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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2103552

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2103552

vendredi 5 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2103552
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1ère chambre
Avocat requérantPRUDHON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 5 octobre 2021, le président du tribunal administratif de Paris a renvoyé, en application des articles R. 351-3 et R. 312-12 du code de justice administrative, la requête présentée par M. A B au tribunal administratif d'Orléans.

Par cette requête et un mémoire, enregistrés le 4 mars 2021 et le 16 avril 2024, M. A B, représenté par Me Prudhon, demande au tribunal :

1°) de condamner l'Etat à lui verser à titre principal la somme de 437 149 euros, à titre subsidiaire la somme de 315 940 euros, en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis à raison de la décision du 14 février 2012 prononçant son changement de corps ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros à lui verser en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision du 14 février 2012 par laquelle le ministre de la défense a procédé à son changement de corps d'office a été annulée par le Conseil d'Etat au motif de l'incompétence du ministre des armées pour prendre une telle décision, ce qui constitue une faute lui ouvrant droit à indemnisation en réparation des préjudices subis ;

- irrégulièrement évincé de son corps d'origine et privé d'une évolution de carrière dans celui-ci, il a subi une perte de revenus qu'il évalue à la somme 241 638,44 euros, ou à titre subsidiaire à la somme de 168 345,99 euros en fonction de la prise en compte ou de l'absence de prise en compte de la période durant laquelle il a été placé en disponibilité sur sa demande ;

- il subira de ce fait une minoration de la retraite à laquelle il aurait pu prétendre, qu'il évalue à titre principal à la somme de 97 020 euros et à titre subsidiaire à la somme de 49 104 euros ;

- il a subi des troubles dans ses conditions d'existence, qu'il évalue à la somme de 41 707 euros ;

- il a subi des troubles dans ses conditions d'exercice professionnel, qu'il évalue à la somme de 56 784,44 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 juin 2023, le ministre des armées conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable en l'absence d'exercice du recours administratif préalable obligatoire prévu à l'article R. 4125-1 du code de la défense ;

- la requête est irrecevable car tardive ;

- le vice de procédure tiré de l'incompétence du signataire de la décision prononçant son changement de corps ne peut être considéré comme la cause des préjudices subis par le requérant d'autant que, la décision prononçant sa radiation du corps des officiers personnel navigant est, en l'absence de contestation, devenue définitive ;

- les préjudices allégués ne sont pas établis.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la défense ;

- le décret du 27 décembre 1929 fixant les conditions de classement et de maintien dans le personnel militaire navigant ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Defranc-Dousset,

- et les conclusions de M. Joos, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B a intégré par voie de concours le corps des officiers de l'air le 1er septembre 1999 et après obtention des brevets professionnels a été nommé " pilote de transport ". Il a bénéficié sur sa demande d'un congé parental et à ce titre a été placé en position de non-activité du 10 novembre 2008 au 28 septembre 2011. Par un arrêté du 27 septembre 2011, le ministre de la défense l'a affecté à l'état-major de soutien de la défense de Lyon à compter du 1er octobre 2011 puis, par deux arrêtés du 28 septembre 2011 il a prononcé sa radiation du corps des personnels navigant et l'a nommé d'office dans le corps des officiers des bases de l'air, spécialité " communication et relations internationales ". M. B a contesté ces décisions devant la commission des recours des militaires et, par deux décisions du 14 février 2012, le ministre a rejeté ses recours. M. B a saisi le tribunal administratif de Lyon qui a rejeté sa demande par un jugement du 16 juillet 2014, confirmé par la cour administrative d'appel de Lyon par un arrêt du 4 octobre 2016. Par une décision du 6 décembre 2017, le Conseil d'Etat a annulé la décision du ministre de la défense du 14 février 2012 en tant qu'elle prononce son changement de corps d'office, au motif de l'incompétence du signataire de l'acte contesté. En exécution de la décision du Conseil d'Etat, la ministre des armées, par une décision du 6 mai 2019, a procédé à la réintégration de M. B dans le corps des officiers de l'air à compter du 2 octobre 2011 et à la reconstitution de sa carrière. M. B a été promu au grade de commandant par décret du président de la République à compter du 1er mai 2019 et a été rayé du corps des personnels navigant et intégré d'office dans le corps des officiers des bases de l'air par un décret du président de la République du 29 juillet 2019. Il a, sur sa demande, été radié des cadres le 1er septembre 2019. Par lettre du 4 mai 2020, enregistrée au ministère des armées le 14 mai suivant, il a demandé l'indemnisation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait de l'illégalité affectant la décision du 14 février 2012 prononçant son changement de corps d'office. Il ne lui a pas été répondu. Par la présente requête, il demande la condamnation de l'Etat à lui verser en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis à raison de l'illégalité de la décision prononçant son changement de corps à titre principal la somme de 437 149 euros, à titre subsidiaire la somme de 315 940 euros.

2. Aux termes de l'article R.4125-1 du code de la défense : " I. - Tout recours contentieux formé par un militaire à l'encontre d'actes relatifs à sa situation personnelle est précédé d'un recours administratif préalable, à peine d'irrecevabilité du recours contentieux./Ce recours administratif préalable est examiné par la commission des recours des militaires, placée auprès du ministre de la défense./Le recours administratif formé auprès de la commission conserve le délai de recours contentieux jusqu'à l'intervention de la décision prévue à l'article R. 4125-10. Sous réserve des dispositions de l'article L. 213-6 du code de justice administrative, tout autre recours administratif, gracieux ou hiérarchique, formé antérieurement ou postérieurement au recours introduit devant la commission, demeure sans incidence sur le délai de recours contentieux. /(.)/ III. - Les dispositions de la présente section ne sont pas applicables aux recours contentieux formés à l'encontre d'actes ou de décisions :1° Concernant le recrutement du militaire, l'exercice du pouvoir disciplinaire, ou pris en application de l'article L. 4139-15-1 ;/2° Pris en application du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de la guerre et du code des pensions civiles et militaires de retraite ainsi que ceux qui relèvent de la procédure organisée par les articles 112 à 124 du décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique. ".

3. Il résulte des dispositions rappelées au point précédent qu'à l'exception des matières qu'elles ont entendu écarter expressément de la procédure du recours préalable obligatoire, la saisine de la commission des recours des militaires instituée par le code de la défense s'impose à peine d'irrecevabilité d'un recours contentieux, formé par un militaire à l'encontre d'actes relatifs à sa situation personnelle, que ce recours tende à l'annulation d'une décision ou à l'octroi d'une indemnité à la suite d'une décision préalable ayant lié le contentieux. Il appartient, dès lors, au militaire, s'agissant d'actes relatifs à sa situation personnelle, de saisir au préalable son administration d'une demande indemnitaire puis, en cas de refus explicite ou implicite de faire droit à sa demande, de saisir la commission des recours des militaires. Le recours préalable obligatoire prévu par les dispositions précitées s'impose à peine d'irrecevabilité pour les recours contentieux tendant à l'octroi d'indemnités ou de remboursements à raison de l'illégalité d'actes intervenus dans le déroulement de carrière d'un militaire, alors même que l'intéressé a été radié des contrôles avant le dépôt de sa demande devant le tribunal administratif.

4. Il résulte de l'instruction que M. B a présenté au ministre de la défense, le 4 mai 2020, un recours indemnitaire préalable de nature à lier le contentieux sur ses conclusions à fin d'indemnisation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait de l'illégalité entachant la décision du 14 février 2012 prononçant son changement de corps après radiation du corps des personnels navigant. Toutefois, il est constant qu'il n'a pas fait précéder son recours contentieux du recours administratif préalable devant la commission des recours des militaires, prévu par les dispositions de l'article R. 4125-1 du code de la défense, rappelées au point 2. Contrairement à ce qu'il soutient, alors que sa demande est relative à sa situation personnelle et trouve sa source dans des actes intervenus durant sa période d'activité en qualité de militaire, s'agissant du prononcé de son changement de corps à la suite de sa radiation du corps des personnels navigant, la circonstance qu'il a été radié des contrôles le 1er septembre 2019 ne le dispense pas de l'obligation de saisir la commission des recours des militaires. Par suite, la fin de non -recevoir opposée en défense par le ministre des armées doit être accueillie.

5. En tout état de cause, aux termes de l'article 4 du décret du 27 décembre 1929 fixant les conditions de classement et de maintien dans le personnel militaire navigant : " L'état d'entraînement des militaires des cadres actifs de l'armée de l'air, classés dans le personnel navigant par application des articles précédents est constaté par des épreuves aériennes annuelles correspondant à chaque spécialité. (.) Le militaire classé dans le personnel navigant en est rayé automatiquement lorsque, pendant deux années consécutives, il n'a pas accompli ces épreuves.() ". Alors qu'il résulte de l'instruction que M. B n'a pas accompli les épreuves aériennes annuelles lui permettant d'être maintenu dans sa spécialité, ce qui a nécessairement entrainé sa perte d'habilitation, il ne peut se prévaloir d'aucun préjudice en lien avec sa radiation du corps des personnels navigant.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. B tendant à l'indemnisation des préjudices subis à raison de l'illégalité de la décision du 14 février 2012 prononçant son changement de corps doivent être rejetées ainsi que par voie de conséquence ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre des armées.

Délibéré après l'audience du 18 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,

Mme Defranc-Dousset, première conseillère,

Mme Keiflin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2024.

La rapporteure,

Hélène DEFRANC-DOUSSET

La présidente,

Anne LEFEBVRE-SOPPELSALa greffière,

Sarah LEROY

La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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