Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 30 septembre 2021 et le 19 février 2024, M. A... B..., représenté par Me Fortat, demande au tribunal :
1°) de condamner in solidum les sociétés Enedis et Sobeca- groupe Firalp au paiement d’une indemnité de 800 euros au titre du préjudice subi en raison des travaux publics réalisés rue de la Croix de Beauchêne à Bléré ;
2°) de condamner in solidum les sociétés Enedis et Sobeca- groupe Firalp au paiement d’une somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l’exécution des travaux de renouvellement du réseau d’électricité dans la rue où il réside, autorisés par arrêté communal du 8 juillet 2020, a entraîné, d’une part, l’endommagement de la jante de son véhicule le 25 juillet 2020, puis, d’autre part, le jeudi 30 juillet 2020 une fuite de liquide au niveau du moteur de son deuxième véhicule, le sinistre étant causé par la présence d’une barrière de signalisation couchée entre le trottoir et la chaussée et non visible depuis le véhicule ;
- les travaux ont la nature de travaux publics, à l’égard desquels il a la qualité de tiers ; le lien de causalité avec le dommage accidentel est établi.
Par un mémoire enregistré le 16 mai 2022, la société Sobeca-groupe Firalp, représentée par Me Lerner, conclut au rejet de la requête et demande que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge du requérant sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le requérant est usager de la voie publique ; l’arrêté municipal du 8 juillet 2020 a interdit la circulation rue de la Croix de Beauchêne durant les travaux ; la société n’était tenue que par les prescriptions de cet arrêté et un panneau indiquant que la rue était barrée était positionné à l’entrée de la rue ; le dommage résulte ainsi exclusivement du comportement de la victime.
Par un mémoire enregistré le 9 avril 2024, la société Enedis, représentée par la SELARL Tournaire Meunier, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre la somme de 2 000 euros à la charge du requérant sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le requérant a la qualité d’usager de la voie publique ;
- n’étant pas exécutant des travaux qu’elle avait confiés à la société Sobeca, aucune faute ne peut lui être imputée
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
L’affaire a été renvoyée en formation collégiale en application de l’article R. 222-19 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Jaosidy,
- les conclusions de Mme Best-de-Gand, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Tournaire, représentant la société Enedis, et de Me Paris, représentant la société Sobeca-groupe Firalp.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions indemnitaires :
1. La société Enedis a été autorisée à réaliser des travaux de terrassement sous chaussée sur le territoire de la commune de Bléré. Par un arrêté du 8 juillet 2020, le maire de Bléré a interdit la circulation et le stationnement toute la journée rue de la Croix Beauchêne, dans laquelle réside M. B..., au cours de la période du 20 juillet 2020 au 14 août 2020. Le 25 juillet 2020, alors qu’il circulait dans la rue de la Croix Beauchêne, le requérant a endommagé une jante de son véhicule en franchissant un trottoir. Le 30 juillet 2020, le châssis d’un autre véhicule de M. B... a heurté une barrière de signalisation des travaux publics couchée sur la voie, entraînant une fuite de liquide du moteur. M. B... demande la condamnation in solidum de la société Enedis et de l’entreprise Sobeca- groupe Firalp, chargée de l’exécution des travaux, au paiement d’une indemnité réparant les dommages subis par ses véhicules.
2. Il résulte de l’instruction que les barrières de signalisation revêtent un caractère amovible et ont une fonction temporaire de protection du chantier mis en œuvre sur la rue de la Croix de Beauchêne. Ainsi, ces barrières ne peuvent être regardées comme des ouvrages publics mais présentent le caractère d’un accessoire de l’ouvrage public constitué par la voie publique. Le requérant, qui, selon ses déclarations, a heurté une barrière alors qu’il circulait en voiture sur la chaussée, ne peut être regardé comme tiers à l’exécution de travaux publics ou comme tiers à l’exécution d’un marché public de travaux.
3. L'usager d’une voie publique est fondé à demander la réparation du dommage qu'il a subi du fait de l’existence ou du fonctionnement de cet ouvrage ou du fait des travaux publics qui y sont réalisés tant à la collectivité gestionnaire de la voie qu’à l’auteur des travaux dommageables. Il doit démontrer, d’une part, la réalité de son préjudice et, d’autre part, l’existence d’un lien de causalité direct entre les travaux publics et le dommage subi, les personnes ainsi mises en cause ne pouvant dégager leur responsabilité, sauf cas de force majeure ou faute de la victime, qu’en établissant que l’ouvrage était normalement entretenu.
4. En premier lieu, il résulte de l’instruction que si M. B... se prévaut d’une note d’information de la mairie à destination des riverains, qui précise que la circulation sur la rue de la Croix de Beauchêne est autorisée en dehors de la période 8h00 à 17h00, il est constant que le requérant a une connaissance précise des lieux, mais également de la configuration du chantier des travaux publics de terrassement sous chaussée, qui avaient débuté depuis cinq jours lorsqu’il a endommagé une des jantes de son véhicule en circulant sur le trottoir.
5. En second lieu, il n’est ni établi, ni même allégué, que la société Enedis ou l’entreprise Sobeca-groupe Firalp auraient été alertées du caractère dangereux ou instable des barrières de protection avant l’accident, et il ne résulte pas de l’instruction, et notamment des photographies produites, que la barrière, au sujet de laquelle le requérant soutient qu’elle était couchée à la limite entre le trottoir et la chaussée, ne pouvait être visible depuis le véhicule de M. B....
6. Il résulte de tout ce qui précède que la société Enedis et la société Sobeca-groupe Firalp doivent être regardées comme apportant la preuve d’un entretien normal de la voie publique et ne sauraient être déclarées responsables des dommages subis par les véhicules de M. B..., dont le défaut de vigilance du requérant constitue la cause.
7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B... doit être rejetée.
Sur les frais de l’instance :
8. Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société Enedis et de la société Sobeca-groupe Firalp, qui ne sont pas les parties perdantes dans la présente instance, la somme que demande M. B.... Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu de mettre la somme totale de 1 500 euros à la charge de M. B... à verser pour moitié à la société Sobeca-groupe Firalp et pour moitié à la société Enedis.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.
Article 2 : M. B... versera à la société Sobeca-groupe Firalp et à la société Enedis chacune la somme de 750 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B..., à la société Enedis et à la société Sobeca- groupe Firalp.
Délibéré après l’audience du 20 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Guével , président,
M. Jaosidy, premier conseiller,
M. Gasnier, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2024.
Le rapporteur,
Jean-Luc JAOSIDY
Le président,
Benoist GUEVEL
La greffière,
Marie-Josée PRECOPE
La République mande et ordonne au préfet d’Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.