mardi 6 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2200373 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | HERVOIS |
Vu la procédure suivante :
Par un arrêt n°21VE02498, annulant l'ordonnance n° 2101204 prise le 21 juin 2021 par le président de la première chambre du tribunal administratif d'Orléans, la cour administrative d'appel de Versailles a renvoyé au tribunal administratif d'Orléans les conclusions aux fins d'indemnisation présentées pour M. C A afin qu'il y soit statué.
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 22 février 2022 et le 28 février 2023, M. C A, représenté par Me Güner, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner l'Etat à lui verser en réparation des préjudices subis à raison des illégalités des arrêtés des 10 mai et 19 août 2019 du préfet du Loiret et de l'excessif délai avec lequel le préfet du Loiret a exécuté l'injonction mentionnée par le tribunal administratif d'Orléans dans son jugement du 15 octobre 2019 ;
* au titre de la perte de chance et de gains manqués, à titre principal, la somme de 17 307 euros, à titre subsidiaire, la somme de 13 500 euros en réparation des préjudice de perte de chance et de gains manqués subis ;
* au titre de son préjudice financier la somme de 7 000 euros ;
* au titre de son préjudice moral la somme de 5 000 euros ;
* au titre du préjudice lié au retard excessif avec lequel l'Etat a exécuté l'injonction du tribunal la somme de 5 000 euros ;
* au titre des frais engagés pour la défense de ses intérêts la somme de 2 600 euros ;
2°) de prononcer la suppression des propos diffamatoires du mémoire en défense de l'Etat ;
3°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 1 000 euros au titre de l'article R. 741-2 du code de justice administrative ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la responsabilité de l'Etat est engagée tant à raison de l'illégalité des arrêtés des 10 mai et 12 août 2019 que du fait du retard mis pour exécution le jugement du tribunal, alors qu'une telle exécution ne présentait aucune difficulté ;
- l'illégalité du refus de titre de séjour lui a fait perdre une chance certaine d'être embauché par une entreprise du bâtiment ; il disposait d'une promesse d'embauche et le contrat de travail avait été préparé ; la rémunération brute était de 1 923 euros mensuelle et la période à indemniser s'étend entre le 10 mai 2019 et janvier 2020, date à laquelle il a bénéficié d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ; son préjudice est de 13 500 euros en ne tenant compte que de la rémunération nette ;
- il a subi un préjudice financier à hauteur de 7 000 euros issu de la précarité dans laquelle le refus de titre de séjour illégal l'a placé ainsi que sa femme handicapée et les deux enfants de cette dernière ;
- il a subi un préjudice moral qui peut être évalué à hauteur de 5 000 euros ;
- il a subi un préjudice en lien avec le délai mis par le préfet du Loiret pour lui délivrer un titre de séjour conformément à l'injonction figurant dans le jugement ;
- il a subi un préjudice qui peut être évalué à la somme de 2 600 euros en lien avec les frais de justice qu'il a dû exposer pour faire exécuter le jugement du tribunal administratif d'Orléans ; une telle somme n'est pas couverte par les sommes allouées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
- les propos diffamatoires du préfet justifient qu'il soit indemnisé à hauteur de 1 000 euros pour atteinte à sa réputation.
Par un mémoire enregistré le 11 octobre 2022, la préfète du Loiret, représentée par Me Hervois, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de M. A une somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Par ordonnance du 10 juillet 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 10 août 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Best-De Gand,
- les conclusions de M. Joos, rapporteur public,
- et les observations de Me Güner, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. C A, ressortissant turc, a sollicité, en dernier lieu le 7 février 2019, la délivrance d'un titre de séjour en faisant valoir son mariage, célébré le 14 novembre 2015, avec Mme B, ressortissante française. Le préfet du Loiret, par un arrêté du 10 mai 2019, a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire et a fixé le pays de son renvoi en cas d'exécution forcée de cette mesure d'éloignement, et par un arrêté du 30 juin 2019 l'a assigné à résidence. Par un jugement du 23 juillet 2019, la magistrate désignée a annulé l'obligation de quitter le territoire français et a enjoint au préfet du Loiret de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour. Par un arrêté du 12 août 2019, le préfet du Loiret a renouvelé la mesure d'assignation à résidence prise à l'encontre du requérant. Par un jugement du 20 août suivant, cette nouvelle mesure d'assignation à résidence a été annulée. Par un jugement du 15 octobre 2019, le tribunal administratif d'Orléans a annulé le refus de titre de séjour pris le 10 mai 2019 et enjoint au préfet du Loiret de délivrer à M. A un titre dans un délai de deux mois. Le titre de séjour n'a finalement été délivré à celui-ci qu'en août 2020. Par sa requête, M. A demande l'indemnisation des préjudices subis à raison de l'illégalité des arrêtés du 10 mai et 19 août 2019 et du retard apporté par le préfet du Loiret à exécuter l'injonction prononcée par le tribunal.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la responsabilité
2. Si l'intervention d'une décision illégale constitue une faute susceptible d'engager la responsabilité de son auteur, elle n'est toutefois susceptible de donner lieu à réparation que si cette faute est directement à l'origine d'un préjudice certain, actuel et personnel.
3. En l'espèce, il est constant que les arrêtés du 10 mai 2019 et 12 août 2019 ont été annulés pour erreur de droit et défaut de base légale par des jugements devenus définitifs du tribunal administratif d'Orléans en date du 15 octobre 2019 et du 20 août 2019. Ces illégalités sont de nature à engager la responsabilité de l'Etat à raison des préjudices directs et certains qu'elles ont causés à M. A. Par ailleurs, il résulte de l'instruction que la durée prise par la préfecture pour délivrer un titre de séjour à l'intéressé, qui ne l'a obtenu qu'en août 2020, a largement excédé, sans justification par ses services d'une difficulté particulière, le délai de deux mois imparti pour l'exécution de l'injonction prononcée par le jugement du 15 octobre 2019.
En ce qui concerne les préjudices
4. En premier lieu, M. A soutient qu'il a subi une perte de chance réelle et sérieuse d'être embauché par une entreprise du bâtiment et donc de percevoir des salaires, et produit pour en justifier une promesse d'embauche en date du 12 décembre 2018. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction, notamment pas des termes du jugement du 15 octobre 2019, que M. A se serait prévalu d'une promesse d'embauche tant durant le temps de l'instruction de sa demande de titre par les services préfectoraux que pour contester le refus de titre opposé, et il résulte de l'instruction que le contrat d'embauche de la société CBG fourni à l'appui des conclusions indemnitaires de M. A a été signé par une personne qui n'avait pas le pouvoir d'engager la société à la date à laquelle sa signature a été apposée sur le contrat. Ainsi, les documents produits, qui ne présentent pas un caractère suffisamment probant, ne sont pas de nature à établir que M. A aurait perdu en conséquence du refus de titre de séjour illégal du 10 mai 2019 une chance réelle et sérieuse d'occuper un emploi. Par suite, l'existence d'un préjudice financier en lien avec cette perte de chance n'est pas établie.
5. En deuxième lieu, M. A soutient avoir subi un préjudice moral en lien, d'une part, avec la circonstance que son assignation à résidence a été renouvelée alors que l'obligation de quitter le territoire français avait été annulée par le tribunal administratif d'Orléans, ce qu'il a vécu comme un harcèlement des services de la préfecture du Loiret, d'autre part, avec le retard mis par le préfet du Loiret pour exécuter le jugement du tribunal administratif en lui délivrant un titre de séjour. Il fait valoir que titulaire seulement d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'en août 2020, il ne pouvait envisager de voyager en dehors du territoire français pour y revenir, était ainsi privé de sa liberté d'aller et venir et n'a pu se rendre aux obsèques de sa grand-mère en février 2020. Il résulte de l'instruction que le préjudice moral allégué par le requérant peut être regardé comme établi dans ses deux branches. Il en sera fait une juste appréciation en le fixant à la somme de 2 000 euros.
6. En dernier lieu, M. A se prévaut d'un préjudice financier en lien avec les frais d'avocat qu'il a exposés et qui n'ont pas été intégralement compensés par les sommes allouées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative par les jugements successifs. Toutefois, quand bien même les montants retenus par les jugements seraient inférieurs aux frais réellement exposés, ces frais doivent être regardés comme ayant déjà été indemnisées.
7. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de condamner l'Etat à verser à M. A la somme de 2 000 euros en réparation des préjudices qu'il a subis à raison de l'illégalité des décisions de refus de titre et d'assignation à résidence prises à son encontre et à raison du retard mis par la préfecture pour exécuter le jugement du 15 octobre 2019.
Sur les conclusions aux fins de suppression d'écrits diffamants :
8. En vertu des dispositions de l'article 41 de la loi du 29 juillet 1881 reproduites à l'article L. 741-2 du code de justice administrative, les tribunaux administratifs peuvent, dans les causes dont ils sont saisis, prononcer, même d'office, la suppression des écrits injurieux, outrageants ou diffamatoires et condamner " qui il appartiendra " à des dommages-intérêts.
9. Le passage du mémoire en défense dont la suppression est demandée par M. A n'excède pas le droit à la libre discussion et ne présente pas un caractère injurieux, outrageant ou diffamatoire. Les conclusions tendant à sa suppression doivent par suite être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions de la requête en dommages-intérêts formulées au titre de l'article L. 741-2.
Sur les frais liés au litige :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. A, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que l'Etat demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à M. A la somme de 2 000 euros.
Article 2 : Les conclusions présentées par M. A sur le fondement de l'article L. 741-2 du code justice administrative sont rejetées.
Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 500 euros à M. A sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Les conclusions de la préfète du Loiret présentées sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à la préfète du Loiret.
Délibéré après l'audience du 16 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,
Mme Best-De Gand, première conseillère,
Mme Defranc-Dousset, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2024.
La rapporteure,
Armelle BEST-DE GAND
La présidente,
Anne LEFEBVRE-SOPPELSA
Le greffier,
Vincent DUNET
La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026