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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2103629

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2103629

mercredi 20 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2103629
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantTHOUERY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 14 octobre 2021 et le 2 mai 2022, M. D A B, représenté par Me Thouery, avocate, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels il a été assujetti au titre de l'année 2016 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il ne poursuivait aucune activité commerciale habituelle de nature à qualifier l'existence de bénéfices industriels et commerciaux ;

- l'administration a procédé à une appréciation manifestement à charge et disproportionnée de la marge dégagée des reventes de véhicules en omettant de prendre en considération la réalité des revenus qu'il tire de son activité professionnelle depuis sept ans ;

- ne s'étant livré à aucune activité commerciale habituelle, l'existence d'une activité occulte ne saurait être caractérisée ;

- les redressements qui lui sont imposés sont de nature, à raison du défaut de prise en considération de sa situation professionnelle, à porter atteinte à son droit à la vie privée et à la libre disposition de son patrimoine tel que garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- dans ces conditions, il convient de constater qu'il ne saurait se trouver soumis aux dispositions de l'article L. 169 du livre des procédures fiscales, ni même aux majorations et dérogations des dispositions de l'article L. 68 du même livre et du c du 1 de 1728 du code général des impôts.

Par un mémoire enregistré le 10 janvier 2022, le directeur régional des finances publiques du Centre-Val de Loire et du département du Loiret conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- contrairement à ce que soutient le requérant, la condition d'habitude n'est pas nécessairement liée à la répétition fréquente des mêmes opérations ; au cas particulier, le requérant a réalisé trois cessions de véhicules automobiles sur une période courte, d'octobre à décembre 2016, en bénéficiant de marges substantielles ;

- concernant le véhicule de marque Land Rover, le service a retenu une valeur d'acquisition nulle dans la mesure où le requérant ne justifiait pas de manière claire et certaine du prix d'acquisition ; la corrélation entre le chèque de 12 500 euros émis par M. C à l'ordre du requérant et l'achat du véhicule n'est pas établie ;

- le moyen tiré de la modicité des revenus litigieux au regard de la valeur de la masse des autres revenus du requérant est inopérant dès lors que l'activité commerciale imputée pouvait raisonnablement être exercée corrélativement avec ses autres activités et que la réalisation d'actes de commerce n'est pas conditionnée à la valeur des opérations effectuées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de commerce ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Lardennois,

- les conclusions de Mme Doisneau-Herry, rapporteure publique,

- et les observations de Me Thouery, représentant M. A B.

La directrice régionale des finances publiques du Centre-Val de Loire et du département du Loiret n'était ni présente, ni représentée.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B a fait l'objet d'un examen contradictoire de sa situation fiscale personnelle portant sur les années 2016 et 2017 au cours duquel il a été constaté des crédits bancaires correspondant à trois ventes de véhicules d'occasion entre les mois d'octobre et décembre 2016 à l'issue duquel il a fait l'objet d'une taxation d'office. Par proposition de rectification du 25 octobre 2019, des rectifications en matière de taxe sur la valeur ajoutée au titre de l'année 2016 et en matière d'impôt sur le revenu au titre des années 2016 et 2017 ont été portées à la connaissance du requérant, puis confirmées le 19 décembre 2019 en réponse à ses observations formulées le 4 décembre 2019. A la suite du rejet le 30 juillet 2021 de sa réclamation du 8 mars 2021 portant sur les rappels de taxe sur la valeur ajoutée, M. A B demande au tribunal de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée ainsi mis à sa charge au titre de la taxation d'office.

Sur les conclusions à fin de décharge :

En ce qui concerne le principe de l'assujettissement à la taxe sur la valeur ajoutée :

2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 110-1 du code de commerce : " La loi répute actes de commerce : / 1° Tout achat de biens meubles pour les revendre, soit en nature, soit après les avoir travaillés et mis en œuvre () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article 256 du code général des impôts : " I.- Sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée les livraisons de biens et les prestations de services effectuées à titre onéreux par un assujetti agissant en tant que tel. / II.- Est considéré comme livraison d'un bien, le transfert du pouvoir de disposer d'un bien corporel comme un propriétaire () ". Aux termes de l'article 256 A du même code : " Sont assujetties à la taxe sur la valeur ajoutée les personnes qui effectuent de manière indépendante une des activités économiques mentionnées au cinquième alinéa, quels que soient le statut juridique de ces personnes, leur situation au regard des autres impôts et la forme ou la nature de leur intervention. / (.) / Les activités économiques visées au premier alinéa se définissent comme toutes les activités de producteur, de commerçant ou de prestataire de services, y compris les activités extractives, agricoles et celles des professions libérales ou assimilées. Est notamment considérée comme activité économique une opération comportant l'exploitation d'un bien meuble corporel ou incorporel en vue d'en retirer des recettes ayant un caractère de permanence ".

4. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que si l'accomplissement habituel d'opérations ayant le caractère d'actes de commerce, tels que l'achat en vue de la revente de biens meubles, caractérise l'exercice d'une profession commerciale assujettie à la taxe sur la valeur ajoutée, le seul fait de procéder à la vente de biens meubles, fût-ce de manière répétée, ne suffit pas à traduire l'exercice d'une telle profession lorsque ces biens n'ont pas été acquis en vue de leur revente.

5. Le requérant soutient qu'il n'avait aucune intention spéculative en procédant à des opérations d'achats et de reventes de véhicules d'occasion en faisant valoir que ces véhicules étaient destinés à une utilisation personnelle et que ces opérations devaient être considérées comme des actes de la vie courante. Il résulte toutefois de l'instruction que l'administration fiscale a mis en évidence, sur une période de sept mois, l'acquisition et la revente de trois véhicules d'occasion dont la durée de détention a été d'environ six mois pour le premier, deux mois et demi pour le deuxième et un mois et demi pour le dernier. Par ailleurs, le service a également relevé que ces véhicules ont été cédés pour un prix supérieur à celui auquel ils avaient été achetés. Dans ces conditions, eu égard au nombre d'opérations de revente réalisées entre le mois d'octobre 2016 et le mois de décembre 2016, aux modalités d'achat et de revente des véhicules et à la recherche systématique d'un profit sur les reventes, l'administration a pu, à bon droit, estimer que les véhicules en cause étaient destinés à être revendus dès leur acquisition, le cas échéant après avoir effectué de menus travaux, et, en conséquence, quelles que soient la modicité du montant des sommes perçues par le requérant à raison de cette activité eu égard à ses revenus globaux, et la durée durant laquelle les opérations litigieuses ont été réalisées, regarder M. A B comme exerçant une activité commerciale et assujettir ces opérations de livraison d'un bien meuble corporel à la taxe sur la valeur ajoutée sur le fondement des dispositions des articles 256 et 256 A du code général des impôts.

6. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2- Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. M. A B fait valoir qu'en ne prenant pas en considération la réalité des revenus tirés de l'activité professionnelle qu'il exerçait depuis plus de sept ans au moment du contrôle dont il a fait l'objet et en lui notifiant les redressements litigieux, l'administration a méconnu son droit à la vie privée et à la libre disposition de son patrimoine tel que garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Toutefois, il résulte de ce qui a été dit au point 5 que l'administration est fondée à regarder M. A B comme ayant exercé une activité commerciale au sens des dispositions de l'article 34 du code général des impôts et que la circonstance que les bénéfices qu'il a pu en tirer soient modestes au regard des revenus qu'il tient de son activité professionnelle est sans incidence. Le fait que l'administration ait retenu une telle qualification ne saurait, en tout état de cause, être regardé comme ayant porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée de M. A B tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne le bien-fondé des rappels de taxe sur la valeur ajoutée :

S'agissant de la charge de la preuve :

8. Aux termes de l'article L. 66 du livre des procédures fiscales : " Sont taxés d'office : () / 3° aux taxes sur le chiffre d'affaires, les personnes qui n'ont pas déposé dans le délai légal les déclarations qu'elles sont tenues de souscrire en leur qualité de redevables des taxes () ".

9. Il n'est pas contesté que M. A B n'a déposé aucune des déclarations qu'il était tenu de souscrire au titre de son activité de négoce d'automobiles d'occasion. Dans ces conditions, l'administration était en conséquence fondée, en application des dispositions précitées de l'article L. 66 du livre des procédures fiscales, à mettre en œuvre la procédure de taxation d'office à l'encontre de ce contribuable. Par suite, M. A B ayant été régulièrement taxé d'office ainsi qu'il a été dit précédemment, il supporte, en application des dispositions des articles L. 193 et R. 193-1 du livre des procédures fiscales, la charge de la preuve du caractère exagéré de l'imposition mise à sa charge.

S'agissant de la détermination du montant de taxe rappelé :

10. Aux termes de l'article 297 A du code général des impôts : " I. 1° La base d'imposition des livraisons par un assujetti revendeur de biens d'occasion, d'œuvres d'art, d'objets de collection ou d'antiquité qui lui ont été livrés par un non redevable de la taxe sur la valeur ajoutée ou par une personne qui n'est pas autorisée à facturer la taxe sur la valeur ajoutée au titre de cette livraison est constituée de la différence entre le prix de vente et le prix d'achat () ".

11. M. A B, pour établir le caractère exagéré des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge, conteste le prix d'acquisition de zéro euro retenu par l'administration pour le troisième véhicule de marque Land Rover acquis le 5 novembre 2016 et revendu le 26 décembre suivant pour un montant de 39 100 euros.

12. Il résulte de l'instruction que l'administration a évalué la marge bénéficiaire réalisée par M. A B à un montant total de 48 300 euros. Pour parvenir à ce montant, elle a notamment considéré que le troisième véhicule vendu par M. A B avait été acquis à titre gratuit alors que M. A B fait valoir qu'il a acheté ce véhicule pour un prix de 37 000 euros avec une participation d'un tiers, M. C, pour un montant de 12 500 euros. Il produit à l'appui de ses allégations un chèque de banque émis à son intention par M. C d'un montant de 12 500 euros daté du 27 octobre 2016, un extrait de son compte en banque faisant état d'un chèque de banque d'un montant de 14 500 euros daté du 11 janvier 2021 émis selon ses allégations au profit de M. C à la suite de la vente du véhicule considéré ainsi que deux attestations établies par M. C les 4 octobre 2020 et 7 avril 2022 aux termes desquelles celui-ci indique avoir participé à l'achat d'un véhicule avec le requérant. Toutefois les éléments ainsi produits, à défaut notamment de précision dans les attestations établies par M. C sur le véhicule à l'acquisition duquel il aurait participé, ne suffisent pas au requérant à établir que le calcul par l'administration de la marge bénéficiaire faite à l'occasion des opérations d'achat et revente du véhicule concerné serait erroné.

Sur la majoration de 80 % appliquée en vertu de l'article 1728 du code général des impôts :

13. Aux termes de l'article 1728 du code général des impôts : " 1. Le défaut de production d'éléments dans les délais prescrits d'une déclaration ou d'un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt entraîne l'application, sur le montant des droit mis à la charge du contribuable ou résultant de la déclaration ou de l'acte déposé tardivement, d'une majoration de : () / c. 80% en cas de découverte d'une activité occulte () ".

14. Il est constant que M. A B n'a ni déposé dans le délai légal les déclarations qui lui incombaient de souscrire en matière de taxe sur la valeur ajoutée, ni fait connaître son activité auprès d'un centre de formalités des entreprises ou au greffe du tribunal de commerce et qu'il n'établit, ni même n'allègue qu'il aurait commis une erreur justifiant qu'il ne se soit acquitté d'aucune de ses obligations déclaratives. L'administration fiscale doit, par suite, être regardée comme apportant la preuve, qui lui incombe, justifiant qu'une majoration de 80% soit infligée à l'intéressé sur les impositions en litige en application des dispositions précitées du c de l'article 1728 du code général des impôts.

15. Il résulte de tout ce qui précède que M. A B n'est pas fondé à solliciter la décharge des impositions litigieuses.

Sur les frais de l'instance :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il en soit fait application à l'encontre de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A B et à la directrice régionale des finances publiques du Centre-Val de Loire et du département du Loiret.

Délibéré après l'audience du 1er décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Guével, président,

M. Lardennois, premier conseiller,

Mme Dicko-Dogan, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2023.

Le rapporteur,

Stéphane LARDENNOIS

Le président,

Benoist GUÉVEL

Le greffier,

Alexandre HELLOT

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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