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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2103773

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2103773

mardi 24 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2103773
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantDERRIDJ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 octobre 2021, Mme A C demande au tribunal d'annuler la décision du 7 octobre 2021 par laquelle le maire de la commune de Valençay a refusé de lui verser l'allocation d'aide au retour à l'emploi.

Elle soutient qu'elle travaille depuis plus de 10 ans et qu'elle a démissionné pour suivre son époux, gendarme, dont la demande de mutation outre-mer a été agréée par un arrêté du 15 septembre 2020.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 janvier 2022, la commune de Valençay, représentée par Me Derridj, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme C la somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le tribunal administratif d'Orléans est territorialement incompétent ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 26 août 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 26 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le décret n° 2019-797 du 26 juillet 2019 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de Mme Best-De Gand, rapporteure publique,

- et les observations de Me Derridj, représentant la commune de Valençay.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C, adjoint d'animation au sein des services de la commune de Valençay, a bénéficié d'une disponibilité pour convenance personnelle à compter du 29 juin 2019 aux termes d'un arrêté du 21 juin 2019, prolongée par un arrêté du 18 juin 2020 jusqu'au 28 juin 2021. Elle a été recrutée par le département du Cher comme assistante familiale à compter du 20 janvier 2020. Par la suite, la demande de son conjoint, gendarme, en vue d'une affectation outre-mer ayant été agréée par un arrêté ministériel du 15 septembre 2020, elle a présenté sa démission auprès de ses deux employeurs. Celle-ci a été acceptée tant par la commune de Valençay que par le département du Cher, respectivement à compter des 23 et 29 décembre 2020. Mme C s'est inscrite 18 août 2021 comme demandeur d'emploi et a demandé le versement de l'allocation d'aide au retour à l'emploi auprès de Pôle emploi, lequel l'a invitée à s'adresser à la commune de Valençay, employeur auprès duquel elle est restée le plus longtemps en activité, ce qu'elle a fait par lettre du 15 septembre 2021. Par décision du 7 octobre 2021, dont elle demande l'annulation, le maire de la commune de Valençay a refusé de lui verser l'allocation d'aide au retour à l'emploi.

Sur l'exception d'incompétence territoriale :

2. Aux termes de l'article R. 312-12 du code de justice administrative : " Tous les litiges d'ordre individuel, y compris notamment ceux relatifs aux questions pécuniaires, intéressant les fonctionnaires ou agents de l'Etat et des autres personnes ou collectivités publiques, ainsi que les agents ou employés de la Banque de France, relèvent du tribunal administratif dans le ressort duquel se trouve le lieu d'affectation du fonctionnaire ou agent que la décision attaquée concerne. / Si cette décision prononce une nomination ou entraîne un changement d'affectation, la compétence est déterminée par le lieu de la nouvelle affectation. / Si cette décision prononce une révocation, une admission à la retraite ou toute autre mesure entraînant une cessation d'activité, ou si elle concerne un ancien fonctionnaire ou agent, ou un fonctionnaire ou un agent sans affectation à la date où a été prise la décision attaquée, la compétence est déterminée par le lieu de la dernière affectation de ce fonctionnaire ou agent. () " et aux termes de l'article R. 221-3 du même code : " Le siège et le ressort des tribunaux administratifs sont fixés comme suit : () Orléans : Cher, () ".

3. Il est constant que la dernière affectation de la requérante était au sein du département du Cher. Par suite, et quand bien même le litige l'oppose à la commune de Valençay, le tribunal administratif compétent pour en connaître est le tribunal administratif d'Orléans et l'exception d'incompétence territoriale doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d'une personne en matière d'aide ou d'action sociale, de logement ou au titre des dispositions en faveur des travailleurs privés d'emploi, et sous réserve du contentieux du droit au logement opposable, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressé, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative. Au vu de ces éléments, il lui appartient d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision, en fixant alors lui-même tout ou partie des droits de l'intéressé et en le renvoyant, au besoin, devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation pour le surplus, sur la base des motifs de son jugement. Dans le cas d'un contentieux portant sur les droits au revenu de remplacement des travailleurs privés d'emploi, c'est au regard des dispositions applicables et de la situation de fait existant au cours de la période en litige que le juge doit statuer.

5. Il résulte des dispositions des articles L. 5424-1 et L. 5424-2 du code du travail, relatives à l'indemnisation des travailleurs privés d'emploi, que les agents fonctionnaires et non fonctionnaires de l'Etat et de ses établissements publics administratifs, ainsi que les agents titulaires des collectivités territoriales et les agents statutaires des autres établissements publics administratifs, de même que les militaires, ont droit à une allocation d'assurance chômage lorsqu'ils sont involontairement privés d'emploi. En application de l'article L. 5422-1 de ce même code les travailleurs aptes au travail et recherchant un emploi qui satisfont à des conditions d'âge et d'activité antérieure, et dont la privation d'emploi est involontaire, ou assimilée à une privation involontaire, peuvent demander à bénéficier de l'allocation d'aide au retour à l'emploi.

6. S'agissant des conditions d'indemnisation des travailleurs involontairement privés d'emploi, l'article 2 de l'annexe A du décret du 26 juillet 2019 relatif au régime d'assurance chômage, portant règlement d'assurance chômage dispose : " Sont assimilés à des salariés involontairement privés d'emploi au sens de l'article L. 5422-1 du code du travail, et ont donc également droit à l'allocation d'aide au retour à l'emploi, les salariés dont la cessation du contrat de travail résulte d'un des cas de démission légitime suivants (..) c) la démission du salarié qui rompt son contrat de travail pour suivre son conjoint qui change de lieu de résidence pour exercer un nouvel emploi, salarié ou non salarié. Le nouvel emploi peut notamment être occupé à la suite d'une mutation au sein d'une entreprise, résulter d'un changement d'employeur décidé par l'intéressé ou correspondre à l'entrée dans une nouvelle entreprise par un travailleur qui était antérieurement privé d'activité ;() ".

7. Si Mme C indique avoir démissionné pour suivre son conjoint, il résulte de l'instruction que, par une décision du 15 septembre 2020, celui-ci a vu sa candidature à une affectation outre-mer agréée par le ministère de l'intérieur, l'agrément étant valable jusqu'au 31 décembre 2022. Toutefois, cet agrément n'emportait pas ordre de mutation et n'impliquait pas de perspective de départ immédiat. En outre, l'arrêté du 15 septembre 2020 précisait en son article 7 qu'" aucune mesure d'ordre privé à caractère définitif se rapportant au départ outre-mer ne devra être prise par les sous-officiers dont la candidature est agréée ou retenue, tant que l'ordre de mutation n'aura pas été prononcé. ". Or, la mutation de son conjoint sur l'île de la Réunion n'est intervenue qu'aux termes d'un arrêté du 3 février 2021 avec prise d'effet au 1er août 2021. Il en résulte que, à la date à laquelle sa démission a été acceptée par le conseil général du Cher et la commune de Valençay, la mutation de son conjoint ne présentait qu'un caractère éventuel, la demande de celui-ci n'ayant pas encore reçu de réponse favorable. Il s'ensuit que la requérante ne remplissait pas la condition fixée à l'article 2 du règlement annexé au décret du 26 juillet 2019 pour pouvoir bénéficier de l'allocation d'aide au retour à l'emploi.

8. Par ailleurs, l'article 4 du règlement annexé au décret du 26 juillet 2019 dispose que pour bénéficier de l'allocation d'aide au retour à l'emploi, les salariés remplissant les conditions d'âge et d'aptitude physique doivent être inscrit comme demandeur d'emploi, être à la recherche effective d'un emploi ou accomplir une action de formation et " e) N'avoir pas quitté volontairement, sauf cas mentionnés aux §2 et §4 de l'article 2, leur dernière activité professionnelle salariée, ou une activité professionnelle salariée autre que la dernière dès lors que, depuis le départ volontaire, il ne peut être justifié d'une durée d'affiliation d'au moins 65 jours travaillés ou 455 heures travaillées. Sont pris en compte à ce titre les jours de réduction du temps de travail non pris par le salarié, ayant donné lieu au paiement de l'indemnité compensatrice de repos supplémentaire dans le cadre de la réduction du temps de travail ;() ".

9. Ainsi qu'il a été dit au point 7, la démission de la requérante présentait un caractère prématuré et ne pouvait être regardée comme légitime. En outre, et ainsi qu'elle le précise elle-même dans sa requête, après acceptation de sa démission, elle ne s'est pas inscrite comme demandeur d'emploi et n'a pas recherché un emploi. Il s'ensuit qu'elle ne remplissait pas davantage les conditions fixées au e) de l'article 4 du règlement annexé au décret du 26 juillet 2019 pour pouvoir bénéficier du versement de l'allocation d'aide au retour à l'emploi. Dès lors, c'est sans erreur de droit ni erreur d'appréciation que le maire de la commune de Valençay a refusé de faire droit à sa demande.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de Mme C tendant à l'annulation de la décision du 7 octobre 2021 par laquelle le maire de Valençay a refusé de faire droit à sa demande de versement de l'allocation d'aide au retour à l'emploi doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme C sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative le versement d'une somme de 500 euros à la commune de Valençay.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Mme C versera à la commune de Valençay une somme de 500 euros, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et à la commune de Valençay.

Délibéré après l'audience du 3 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,

Mme Defranc-Dousset, première conseillère,

M. Joos, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 janvier 2023.

La rapporteure,

Hélène B

La présidente,

Anne LEFEBVRE-SOPPELSALa greffière,

Lucie BARRUET

La République mande et ordonne au préfet de l'Indre en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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