que le requérant n'a jamais été contraint d'effectuer seul des astreintes car il n'était pas le seul agent en mesure de les réaliser et qu'un contrat avait été conclu avec la SAUR pour réaliser la surveillance des installations, et alors en outre qu'il s'est octroyé chaque mois le versement d'indemnités d'astreinte, il n'y a pas lieu de faire droit à ses demandes indemnitaires présentées à ce titre, les préjudices allégués n'étant pas établis ;

- la demande indemnitaire présentée au titre de la méconnaissance des obligations légales du SIAEP en matière de prévention des risques fait double emploi avec la demande indemnitaire présentée au titre des astreintes irrégulièrement effectuées et doit être rejetée ;

-s'agissant des frais médicaux dont le remboursement est demandé, alors que le requérant ne produit pas les documents attestant la réalité des dépenses effectuées à ce titre, sa demande doit être rejetée ;

- s'agissant des frais engagés par le requérant pour la défense de ses intérêts dans le cadre du litige l'opposant à un usager à la suite de son accident de service, le SIAEP est d'accord pour lui verser la somme de 266,95 euros en remboursement des frais engagés pour sa défense, le surplus demandé, non établi, devant être rejeté ;

- les demandes du requérant relatives au versement du différentiel de traitement auquel il aurait pu prétendre en qualité de secrétaire général du SIAEP dès 2011 sont prescrites en tant qu'elles concernent la période antérieure au 1er janvier 2017, et pour le surplus sont en cours de vérification ; son préjudice moral n'est en revanche pas établi ;

- alors que le requérant s'est adressé directement au tribunal sans formuler de demande auprès de la commune, le versement d'intérêts de retard n'est aucunement justifié.

Par une ordonnance du 17 août 2023 la clôture de l'instruction a été fixée au 30 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- la loi n° 68-250 du 31 décembre 1968 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 82-453 du 28 mai 1982 ;

- le décret n° 2017-97 du 26 janvier 2017 ;

- le décret n° 2000-815 du 25 août 2000 ;

- le décret n° 2001-623 du 12 juillet 2001 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Defranc-Dousset,

- les conclusions de M. Joos, rapporteur public,

- et les observations de Me Da Costa substituant Me Morice, représentant le SIAEP de Saint-Brisson-sur-Loire.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, recruté en qualité d'agent d'entretien stagiaire par le syndicat intercommunal d'alimentation en eau potable (SIAEP) de Saint-Brisson-sur-Loire en juillet 2001, a été titularisé dans ces fonctions le 1er juillet 2002. A compter de sa titularisation, il a assuré, en alternance avec un autre agent, les astreintes liées à la production d'eau potable. A partir de 2003 il aurait, selon ses déclarations, assuré seul ces astreintes, bien que la commune ait souscrit en 2009 un contrat de surveillance avec la société SAUR. Le 26 mai 2020, à la suite d'une altercation avec un usager, il a été placé en arrêt de travail par son médecin traitant. Cette altercation a été reconnue comme accident imputable au service et M. B a été placé en congé pour invalidité imputable au service jusqu'au 25 juin 2020. Le médecin l'ayant maintenu en arrêt de travail, le président du SIAEP l'a placé en congé de maladie ordinaire et a fait diligenter une expertise. Au vu des conclusions de l'expert, M. B a été rétroactivement maintenu en congé pour invalidité imputable au service à compter du 26 juin 2020. A cette même date, il a présenté une demande de protection fonctionnelle qui lui a été accordée le 30 juin 2020. M. B a été placé, sur sa demande, en position de disponibilité pour élever un enfant de moins de 12 ans à compter du 1er novembre 2020.

2. Par lettre du 21 avril 2021, il a présenté une réclamation indemnitaire auprès du SIAEP aux fins d'être indemnisé de différents chefs de préjudices qu'il estime avoir subis d'une part, à raison des astreintes qu'il a dû effectuer seul, tout au long de l'année, entre 2003 et 2019, le privant de congés annuels, au mépris des règles relatives au temps de travail, d'autre part, à raison du non-respect des règles de prévention des risques et de sécurité, applicables aux fonctionnaires territoriaux. Il demande également le remboursement des frais médicaux non pris en charge par la sécurité sociale, engendrés par son accident de service, ainsi que le remboursement des frais engagés pour la défense de ses intérêts dans le cadre du litige l'opposant à l'usager avec lequel il a eu une altercation et la réparation du préjudice résultant de l'exercice, depuis 2011, des fonctions de secrétaire général du SIAEP sans contrepartie financière, alors que ces attributions ne sont pas en adéquation avec son grade. L'absence de réponse du SIAEP à l'issue d'un délai de deux mois a fait naître une décision implicite de rejet de sa demande. Par la présente requête, il demande au tribunal de condamner le SIAEP à lui verser en réparation du préjudice résultant des astreintes qu'il a dû effectuer seul, tout au long de l'année, entre 2003 et 2020, le privant de congés annuels la somme 57 272 euros ainsi que la somme de 60 000 euros en réparation du préjudice moral en résultant, d'autre part, à lui verser la somme de 2 000 euros à raison du préjudice moral résultant du non-respect des règles de sécurité et de prévention des risques applicables aux fonctionnaires territoriaux, et également le remboursement des frais médicaux, non pris en charge par la sécurité sociale, engendrés par son accident de service, représentant la somme de 318,62 euros ainsi que la somme 1 500 euros au titre du préjudice moral en résultant, la somme de 297,96 euros au titre des frais engagés pour la défense de ses intérêts dans le cadre du litige l'opposant à un usager à la suite de son accident de service et la somme de 1 500 euros pour le préjudice moral en résultant, et les sommes de 18 719,54 euros en réparation du préjudice résultant de l'exercice depuis 2011 des fonctions de secrétaire général du SIAEP, sans contrepartie financière, alors que ces attributions ne sont pas en adéquation avec son grade et la somme de 10 000 euros au titre du préjudice moral en résultant.

Sur l'exception de prescription quadriennale :

3. Aux termes de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'Etat, les départements, les communes et les établissements publics : " Sont prescrites, au profit de l'Etat, des départements et des communes, sans préjudice des déchéances particulières édictées par la loi, et sous réserve des dispositions de la présente loi, toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis./() ". Aux termes de l'article 2 de cette même loi : " La prescription est interrompue par : Toute demande de paiement ou toute réclamation écrite adressée par un créancier à l'autorité administrative, dès lors que la demande ou la réclamation a trait au fait générateur, à l'existence, au montant ou au paiement de la créance, alors même que l'administration saisie n'est pas celle qui aura finalement la charge du règlement. /() ".

4. Lorsqu'un litige oppose un agent public à son administration sur le montant des rémunérations auxquelles il a droit, le fait générateur de la créance se trouve en principe dans les services accomplis par l'intéressé. Dans ce cas, le délai de prescription de la créance relative à ces services court, sous réserve des cas prévus à l'article 3 de la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968, à compter du 1er janvier de l'année suivant celle au titre de laquelle ils auraient dû être rémunérés, y compris lorsque le litige porte sur un prélèvement indu, à la condition qu'à cette date l'étendue de cette créance puisse être mesurée. Lorsque le préjudice allégué résulte non des règles relatives à la rémunération ou de leur application mais d'une décision individuelle explicite illégale, le fait générateur de la créance doit alors être rattaché, sous les mêmes réserves, non à l'exercice au cours duquel la décision a été prise, mais à celui au cours duquel elle a été valablement notifiée.

5. Il résulte de l'instruction que M. B a présenté le 21 avril 2023 auprès du SIAEP de Saint-Brisson-sur-Loire une demande d'indemnisation des préjudices qu'il estime avoir subis résultant d'une part, de l'accomplissement d'astreintes effectuées seul, durant toute l'année, au titre de la surveillance du réseau d'eau potable, à compter de 2004 et jusqu'à sa mise en disponibilité en décembre 2020 et, d'autre part, de l'exercice des fonctions de secrétaire général du SIAEP, de 2007 à avril 2019, date à laquelle il s'est vu octroyer sur sa demande 30 points de NBI. Alors qu'à la date de sa demande, reçue au SIAEP le 23 avril 2021, les créances réclamées au titre de la période allant du 1er janvier 2003 au 31 décembre 2016, étaient prescrites, l'exception de prescription opposée par le SIAEP doit être accueillie.

6. Il résulte de ce qui précède que les demandes de M. B, en tant qu'elles portent sur des créances antérieures au 1er janvier 2017, doivent être rejetées.

Sur le surplus des conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne les astreintes irrégulièrement effectuées

7. Si l'illégalité dont est entachée une décision administrative constitue une faute de nature à engager la responsabilité de la puissance publique, elle n'est de nature à ouvrir droit à réparation que dans la mesure où son application a entraîné un préjudice direct et certain.

8. M. B demande la condamnation du SIAEP à l'indemniser du préjudice qui résulte des astreintes effectuées seul, entre 2003 et 2020, qui l'auraient privé de congés annuels en méconnaissance de la réglementation du temps de travail. Toutefois, il résulte de l'instruction et plus spécialement des délibérations du SIAEP des 11 mars 2002 et 18 décembre 2003, que les astreintes pouvaient être réalisées au moins par deux agents et qu'un contrat a été conclu par le SIAEP avec la société SAUR en 2009 pour 5 ans et renouvelé en 2014 afin de suppléer le fontainier pendant ses absences et assurer la surveillance, l'entretien et les réparations d'urgence des installations de distribution publique d'eau potable. Le requérant qui affirme que la convention n'a jamais été mise en œuvre, produit des états d'intervention validés par le président du SIAEP, relatifs aux années 2011 à 2019. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point 5, les créances antérieures au 1er janvier 2017 sont prescrites. De plus, il apparaît que si le requérant a effectué seul ces astreintes cela résulte d'un choix personnel, alors que d'autres agents pouvaient les réaliser en alternance avec lui, que les astreintes réalisées en 2017 et 2018 lui ont été payées et qu'il a été en congés durant l'été 2019 et en congé de maladie à partir de mai 2020. Par suite, quand bien même il n'aurait pas dû, au regard de la réglementation concernant la durée du temps de travail, effectuer toutes les astreintes déclarées, il résulte de l'instruction qu'il en a été indemnisé. Par suite, il ne peut se prévaloir d'aucun préjudice financier.

9. Par ailleurs, s'il soutient que la réalisation de ces astreintes a entrainé un préjudice moral, lequel résulte des troubles portés à ses conditions d'existence et des conséquences de ces astreintes sur sa santé, indiquant avoir souffert de dépression réactionnelle en lien avec les astreintes imposées sans respecter des bornes légales, par ses seules allégations il n'établit aucunement la réalité des préjudices dont il allègue. Par suite, sa demande ne peut qu'être rejetée.

En ce qui concerne le non-respect de la réglementation en matière de sécurité et de prévention des risques

10. Si le requérant soutient sans contredit que la mise en place des astreintes au sein du SIAEP a été effectuée sans consultation préalable du comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT), en méconnaissance des dispositions la loi du 13 juillet 1983 modifiée, portant droits et obligations des fonctionnaires et du décret du 12 juillet 2001 rendant applicable les dispositions du décret du 25 août 2000 relatif à l'aménagement et à la réduction du temps de travail dans la fonction publique de l'Etat à la fonction publique territoriale, il n'établit pas l'existence d'un lien direct et certain entre le préjudice moral dont il se prévaut et l'illégalité dénoncée.

11. Par ailleurs, il résulte de l'instruction qu'à la suite d'une altercation avec un usager, le requérant a été placé en arrêt de travail, reconnu comme accident imputable au service par le SIAEP, lequel l'a placé, à compter du 26 mai 2020, en congé pour invalidité temporaire imputable au service (CITIS). Cet arrêt de travail ayant été prolongé, à compter du 26 juin 2020 il a été placé en congé de maladie ordinaire dans l'attente de l'avis du médecin expert, désigné par le SIAEP, sur lien éventuel entre la pathologie déclarée et son activité professionnelle. L'expert ayant conclu à l'existence de ce lien, M. B a été rétroactivement placé en CITIS. A supposer même que cela puisse constituer une faute, dès lors qu'au regard des textes applicables il aurait dû être maintenu en CITIS avant d'être éventuellement placé rétroactivement en congé de maladie ordinaire, il n'en n'est résulté aucun préjudice pour le requérant, la circonstance que son employeur ait tenu à vérifier l'existence d'un lien entre son activé professionnelle et sa pathologie ne pouvant être regardée comme constitutive d'un préjudice moral. Il ne peut davantage se prévaloir d'un préjudice moral en affirmant que son employeur ne lui a apporté aucun soutien à la suite de cet accident alors qu'il a obtenu le bénéfice de la protection fonctionnelle dans les 4 jours suivant sa demande.

12. En outre, s'il soutient qu'en application des dispositions de l'article 27 du décret du 28 mai 1982 relatif à l'hygiène et à la sécurité du travail ainsi qu'à la prévention médicale dans la fonction publique le médecin du travail aurait dû être informé de son accident de service, à supposer même que cela puisse constituer une faute, il n'établit pas la nature du préjudice qui en serait résulté.

En ce qui concerne le remboursement des frais médicaux engagés

13. Aux termes de l'article 21bis de la loi du 13 juillet 1983 dans sa version applicable au litige : " I. - Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à un accident reconnu imputable au service, à un accident de trajet ou à une maladie contractée en service définis aux II, III et IV du présent article. Ces définitions ne sont pas applicables au régime de réparation de l'incapacité permanente du fonctionnaire. /Le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident. La durée du congé est assimilée à une période de service effectif. L'autorité administrative peut, à tout moment, vérifier si l'état de santé du fonctionnaire nécessite son maintien en congé pour invalidité temporaire imputable au service. (.) ".

14. S'il résulte des dispositions rappelées au point précédent que le défaut de prise en charge de frais médicaux en lien avec un accident de service méconnaît les dispositions de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 et par suite constitue une faute, il résulte de l'instruction que le requérant qui demande le remboursement de plusieurs consultations médicales et des frais de déplacement liés à ses consultations, ne produit ni les factures afférentes ni les bordereaux de la caisse primaire d'assurance maladie et de son éventuelle mutuelle, propres à établir la réalité du préjudice financier dont il se prévaut. Par suite, la demande de remboursement de frais médicaux présentée par M. B doit être rejetée.

15. Il en est de même du préjudice moral allégué, lequel n'est nullement établi.

En ce qui concerne les frais exposés en lien avec la procédure pénale diligentée à la suite de l'altercation du 26 mai 2020

16. Aux termes de l'article 2 du décret du 26 janvier 2017 relatif aux conditions et aux limites de la prise en charge des frais exposés dans le cadre d'instances civiles ou pénales par l'agent public ou ses ayants droit : " La demande de prise en charge des frais exposés dans le cadre d'une instance civile ou pénale au titre de la protection fonctionnelle est formulée par écrit auprès de la collectivité publique qui emploie l'agent à la date des faits en cause ou des faits ayant été imputés de façon diffamatoire./(.) ". Aux termes de l'article de ce même décret : " Dans le cas où la convention prévue à l'article 5 n'a pas été conclue, la prise en charge des frais [d'avocat]exposés est réglée directement à l'agent sur présentation des factures acquittées par lui. /Le montant de prise en charge des honoraires par la collectivité publique est limité par des plafonds horaires fixés par arrêté conjoint du ministre chargé de la fonction publique, du ministre de la justice et du ministre chargé du budget. ". Enfin, aux termes de l'article 8 de ce décret : " Pour chaque instance, l'agent public peut demander, sur justificatifs, le remboursement de ses frais de déplacement ou d'hébergement liés à l'instance dans les conditions et selon les modalités de règlement des frais occasionnés par les déplacements prévues par les dispositions applicables dans la fonction publique dont il relève./La collectivité n'est pas tenue de rembourser les frais engagés par l'agent pour des déplacements ou de l'hébergement dont le nombre ou la fréquence sont manifestement sans rapport avec les nécessités de sa défense. ".

17. Il résulte de l'instruction que M. B a obtenu, par décision du 30 juin 2020, le bénéfice de la protection fonctionnelle au titre des faits survenus le 26 mai 2020. Il a donc droit à la prise en charge des frais exposés dans le cadre de la procédure pénale engagée à la suite de ces faits, sous réserve de la production de justificatifs. Toutefois, s'il établit avoir exposé une somme de 200 euros au titre de frais d'honoraires d'avocat, ainsi que la réalité des frais kilométriques engagés pour effectuer un déplacement au cabinet de cet avocat, ainsi que trois allers-retours à la gendarmerie dans le cadre de la plainte déposée, l'ensemble de ces déplacements étant évalués à la somme de 66,95 euros, il n'établit pas avoir supporté d'autres frais juridiques. En conséquence, il y a lieu de condamner le SIAEP à lui verser une seule somme totale de 266,95 euros à titre de dommages et intérêts en réparation de ce préjudice financier. En revanche, ses conclusions tendant à la réparation d'un préjudice moral associé, au demeurant inexistant, doivent être rejetées.

En ce qui concerne l'exercice des fonctions de secrétaire général sans contrepartie financière entre 2007 et le 1er avril 2019

18. M. B se prévaut sans contredit de ce qu'il a exercé les fonctions de secrétaire général du SIAEP de 2011 à avril 2019 sans aucune contrepartie financière, alors en outre que ces missions ne correspondaient aucunement au grade qu'il détenait. Il indique avoir obtenu, sur sa demande, à compter du 1er avril 2019, l'attribution de 30 points de NBI en compensation de cette activité. Toutefois, ainsi qu'il le soutient, ces fonctions ne relèvent aucunement des attributions pouvant être confiées à un adjoint technique territorial de deuxième classe. Par suite, en lui confiant ces fonctions, de surcroit sans contrepartie financière, le SIAEP a commis une faute dont le requérant est fondé à demander réparation.

19. Si M B indique avoir subi un préjudice financier, lequel résulte des services accomplis en qualité de secrétaire général du SIAEP entre 2011 et avril 2019, ainsi qu'il a été dit au point 5, les créances antérieures au 1er janvier 2017 sont prescrites. C'est donc à bon droit que le SAIEP a opposé l'exception de prescription résultant de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'Etat, les départements, les communes et les établissements publics, M. B n'ayant présenté sa réclamation indemnitaire que le 23 avril 2021. Néanmoins, M. B ayant exercé irrégulièrement les fonctions de secrétaire général du SIAEP, sans contrepartie financière, entre janvier 2017 et avril 2019, il est fondé a demander réparation du préjudice financier subi. Il en sera fait une juste appréciation en condamnant le SIAEP à lui verser la somme de 3 800 euros.

20. En revanche, le préjudice moral associé n'étant pas établi, alors que M B n'a jamais présenté de demande à la collectivité employeur antérieurement à la présente instance, il y a lieu de rejeter la demande présentée à ce titre.

Sur les intérêts et la capitalisation :

21. D'une part, aux termes de l'article 1231-6 du code civil : " Les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d'une obligation de somme d'argent consistent dans l'intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure. Ces dommages et intérêts sont dus sans que le créancier soit tenu de justifier d'aucune perte () ". Il résulte de ces dispositions que lorsqu'ils sont demandés, et quelle que soit la date de la demande, les intérêts des indemnités allouées sont dus à compter du jour où la demande de réclamation de la somme principale est parvenue à la partie débitrice ou, à défaut, à compter de la date d'enregistrement au greffe du tribunal administratif des conclusions tendant au versement de cette indemnité. D'autre part, aux termes de l'article 1343-2 du code civil : " Les intérêts échus, dus au moins pour une année entière, produisent intérêt si le contrat l'a prévu ou si une décision de justice le précise ".

22. M. B a droit aux intérêts au taux légal sur la somme de 3 800 euros mise à la charge du SIAEP de Saint-Brisson-sur-Loire à compter du 23 avril 2021, date de réception de la réclamation préalable qu'il lui a adressée. Il a également droit à la capitalisation de ces intérêts à la date à laquelle ils étaient dus, pour la première fois, pour une année entière ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

Sur les frais liés au litige :

23. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par M. B sur le fondement de ces dispositions soit mise à la charge du SIAEP de Saint-Brisson-sur Loire. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B la somme que la SIAEP de Saint-Brisson-sur-Loire demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Le syndicat intercommunal d'alimentation en eau potable de Saint-Brisson-sur-Loire est condamné à verser à M. B la somme totale de 3 800 (trois mille huit cent) euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 23 avril 2021 date de réception de sa réclamation préalable, eux-mêmes capitalisés.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Les conclusions présentées par le syndicat intercommunal d'alimentation en eau potable de Saint-Brisson-sur-Loire au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au syndicat intercommunal d'alimentation en eau potable de Saint-Brisson-sur-Loire.

Délibéré après l'audience du 2 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,

Mme Best-De Gand, première conseillère,

Mme Defranc-Dousset, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juillet 2024.

La rapporteure,

Hélène DEFRANC-DOUSSET

La présidente,

Anne LEFEBVRE-SOPPELSALe greffier,

Vincent DUNET

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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