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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2102973

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2102973

jeudi 20 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2102973
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantBOUDIR COMET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 août 2021, la société à responsabilité limitée (SARL) Les Halles de l'Indien, représentée par Me Boudir Comet, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté de la préfète du Loiret du 26 juillet 2021 prononçant la fermeture temporaire pour une durée d'un mois du magasin d'alimentation qu'elle exploite avenue de Bolière à Orléans ;

2°) de condamner l'Etat à lui verser la somme totale de 356 935 euros en réparation des préjudices subis du fait de l'illégalité fautive de la décision de fermeture d'un mois de son magasin d'alimentation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée n'a pas été précédée d'une procédure contradictoire dans la mesure où elle n'a pas été mise à même de présenter des observations avant son adoption ; elle n'a ni reçu ni refusé le courrier des services préfectoraux l'invitant à présenter ses observations et ignorait, par suite, les motifs justifiant la mesure envisagée ; pour être opposable, l'accusé réception d'un courrier doit comporter la signature lisible de son destinataire ; elle a sollicité la communication de la décision attaquée en vain ;

- l'arrêté contesté prévoyait la fermeture pour un mois à compter de sa date de notification ; celui-ci a été notifié le 13 août 2021 ; or, en l'espèce, la notification de l'arrêté prévoit que la fermeture prend effet à compter du 14 août 2021 et non du 13 août ; ce faisant, la mesure de fermeture est caduque ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle repose sur des erreurs de faits ;

- sa situation n'a pas été examinée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et est disproportionnée ;

- l'illégalité fautive de la décision de fermeture est à l'origine d'un préjudice financier de 306 935 euros correspondant au chiffre d'affaires mensuel moyen et d'un préjudice de 50 000 euros correspondant à la perte de denrées périssables commercialisées.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 octobre 2021, la préfète du Loiret conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- les conclusions indemnitaires sont irrecevables faute d'avoir été précédées d'une réclamation préalable ;

- les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Palis De Koninck ;

- et les conclusions de M. Gauthier, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Le 10 mars 2021, la SARL Les Halles de l'Indien, qui exploite un commerce alimentaire à Orléans, a fait l'objet d'un contrôle de la part de la direction interdépartementale de la police aux frontières qui a constaté la présence en action de travail de trois salariés M. A M. B et M. C en situation irrégulière et non autorisés à travailler en France. Par l'arrêté attaqué du 26 juillet 2021, la préfète du Loiret a ordonné la fermeture administrative du commerce exploité par la requérante pour une durée d'un mois.

2. Aux termes de l'article L. 8211-1 du code du travail : " Sont constitutives de travail illégal, dans les conditions prévues par le présent livre, les infractions suivantes : 1° Travail dissimulé ; () 4° Emploi d'étranger non autorisé à travailler ; () ". Aux termes de l'article L. 8221-5 du même code: " Est réputé travail dissimulé par dissimulation d'emploi salarié le fait pour tout employeur : 1° Soit de se soustraire intentionnellement à l'accomplissement de la formalité prévue à l'article L. 1221-10, relatif à la déclaration préalable à l'embauche ; / 2° Soit de se soustraire intentionnellement à la délivrance d'un bulletin de paie ou d'un document équivalent défini par voie réglementaire, ou de mentionner sur le bulletin de paie ou le document équivalent un nombre d'heures de travail inférieur à celui réellement accompli, si cette mention ne résulte pas d'une convention ou d'un accord collectif d'aménagement du temps de travail conclu en application du titre II du livre Ier de la troisième partie ; / 3° Soit de se soustraire intentionnellement aux déclarations relatives aux salaires ou aux cotisations sociales assises sur ceux-ci auprès des organismes de recouvrement des contributions et cotisations sociales ou de l'administration fiscale en vertu des dispositions légales. ". Aux termes de l'article L. 8251-1 de ce code : " Nul ne peut, directement ou indirectement, embaucher, conserver à son service ou employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France. / Il est également interdit à toute personne d'engager ou de conserver à son service un étranger dans une catégorie professionnelle, une profession ou une zone géographique autres que celles qui sont mentionnées, le cas échéant, sur le titre prévu au premier alinéa. ". L'article L. 8272-2 du code du travail dispose que : " Lorsque l'autorité administrative a connaissance d'un procès-verbal relevant une infraction prévue aux 1° à 4° de l'article L. 8211-1 ou d'un rapport établi par l'un des agents de contrôle mentionnés à l'article L. 8271-1-2 constatant un manquement prévu aux mêmes 1° à 4°, elle peut, si la proportion de salariés concernés le justifie, eu égard à la répétition ou à la gravité des faits constatés, ordonner par décision motivée la fermeture de l'établissement ayant servi à commettre l'infraction, à titre temporaire et pour une durée ne pouvant excéder trois mois. () ". L'article L. 8272-7 de ce code dispose que : " Le préfet du département dans lequel est situé l'établissement () peut décider, au vu des informations qui lui sont transmises, de mettre en œuvre à l'égard de l'employeur verbalisé l'une ou les mesures prévues aux articles L. 8272-2 et L. 8272-4, en tenant compte de l'ensemble des éléments de la situation constatée, et notamment des autres sanctions qu'il encourt. Préalablement, il informe l'entreprise, par lettre recommandée avec avis de réception ou par tout autre moyen permettant de faire la preuve de sa réception par le destinataire, de son intention en lui précisant la ou les mesures envisagées et l'invite à présenter ses observations dans un délai de quinze jours. () ". Enfin, l'article R. 8272-8 de ce code prévoit que : " Le préfet tient compte, pour déterminer la durée de fermeture d'au plus trois mois du ou des établissements ayant servi à commettre l'infraction conformément à l'article L. 8272-2, de la nature, du nombre, de la durée de la ou des infractions relevées, du nombre de salariés concernés ainsi que de la situation économique, sociale et financière de l'entreprise ou de l'établissement./ La décision du préfet est portée à la connaissance du public par voie d'affichage sur les lieux du ou des établissements. ".

3. Il résulte de ces dispositions combinées que le travail dissimulé, comme l'emploi d'étrangers non autorisés à travailler, constituent une infraction de nature à justifier le prononcé de la sanction administrative de fermeture provisoire de l'établissement où cette infraction a été relevée. Cette sanction est prononcée si la proportion des salariés concernés le justifie et au regard soit de la répétition des faits constatés, soit de leur gravité.

4. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que la préfète du Loiret a adressé un courrier au dirigeant de la SARL Les Halles de l'Indien le 15 avril 2021 l'informant de son intention de prendre à son encontre une décision de fermeture administrative, du fait de l'emploi de trois salariés nominativement désignés non autorisés à séjourner et à travailler en France et l'invitant à présenter ses observations dans un délai de quinze jours. Ce courrier a été envoyé par lettre recommandée avec accusé de réception à l'adresse du commerce exploité par la société au 6 bis avenue de la Bolière à Orléans. Il a été retourné aux services préfectoraux avec la mention " pli refusé par le destinataire ". Si la requérante soutient qu'elle n'a jamais refusé ce pli, la mention sur la vignette autocollante des services postaux selon laquelle le pli a été refusé permet de regarder le courrier comme lui ayant été régulièrement notifié. En outre, elle n'apporte aucune pièce de nature à établir qu'une telle situation imputable au service postal serait déjà survenue. De même, si la société soutient que cet accusé de réception ne peut lui être opposé faute d'être signé, il est constant que si le destinataire d'un pli le refuse, il ne signe pas la vignette autocollante apposée sur l'enveloppe par la Poste. Dans ces conditions, la société n'est pas fondée à soutenir que la procédure contradictoire prévue par les dispositions précitées de l'article R. 8272-7 du code du travail n'aurait pas été respectée.

5. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué cite les dispositions des articles du code du travail dont il fait application, notamment celles des articles L. 8211-1, L. 8251-1 et L. 8272-2, et précise que lors du contrôle effectué le 10 mars 2021 par la direction interdépartementale de la police aux frontières, il a été constaté qu'elle employait trois ressortissants étrangers en situation irrégulière en France et, de ce fait, non autorisés à y occuper un emploi. L'arrêté rappelait également que la société avait déjà fait l'objet de deux contrôles ayant permis de mettre en évidence des situations de travail dissimulé. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation manque en fait et doit être écarté.

6. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète du Loiret n'aurait pas procédé à un examen attentif et sérieux de la situation de la SARL Les Halles de l'Indien. Le moyen tiré du défaut d'examen, à le supposer soulevé, ne pourra qu'être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 1er de l'arrêté contesté " est prononcée, pour une durée d'un mois à compter de la date de notification du présent arrêté, la fermeture administrative de l'établissement ". Il ressort des pièces du dossier que cet arrêté a été notifié à la requérante par les services de police le 13 août 2021 aux alentours de 13 heures. Cette notification s'accompagnait d'une annexe indiquant que la fermeture administrative prenait effet à compter du lendemain, soit le 14 août 2021. L'avis de fermeture affiché sur la devanture du commerce indiquait une fermeture administrative du 14 août 2021 au 13 septembre 2021 inclus. Contrairement à ce que soutient la société requérante, la circonstance que la fermeture administrative ait pris effet le 14 août et non le jour même de sa notification, pour une durée effective d'un mois s'achevant le 13 septembre 2021, ne rend pas caduc l'arrêté contesté du 26 juillet 2021. Ce moyen ne peut qu'être écarté.

8. En cinquième lieu, la société soutient qu'elle est " à jour de ses cotisations sociales, de ses déclarations de salaire et des déclarations préalables à l'embauche " et qu'une fois qu'elle sera en possession du courrier de la préfecture l'invitant à présenter ses observations et précisant les motifs pour lesquels une sanction est prise à son encontre, elle pourra démontrer que les faits retenus sont entachés d'erreurs de fait. Toutefois, elle ne verse au dossier aucune pièce de nature à établir qu'elle respecterait les obligations qui sont les siennes et n'a produit aucun mémoire en réplique au mémoire en défense comportant en pièce jointe le dit courrier. Elle n'a produit notamment aucune pièce permettant d'établir que les salariés qu'elle emploie au sein de son commerce résident régulièrement en France et sont autorisés à y exercer un emploi. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que l'arrêté contesté serait entaché d'erreurs de fait ne peut qu'être écarté.

9. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que lors du contrôle effectué le 10 mars 2021 au sein du commerce d'alimentation exploité par la société requérante, il a été constaté la présence en action de travail de trois ressortissants étrangers non autorisés à séjourner en France et non autorisés à y exercer un emploi. Ces faits caractérisent une situation de travail illégal au sens des dispositions de l'article L. 8211-1 du code du travail de nature à justifier une mesure de fermeture administrative. Pour décider de cette mesure pour une durée d'un mois, la préfète a tenu compte de la circonstance qu'il s'agissait du troisième contrôle dont la société faisait l'objet révélant des situations de travail illégal. En effet, le 17 octobre 2012, les services de la police nationale et de l'URSSAF avaient déjà constaté la présence au sein du commerce de trois salariés qui n'avaient fait l'objet d'aucune déclaration préalable à l'embauche, ni d'aucune déclaration de salaire et de versement de cotisations sociales. De même, le 11 février 2020, soit un an avant le contrôle en litige, un deuxième contrôle effectué par les mêmes services avait également permis de constater la présence de trois salariés en situation irrégulière en France et non autorisés à y exercer un emploi. Compte tenu de la gravité des faits, de leur caractère répété et du nombre de salariés concernés, en fixant à un mois la durée de la mesure de fermeture administrative, la préfète du Loiret n'a pas infligé à la SARL Les Halles de l'Indien une sanction disproportionnée. Ce dernier moyen doit être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 26 juillet 2021 de la préfète du Loiret présentées par la SARL Les Halles de l'Indien doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, et en tout état de cause, des conclusions à fin d'indemnisation tout comme des conclusions relatives aux frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SARL Les Halles de l'Indien est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Les Halles de l'Indien et à la ministre du travail, de la santé et des solidarités.

Copie en sera adressée, pour information, à la préfète du Loiret.

Délibéré après l'audience du 6 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Rouault-Chalier, présidente,

Mme Palis De Koninck, première conseillère,

Mme Bernard, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024.

La rapporteure,

Mélanie PALIS DE KONINCK

La présidente,

Patricia ROUAULT-CHALIER

La greffière,

Agnès BRAUD

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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