jeudi 16 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2104135 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SELAFA CABINET CASSEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 17 novembre 2021, et un mémoire enregistré le 2 mai 2023, M. B A, représenté par la SELAFA Cabinet Cassel, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner La Poste à lui verser la somme de 40 570 euros en réparation des préjudices matériel et moral subis du fait de l'absence de versement de l'indemnité de mobilité fonctionnelle et d'une évolution de carrière subie depuis le 1er janvier 2016, somme augmentée des intérêts à compter du 23 juillet 2021, date de réception de sa demande préalable ;
2°) de mettre à la charge de La Poste la somme de 4 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.
Il soutient que :
- ses fonctions ayant été requalifiées de " responsable clients entrants " en " responsable d'action commerciale " sans entretien préalable, il a droit au versement d'une indemnité de 10 000 euros, dès lors qu'il s'agit d'une évolution majoritairement au contact du public, en application des articles 21 et 22 de la décision n° 352 du 15 février 2002 relative au dispositif d'accompagnement des réorientations et du paragraphe 331 du BRH 2007 RH 61 ;
- les sommes non-perçues auraient pu bénéficier d'abondements pouvant représenter jusqu'à 1 500 euros bruts dont il sera fait une juste indemnisation de ce préjudice par le versement d'une somme de 570 euros ;
- en l'absence de volonté d'une telle évolution de carrière et de l'impossibilité de mener à bien son propre projet de reconversion dès lors qu'aucun accompagnement n'est intervenu ni aucune proposition de parcours de carrière n'a été émise, et alors qu'une évolution vers les fonctions de " conseiller en évolution professionnelle " n'a pu aboutir en dépit d'un projet d'accompagnement vers cette fonction, entrepris en 2016-2017, et d'un stage en immersion en 2019-2020, il a subi un préjudice de carrière évalué à 15 000 euros ;
- alors qu'il a dû demeurer sur une fonction qu'il ne souhaitait pas et qu'il a subi un procédé managérial irrégulier du fait de la publication, dans un journal commercial, de challenges pilotés par la direction d'action commerciale de La Poste et mettant en avant les résultats de chaque agent nominativement nommés alors qu'il n'a jamais donné son accord pour ces publications, il a subi un préjudice moral évalué à 15 000 euros.
Par un mémoire enregistré le 24 mars 2022, La Poste conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de M. A la somme de 150 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Lefebvre-Soppelsa,
- et les conclusions de M. Joos, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, né le 2 janvier 1970, a intégré La Poste en novembre 2013. Il est fonctionnaire cadre supérieur de la classe IV. Alors qu'il était affecté sur le site de Pithiviers Poste Centre de Tri, avec un rattachement de trois sites pour y exercer des fonctions de " responsable clients entrants ", son poste a été requalifié en " responsable d'action commerciale " à compter du 1er janvier 2016. Par un courrier, notifié le 23 juillet 2021, M. A a sollicité de La Poste le versement d'une somme, à parfaire, de 33 570 euros, avec intérêts, en réparation de ses préjudices, à compter du dépôt de sa demande préalable, en raison du défaut de versement de l'indemnité de mobilité fonctionnelle et des irrégularités commises par La Poste dans l'évolution de sa carrière. Par une décision du 21 octobre 2021, La Poste a refusé de faire droit à sa demande. Par une requête déposée le 17 novembre 2021, M. A demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, de condamner La Poste à lui verser la somme de 40 570 euros en réparation de ses préjudices.
Sur les conclusions indemnitaires :
2. En premier lieu, d'une part aux termes de l'article 21 de la décision n° 352 de La Poste du 15 février 2002 : " L'indemnité de mobilité fonctionnelle est versée aux agents faisant l'objet d'une réorientation vers une fonction exercée dans une autre entité : / " - dans le même regroupement de fonction, vers une fonction majoritairement au contact du public, et différente de la fonction initiale ; / " - dans un autre regroupement de fonction. / " Les intéressés doivent avoir une ancienneté d'un an à La Poste, le droit étant constaté à la date effective du changement de fonction. Tout changement de fonction intervenant ultérieurement pour convenances personnelles ne pourra ouvrir droit à indemnisation. () ". Aux termes du bulletin des ressources humaines libellé " CORP-DRHRS-2015-0096 du 13 avril 2015 " : " Ce BRH annule et remplace les BRH () 2002 RH 10 du 15 février 2002 () ". Aux termes de l'article 4.1 de ce bulletin : " () L'indemnisation se fait en cas de mobilité vers une fonction différente de celle précédemment occupée () Pour évaluer le montant de la prime, il sera, par exemple, tenu compte : / de la durée de la formation nécessaire à la prise de poste ; / de l'écart en termes de profil de compétences entre le précédent poste occupé et le nouveau poste (expertise, éléments de complexité du nouveau poste par rapport à l'ancien poste) ; / de la dimension managériale du poste ; du passage vers un poste impliquant un contact avec les clients, en physique et/ou au téléphone, si l'ancien poste n'intégrait pas de relation directe avec les clients ; / du passage d'un poste fonctionnel à un poste opérationnel ou d'un poste opérationnel à un poste fonctionnel impliquant une nouvelle expertise. / Le montant de la prime est apprécié par le NOD de rattachement en fonction de l'occurrence des critères définis ci-dessus. La prime est versée au moment de la prise du nouveau poste ".
3. D'autre part, aux termes de l'article 33 de l'instruction du président de La Poste du 2 juillet 2004 relative à l'accompagnement financier et à la rémunération lors de la mobilité ou de la promotion des cadres supérieurs : " L'accompagnement de l'adaptation au poste doit valoriser conjointement, au moment du changement, le niveau de difficulté du poste et l'effort d'adaptation demandé au cadre supérieur, compte tenu de ses fonctions d'origine. Par ailleurs, en cas de promotion, une évolution de la rémunération fixe intervient pour prendre en compte l'élévation structurelle du niveau des responsabilités exercées ". Aux termes de l'article 331 de cette instruction : " Le montant de l'accompagnement est fixé par le directeur prenant ayant reçu pouvoir de nomination et de gestion des cadres supérieurs sur proposition du comité des carrières (). / La décision prendra en compte conjointement la nature du poste, ses spécificités (poste présentant des difficultés particulières, projets nouveaux) et l'effort d'adaptation demandé au cadre supérieur. / Le montant attribué se situera dans la fourchette de 0 à 5 000 euros. / Toutefois, pour le comblement de postes à fortes contraintes et réputés difficiles, le montant maximum de la fourchette d'indemnisation pour l'adaptation au poste pourra être porté à () / - 25 000 € pour un poste de niveau IV.2 () ".
4. M. A soutient qu'à la suite de la requalification de son poste " Responsable clients entrants " en " Responsable d'action commerciale " au 1er janvier 2016, il était en droit de prétendre au versement d'une indemnité de 10 000 euros en application, dans le dernier état de ses écritures, des dispositions précitées du point 331 de l'instruction du 27 décembre 2006, c'est-à-dire non " l'indemnité de mobilité fonctionnelle " mais " l'indemnité d'accompagnement de l'adaptation au poste " applicable aux cadres supérieurs.
5. Il est constant, en l'espèce, que les fonctions de M. A de " responsable clients entrants " ont été requalifiées, à compter du 1er janvier 2016, en " responsable d'action commerciale ". Cependant, La Poste fait valoir en défense qu'en dépit, dès lors, et alors même que le requérant ne produit aucun élément probant à l'appui de ses allégations, il ne peut prétendre au bénéfice de cette indemnité. L'intéressé n'est, par conséquent, pas davantage fondé à demander une indemnisation de son préjudice tiré de ce que les sommes non-versées auraient dû bénéficier d'abondements.
6. Toutefois, La Poste fait valoir en défense, sans être sérieusement contredite, que la requalification du poste de M. A au 1er janvier 2016 n'a pas emporté de changement significatif dans les missions et tâches qui lui sont confiées, le changement de dénomination des fonctions de l'intéressé ne s'étant accompagné que de peu de changement dans les missions et tâches qui lui étaient confiées. Par suite, en n'attribuant pas au requérant le bénéfice de " l'indemnité d'accompagnement de l'adaptation au poste ", ni, en tout état de cause de " l'indemnité de mobilité fonctionnelle ", La Poste n'a pas commis d'illégalité de nature à engager sa responsabilité.
7. Par suite, les conclusions à fin d'indemnisation du préjudice subi du non versement de cette indemnité ainsi que par voie de conséquence, de la perte d'épargne salariale impliquées par ce défaut d'attribution doivent être rejetées.
8. En deuxième lieu, M. A demande l'indemnisation de préjudices liée aux irrégularités qui auraient été commises dans le cadre d'évolution de sa carrière.
9. D'une part, s'il soutient que la requalification de ses fonctions de " responsable clients entrants " en " responsable d'action commerciale " n'a fait l'objet d'aucun entretien préalable, ainsi qu'il a été dit au point 6, il ne résulte pas de l'instruction qu'il a été confronté à une modification substantielle de ses fonctions. Par suite, la décision portant requalification de ses fonctions à compter du 1er janvier 2016 n'avait pas à être précédée d'un tel entretien préalable.
10. D'autre part, si M. A soutient qu'il n'a fait l'objet d'aucun accompagnement par La Poste dans ses projets de reconversion, il résulte de l'instruction qu'un projet d'accompagnement vers les fonctions de conseiller en évolution professionnelle avait été mis en place par La Poste à son profit entre 2016 et 2017, qu'un avis favorable avait été rendu en ce sens par sa hiérarchie le 25 mai 2016 et que ce projet n'a pas été mené à son terme du seul fait de M. A qui, par un courriel du 21 août 2017, a fait état du retrait de sa candidature à ce poste. Il résulte également de l'instruction qu'au cours des années 2019 et 2020, M. A a bénéficié, à sa demande, d'un stage en immersion avec un conseiller en évolution professionnelle et que son projet professionnel ainsi relancé n'a pu aboutir qu'en raison de l'absence de poste vacant au cours de cette dernière période. Dès lors, La Poste qui s'est au contraire engagée dans une démarche active au regard de la situation professionnelle de l'intéressé, n'a pas commis de faute dans l'évolution de la carrière de M. A, de nature à engager sa responsabilité.
11. En dernier lieu, alors que les résultats obtenus par chaque responsable d'action commerciale, sont publiés dans un journal commercial, assortis d'une couleur verte, orange ou rouge, M. A ne justifie pas, de ce seul fait, de l'existence d'un préjudice moral, quand bien même il n'aurait jamais donné son accord à de telles publications.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions indemnitaires de M. A doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de La Poste, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. A demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances particulières de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de M. A la somme réclamée par la société La Poste au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par La Poste au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la société La Poste.
Délibéré après l'audience du 17 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,
Mme Best De Gand, première conseillère,
Mme Defranc-Dousset, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 novembre 2023.
La présidente-rapporteure,
Anne LEFEBVRE-SOPPELSA
L'assesseure la plus ancienne,
Armelle BEST DE GAND
La greffière,
Nadine PENNETIER-MOINET
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la relance en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026