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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2104139

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2104139

vendredi 5 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2104139
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantFRAHIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 novembre 2021, M. et Mme A et C B, représentés par Me Frahier, avocat, demandent au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2013, 2014 et 2015 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- le rejet de la comptabilité des sociétés Hair Brea, Hair Montparnasse, Hair Quinet Montparnasse et Hair Saint-Michel n'est pas fondé ;

- la méthode de reconstitution du chiffre d'affaires est viciée dans son principe :

- les minorations de recettes reprochées portant sur des encaissements en espèces ne peuvent leur être imputées en totalité, quand bien même ils seraient les cogérants des salons de coiffure, dès lors qu'ils n'étaient pas sur place pendant une longue période sur les années 2012 et 2013 du fait de l'hospitalisation de M. B de 6 août 2012 au 15 janvier 2013 suivie d'une longue période de convalescence.

Par un mémoire enregistré le 12 mai 2022, le directeur régional des finances publiques du Centre-Val de Loire et du département du Loiret conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Le tribunal a informé les parties en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative que le jugement est susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'inopérance de la qualité de maître de l'affaire en cas de rehaussement fondé sur le 2° du 1 de l'article 109 du code général des impôts.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de commerce ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Le Toullec,

- et les conclusions de Mme Doisneau-Herry, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme B sont associés et cogérants de quatre sociétés à responsabilité limitée (SARL), Hair Brea, Hair Montparnasse, Hair Quinet Montparnasse et Hair Saint-Michel, qui exploitent chacune un salon de coiffure sous l'enseigne Franck Provost. Ces sociétés ont fait l'objet d'une vérification de comptabilité au titre des exercices clos en 2013, 2014 et 2015. A l'issue de ces contrôles, l'administration, qui a rejeté leur comptabilité et procédé à une reconstitution de leur chiffre d'affaires, a constaté des minorations de recettes dont elle a réintégré les sommes correspondantes dans les bénéfices imposables des sociétés au titre des exercices vérifiés. Parallèlement, elle a tiré les conséquences de ces vérifications en notifiant à M. et Mme B, selon la procédure contradictoire, des rectifications en matière d'impôts sur le revenu et de contributions sociales au titre des années 2013 à 2015, à raison de revenus considérés comme distribués par les SARL Hair Brea, Hair Montparnasse, Hair Quinet Montparnasse et Hair Saint-Michel, sur le fondement du 2° du 1 de l'article 109 du code général des impôts. L'administration a admis partiellement leurs réclamations contentieuses par une décision du 20 septembre 2021.

Sur les conclusions à fin de décharge :

En ce qui concerne le rejet de la comptabilité :

2. Aux termes de l'article L. 123-12 du code de commerce : " Toute personne physique ou morale ayant la qualité de commerçant doit procéder à l'enregistrement comptable des mouvements affectant le patrimoine de son entreprise. Ces mouvements sont enregistrés chronologiquement () ". Aux termes de l'article 54 du code général des impôts : " Les contribuables mentionnés à l'article 53 A sont tenus de représenter à toute réquisition de l'administration tous documents comptables, inventaires, copies de lettres, pièces de recettes et de dépenses de nature à justifier l'exactitude des résultats indiqués dans leur déclaration () ".

3. Les requérants soutiennent qu'ils ont, lors des contrôles des sociétés Hair Brea, Hair Montparnasse, Hair Quinet Montparnasse et Hair Saint-Michel dont ils sont les gérants, présenté tous les livres et documents comptables exigés par la loi et fourni le détail journalier des recettes réalisées par nature de prestations et par mode de règlement. Toutefois, ils n'apportent pas la moindre justification à l'appui de leurs allégations. Par ailleurs, il résulte de l'instruction que le service a relevé que les sociétés en cause n'avaient présenté aucune sauvegarde des données du logiciel de caisse relatives aux exercices clos les 30 septembre 2013 et 30 septembre 2014 ainsi que pour la période allant du 1er octobre 2014 au 30 avril 2015 et a constaté, pour la période allant de 1er mai 2015 au 30 avril 2016, des anomalies de comptabilité résultant de l'utilisation d'un outil de suppression de recettes versées en espèces par les consommateurs, nommé " Image ". Il a précisé que ces anomalies étaient révélatrices " d'une modification a posteriori des données de caisse par un logiciel externe au système afin d'éluder une partie des recettes ". Les requérants ne contestent pas les constatations du service et notamment pas l'utilisation du logiciel de suppression de recettes. Dans ces conditions, l'absence de pièces justificatives des recettes jusqu'en avril 2015 et l'altération du système de comptabilité de mai 2015 à avril 2016 constituent de graves irrégularités et justifient le rejet de la comptabilité des sociétés Hair Brea, Hair Montparnasse, Hair Quinet Montparnasse et Hair Saint-Michel au titre des exercices vérifiés. Les requérants ne sont dès lors pas fondés à soutenir que l'administration a considéré à tort ces comptabilités comme non sincères et non probantes.

En ce qui concerne la méthode de reconstitution des recettes :

4. Il résulte de l'instruction que, pour reconstituer les recettes des sociétés Hair Brea, Hair Montparnasse, Hair Quinet Montparnasse et Hair Saint-Michel au titre des exercices 2013, 2014 et 2015, le service, au regard des graves manquements constatés en matière de comptabilité, s'est fondé sur le taux moyen des suppressions des espèces - constatées sur les périodes du 1er mai 2015 au 30 septembre 2015 et du 1er octobre 2015 au 30 avril 2016 - lequel a été calculé en divisant l'écart entre les fichiers " FICHE ", qui retracent les chiffres d'affaires comptabilisés et déclarés, et les fichiers " PERSONNE ", qui retracent les chiffres d'affaires réalisés par les employés, par le montant total initial des recettes. Pour les périodes du 1er octobre 2012 au 30 avril 2015, le service a extrapolé le taux moyen de suppression constaté au titre de la période du 1er mai 2015 au 30 septembre 2015.

5. Les requérants contestent ces reconstitutions du chiffre d'affaires en considérant que la méthode est viciée dans son principe. Ils font valoir que les conditions d'exploitation au cours des exercices 2012, 2013 et 2014 étaient sensiblement différentes de celles de la période 2015 couverte par l'échantillon retenu, dès lors qu'il y a eu des fluctuations importantes du nombre de salariés et de compétences et que le requérant, principal coiffeur, a connu de graves problèmes de santé ayant conduit à son hospitalisation entre le 6 août 2012 et le 15 janvier 2013 et à une longue période de convalescence, éloignant les requérants des salons. Toutefois, les requérants n'apportent aucune pièce justifiant de l'état de santé dégradé de M. B, de l'évolution de la situation de concurrence et des changements en matière de personnel et de compétence. Il s'en suit que la méthode de reconstitution des recettes des sociétés, basée sur les informations propres à chaque société recueillies au cours des vérifications de compatibilité, n'est pas viciée dans son principe même. Par ailleurs, les requérants ne proposent aucune méthode de calcul alternative.

En ce qui concerne l'appréhension des sommes réputées distribuées :

6. Aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : () / 2° Toutes les sommes ou valeurs mises à la disposition des associés, actionnaires ou porteurs de parts et non prélevées sur les bénéfices () ". Pour soumettre à l'impôt sur le revenu des revenus sur le fondement du 2° du 1 de l'article 109 du code général des impôts, il incombe à l'administration d'établir qu'ils ont été mis à la disposition des associés, actionnaires ou porteurs de parts. La circonstance que le contribuable que l'administration entend imposer est le maître de l'affaire est à cet égard sans incidence.

7. Pour imposer les revenus regardés comme distribués par les sociétés Hair Brea, Hair Montparnasse, Hair Quinet Montparnasse et Hair Saint-Michel à M. et Mme B, leurs associés, le service s'est fondé sur les dispositions du 2° du 1 de l'article 109 du code général des impôts en s'appuyant sur l'unique circonstance que M. et Mme B étaient seuls maîtres de l'affaire. La qualité de maître de l'affaire n'est pas, ainsi qu'il vient d'être dit au point précédent, de nature à rapporter la preuve de la distribution de revenus aux associés sur le fondement du 2° du 1 de l'article 109 du code général des impôts. En se bornant à soutenir que les minorations de recettes relevées résultent de l'utilisation du logiciel de suppression de recettes en espèces " Image " sur l'ordinateur personnel des cogérants, lequel nécessite la qualité d'administrateur, ce qui exclut tout éventuel détournement supposé par un salarié des quatre sociétés, l'administration fiscale n'établit pas, comme elle en a la charge, que M. et Mme B ont appréhendé les sommes en cause.

8. Il résulte de ce qui précède que les requérants sont fondés à demander la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2013, 2014 et 2015.

Sur les frais de liés au litige :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. et Mme B et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : M. et Mme B sont déchargés, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2013, 2014 et 2015.

Article 2 : L'Etat versera à M. et Mme B une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme A et C B et à la directrice régionale des finances publiques du Centre-Val de Loire et du département du Loiret.

Délibéré après l'audience du 14 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Dorlencourt, président,

Mme Le Toullec, première conseillère,

Mme Dicko-Dogan, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2024.

La rapporteure,

Hélène LE TOULLEC

Le président,

Frédéric DORLENCOURT

La greffière,

Isabelle METEAU

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et mumérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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