jeudi 24 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2104177 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | CABINET GERVAISE DUBOURG |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 19 novembre 2021, M. B A, représenté par le cabinet Gervaise Dubourg, demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser une somme globale de 17 788 euros, assortie des intérêts au taux légal et de la capitalisation de ces intérêts, en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait de ses conditions d'incarcération au centre de détention de Châteaudun au cours de l'année 2020.
Il soutient que :
- la responsabilité de l'Etat est engagée en raison des conditions matérielles de détention inhumaines et dégradantes qu'il a subies et ce, en méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que des articles D. 189, D. 349, D. 350 et D. 351 du code de procédure pénale et de l'article 22 de la loi du 24 novembre 2009 pénitentiaire ;
- l'administration pénitentiaire a commis plusieurs fautes au regard de ses conditions de de détention tenant à son placement en quartier disciplinaire du 23 septembre au 2 novembre 2020, à l'existence de caillebotis aux fenêtres, le privant de lumière naturelle, à la réalisation d'une fouille corporelle sans motif légitime le 29 mai 2020, aggravée par une absence de distanciation en dépit des mesures sanitaires alors en vigueur, à ce qu'il a été victime de propos racistes et discriminatoires de la part de surveillants, à l'absence de suivi médical, notamment après une blessure sur son lieu de travail, à ce qu'il a été privé d'une plaque chauffante électrique, nécessaire à la préservation de son état de santé et préconisée par des médecins ;
- il a également fait l'objet de onze transfèrements en sept ans et demi, dont certains n'ont pas été précédés de garanties procédurales, qui l'ont éloignés de sa famille et l'ont privés de l'accès au travail, à la formation professionnelle et aux études et ce, sans être justifiés par un motif d'intérêt général ;
- il a subi à raison de ces fautes, un préjudice moral qu'il évalue à 9 788 euros ainsi que des troubles dans les conditions d'existence qui devront être indemnisés à hauteur de 5 000 euros et un préjudice moral, anormal et spécial, évalué à 3 000 euros, du fait du confinement.
Par un mémoire enregistré le 31 mai 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête et à défaut à ce que l'indemnisation soit ramenée à 1 200 euros.
Il fait valoir que :
- contrairement aux allégations du requérant, ses conditions de sa détention au sein du centre de détention de Châteaudun n'ont pas été constitutives d'une atteinte portée à sa dignité humaine telle que définie par les stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'administration pénitentiaire n'a commis aucune faute et M. A est par ailleurs à l'origine de la plupart des préjudices dont il demande réparation ;
- en tout état de cause, si une indemnisation devait lui être accordée, elle ne saurait dépasser la somme de 1 200 euros.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 février 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code pénitentiaire ;
- le code de procédure pénale ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 2009-1436 du 24 novembre 2009 ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- et les conclusions de M. Gauthier, rapporteur public,
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, incarcéré depuis le 6 décembre 2013, a été écroué successivement au sein des établissements pénitentiaires de Bordeaux-Gradignan, Poitiers-Vivonne, Mont-de-Marsan, Nantes, Rennes-Vézin, Le Havre, Le Mans-Croisettes, Val de Reuil, Argentan, jusqu'au 20 janvier 2020, date à laquelle il a été hébergé au centre de détention de Châteaudun pendant onze mois, avant d'intégrer la maison centrale de Clairvaux. Par la présente requête, il demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser la somme globale de 17 788 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis en raison de ses conditions de détention au centre de détention de Châteaudun au cours de l'année 2020 et des transfèrements successifs dont il a fait l'objet.
Sur la responsabilité de l'Etat :
2. Aux termes de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article 22 de la loi pénitentiaire du 24 novembre 2009, alors en vigueur, dont les dispositions sont désormais reprises à l'article L. 6 du code pénitentiaire : " L'administration pénitentiaire garantit à toute personne détenue le respect de sa dignité et de ses droits. L'exercice de ceux-ci ne peut faire l'objet d'autres restrictions que celles résultant des contraintes inhérentes à la détention, du maintien de la sécurité et du bon ordre des établissements, de la prévention de la commission de nouvelles infractions et de la protection de l'intérêt des victimes. Ces restrictions tiennent compte de l'âge, de l'état de santé, du handicap, de l'identité de genre et de la personnalité de la personne détenue ".
3. En raison de la situation d'entière dépendance des personnes détenues vis-à-vis de l'administration pénitentiaire, l'appréciation du caractère attentatoire à la dignité des conditions de détention dépend notamment de leur vulnérabilité, appréciée compte tenu de leur âge, de leur état de santé, de leur personnalité et, le cas échéant, de leur handicap, ainsi que de la nature et de la durée des manquements constatés et eu égard aux contraintes qu'implique le maintien de la sécurité et du bon ordre dans les établissements pénitentiaires. Les conditions de détention s'apprécient au regard de l'espace de vie individuel réservé aux personnes détenues, de la promiscuité engendrée, le cas échéant, par la sur-occupation des cellules, du respect de l'intimité à laquelle peut prétendre tout détenu, dans les limites inhérentes à la détention, de la configuration des locaux, de l'accès à la lumière, de l'hygiène et de la qualité des installations sanitaires et de chauffage. Seules des conditions de détention qui porteraient atteinte à la dignité humaine, appréciées à l'aune de ces critères et des dispositions précitées du code pénitentiaire, révèlent l'existence d'une faute de nature à engager la responsabilité de la puissance publique. Une telle atteinte, si elle est caractérisée, est de nature à engendrer, par elle-même, un préjudice moral pour la personne qui en est la victime qu'il incombe à l'Etat de réparer. A conditions de détention constantes, le seul écoulement du temps aggrave l'intensité du préjudice subi.
En ce qui concerne les conditions matérielles de détention :
4. En premier lieu, aux termes de l'article D. 349 du code de procédure pénale, alors en vigueur, dont les dispositions sont désormais reprises à l'article R. 321-1 du code pénitentiaire : " L'incarcération doit être subie dans des conditions satisfaisantes d'hygiène et de salubrité, tant en ce qui concerne l'aménagement et l'entretien des bâtiments, le fonctionnement des services économiques et l'organisation du travail, que l'application des règles de propreté individuelle et la pratique des exercices physiques ". Aux termes de l'article D. 350 du code de procédure pénale, alors en vigueur, dont les dispositions sont désormais reprises à l'article R. 321-2 du code pénitentiaire : " Les locaux de détention et, en particulier, ceux qui sont destinés au logement, doivent répondre aux exigences de l'hygiène, compte tenu du climat, notamment en ce qui concerne le cubage d'air, l'éclairage, le chauffage et l'aération ". Aux termes de l'article D. 351 du code de procédure pénale, alors en vigueur, dont les dispositions sont désormais reprises à l'article R. 321-3 du code pénitentiaire : " Dans tout local où les détenus séjournent, les fenêtres doivent être suffisamment grandes pour que ceux-ci puissent lire et travailler à la lumière naturelle. L'agencement de ces fenêtres doit permettre l'entrée d'air frais. La lumière artificielle doit être suffisante pour permettre aux détenus de lire ou de travailler sans altérer leur vue () ".
5. Il résulte de l'instruction que si M. A a été placé en régime contrôlé à partir du 2 mai 2020, avec une interruption entre le 21 juillet et le 8 septembre, période durant laquelle il a été affecté en régime général semi-ouvert, puis a ensuite été détenu soit en quartier d'isolement soit en quartier disciplinaire jusqu'à son transfert à la maison centrale de Clairvaux, le
21 décembre 2020, il a toujours occupé des cellules individuelles pendant son incarcération au centre de détention de Châteaudun d'une surface comprise entre 9,06 m2 et 13,27 m2. A cet égard, il ressort des rapports de visite du contrôleur général des lieux de privation de liberté, établis en 2010 et en 2015, que chaque cellule individuelle possède une surface de 8,80 m² et que les cellules du quartier disciplinaire et du quartier d'isolement ont une surface de 9,46 m². En outre, si le contrôleur général des lieux de privation de liberté a, dans son rapport de 2015, relevé qu'une opération de pose de caillebottis sur l'ensemble des fenêtres de cellule avait été prévue pour 2015, il n'a émis aucune observation ou recommandation sur la présence de ces équipements aux fenêtres et a indiqué, s'agissant du quartier disciplinaire et du quartier d'isolement, que " la zone est assez lumineuse ". Dès lors, la seule présence de caillebotis aux fenêtres des cellules n'est pas par elle-même de nature à établir que celles occupées par
M. A durant sa détention au sein de l'établissement de Châteaudun ne bénéficiaient pas d'une lumière, notamment naturelle, suffisante. De même, en se bornant à produire l'état des lieux dressé le 22 avril 2020 à son entrée dans la cellule D0E23, ainsi que celui établi le 24 avril 2020 après son transfert dans la cellule C0S23, dont il résulte de l'instruction qu'il l'a quittée le
27 avril suivant, le requérant ne contredit pas utilement les éléments fournis par le ministre de la justice en défense, dont il ressort que toutes les cellules qu'il a occupées étaient " en bon état général " voire pour certaines, ont fait l'objet d'une réfection en 2019 et en 2020 et qu'il a été mis en possession d'un kit de ménage, régulièrement renouvelé, lui permettant de procéder au nettoyage de la cellule. Ces éléments sont, en outre, corroborés par le rapport de visite du contrôleur général des lieux de privation de liberté qui, en 2015, a relevé que l'établissement était dans l'ensemble entretenu convenablement et n'a émis de réserve qu'à l'égard du bâtiment B, nécessitant selon lui une intervention en termes d'hygiène et de maintenance. Or, il résulte de l'instruction que le requérant n'a été affecté dans ce bâtiment que pendant deux jours, du
7 au 9 septembre 2020. Dès lors, ces seules circonstances ne permettent pas de considérer que
M. A aurait été placé dans des conditions de détention portant atteinte à la dignité humaine en méconnaissance des dispositions énoncées ci-dessus et ne sauraient donc suffire à caractériser des conditions d'incarcération contraires à la dignité humaine, susceptibles de caractériser une faute de l'Etat.
En ce qui concerne la préservation de la santé :
6. Aux termes de l'article 46 de la loi du 24 novembre 2009 pénitentiaire, dans sa rédaction applicable au litige, " La prise en charge de la santé des personnes détenues est assurée par les établissements de santé dans les conditions prévues par le code de la santé publique. / La qualité et la continuité des soins sont garanties aux personnes détenues dans des conditions équivalentes à celles dont bénéficie l'ensemble de la population () L'administration pénitentiaire favorise la coordination des différents intervenants agissant pour la prévention et l'éducation sanitaires. / Elle assure un hébergement, un accès à l'hygiène, une alimentation et une cohabitation propices à la prévention des affections physiologiques ou psychologiques ".
7. En premier lieu, M. A expose qu'il a été privé d'une plaque chauffante électrique pourtant nécessaire à la préservation de son état de santé et préconisée par les médecins, lesquels certifient également qu'il doit bénéficier d'une alimentation spécifique. Toutefois, d'une part, le ministre fait valoir, sans être contesté, que le requérant pouvait, par l'intermédiaire de la cantine, faire l'acquisition des plaques autorisées, d'une puissance limitée à 250 watts, et qu'il n'a formulé aucune demande en ce sens. Il résulte en outre de l'instruction que l'intéressé a détérioré ses précédentes plaques de cuisson. D'autre part, et alors que les certificats médicaux produits par le requérant se bornent à retranscrire les déclarations de l'intéressé ou à indiquer que son état de santé nécessite " une alimentation régulière et équilibrée justifiant le recours à une plaque chauffante en cellule ", il ne résulte pas de l'instruction que M. A n'aurait pas eu accès pendant sa détention à Châteaudun, à une alimentation équilibrée. A ce titre, il ne justifie pas d'une dégradation significative de son état de santé qui résulterait d'un régime alimentaire déficient ou carencé. Ainsi, il ne démontre pas être soumis à des conditions de détention qui porteraient atteinte à la dignité humaine du seul fait qu'il n'a pas pu disposer de cet équipement optionnel, au demeurant susceptible de permettre la conception, une fois détérioré, d'armes pouvant être utilisées par l'intéressé dont le comportement violent lui a valu plusieurs sanctions.
8. En deuxième lieu, M. A soutient que les règles de distanciation en vigueur en raison de l'épidémie nationale de covid-19 n'étaient pas respectées de manière rigoureuse au sein du centre de détention de Châteaudun et ne l'ont pas été, en particulier, à l'occasion d'une fouille intégrale dont il a fait l'objet le 29 mai 2020. Toutefois, et alors que l'intéressé ne produit aucun élément de nature à établir le prétendu non-respect des règles de distanciation dont il se prévaut, à l'exception d'un courrier dont le contenu se borne à retranscrire ses propres déclarations, il ne résulte pas de l'instruction que les mesures sanitaires, et en particulier le port de masques de protection par les personnels en contact direct et prolongé avec les personnes détenues, reprises dans une note du 31 mars 2020 du directeur de l'administration pénitentiaire, n'auraient pas été appliquées au sein du centre de détention de Châteaudun.
9. En troisième et dernier lieu, si M. A soutient qu'il n'a pas bénéficié d'un suivi médical, notamment après une blessure sur son lieu de travail, il n'apporte aucun élément de nature à établir que l'administration pénitentiaire aurait délibérément retardé la prise en charge de son état de santé, lui aurait refusé l'accès à des soins ou encore la possibilité de faire constater son état de santé par un médecin ou de se soumettre à un diagnostic médical. Au contraire, il ressort des termes des courriers adressés les 22 et 23 juillet 2020 par l'Observatoire international des prisons (OIP) au directeur de l'établissement, reprenant les déclarations du requérant, que ce dernier se serait tordu le petit doigt le 3 juillet au cours de son travail à l'atelier, et se serait immédiatement rendu à l'unité sanitaire où un médecin aurait dressé un arrêt de travail pour la période du 3 au 8 juillet. Il résulte également de l'instruction, et notamment du registre d'unité sanitaire, que M. A a bénéficié d'une quarantaine de rendez-vous médicaux avec un médecin, un psychologue ainsi qu'avec l'infirmière de l'établissement et qu'il a fait l'objet de deux extractions médicales en septembre et octobre 2020. Dans ces conditions, l'ensemble de ces éléments témoigne des diligences accomplies par l'établissement pénitentiaire pour assurer la prise en charge médicale de M. A. Par suite, l'intéressé n'établit pas l'existence d'une faute de l'administration pénitentiaire de nature à engager la responsabilité de l'Etat.
En ce qui concerne le comportement des surveillants pénitentiaires :
10. Si M. A soutient avoir été victime de propos racistes et discriminatoires de la part de surveillants pénitentiaires, il n'apporte aucun élément probant à l'appui de ses allégations.
En ce qui concerne le placement et le maintien en régime contrôlé :
11. M. A conteste son placement et son maintien en régime contrôlé de détention, qui a suscité une intervention de l'OIP par courrier adressé le 22 juin 2020 auprès du directeur de l'établissement. Il résulte toutefois de l'instruction, et notamment de la synthèse des comparutions en commission de discipline, que le requérant a fait l'objet, lors de sa détention à Châteaudun, de cinq comptes-rendus d'incidents pour des insultes, menaces et propos outrageants envers le personnel, ainsi que pour des dégradations des locaux et du matériel de l'établissement. S'agissant de son placement en régime contrôlé, le 2 mai 2020, il ressort de la synthèse des décisions de la commission disciplinaire unique que cette mesure a été prononcée après qu'il a été découvert que l'intéressé avait, dans une lettre adressée le 16 février 2020 au service pénitentiaire d'insertion et de probation, communiqué le numéro de téléphone d'un personnel pénitentiaire, laissant entendre une volonté de représailles, puis à nouveau menacé la direction de l'établissement. Ainsi, eu égard au comportement de M. A, révélateur d'une attitude menaçante et provocatrice peu compatible avec une affectation en régime général, et alors au surplus que cette mesure a été levée le 21 juillet 2020, l'administration pénitentiaire n'a pas commis de faute de nature à engager sa responsabilité en plaçant l'intéressé en régime contrôlé de détention.
En ce qui concerne la fouille intégrale :
12. Aux termes de l'article 57 de la loi du 24 novembre 2009, dans sa rédaction applicable au litige, dont les dispositions sont désormais reprises à l'article L. 225-1 du code pénitentiaire : " Hors les cas où les personnes détenues accèdent à l'établissement sans être restées sous la surveillance constante de l'administration pénitentiaire ou des forces de police ou de gendarmerie, les fouilles intégrales des personnes détenues doivent être justifiées par la présomption d'une infraction ou par les risques que leur comportement fait courir à la sécurité des personnes et au maintien du bon ordre dans l'établissement. Leur nature et leur fréquence sont strictement adaptées à ces nécessités et à la personnalité des personnes détenues () Lorsqu'il existe des raisons sérieuses de soupçonner l'introduction au sein de l'établissement pénitentiaire d'objets ou de substances interdits ou constituant une menace pour la sécurité des personnes ou des biens, le chef d'établissement peut également ordonner des fouilles des personnes détenues dans des lieux et pour une période de temps déterminés, indépendamment de leur personnalité. Ces fouilles doivent être strictement nécessaires et proportionnées (). Les fouilles intégrales ne sont possibles que si les fouilles par palpation ou l'utilisation des moyens de détection électronique sont insuffisantes () ".
13. Il résulte de ces dispositions que si les nécessités de l'ordre public et les contraintes du service public pénitentiaire peuvent légitimer l'application à un détenu de mesures de fouilles, le cas échéant répétées, elles ne sauraient revêtir un caractère systématique et doivent être justifiées par l'un des motifs qu'elles prévoient, en tenant compte notamment du comportement de l'intéressé, de ses agissements antérieurs ou des contacts qu'il a pu avoir avec des tiers. Les fouilles intégrales revêtent un caractère subsidiaire par rapport aux fouilles par palpation ou à l'utilisation de moyens de détection électronique. Il appartient à l'administration pénitentiaire de veiller, d'une part, à ce que de telles fouilles soient, eu égard à leur caractère subsidiaire, nécessaires et proportionnées et d'autre part, à ce que les conditions dans lesquelles elles sont effectuées ne soient pas, par elles-mêmes, attentatoires à la dignité de la personne.
14. M. A soutient qu'il a fait l'objet, le 29 mai 2020, d'une fouille intégrale non justifiée. Il résulte toutefois de l'instruction que la mesure de fouille litigieuse, réalisée concomitamment à la fouille de la cellule du requérant, a été décidée après que ce dernier a été découvert en possession d'un téléphone portable, d'un chargeur de téléphone, d'une batterie et d'une puce, objets interdits au sein de l'établissement. Dans les circonstances de l'espèce, et alors que ces objets ne sont pas tous détectables, ni par portique, ni par palpation, le recours à une fouille intégrale apparaît nécessaire et proportionné. Par ailleurs, il ne résulte pas de l'instruction que les agents de l'administration pénitentiaire ont procédé à cette fouille dans des conditions qui, par elles-mêmes, seraient attentatoires à la dignité humaine. Il s'ensuit que le recours à la mesure litigieuse n'est pas constitutif d'une faute susceptible d'engager la responsabilité de l'Etat.
En ce qui concerne les transfèrements successifs :
15. En premier lieu, si M. A, incarcéré depuis le 6 décembre 2013, se plaint d'avoir fait l'objet de onze transfèrements et soutient que certains d'entre eux n'ont pas été précédés des garanties procédurales fixées aux articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ni ne répondaient à des motifs d'intérêt général, ces moyens, dirigés de manière évasive à l'encontre de l'ensemble des décisions de transfèrement, ne sont pas assortis de précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.
16. En deuxième lieu, contrairement à ce que soutient M. A, les documents qu'il produit ne suffisent pas à établir que le fait d'avoir été privé de visite de ses proches serait imputable aux transfèrements dont il a fait l'objet, alors qu'il résulte de l'instruction et qu'il n'est pas contesté qu'il a lui-même sollicité la suspension de l'ensemble de ses permis de visite. La seule circonstance, à la supposer avérée, qu'il n'ait pas pu appeler sa famille lors du décès de son père alors qu'il était en cellule d'isolement, ne suffit pas à caractériser des conditions de détention indignes ni un comportement fautif de la part de l'administration pénitentiaire.
17. En troisième et dernier lieu, s'il soutient également que les fréquents transfèrements l'auraient privé de l'accès au travail, à la formation professionnelle et aux études, tous éléments selon lui indispensables à son parcours d'exécution de peine et de réinsertion sociale, il ne ressort pas des éléments produits que M. A n'aurait pu bénéficier de mesures de réinsertion adaptées à son parcours pénal et à son comportement. Il résulte au contraire de l'instruction que le requérant a été classé aux ateliers de production dès son arrivée au centre de détention de Châteaudun, mais qu'il a démissionné de cet emploi le 21 septembre 2020. Dans ces conditions, l'administration pénitentiaire ne peut être regardée comme ayant commis une faute susceptible d'engager la responsabilité de l'Etat.
18. Il résulte de tout ce qui précède que la responsabilité de l'Etat ne saurait être engagée et que la requête de M. A doit être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Sophie Lesieux, présidente,
Mme Bernard, première conseillère,
Mme Fatoumata Dicko-Dogan, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2024.
La rapporteure,
La présidente,
Fatoumata C
Sophie LESIEUX
La greffière,
Nadine REUBRECHT
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026