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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2102779

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2102779

jeudi 22 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2102779
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantCABINET CASADEI-JUNG

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 juillet 2021, la société Brient, représentée par Me de la Taste, demande au tribunal :

1°) d'annuler le titre 2020-TR2025569 d'un montant de 38 120 euros émis par l'agence de l'eau Loire-Bretagne (AELB) le 7 décembre 2020 au titre de la redevance pour pollution de l'eau d'origine non domestique pour 2019 ;

2°) d'annuler la décision de l'agence de l'eau Loire-Bretagne du 18 juin 2021 rejetant son recours administratif ;

3°) de mettre à la charge de l'agence de l'eau Loire-Bretagne la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le titre de recette n'indique pas de manière précise les bases de la liquidation ; la vérification de la ligne V305 est impossible, ce code n'existant pas ;

- aucune preuve de la non-conformité de son dispositif d'auto-surveillance n'a été apportée ;

- les modalités de détermination de la redevance réclamée à la société Brient ne respectent ni le principe d'égalité devant les charges publiques, ni le principe de proportionnalité.

Par un mémoire enregistré le 30 juin 2022, l'agence de l'eau Loire-Bretagne, représentée par Me Tissier-Lotz, conclut au rejet de la requête et demande que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de la requérante sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- dans le cadre du contrôle des dispositions d'auto-surveillance des systèmes d'assainissement, l'AELB a, par courrier du 18 juin 2020, transmis à Rennes Métropole les résultats de son expertise technique de laquelle il ressort, que le système de traitement a été jugé incorrect ; ainsi, à défaut de données ou de validation, sont applicables les dispositions du tableau n° 6 de l'arrêté du 21 décembre 2007 qui prévoit la détermination de la valeur forfaitaire du coefficient d'élimination de la pollution ;

- par courrier du 22 septembre 2020, le directeur de l'AELB a informé la requérante du montant de sa redevance en joignant le décompte ; l'avis des sommes à payer communiqué par la société Brient se compose de 4 pages comportant en page 2/4 la signification des différents renvois de chaque tableau ; un tableau de calcul de l'assiette de pollution (page 3/4) avec la pollution produite et la pollution évitée par la station d'épuration, un tableau de calcul du montant de la redevance pour chaque élément de pollution (page 4/4) ;

- le code d'activité V305 a été mentionné par la société elle-même dans sa déclaration ; si le tableau n°2 de l'arrêté précité vise le code K312, il s'agit là d'un code d'activité forfaitaire applicable uniquement en l'absence de campagne générale de mesure du niveau de pollution produite ;

- la société Brient a fait l'objet d'une campagne de mesures du 9 octobre au 12 octobre 2001 à l'initiative de l'AELB ; la précédente intervention avait été effectuée du 30 mai au 1er juin 1994 ; c'est sur la base de cette campagne générale de mesures, que le niveau théorique de pollution pour le code d'activité V 305 a été déterminé ;

- la circonstance que les éléments de la non-conformité de la station d'épuration n'ont pas été communiqués n'est pas de nature à démontrer l'insuffisance de la motivation du titre attaqué ;

-en 2019, l'auto-surveillance a été qualifiée d'incorrecte du fait d'un écart trop élevé (supérieur à 10%) entre les débits d'entrée et de sortie d'ouvrage d'épuration ; cet écart s'explique par un défaut d'entretien notable (présence d'algues dans le dispositif de mesures) qui a perduré tout au long de l'année 2019 ;

- la redevance ainsi mise à la charge de la requérante n'a pas le caractère d'une sanction ; la société ne peut donc soutenir que cette sanction serait disproportionnée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- l'arrêté du 21 décembre 2007 relatif aux modalités d'établissement des redevances pour pollution de l'eau et pour modernisation des réseaux de collecte ;

- l'arrêté du 1er juillet 2013 fixant la liste des personnes morales de droit public relevant des administrations publiques mentionnées au 4° de l'article 1er du décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique ;

- le code de justice administrative

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Jaosidy,

- les conclusions de Mme Dumand, rapporteure publique,

- et les observations de Me Tissier-Lotz, représentant l'agence de l'eau Loire-Bretagne.

Considérant ce qui suit :

1. La société Brient fabrique des salaisons sur son site de Mordelles (Ille-et-Vilaine) , raccordé à la station d'épuration de Mordelles, gérée par la communauté d'agglomération de Rennes Métropole dans le cadre d'une concession de service public. A ce titre, elle est assujettie aux redevances pour pollution de l'eau d'origine non domestique et pour modernisation des réseaux de collecte. Par une lettre du 22 septembre 2020, l'agence de l'eau Loire-Bretagne a informé la société requérante que le montant de la redevance pollution allait s'élever pour 2019 à 38 120 euros, en raison d'une diminution de la prime pour pollution évitée par la station d'épuration collective à laquelle l'établissement est raccordé, en l'absence d'une auto-surveillance conforme. Le 7 décembre 2020, l'Agence de l'eau Loire-Bretagne a notifié à la société Brient un titre de recettes d'un montant de 38 120 euros au titre de l'année 2019.

Sur la régularité formelle du titre de recettes :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 213-11-8 du code de l'environnement : " Un ordre de recette émis par le directeur de l'agence et pris en charge par l'agent comptable est notifié au contribuable pour le recouvrement des redevances ainsi que des intérêts de retard et des majorations dont elles sont le cas échéant assorties. Cet ordre de recette mentionne la somme à acquitter au titre de chaque redevance, la date de mise en recouvrement, la date d'exigibilité et la date limite de paiement. ". En vertu du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique rendu applicable à l'agence de l'eau Loire-Bretagne par l'arrêté du 1er juillet 2013 susvisé, celle-ci ne peut mettre en recouvrement une créance sans indiquer, soit dans le titre de perception lui-même, soit par une référence précise à un document joint à ce titre ou précédemment adressé au débiteur, les bases et les éléments de calcul sur lesquels elle s'est fondée pour déterminer le montant de la créance.

4. Le titre exécutoire litigieux comporte des tableaux récapitulant, pour chaque type d'activité polluante identifiée par un code d'activité, la pollution annuelle produite avec l'indication du nombre d'unités de la " grandeur caractéristique " retenue, laquelle résulte des éléments déclarés ou à défaut estimés d'office par l'agence, la pollution annuelle évitée par l'établissement ainsi que la pollution rejetée dans le milieu, correspondant à la différence entre la pollution produite et la pollution évitée, le taux applicable et, sous l'intitulé " décompte de la redevance ", l'ensemble des textes et modalités de calcul de cette redevance. Par suite, le titre de recettes comportait les bases et les modalités de calcul de la créance. La société requérante a ainsi été régulièrement informée des bases et éléments de calcul des sommes dont il lui était demandé le règlement et a été ainsi mise à même de contester, notamment, le nombre d'unités de grandeur caractéristique retenu par l'agence de l'eau pour calculer la pollution produite par chaque activité ainsi que la pollution évitée.

Sur le bien-fondé du titre de recettes :

5. Aux termes de l'article L. 213-10-2 du code de l'environnement : " I. - Toute personne () dont les activités impliquent des utilisations de l'eau assimilables aux utilisations à des fins domestiques, dont les activités entraînent le rejet d'un des éléments de pollution mentionnés au IV dans le milieu naturel directement ou par un réseau de collecte, est assujettie à une redevance pour pollution de l'eau d'origine non domestique. / II. - L'assiette de la redevance est la pollution annuelle rejetée dans le milieu naturel égale à douze fois la moyenne de la pollution moyenne mensuelle et de la pollution mensuelle rejetée la plus forte. Elle est composée des éléments mentionnés au IV. / Elle est déterminée directement à partir des résultats du suivi régulier de l'ensemble des rejets, le dispositif de suivi étant agréé et contrôlé par un organisme mandaté par l'agence de l'eau. Toutefois, lorsque le niveau théorique de pollution lié à l'activité est inférieur à un seuil défini par décret ou que le suivi régulier des rejets s'avère impossible, l'assiette est déterminée indirectement par différence entre, d'une part, un niveau théorique de pollution correspondant à l'activité en cause et, d'autre part, le niveau de pollution évitée par les dispositifs de dépollution mis en place par le redevable ou le gestionnaire du réseau collectif. / Le niveau théorique de pollution d'une activité est calculé sur la base de grandeurs et de coefficients caractéristiques de cette activité déterminés à partir de campagnes générales de mesures ou d'études fondées sur des échantillons représentatifs. / La pollution évitée est déterminée à partir de mesures effectuées chaque année, le dispositif de suivi étant agréé par l'agence de l'eau ou, à défaut, à partir de coefficients évaluant l'efficacité du dispositif de dépollution mis en œuvre. () ".

6. D'une part, s'agissant de la pollution produite par l'établissement, aux termes de l'article R. 213-48-7 de ce code : " I. - En l'absence de dispositif agréé de suivi régulier des rejets ou de communication des résultats d'un tel dispositif, l'agence de l'eau détermine un niveau théorique de pollution à partir des résultats d'une campagne générale de mesures des rejets de l'établissement considéré ou, à défaut, en application de l'article R. 213 48-8. / II. - La campagne générale de mesures porte sur les rejets de l'établissement avant mise en œuvre d'un dispositif de dépollution. () ". Aux termes de l'article R. 213-48-8 du même code, dans sa rédaction applicable : " En l'absence de dispositif agréé de suivi régulier des rejets, de communication des résultats d'un tel dispositif ou de résultats d'une campagne générale de mesures des rejets de l'établissement considéré, l'agence de l'eau fixe, pour chaque élément constitutif de la pollution, un niveau théorique de pollution en multipliant le nombre d'unités de la grandeur caractérisant l'activité par un niveau forfaitaire de pollution théorique produite par unité déterminé à partir de résultats de campagnes générales de mesures des rejets d'établissements réalisant la même activité. / En l'absence de tels résultats, un arrêté du ministre chargé de l'environnement définit, par activité et pour chaque élément constitutif de la pollution, un niveau forfaitaire de pollution théorique produite par unité de grandeur caractéristique sur la base d'études fondées sur des résultats de mesures des rejets d'un échantillon d'établissements représentatifs de l'activité considérée. ".

7. Aux termes de l'article L. 213-11 du code de l'environnement : " Les personnes susceptibles d'être assujetties aux redevances mentionnées aux articles L. 213-10-2 () déclarent à l'agence de l'eau les éléments nécessaires au calcul des redevances mentionnées à l'article L. 213-10 avant le 1er avril de l'année suivant celle au titre de laquelle ces redevances sont dues. " Aux termes de l'article R. 213-48-21 du code de l'environnement : " I. La déclaration prévue à l'article L. 213-11 pour les redevances mentionnées aux articles

L. 213-10-2 () est souscrite pour chaque année civile par toute personne susceptible d'être assujettie. () "

8. Il résulte de l'instruction que la société Brient n'a mis en place ni le dispositif agréé de suivi régulier des rejets ni le dispositif d'auto-surveillance conforme, prévus à l'article R. 213-48-8 du code de l'environnement. Dans ces conditions, l'agence de l'eau Loire-Bretagne a fixé, pour chaque élément constitutif de la pollution, un niveau de pollution déterminé à partir d'une campagne générale de mesures des rejets de l'établissement considéré réalisée en 2011.

9. D'autre part, s'agissant de la pollution évitée, aux termes de l'article R. 213-48-9 du code de l'environnement : " II. -Si l'établissement du redevable est raccordé à un réseau collectif d'assainissement, la pollution évitée grâce aux dispositifs mis en place par le gestionnaire du réseau est calculée pour chaque élément constitutif de la pollution en multipliant la pollution annuelle rejetée dans le réseau par le coefficient d'efficacité de la collecte et par le coefficient de dépollution déterminés dans les conditions fixées aux deux alinéas suivants. () ". L'annexe VI de l'arrêté du 21 décembre 2007 susvisé précise que : " -dans le cas d'un ouvrage collectif de dépollution assurant le traitement des eaux usées d'une agglomération d'assainissement, les données prises de compte pour le calcul de la pollution éliminée sont celles produites en application des dispositions du chapitre 5 de l'arrêté du 22 juin 2007 mentionné au point a ci-dessus. A défaut de données ou de leur validation, les dispositions du tableau n° 6 ci-dessus sont applicables ". Le tableau n° 6 figurant à l'annexe VI de l'arrêté du 21 décembre 2007 détermine la valeur forfaitaire du coefficient d'élimination de la pollution, en fonction notamment du dispositif d'épuration de l'installation.

10. Il résulte de l'instruction que par un courrier du 18 juin 2020, l'agence de l'eau Loire Bretagne a informé la communauté d'agglomération de Rennes des résultats de son expertise technique de la station d'épuration de Mordelles. Ce courrier précise que les résultats de l'expertise conduisent au rejet du dispositif d'autosurveillance des rejets, en raison de l'existence d'un bilan hydraulique insuffisant, caractérisé par des écarts supérieurs à 10% entre le débit d'entrée et de sortie de la station. Il est constant que la communauté d'agglomération n'a présenté aucune observation s'agissant de la campagne 2019 et s'est engagée à rectifier le dispositif mis en place pour la campagne 2020. La circonstance que la société Brient n'ait pas été informée, en sa qualité d'usager de la station d'épuration, du rejet du dispositif d'autosurveillance est par elle-même sans incidence sur le bien-fondé de la redevance en litige et aucune disposition législative ou règlementaire n'impose la communication de ces éléments à l'usager du dispositif d'assainissement.

11. La circonstance tirée de ce que l'activité référencée V305 " salaisons " ne figure pas dans la liste des activités définies par le tableau n°2 à l'annexe V de l'arrêté du 21 décembre 2007 est, dans les circonstances de l'espèce, sans incidence sur le bien-fondé de la redevance, dans la mesure, où, d'une part, l'intitulé de cette activité a été définie par la société requérante. D'autre part, les éléments constitutifs de pollution fondant la redevance litigieuse sont ceux correspondant à l'activité K 312 " salaisons " et résultant de la campagne de mesure de l'année 2011.

12. Pour les motifs exposés aux points précédents, le moyen tiré de ce que la redevance en litige, liquidée en application des dispositions du code de l'environnement et de l'arrêté du 12 décembre 2007, revêtirait un caractère disproportionné, ne peut qu'être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la société Brient doit être rejetée.

Sur les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'agence de l'eau Loire-Bretagne, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande la société Brient. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société requérante la somme demandée par l'agence de l'eau Loire-Bretagne.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Brient est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par l'agence de l'eau Loire-Bretagne sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Brient et à l'agence de l'eau Loire-Bretagne.

Délibéré après l'audience du 8 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Delamarre, présidente,

M. Jaosidy, premier conseiller,

Mme Pajot, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juin 2023.

Le rapporteur,

Jean-Luc JAOSIDY

La présidente,

Anne-Laure DELAMARRE

La greffière,

Aurore MARTIN

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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