jeudi 12 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2104324 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | LEDUC |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 29 novembre 2021 et le 19 septembre 2024, Mme A B, représentée par Me Leduc, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner le centre hospitalier Victor Jousselin de Dreux au versement de la somme de 5 248,61 euros, outre intérêts de droit à compter du 26 avril 2021, au titre de la protection fonctionnelle, en remboursement des frais d'avocat acquittés dans le cadre de la procédure pénale engagée à son encontre et de la somme de 7 000 euros en réparation de son préjudice né de l'absence de soutien du centre hospitalier de Dreux et d'un déplacement arbitraire ;
2°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Dreux une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le centre hospitalier ne peut refuser le remboursement du solde des frais de justice d'un montant de 5 248,61 euros au motif qu'il ne dispose pas de chéquier ;
- il a commis une faute en ne réalisant aucune action de soutien en sa faveur et au contraire, en la déplaçant d'office, tandis que sa notation devait stagner, et en la contraignant à solliciter un détachement au sein d'une crèche dans le département des Hauts-de-Seine ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 avril 2024, le centre hospitalier de Dreux conclut au rejet de la requête, au non-lieu à statuer sur l'injonction à verser à la requérante la somme de 8 840,61 euros et à ce qu'il soit enjoint à la requérante de fournir son relevé d'identité bancaire ou celui de son conseil.
Il soutient que :
- il y a lieu de constater un non-lieu partiel dès lors que les sommes relatives aux frais et honoraires acquittés par la requérante pour sa défense durant la procédure pénale engagée à son encontre d'un montant total de 8 840,61 euros ont été versées à l'intéressée par chèque de son assureur d'un montant de 3 592 euros reçu le 5 juillet 2022 et que pour le solde d'un montant de 5 248,61 euros, il n'a pas pu procéder au versement de la somme en raison du refus de l'intéressée de communiquer son relevé d'identité bancaire ;
- aucune faute n'a été commise dans le cadre de la mise en œuvre de la protection fonctionnelle dès lors qu'elle n'a pas été bloquée dans son avancement, qu'elle a été entendue à plusieurs reprises par sa hiérarchie et accompagnée dans un changement de service afin de la protéger des attaques plus ou moins insidieuses de la part de ses collègues.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- et les conclusions de M. Gauthier, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Madame A B, infirmière au service de pédiatrie du centre hospitalier de Dreux (CH) a été mise en examen du chef de non-assistance à personne en danger et a bénéficié du statut de témoin assisté pour des faits d'homicide involontaire, commis le 5 novembre 2013, au préjudice d'une enfant de quatre ans, décédée à la suite de sa prise en charge par le centre hospitalier de Dreux. A la suite de l'ordonnance de non-lieu rendue le 10 août 2020, Mme B a, par un courrier du 26 avril 2021, sollicité au titre de la protection fonctionnelle dont elle soutient qu'elle lui a été accordée le 29 octobre 2014, le remboursement des frais d'avocat acquittés dans le cadre de la procédure pénale menée à son encontre, ainsi qu'une indemnisation supplémentaire en raison des modalités de mise en œuvre de cette protection par son employeur. Elle saisit le tribunal des mêmes demandes.
2. Aux termes de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, alors applicable, désormais codifié aux articles L. 134-1 et suivants du code général de la fonction publique : " Les fonctionnaires bénéficient, à l'occasion de leurs fonctions et conformément aux règles fixées par le code pénal et les lois spéciales, d'une protection organisée par la collectivité publique qui les emploie à la date des faits en cause ou des faits ayant été imputés de façon diffamatoire au fonctionnaire. () La collectivité publique est tenue de protéger les fonctionnaires contre les menaces, violences, voies de fait, injures, diffamations ou outrages dont ils pourraient être victimes à l'occasion de leurs fonctions, et de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté. / La collectivité publique est tenue d'accorder sa protection au fonctionnaire ou à l'ancien fonctionnaire dans le cas où il fait l'objet de poursuites pénales à l'occasion de faits qui n'ont pas le caractère d'une faute personnelle () ".
3. En premier lieu, il résulte de ces dispositions que lorsque le fonctionnaire fait l'objet de poursuites pénales à raison de faits qui n'ont pas le caractère d'une faute personnelle détachable de l'exercice de ses fonctions, il bénéficie d'une protection organisée par la collectivité publique qui l'emploie à la date des faits en cause. En l'absence de convention conclue entre la collectivité publique concernée, l'avocat désigné ou accepté par l'agent bénéficiaire de la protection fonctionnelle et, le cas échéant, cet agent, il ne ressort d'aucun texte ni d'aucun principe que cette collectivité publique pourrait limiter a priori le montant des remboursements alloués à l'agent bénéficiaire de la protection fonctionnelle. Ce montant est calculé au regard des pièces et des justificatifs produits et de l'utilité des actes ainsi tarifés dans le cadre de la procédure judiciaire. L'administration peut toutefois décider, sous le contrôle du juge, de ne rembourser à son agent qu'une partie seulement des frais engagés lorsque le montant des honoraires réglés apparaît manifestement excessif au regard, notamment, des pratiques tarifaires généralement observées dans la profession, des prestations effectivement accomplies par le conseil pour le compte de son client ou encore de l'absence de complexité particulière du dossier.
4. Il résulte de l'instruction que Mme B, convoquée par les services de police, le 30 septembre 2014, a été au préalable reçue en entretien, le 25 septembre 2014 par le service juridique du centre hospitalier. Au cours de cet entretien, l'intéressée a exprimé son souhait de bénéficier de la protection fonctionnelle et a informé son employeur qu'elle avait d'ores-et-déjà désigné son propre avocat. Par un courrier du 29 octobre 2014, le centre hospitalier de Dreux lui a demandé de bien vouloir confirmer par écrit son intention de bénéficier de la protection fonctionnelle et de lui préciser le nom de l'avocat ainsi choisi. Ce courrier est toutefois resté sans réponse jusqu'à ce que le 26 avril 2021, Mme B sollicite, par l'intermédiaire de son conseil, le remboursement des frais d'avocat engagés pour sa défense dans le cadre de la procédure pénale dont elle a fait l'objet, pour un montant total de 8 840,61 euros. Le centre hospitalier de Dreux a alors saisi son assureur, qui n'a accepté de prendre en charge, au vu des pièces justificatives fournies par Mme B, que la somme de 3 592 euros, dont il est constant qu'elle l'a reçue par chèque le 5 juillet 2022. Dans le dernier état de ses écritures, la requérante demande à ce que le centre hospitalier de Dreux soit condamné à lui verser le solde des honoraires acquittés, soit la somme de 5 248,61 euros. Toutefois, il résulte de l'instruction que le centre hospitalier a donné son accord au paiement de cette somme depuis le 19 août 2022 mais qu'il n'a pu procéder à son mandatement et à son paiement en raison du refus de Mme B de lui faire parvenir un relevé d'identité bancaire (RIB). Par suite, sans qu'il soit en tout état de cause besoin d'ordonner à la requérante de produire son relevé d'identité bancaire dans le cadre de la présente instance, il résulte de l'instruction qu'il ne peut être reproché au centre hospitalier de Dreux, qui a sans équivoque donné son accord à la prise en charge intégrale des frais engagés par Mme B pour sa défense, aucun manquement à son obligation de protection découlant de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983.
5. En deuxième lieu, les dispositions de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983 citées ci-dessus, en vertu desquelles une collectivité publique est tenue de protéger les fonctionnaires qu'elle emploie à la date des faits en cause contre les menaces, violences, voies de fait, injures, diffamations ou outrages dont ils pourraient être victimes à l'occasion de leurs fonctions et de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté, sont relatives à un droit statutaire à protection qui découle des liens particuliers qui unissent une collectivité publique à ses agents et n'ont pas pour objet d'instituer un régime de responsabilité de la collectivité publique à l'égard de ses agents.
6. Mme B fait valoir que le centre hospitalier de Dreux a méconnu son obligation de protection envers elle découlant de ces dispositions, dès lors qu'elle n'a bénéficié d'aucun soutien et qu'elle a au contraire fait l'objet d'un changement d'office de service, que sa notation a stagné et qu'elle a finalement été contrainte de solliciter un détachement.
7. D'une part, il résulte de l'instruction qu'à la suite du décès de la fillette dans son service, Mme B a été placée en arrêt pour maladie puis en congé de maternité du 6 novembre 2013 jusqu'à octobre 2014. Durant cette période, alors qu'elle faisait l'objet de poursuites pénales, elle a été entendue à plusieurs reprises par sa hiérarchie notamment afin d'envisager un changement de service à son retour, dans le but de la protéger en particulier des insinuations de ses collègues voire des patients, le temps de l'instruction judiciaire. Si Mme B contestait initialement le bien-fondé d'une telle mesure, il ressort du compte-rendu d'entretien du 3 septembre 2014 avec la directrice des soins, qu'elle avait finalement intégré la nécessité d'un tel changement de service auquel elle avait donné son accord. En outre, eu égard aux obligations de prévention et de protection des agents incombant à l'employeur, et à la nécessité de préserver le bon fonctionnement du service, ce changement d'affectation, qui a placé la requérante sur un poste dont elle n'établit pas qu'il ne serait pas conforme à son grade, s'inscrit dans le cadre de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique. Ainsi, et contrairement à ce que soutient la requérante, le centre hospitalier n'a pas procédé à un déplacement arbitraire et à, au contraire, veiller à ce que l'agent puisse poursuivre son activité au sein de l'établissement en mettant en œuvre la protection fonctionnelle à laquelle Mme B avait droit conformément aux prescriptions de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983.
8. D'autre part, si la notation initiale de Mme B pour l'année 2014 a d'abord été maintenue à 16,50/20 au motif qu'elle avait été absente depuis novembre 2013, il résulte de l'instruction que celle-ci a été rectifiée favorablement à la suite de sa demande, l'intéressée s'étant vue attribuer la note de 16,75/20 suite à un avis favorable de la commission administrative paritaire à l'unanimité. Dans ces circonstances, il ne peut être reproché aucune intention de nuire à sa carrière de la part du centre hospitalier de Dreux.
9. Enfin, il ne résulte pas de l'instruction que Mme B aurait été contrainte, du fait du comportement de son employeur, de solliciter un détachement au sein d'une crèche dans le département des Hauts-de-Seine du 15 septembre 2015 au 27 août 2018 ni son départ ultérieur de la fonction publique hospitalière.
10. Il résulte de tout ce qui précède qu'il ne peut être reproché au centre hospitalier de Dreux aucun manquement à son obligation de protection de Mme B découlant de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983. Par suite, la requête de l'intéressée ne peut qu'être rejetée, y compris ses conclusions présentées au titre des frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au centre hospitalier de Dreux.
Délibéré après l'audience du 21 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Sophie Lesieux, présidente,
Mme Bernard, première conseillère,
Mme Fatoumata Dicko-Dogan, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2024.
La rapporteure,
Fatoumata CLa présidente,
Sophie LESIEUX
La greffière,
Céline BOISGARD
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de l'accès aux soins en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026