Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 31 décembre 2021 et le 28 décembre 2023, la commune de Troo, représentée par la SCP d’avocats Chevallier-Godeau, demande au tribunal :
1°) de condamner solidairement la communauté d’agglomération Territoires Vendômois (CATV) et son assureur Groupama Paris Val-de-Loire, au paiement de la somme de 63 030,14 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 14 septembre 2021 ;
2°) de mettre à la charge de la CATV la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.
Elle soutient que :
- elle est adhérente d’un syndicat intercommunal d’eau et d’assainissement, auquel a succédé le 1er janvier 2020 la communauté d’agglomération territoires vendômois (CATV) ; au cours du dernier trimestre 2014, survint, à la suite d’une fuite de la canalisation d’adduction d’eau potable, l’effondrement de la cave, propriété de M. B..., au 69 rue Haute, parcelle cadastrée AL 694 ; le 3 juillet 2015, un procès-verbal de constatations relatives aux causes et circonstances et évaluation des dommages imputables au sinistre est établi, et émargé par l’ensemble des parties, à l’exception cependant de l’indivision A... ; un rapport d’expertise a été établi par le cabinet Bvex le 26 août 2015 ;
- la responsabilité du syndicat intercommunal puis de la CATV est établie en vertu de l’article 2 des statuts de l’établissement public ; la faute et la réalité des préjudices sont établies.
Par un mémoire enregistré le 1er septembre 2022, la communauté d’agglomération territoires vendômois (CATV) et son assureur la caisse régionale d’assurances mutuelles agricoles Paris Val-de- Loire, représentées par Me Cousseau, concluent au rejet de la requête, et, à titre subsidiaire, appellent en garantie la société Lyonnaise des Eaux et demandent que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la commune de Troo sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
- la fuite incriminée n’est pas établie avec certitude ; l'état et les éléments de fragilité intrinsèques au bien avant son endommagement ne peuvent être éludés ;
- le quantum sollicité n’est pas en adéquation avec les évaluations convenues entre les experts, lesquels avaient arrêté les travaux de confortement, selon devis Roc Confortation, à la somme de 13 324,80 euros TTC, à laquelle il convenait notamment d’ajouter le relevé Axis pour un montant de 564 euros, le suivi de chantier pour un montant de 799,49 euros, soit un montant total de 16 880,76 euros (production adverse 5) ;
- elles appellent en garantie la société Lyonnaise des Eaux, exploitante chargée de l’exploitation des installations existantes comprenant le réseau d’adduction et de distribution de 62 km.
Un mémoire en défense, présentée par la société Suez Eau France, succédant à la société Lyonnaise des Eaux, représentée par Me Reibell a été enregistré le 18 juin 2024, postérieurement à la clôture de l’instruction intervenue trois jours francs avant l’audience en application de l’article R.613-2 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Jaosidy,
- les conclusions de Mme Best-de-Gand, rapporteure publique,
- et les observations de Me Cousseau, représentant la communauté d’agglomération territoires vendômois (CATV) et son assureur,
Considérant ce qui suit :
1. Le 10 novembre 2014, une cave troglodyte située 49 rue Haute, sur la parcelle cadastrale AL 194 de la commune de Troo, propriété de M. B..., s’est effondrée. Au-dessus de cette cave se trouve l’habitation de M. B... ainsi que la rue Haute. Une expertise amiable diligentée par l’assureur de la commune a déterminé, au terme d’une visite du site le 3 juillet 2015, les réparations devant être effectuées pour éviter l’effondrement de la maison d’habitation et de la route. Une étude réalisée par le cabinet de géologie « Entre Loire et côteaux » le 2 juin 2015 a conclu à l’existence d’un fontis ayant remonté vers la surface, laissant apparaître des remblais anciens mis en place en rive du tablier de béton formant l’armature de la voie routière. La commune de Troo demande la condamnation de la communauté d’agglomération territoires vendômois (CATV), en charge du réseau d’eau et d’assainissement, au remboursement des sommes exposées pour la réalisation des travaux confortatifs préconisés par le cabinet « Entre Loire et côteaux ».
Sur le fondement de responsabilité :
2. Aux termes de l’article 2 des statuts du SIAEP, dont est membre la commune de Troo et aux droits et obligations duquel a succédé la CATV, le syndicat a pour mission d’assurer les opérations et actes de toute nature se rapportant à la production et l’alimentation en eau potable des usagers. Par suite, la commune requérante est fondée à rechercher la responsabilité pour faute de la CATV.
Sur l’existence d’un lien de causalité :
3. La commune de Troo soutient, en se prévalant du rapport d’expertise établi le 26 août 2015 par le cabinet BVX, que l’apparition du fontis au droit de la maison d’habitation de M. et Mme B... et de la rue Haute résulte d’une fuite provenant d’un défaut de la canalisation d’eau potable, en raison du collage défectueux d’un manchon sur une canalisation en PVC. Cette fuite aurait débuté le 10 novembre 2014 et se serait poursuivie pendant deux semaines avant que les travaux de réparation ne soient effectués, permettant ainsi la survenue d’une « cloche de déstabilisation ». Si la CATV se prévaut de précédents désordres ayant affecté la solidité de la cave, il existe, selon les rapports produits au dossier, avec une probabilité suffisante, un lien de causalité entre la fuite de la canalisation et l’apparition du fontis au droit de cette fuite. Au demeurant, aucun élément contraire n’a été produit dans le cadre de l’instruction.
4. Il résulte des motifs exposés au point précédent, que la CATV doit être regardée comme responsable du dommage survenu le 10 novembre 2014.
Sur l’évaluation des préjudices :
5. Dans le cas d’un dommage causé à un immeuble, la fragilité ou la vulnérabilité de celui-ci ne peuvent être prises en compte pour atténuer la responsabilité du maître de l’ouvrage, sauf lorsqu’elles sont elles-mêmes imputables à une faute de la victime. En dehors de cette hypothèse, de tels éléments ne peuvent être retenus que pour évaluer le montant du préjudice indemnisable.
6. Il résulte de l’instruction, et notamment du rapport établi par le cabinet « Entre Loire et côteaux », que la cave actuelle correspondait à deux cavités distinctes, sises sur les parcelles cadastrées AL 363 et AL 365 et qu’un effondrement de la paroi séparant les deux caves s’est produit sur une longueur d’environ 7 mètres, en raison de la survenue d’une cloche de déstabilisation. Le rapport note que la voute de cette zone d’effondrement a remonté de plus d’un mètre par rapport aux relevés effectués en 2006 et qu’un affaissement avait été constaté en 2014 au niveau de l’ancienne séparation entre les deux caves. Il ne résulte pas de l’instruction que cet affaissement résulterait d’un défaut d’entretien et par suite d’une faute de la victime. Toutefois, eu égard notamment à la forte vétusté de l’immeuble du fait de ses importantes fragilités structurelles et de la préexistence d’affaissements, il sera fait une juste appréciation de la part de responsabilité supportée par la CATV en l’évaluant à 50 %.
7. Il résulte de l’instruction, et notamment de l’attestation établie le 10 novembre 2016 par le comptable de la commune de Troo, que la requérante a acquitté un montant total de dépenses de 61 017,67 euros pour la réalisation des travaux de confortement de la cave et de la rue Haute. Ces travaux sont conformes aux préconisations du cabinet « Entre Loire et Côteaux ». Il y a lieu, par suite, compte tenu de la part de responsabilité retenue au point 6, de condamner solidairement la CATV et son assureur Groupama Val-de- Loire au paiement de la somme de 30 508,84 euros TTC, assortie des intérêts au taux légal à compter du 14 septembre 2021, date de la réclamation préalable.
Sur l’appel en garantie :
8. La CATV appelle en garantie la société Lyonnaise des Eaux. Il résulte de l’instruction que par acte d’engagement du 8 novembre 2013, la CATV a confié à la société Lyonnaise des Eaux un marché de prestation de services d’exploitation des ouvrages d’eau potable et d’assainissement, pour une durée de cinq années. L’article 7.3 du cahier des clauses administratives particulières prévoit que l’exploitant est tenu d’indemniser tous tiers des faits résultant de l’exploitation des ouvrages. Il suit de là que la CATV est fondée à demander que la société Lyonnaise des Eaux aux droits de laquelle succède la société Suez Eau France soit condamnée à la garantir des condamnations mises à sa charge à raison des dommages causés par la fuite de la canalisation.
Sur les frais de l’instance :
9. Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle ce que soit mise à la charge de la commune de Troo, qui n’est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demandent la CATV et son assureur. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de la CATV une somme de 2 000 euros à verser à la commune de Troo sur le fondement de ces dispositions. La présente instance ne comportant aucun dépens, les conclusions tendant à leur remboursement ne peuvent qu’être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La CATV est condamnée à payer à la commune de Troo la somme de 30 508,84 euros TTC. Cette somme portera intérêts au taux légal à compter du 14 septembre 2021.
Article 2 : La CATV est condamnée à payer à la commune de Troo la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Les conclusions de la requête sont rejetées pour le surplus.
Article 4 : La société Suez Eau France et la société d’assurances Marsh sont solidairement condamnées à garantir la CATV de la condamnation de l’article 1er.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la commune de Troo, à la communauté d’agglomération territoires vendômois (CATV), à la caisse régionale d’assurances mutuelles agricoles Paris Val-de-Loire, à la société Suez Eau France et à la société d’assurances Marsh.
Délibéré après l’audience du 20 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Guével, président,
M. Jaosidy, premier conseiller,
M. Gasnier, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2024.
Le rapporteur,
Jean-Luc JAOSIDY
Le président,
Benoist GUEVEL
La greffière,
Marie-Josée PRECOPE
La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.