jeudi 3 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2102954 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | VAILLANT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 16 août 2021, M. A B, représenté par Me Vaillant, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 21 juin 2021 par lequel le préfet de Loir-et-Cher lui a interdit d'exercer pour une durée de trois ans, contre rémunération ou à titre bénévole, toutes fonctions mentionnées à l'article L. 212-1 du code du sport et à l'article L. 227-10 du code de l'action sociale et des familles ;
2°) de condamner l'Etat à lui verser une somme d'un montant qui ne saurait être inférieur à 8 000 euros, à titre de dommages et intérêts ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée de vices de procédure dès lors que la formation spécialisée du conseil départemental de la jeunesse, des sports et de la vie associative de Loir-et-Cher n'était pas compétente pour émettre un avis, qu'il n'a pas été à même de préparer utilement sa défense et que l'avis de cette commission ne lui a pas été communiqué ;
- elle méconnaît la présomption d'innocence ;
- la sanction prononcée à son encontre est disproportionnée au regard de la nature des faits qui lui sont reprochés et de son expérience professionnelle.
Par un mémoire en défense enregistré le 7 février 2022, le préfet de Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- les conclusions indemnitaires sont irrecevables en l'absence de demande préalable ayant lié le contentieux ;
- aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code du sport ;
- le décret n°2006-665 du 7 juin 2006 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique le rapport de Mme Bernard et les conclusions de M. Gauthier, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B a été recruté, à compter du 31 août 2016, en qualité d'adjoint territorial d'animation pour l'encadrement des accueils de loisirs périscolaires et des accueils de loisirs sans hébergement de la commune de Blois. Il exerçait par ailleurs, à titre bénévole, la fonction d'entraîneur de l'équipe féminine de football U18 de l'association sportive " Chailles/Candé 99 ", dans le Loir-et-Cher (41). A la suite d'un signalement du responsable de la section féminine de cette association portant sur l'échange de messages inappropriés avec deux jeunes licenciées mineures, le préfet de Loir-et-Cher a pris à l'encontre de M. B, le 28 décembre 2020, un arrêté lui interdisant d'exercer pendant six mois les fonctions d'entraîneur sportif, selon la procédure d'urgence prévue à l'article L. 212-13 du code du sport. Puis, considérant que le maintien en activité de l'intéressé, tant en ce qui concerne ses fonctions bénévoles d'entraîneur sportif que ses fonctions rémunérées d'animateur d'accueil collectif de mineurs, présentait des risques pour la santé physique et morale des pratiquants sportifs et des mineurs bénéficiant d'un accueil de loisirs, il a, par un arrêté du 21 juin 2021, interdit à M. B d'exercer pendant une durée de trois ans, contre rémunération ou à titre bénévole, toutes fonctions mentionnées à l'article L. 212-1 du code du sport et à l'article L. 227-10 du code de l'action sociale et des familles. M. B demande au tribunal l'annulation de ce dernier arrêté et la condamnation de l'Etat à lui verser l'équivalent des salaires dont il a été privé en conséquence de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 222-13 du code du sport, dans sa version en vigueur à la date de la décision attaquée : " L'autorité administrative peut, par arrêté motivé, prononcer à l'encontre de toute personne dont le maintien en activité constituerait un danger pour la santé et la sécurité physique ou morale des pratiquants l'interdiction d'exercer, à titre temporaire ou définitif, tout ou partie des fonctions mentionnées à l'article L. 212-1 () Cet arrêté est pris après avis d'une commission comprenant des représentants de l'Etat, du mouvement sportif et des différentes catégories de personnes intéressées () ". Il résulte de ces dispositions que pour assurer la protection des pratiquants d'une activité physique ou sportive, l'autorité administrative peut interdire à une personne d'exercer une activité d'enseignement, d'animation ou d'encadrement d'une telle activité lorsque son maintien en activité constituerait un danger pour la santé et la sécurité physique ou morale des pratiquants.
3. Aux termes de l'article L. 227-10 du même code : " Après avis de la commission départementale compétente en matière de jeunesse et de sport, le représentant de l'Etat dans le département peut prononcer à l'encontre de toute personne dont la participation à un accueil de mineurs mentionné à l'article L. 227-4 ou à l'organisation d'un tel accueil présenterait des risques pour la santé et la sécurité physique ou morale des mineurs mentionnés à l'article L. 227-4, ainsi que de toute personne qui est sous le coup d'une mesure de suspension ou d'interdiction d'exercer prise en application de l'article L. 212-13 du code du sport, l'interdiction temporaire ou permanente d'exercer une fonction particulière ou quelque fonction que ce soit auprès de ces mineurs, ou d'exploiter des locaux les accueillant ou de participer à l'organisation des accueils () ". Ces dispositions permettent à l'autorité administrative, pour assurer la protection des mineurs bénéficiant d'un mode d'accueil collectif à caractère éducatif hors du domicile parental à l'occasion des vacances ou des loisirs, de prononcer une mesure d'interdiction temporaire ou permanente d'exercer une fonction particulière ou quelque fonction que ce soit auprès de ces mineurs, ou d'exploiter des locaux les accueillant ou de participer à l'organisation des accueils, lorsqu'il existe des risques pour la santé et la sécurité physique ou morale de ces mineurs.
En ce qui concerne la légalité externe :
4. En premier lieu, aux termes de l'article 29 du décret du 7 juin 2006 relatif à la réduction du nombre et à la simplification de la composition de diverses commissions administratives : " 1.-Le conseil départemental de la jeunesse, des sports et de la vie associative concourt à la mise en œuvre, dans le département, des politiques publiques relatives à la jeunesse, à l'éducation populaire, aux loisirs et vacances des mineurs ainsi qu'aux sports et à la vie associative. Il est régi par les dispositions des articles 8 et 9. / Il émet les avis prévus aux articles L. 227-10 et L. 227-11 du code de l'action sociale et des familles et à l'article L. 212-13 du Code du sport () IV.- Lorsque le conseil départemental donne les avis mentionnés au deuxième alinéa du I, le préfet réunit une formation spécialisée comprenant : / 1° Des représentants des services déconcentrés de l'Etat et des organismes assurant à l'échelon départemental la gestion des prestations familiales, pour au moins un tiers de la formation spécialisée ; / 2° Des représentants, à parité, des associations et mouvements de jeunesse ainsi que des associations sportives ; / 3° Un représentant des organisations syndicales de salariés et un représentant des organisations syndicales d'employeurs exerçant dans le domaine du sport, ainsi qu'un représentant des organisations syndicales de salariés et un représentant des organisations syndicales d'employeurs exerçant dans le domaine de l'accueil des mineurs mentionnés à l'article L. 227-4 du code de l'action sociale et des familles ; / 4° Des représentants des associations familiales et des associations ou groupements de parents d'élèves ".
5. Contrairement à ce que soutient le requérant, la formation spécialisée du conseil départemental de la jeunesse, des sports et de la vie associative de Loir-et-Cher, visée au IV de l'article 29 du décret du 7 juin 2006, était compétente pour émettre un avis sur la mesure d'interdiction d'exercer envisagée par le préfet de ce département.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L 122-1 du même code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix ".
7. M. B soutient qu'il n'a pas eu connaissance des éléments de son dossier avant son audition du 17 juin 2021 devant la formation spécialisée du conseil départemental de la jeunesse, des sports et de la vie associative de Loir-et-Cher. Il ressort toutefois des pièces du dossier que la convocation du 31 mai 2021, qu'il ne conteste pas avoir reçue, mentionnait la possibilité d'accéder, sur rendez-vous, au dossier le concernant et de présenter des observations par écrit jusqu'au jeudi 10 juin 2021 au service départemental à la jeunesse, à l'engagement et aux sports de Loir-et-Cher. Le requérant ne conteste pas qu'il n'a pas sollicité de rendez-vous pour consulter son dossier avant la réunion de la formation spécialisée du conseil départemental de la jeunesse, des sports et de la vie associative. Par ailleurs, la convocation ayant été adressée le 31 mai 2021 pour une date de réunion fixée au 17 juin 2021, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le délai était insuffisant pour lui permettre de préparer sa défense. Au demeurant, M. B ne soutient pas ni ne démontre qu'il aurait demandé le report de cette réunion. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des droits de la défense doit être écarté.
8. En dernier lieu, aux termes de l'article R. 133-13 du code des relations entre le public et l'administration : " Le procès-verbal de la réunion de la commission indique le nom et la qualité des membres présents, les questions traitées au cours de la séance et le sens de chacune des délibérations. () Tout membre de la commission peut demander qu'il soit fait mention de son désaccord avec l'avis rendu. / L'avis rendu est transmis à l'autorité compétente pour prendre la décision. "
9. M. B fait grief au préfet de Loir-et-Cher de ne pas lui avoir communiqué l'avis de la formation spécialisée du conseil départemental de la jeunesse, des sports et de la vie associative. Toutefois aucune disposition législative ni réglementaire n'exige, à peine d'irrégularité de la procédure, la communication de cet avis à la personne à l'encontre de laquelle une mesure d'interdiction d'exercer est envisagée.
En ce qui concerne la légalité interne :
10. En premier lieu, la décision contestée ne constitue pas une sanction ayant le caractère d'une punition, mais une mesure de police administrative tendant à assurer la protection des pratiquants sportifs et des mineurs bénéficiant d'un mode d'accueil collectif à caractère éducatif hors du domicile parental à l'occasion des vacances ou des loisirs, contre les risques pour leur santé et leur sécurité physique ou morale. Il s'ensuit que le principe de la présomption d'innocence ne peut être utilement invoqué à l'encontre de cette mesure. En outre, contrairement à ce que soutient M. B, le préfet de Loir-et-Cher pouvait prononcer une telle mesure de police administrative nonobstant l'absence de dépôt de plaintes à son encontre.
11.
En second lieu, il ressort des pièces du dossier, et en particulier des captures d'écran versées au débat, que M. B a adressé depuis son téléphone portable, en novembre et décembre 2020, à deux mineures de 15 et 17 ans qu'il encadrait en tant qu'entraîneur sportif, des messages insistants et des photographies, dans un but de séduction, voire de propositions sexuelles explicites. M. B fait valoir que la commune de Blois a renouvelé d'année en année, depuis 2016, ses contrats d'adjoint en animation sans jamais lui faire le moindre reproche, que son entourage peut attester qu'il n'a jamais eu de gestes ou de paroles déplacés et qu'il est victime du dirigeant de l'association sportive de Chailles-Candé, à l'origine du signalement, dont l'intention est de gérer également le club de Fougères-sur-Bièvre dont il dépend. Ces circonstances sont cependant sans incidence dès lors que la matérialité des faits qui lui sont reprochés est établie et que le caractère grave et répété de son comportement inapproprié à l'égard de mineures, au sujet duquel l'intéressé n'a manifesté aucune prise de conscience, est de nature à constituer un risque pour la santé et la sécurité physique ou morale non seulement des pratiquants sportifs mais également des mineurs bénéficiant d'un accueil de loisirs collectifs au sein de la commune de Blois. L'intéressé n'est dès lors pas fondé à soutenir que la mesure de police administrative prise à son encontre n'était ni adaptée ni proportionnée au but de protection en vue duquel elle a été prise.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 21 juin 2021 doivent être écartées.
Sur les autres conclusions :
13. En premier lieu, en l'absence d'illégalité fautive, les conclusions indemnitaires présentées par M. B doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense.
14. En second lieu, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du préfet de Loir-et-Cher, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme réclamée par M. B au titre des frais liés au litige
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de Loir-et-Cher.
Délibéré après l'audience du 19 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Lesieux, présidente,
Mme Bernard, première conseillère,
Mme Dicko-Dogan, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2024.
La rapporteure,
Pauline BERNARD
La présidente,
Sophie LESIEUX
La greffière,
Emilie DEPARDIEU
La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026